CHAPITRE XXXIII
descendaient vers l'extrême midi, par une route de plus de 400 lieues. La grande armée était dissoute: peu d'années encore, et une nouvelle grande armée, l'Europe tout entière, devait remonter vers le Nord, flux et reflux d'hommes que l'histoire n'avait pas encore eu à raconter. Toutes les colonnes de cette armée devaient traverser la France pour se rendre en Espagne : c'était pour un instant revoir la patrie ; beaucoup de ces hommes, des régiments tout entiers, en étaient éloignés depuis plusieurs années. Partout les populations se portaient à leur rencontre, leur dressaient des arcs de triomphe.
A la vue de ces vieilles troupes, de ces généraux dont l'habileté avait été tant de fois éprouvée, Napoléon disait: <( J'ai d'abord envoyé des agneaux aux Espagnols, ils les ont dévorés ; je leur envoie des loups qui les dévoreront. » Sans nul doute, toutes les probabilités semblaient être pour lui, mais il y a toujours dans les affaires humaines, dans celleS'de la guerre, un côté inattendu, imprévu. Les vainqueurs de Baylen étaient loin d'égaler l'habileté de ceux qu'ils avaient vaincus, et certes ils ne leur étaient pas supérieurs en courage.