CHAPITRE X X lit
est que les Russes prirent douze heures d'avance, et que dans leur fuite rapide, ayant atteint la Prégel à Wehlau dans la matinée du 15, ils purent la passer sans être inquiétés.
La nouvelle de la défaite de Tannée russe étant arrivée à Eœnigsberg, le corps prussien du général Lestocq et la division russe de Kamenski se hâtèrent de se retirer. Murât avec sa cavalerie se rabattit sur Tapiau, et le maréchal Soult entra dans Eœnigsberg. Ce qu'on y trouva en ressources de toutes espèces était immense : il y avait de quoi nourrir Tarmée pendant trois ou quatre mois. Le maréchal Davout, ayant passé la Prégel, se dirigea sur Labiau, dans l'intention de couper au général Lestocq la route de Tilsitt. La cavalerie du général Marulaz ramassa 1 à 3,000 prisonniers dans la forêt de Boum, mais on ne put empêcher la jonction des Prussiens avec Tarmée russe.
Le gros de Tarmée française était précédé par la cavalerie de Murât qui l'avait rejoint. Victor le soutenait immédiatement ; puis venaient Lannes, Mqrtier et la garde.
On atteignit encore Tarrière-garde des Russes à Popetiken : ce fut la dernière fois ; ils passèrent le Nié^ mena Tilsitt et ne parurent plus* Le prince Bagration, après avoir quitté la ville, fit incendier les ponts. Le 19 juin, Murât y pénétrait*
Tandis que le gros de l'armée avait ainsi poursuivi sa route sur Tilsitt, le maréchal Ney avait reçu à Wehlati l'ordre de se porter à droite pour couvrir le flanc de rarmée. Le général Golbert pénétra dans Insterbourg où étaient des magasins considérables.
Le 18, ayant fait une marche forcée, il arriva à cinq heures du soir à Gumbinnen, surprit Tennemi , s'empara d'un parc d'artillerie, de munitions considérables, et ramassa près d'un millier de prisonniers.
Le maréchal Ney, s'étant établi à Gumbinnen, poussa ses avant-postes sur Stalluponen, Scherwerod, Neustadt et Kowno, sur la route de Wilna. On vit encore quelques Cosaques; parmi eux étaient des Ealmouks et des Baskirs ayant des arcs, des flèches, et portant des carquois. Nos soldats s'en amusaient beaucoup, et les appelaient des Cupidons.
L'armée française avait atteint la limite extrême de sa course. Avec les carquois et les flèches des Baskirs apparaissait un autre monde : allions-nous encore y pénétrer ? Vingt mois nous avaient bien suffi pour parcourir dans tous les sens la vieille Europe, laissant
derrière nous l'Autriche et la Prusse vaincues ; la Russie elle-même allait demander merci.
Le 19 juin, Murât venait d'entrer àTilsitt, lorsqu'un parlementaire envoyé par le prince Bagration lui remettait la lettre suivante qu'il venait de recevoir du général en chef Benningsen :
« A Son Excellence M, le prince Bagration,
t 19 juin 1807.
« Mon Prince,
« Après les flots de sang qui ont coulé ces jours dermiers, dans des combats aussi meurtriers que souvent répétés, je désirerais de soulager les maux de cette guerre destructive en proposant un armistice, avaJit