‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 89 sur 150 · C«AP1TRE XXXIII · texte numérisé non relu

C«AP1TRE XXXIII

placées entre les Pyrénées et TÈbre, et Ferdinand espérait pouvoir faire réduire cette cession à la Navarre.

Le 20 avril, il arriva à Bayonne, accompagné du duc de rinfantado, de MM. de Cévallos , de Labrador et du chanoine Escoiquiz, son ancien précepteur. L'Empereur fit la première visite à Ferdinand, mais ne lui donna pas le litre de Majesté. Le soir, le prince et son frère vinrent à Marrac. L'Empereur trouva Ferdinand très médiocre : il dit qu'il regrettait son père ; il causa avec les personnes de l'entourage, et ne fut pas plus satisfait. On peut dire que ce fut de ce moment qu'il résolut définitivement de prendre le parti vers lequel il penchait depuis longtemps.

Le lendemain, dans un long entretien avec Escoiquiz, entretien rapporté par ce dernier et qui est un document historique des plus curieux, il déclara hautement ses projets : « Les intérêts de mon empire et de ma famille, dit-il, exigent que les Bourbons ne régnent plus en Espagne; tant qu'ils y régneront, je ne puis comp* ter sur une alliance sincère avec elle. Sans doute ils la feindront tant qu'ils seront seuls, parce que l'infériorité de leurs forces ne leur permet pas de me nuire , mais leur haine n'attendra, pour se réunir à mes ennemis et pour m'attaquer, que le moment où ils me verraient occupé par une guerre dans le Nord, chose à laquelle je suis exposé à chaque instant, et je ne veux d'autres preuves de ce que je vous dis, que la perfidie avec laquelle Charles IV, malgré sa prétendue fidélité à mon ^ance, voulut me faire la guerre. »

Escoiquiz soutint les intérêts de son maître avec habileté et chaleur, l'Empereur lui laissait d'ailleurs toute li-^

berté de discussion; seulement, dit-il, souriant avec bonne humeur, il me tirait de temps en temps Toreille , répétant : « Mauvaise politique , mauvaise politique , chanoine. »

Puis Napoléon ajouta : « J'ai d'ailleurs l'intention de faire au prince des Asturies et à ses frères un sort qui les dédommagera autant que possible, tant lui que ses frères, de ce que ma politique leur fait perdre en Espagne.

« Vous lui proposerez donc de ma part de renoncer à tous ses droits à la couronne d'Espagne, moyennant quoi je lui céderai celle d'Étrurie, avec le titre de roi, et une entière indépendance pour lui et ses héritiers mâles à perpétuité. Je lui avancerai aussi en pur don une année des revenus de cet État, pour y faire son établissement » (1).

Tel fut en effet ce qu'on lui proposa en échange de ce grand empire des Espagnols, sur lequel ne se couchait pas le soleil, — le royaume d'Étrurie!

Ferdinand résista, ses conseillers refusèrent; l'un d'eux, M. de Labrador, avec la plus grande énergie, dit à M. de Champagny « qu'il se laisserait plutôt couper le bras que d'apposer sa signature à un pareil traité. »

Il ne faudrait pas croire cependant que tout ce qui se passait à Bayonne tournait ainsi au mélodrame. L'Empereur recevait toujours les princes d'Espagne et leurs conseillers. Il y avait des conférences où se discutaient toutes ces brûlantes questions, au moins avec un calme

(1) Histoire générale des traités de paix ^ parle comte de Garden, * II, p. 142 à 180.

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