‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 96 sur 150 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

le nouveau roi, fidèle à son ancienne amitié, venait d'appeler près de lui, pour commander un des régiments de sa garde, Alphonse Colbert, le frère de mon père.

Ce qui attirait surtout l'attention, c'était TEspagne, sur laquelle semblaient se concentrer tous les orages. Il y avait, dans les événements qui s'y accomplissaient, quelque chose de sombre et de funeste dont s'inquiétaient le dévouement de mon père à l'Empereur et son admiration pour sa gloire. Cette impression était au reste générale, et, si l'opinion ne se montrait pas ouvertement hostile à une guerre avec l'Espagne, elle était loin de s'y montrer favorable.

Avant leur départ définitif, les troupes du 6* corps furent rassemblées dans un camp près de Dresde pour être dirigées ensuite sur Mayence, et de là sur Bayonne, près de cent jours de route. C'était le 8 septembre seulement que le 6° corps avait connu sa desti* nation.

Mon père écrivait de Francfort : « Nous allons décidément en Espagne. Je pars de suite pour Paris; le 28 octobre ma brigade doit être à Bayonne, je la rejoindrai à Bordeaux; je n'aurai donc guère que trois semaines à

rester. » Ces quelques instants, quelque rapides qu'ils fussent, allaient encore resserrer les liens qui l'attachaient à des êtres chéris. Il retrouvait, au moment oîi pour la seconde fois elle allait le rendre père, cette compagne aimée à laquelle il écrivait un jour : « Notre union, ma chère amie, n'est pas comme celle de bien d'autres; l'amitié, Testime, la resserreront toujours plus nous avancerons dans la vie. » Une autre fois, en lui disant qu'il avait pensé à elle au milieu d^uAe fête, il ajou-

tait : « N'ètes-vous pas de toutes mes fêtes comme de tous mes ennuis? » Il revoyait enfin ce fils, dont nous avons vu son inquiète tendresse se préoccuper sans cesse au milieu d'une vie d'agitation et de périls. Il le trouvait rendu à la santé, pouvant maintenant le reconnaître et l'appeler de ce nom si doux à l'oreille d'un père. Ah ! s'il eût pu prévoir que ces moments étaient les derniers... Il fallut cependant partir. L'âme encore tout émue, il écrivait d'Orléans : « Ma chère amie, tu devrais être habituée aiix départs. — Je suis chagrin de t'abandonner en ce moment. — Je ne sais pas pleurer, mais la colère me vient de suite. » Puis de Pampelune : « Je viens de faire quatre-vingts lieues à franc étrier, j'ai rattrapé ma brigade. Tout est en meilleur ordre ici qu'à Paris, et les pauvres Espagnols en verront de cruelles. »

On le voit, son langage change, ce n'est plus le froid raisonneur de Silésie, le tendre père de famille : le soldat a senti la poudre, et déjà l'ardeur du combat l'agile.

En traversant les Pyrénées, mon père avait avec lui ses deux aides de camp, Alfred de Latour-Maubourg et Adrien d'Astorg. Tous trois étaient jeunes; le général avait trente ans, ses deux aides de camp de vingt à vingt-cinq.

Mon père, voulant attendre ses troupes, fit faire halte et étendre im déjeuner sur Therbe. Ils avaient la gaieté de leur âge, l'insouciance au moins apparente que donne une vie habituée aux périls, et se livraient à de joyeux propos. Près d'eux était une vieille femme, une vieille bergère qui faisait paître un troupeau; peu à peu elle

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