CHAPITRE XXXIH
de vouloir connaître, avant de reconnaître cette abdication. Je le dis à Votre Altesse Royale, aux Espagnols, au monde entier : si l'abdication du roi Charles est de pur mouvement, s'il n'y a pas été forcé par Tinsurrection et l'émeute d'Aranjuez, je ne fais aucune difficulté de l'admettre et je reconnais Votre Altesse Royale comme roi d'Espagne. Je désire donc causer avec elle sur cet objet. La. circonspection que je porte depuis un mois dans ces affaires doit lui être garant de Tappui qu'elle trouvera en moi, si, à son tour, des factions de quelque nature qu'elles soient venaient à l'inquiéter sur son trône. Quand le roi Charles me fit part de Térvénement du mois d'octobre dernier, j'en fus douloureusement affecté, et je pense avoir contribué, par les insinuations que j'ai faites, à la bonne issue de Taffaire de l'Escurial. Votre Altesse Royale avait bien des to'rts, je n'en veux pour preuve que la lettre qu'elle m'a écrite et que j'ai toujours voulu ignorer. Roi à son tour, elle saura combien les droits du trône sont sacrés : toute démarche près d'un souverain étranger de la part d'un prince héréditaire est criminelle. Le mariage d'une princesse française avec Votre Altesse Royale, je le tiens conforme aux intérêts de mes peuples, et surtout comme une circonstance qui m'attacherait par de nouveaux liens aune Maison dont je n'ai eu qu'à me louer depuis que je suis monté sur le trône. Votre Altesse Royale doit se défier des écarts des émotions populaires. Oa pourra commettre quelques meurtres sur nos soldats isolés, mais la ruine des Espagnes en serait le résultat. J'ai déjà vu avec peine qu'à Madrid on ait répandu des lettres du capitaijae général de la Catalogne, et fait tout m 10.
ce qui pouvait donner du mouvement aux têtes. Votre Altesse Royale connaît ma pensée tout entière. Elle voit que je flotte entre diverses idées qui ont besoin d'être fixées. Elle peut être certaine que, dans tous les cas, je me comporterai avec elle comme avec le roi son père. Qu'elle croie à mon désir de tout concilier et de trouver des occasions de lui donner des preuves de mon affection et de ma parfaite estime (1 ].
a Napoléon. »
Cette lettre, par les réponses qu'elle contient, fait connaître ce que renfermait celle de Ferdinand, ce qu'il demandait, et fait apprécier les sentiments, de ce prince, qui, après avoir usé de violence à l'égard de son père, de son roi, concevait la triste pensée de livrer à tous les scandales d'un procès la honte de sa mère.
La lettre de Napoléon était d'ailleurs assez peu faite pour engager le prince à se trouver face à face avec lui. Toutefois, après des alternatives d'hésitation, il persista dans son projet d'aller le trouver, poussé par la nécessité où il était de se faire reconnaître, et craignant que tout ne se décidât sans lui. Enfin, au dire de ses partisans, une raison influa encore sur sa décision. Peu de temps après l'affaire d'Aranjuez, Isquirdo, envoyé par le prince de la Paix à Paris, était revenu avec un projet de traité qui apportait des modifications à celui de Fontainebleau, dans ce sens que l'Empereur abandonnait tout le Portugal à l'Espagne , moyennant la cession des provinces
(1) Correspondance de Na^poléon, t, XVII, n» 13,750.