‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 4 sur 150 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

adonner à son armée, à ses projets, aux moyens d*en assurer Texécution, à sa gloire.

Les premiers moments de Tinvasion d*\m pays entraînent nécessairement des désordres inévitables : chaque général, chaque chef de corps, chacun, on pourrait le dire, ne pensant qu'à soi, les ressources qu'on rencontre sont bien vite gaspillées. C'est ce qui était arrivéen Pologne, et déjà la pénurie des subsistances se faisait sentir. La création de magasins généraux, de distribulions régulières, des ordres sévères pour réprimer et faire cesser les abus partiels d'autorité, eurent en peu ie temps fait retrouver l'abondance là où Ton n'eût bientôt plus rencontré que la disette. Les hôpitaux, les ambulances, furent l'objet des soins les plus attentifs.

Chaque semaine, un auditeur du conseil d'État apportait à l'Empereur les portefeuilles des difiPérents ministères, et les affaires passaient sous ses yeux, de telle façon qu'on pouvait croire qu'il était toujours présent. On sait qu'il se plaisait à dater du champ de bataille des décrets qui, par leur objet même, semblaient être le plus en dehors de ses préoccupations du moment : c'était une espèce de coquetterie du génie.

A son retour à Varsovie, il avait appris la déclaration 4e guerre faite par la Porte à la Russie. Les nouvelles de Silésie étaient bonnes ; Breslau, ville importante, s'était rendue au prince Jérôme, qui, sous la direction du général Yandamme, faisait son apprentissage des grands commandements militaires.

Napoléon croyait pouvoir faire jouir encore son armée de quelque repos, lorsque tout à coup on apprit que les Russes venaient de fondre sur nos cantonnements.

Oïl doit se rappeler que }e maréchal Ney, après avoir repoussé le général Lestocq de Mlawa et de Soldau, le 25 décembre, jour des combats de Golymin etdePultusk, l'avait fait poursuivre sans relâche par son avantgarde commandée par le général Golbert, et que cette avant-garde, poussant toujours devant elle, passant par Ortelsbourg, Passenheim, Guttstadt, puis descendant la rive droite de PAlle, s'était successivement emparée d'Heilsberg, de Bartenstein et de Schippenbeil, occupant ainsi les principales communications qui conduisaient à Kœnigsberg, dont on n'était plus qu'à une douzaine de lieues.

Le général Golbert, avec quatre ou cinq bataillons, sa brigade de cavalerie et de l'artillerie, avait été chargé, comme nous l'avons vu, de surveiller le cours de l'Aile, d^Heilsberg à Schippenbeil, en s'éclairant au loin autour de ces points. G'était le 11 janvier que le mouvement en avant avait été arrêté par le maréchal. Depuis le 16 décembre, c'est-à-dire depuis trois semaines environ qu'on était en présence de l'ennemi, chaque jour on s'était battu. Soit que les Prussiens fussent fatigués, soit pour tout autre motif, ainsi que peut le faire présumer ce qui se passa peu de jours après, les généraux prussiens Rûchel et Lestocq firent demander au général Golbert un rendez-vous pour le lendemain à PrQussicb- Eylau, afin de convenir, soit verbalement sur parole d'honneur, soit par écrit, d'un armistice de quatre jours.

Ge même jour, le 16, le maréchal Ney était venu à Bartenstein visiter ses avant-postes. Gomme nos troupes avaient aussi besoin de quelques jours de repos pour se ravitailler, réparer la chaussure, l'armement, il chargea

Page 1