CHAPITRE XXXIV
s'était rapprochée, et comme fascinée par leur vue, immobile, elle les contemplait ; puis on l'entendit marmotter et répéter quelques mots, à tel point que Fattentioû des jeunes gens fut attirée. « Eh bien ! la vieille, qu'est-ce que vous dites donc? — Je dis, reprit-elle, que c'est dommage. — Gomment dommage? — Oui, bien dommage! Vous êtes bien jeunes, bien beaux tous les trois; vous allez en Espagne, vousn*en sortirez pas! »
Le 3 à Pampelune, mon père était le 5 à Vittoria, où bientôt arrivèrent le maréchal Ney, puis l'Empereur.
Le désastre de Baylen avait forcé Joseph à abandonner Madrid, et entraîné l'évacuation de 4a plus grande partie des provinces envahies ; l'Espagne était à reconquérir. Une fois délivrés de la présence des Français, les comités nationaux de défense avaient pu s'entendre et centraliser leur action. Une junte suprême, composée de deux délégués, envoyés par chacune des juntes provinciales, siégeait à Aranjuez et régularisait, autant qu'elle le pouvait, le soulèvement général et l'explosion de vengeance qui éclatait dans toute l'Espagne.
A côté de ce peuple, partout en armes, où toutes les classes étaient préparées à tous les sacrifices, se trouvait encore une armée régulière ou à peu près, qui comptait plus de 100,000 hommes.
Voici quelles étaient les positions occupées par cette armée, vers le 8 novembre 1808. Le général Blake, avec 45,000 hommes, était en avant de Bilbao, avec l'intention d'arriver sur les derrières de Vittoria ou se trouvait le quartier général de l'armée française. Au centre, à Burgos, était l'armée d'Estramadure, de 20,000 hommes, commandée par le comte de Belve-
19i TRADITIONS ET SOUVENIRS
der. Puis, à droite, l'armée d'Andalousie, sous les ordres de Gaslanos, bordait l'Èbre de Galahora à Tudela; cette armée comptait environ 30,000 hommes; à sa droite était Palafox, avec 20,000 hommes, rêvant de tourner Tarmée française. En arrière se trouvait encore un corps de 10,000 hommes; enfin l'armée anglaise, disséminée de la Corogne jusqu'à Talavera : telles étaient les forces que Napoléon allait trouver en face de lui.
Quant à l'armée française, voici quelle était sa position à la même époque. Le corps de Moncey formait la gauche à Tafalla; le sixième corps, ainsi que nous l'avons déjà dit, arrivait à Vittoria, et le corps de Soult était à Miranda sur l'Èbre ; celui de Victor, en marche de Vittoria sur Orduna; Lefebvre, duc de Dantzig, occupait à l'extrême droite les hauteurs de Durango; la garde était avec TEmpereur à Vittoria; Saint-Cyr allait pénétrer en Catalogne pour débloquer Barcelone. Plus tard le corps de Mortier, et celui de Junot ramené de Portugal par suite de la convention de Cintra, devaient encore augmenter les forces de l'armée; toutefois, l'Empereur se trouvait dès lors en mesure de frapper un coup décisif.
D'après les dispositions de l'armée ennemie, le centre, placé à Burgos avec 15 ou 20,000 hommes, était évidemment trop faible , il devait infailliblement succomber, et une fois détruit, dispersé, les deux armées de droite et de gauche, isolées, sans liaison entre elles, se trouvaient dans une position critique. Blake surtout, éloigné du côté de Bilbao, pouvait être tourné par sa droite et coupé; l'armée d'Andalousie, commandée par Castanos, pouvait être à la fois attaquée de fronjk, tour-