CHAPITRE XXX
le flanc de la garde russe, la culbute à son tour, puis avec les troupes de Ney que le maréchal a bientôt entraînées, tous réuuis, ils poussent les Russes dans a ville et sur la rivière. Benningsen tente alors de sauver son artillerie, en la faisant repasser sur la rive droite. L'infanterie qui reste, toujours plus pressée, se serre en masses confuses, au milieu desquelles notre canon fait d'horribles ravages. Le général russe essaya, diton, de rassembler ce qu'il avait de troupes sur la rive droite et de reprendre l'offensive, sous la protection d'une batterie de 50 pièces de canon. Mais la tâche était devenue impossible-; tout ce qui était sur la rive gauche, incessamment poussé par les troupes de Ney et de Victor, était dans le désordre, la confusion la plus complète, et ce fut avec grande peine que Bagration, faisant passer TAUe aux débris de son infanterie, se retira, après avoir mis le feu à la ville et fait incendier les ponts. Tandis que cette terrible lutte avait lieu à notre droite et se terminait par la destruction de la gauche des Russes, notre centre et notre gauche combattaient la droite de l'armée russe, mais ne la poussaient pas ; la laissant même s'engager sur la route de Kœnigsberg, ils se contentaient de la tenir en échec, pendant que l'œuvre de destruction se préparait et s'accomplissait à leur gauche. Averti, mais trop tard, de ce désastre par les flammes de Friedland et des ponts incendiés, Gortchakow se rabat en hâte sur la ville; une de ses divisions y pénètre, et là, une lutte s'engage avec nos soldats. Pendant que Gortchakow poussait toujours en avaut, pensant trouver encore des ponts qui étaient déjà détruits, Lannes, Mortier, charm 7
gent avec fureur, les grenadiers "d'Oudinot se précipitenta la baïonnelte ; les Russes luttent en désespérés : ils surent mourir. Grand nombre périt dans l'Aile, d'autres la traversèrent à la nage et parvinrent même à faire passer leurs canons. La cavalerie de leur aile droite put se retirer, en descendant la rive gauche de la rivière.
La nuit était close, les derniers bruits de la terrible bataille se taisaient peu à peu, et les lueurs de Tincendie éclairaient çà et là, dans la ville et aux abords des ponts, d'effroyables scènes de carnage ; l'armée russe était détruite^ et ses faibles débris se hâtaient de fuir du côté de Wehlau.
Ce fut le lendemain qu'on put juger de l'effroyable boucherie. Dès la pointe du jour, l'Empereur, avant que ses soldats ne fussent réveillés, parcourut le champ de bataille, « l'un des plus horribles qu'on pût voir, y» suivant sa propre expression. Les carrés étaient marqués par des cadavres encore rangés, remplacement des batteries par les chevaux morts : c'était dans un espace qui n'avait pas plus de 500 mètres de côté (250 toises) qu'étaient surtout entassées les victimes. Les Russes y avaient laissé en tués ou blessés près de 18,000 hommes-, et les Français de 8 à 9,000 ; 80 pièces de canon, 20,000 prisonniers étaient en notre pouvoir. Quelques personnes ont prétendu qu'on aurait pu faire plus encore, si les 40 escadrons qui étaient à notre aile gauche avaient été lancés dans la soirée même à la poursuite de l'ennemi, et on regretta l'absence de Murât. Eu tout cas, les- ponts étant détruits, celte poursuite n eût pu avoir lieu que sur la rive gauche de PAUe. Le fait