CHAPITRE XXXlll
qui pourront éterniser la guerre. J'ai des partisans ; si je me présente en conquérant, je n'en aurai plus.
« Le prince de la Paix est détesté, parce qu'on l'accuse d'avoir livré TEspagne à la France ; voilà le grief qui a servi l'usurpation de Ferdinand. Le parti populaire est le plus faible.
a Le prince des Asturies n'a aucune des qualités qui sont nécessaires au chef d une nation ; cela n'empêchera pas que, pour nous l'opposer, on n'en fasse im héros. Je ne veux pas qu'on use de violence envers les personnages de cette famille ; il n'est jamais utile de se rendre odieux et d'enflammer les haines. L'Espagne a plus de 100,000 hommes sous les armes, c'est plus qu'il n'en faut pour soutenir avec avantage une guerre intérieure ; divisés en plusieurs points, ils peuvent servir de noyau au soulèvement total de la monarchie.
« Je vous présente l'ensemble des obstacles qui sont inévitables ; il en est d'autres que vous sentirez : l'Angleterre ne laissera pas échapper cette occasion de multiplier nos embarras ; elle expédie journellement des avisos aux forces qu'elle tient sur les côtes du Portugal et dans la Méditerranée ; elle fait des enrôlements de Siciliens et de Portugais.
« La famille royale n'ayant point quitté l'Espagne pour aller s'établir aux Indes, il n'y a qu'une révolution qui puisse changer l'état de ce pays : c'est peut-être celui de l'Europe qui y est le moins préparé. Les gens qui voient les vices monstrueux de ce gouvernement et l'anarchie qui a pris la place de l'autorité légale fout le plus petit nombre ; le plus grand nombre profite cie ces vices et de cette anarchie.
« Dans l'intérêt de mon empire, je puis faire beaucoup de bien à l'Espagne. Quels sont les meilleurs moyens à prendre ?
« Irai-je à Madrid? Exercerai-je l'acte dun grand protectorat, en prononçant entre le père et le fils ? Il me semble difficile de faire régner Charles IV : son gouvernement et son favori sont tellement dépopularisés, qu'ils ne se soutiendraient pas trois mois.
« Ferdinand est l'ennemi de la France, c'est pour cela qu'on l'a fait roi» Le placer sur le trône sera servir les factions qui, depuis vingt-cinq ans, veulent l'anéantissement de la France. Une alliance de famille serait un faible lien : la reine Elisabeth et d'autres princesses françaises ont péri misérablement lorsqu'on a pu les immoler impunément à d'atroces vengeances* Je pense qu'il ne faut rien précipiter, qu'il convient de prendre conseil des événements qui vont suivre. Il faudra for-» tifier les corps d'armée qui se tiendront sur les frontières du Portugal et attendre.
ce Je n'approuve pas le parti qu'a pris Votre Altesse Impériale de s'emparer aussi précipitamment de Madrid. Il fallait tenir l'armée à dix lieues de la capitale. Vous n'aviez pas l'assurance que le peuple et la magistrature allaient reconnaître Ferdinand sans contestation. Le prince de la Paix doit avoir dans les emplois publics des partisans ; il y a, d'ailleurs, un rattachement d'habitude au vieux roi, qui pouvait produire des résultats. Votre entrée à Madrid, en inquiétant les Espagnols, a puissamment servi Ferdinand. J'ai donné ordre à Savary d'aller auprès du vieux roi voir ce qui se passe :
il se concertera avec Votre Altesse Impériale. J'aviserai