‹ Le Général BoulangerChapitre 16 sur 52 · LA CAMPAGNE DE LA DROITE · texte numérisé non relu

LA CAMPAGNE DE LA DROITE

les droites, soit par les gauches, cela ne peut, cela ne doit pas m'importer. Le résultat seul est désiré par la nation. Qu'il soit obtenu. Tout est là. Aussi bien, j'ai fait, dès le début de ma campagne révisionniste, appel au concours de tous. En l'espèce, il serait naïf de mettre son orgueil à arriver le premier. On ne doit le mettre qu'à combattre. C'est ce que je fais. A quelque camp qu'il appartienne, le vainqueur aura droit aux remerciements de tous. N'en a-t-on pas fini avec cette politique niaise qui consiste à n'approuver les résultats que quand ils sont obtenus par des coreligionnaires'? D'où qu'ils viennent, quand ils seront conformes aux vœux généraux, je les accepterai toujours. »

Le deuxième point à aborder était plus délicat. Il n'est point facile de demander à un homme : « Ne croyezvous pas que vous serez usé avant l'heure de toucher au but? »

Je dois dire, toutefois, qu'avec le général Boulanger l'embarras n'est pas si grand qu'on le pourrait supposer. Dans son désir réel d'être compris, le député du Nord accepte toutes les questions, même les plus subtiles.

— « Et comment, me dit-il, l'attente m'épouvanteraitelle? Personnellement, d'ailleurs, je ne désire rien, je n'ambitionne rien; il m'importerait donc peu, s'il n'y avait que mes intérêts en jeu, d'atteindre au but oii l'on croit que je vise. A tort ou à raison, tous ceux qui souffrent, tous ceux qui ont à se plaindre du régime parlementaire, tous ceux que les radicaux et les opportunistes ont trompés, ont fait de moi leur porte-drapeau. J'avoue que j'en suis fier, je dirai plus, heureux. On

m"a lancé en avant. Quoi qu'on en ait dit, toutefois, je n'ai jamais promis que deux choses : la revision par la dissolution, la réforme des lois sociales, je devrais plutôt dire des mœurs sociales. Sur le terrain de mes promesses, j'irai jusqu'au bout.

€ Je ne peux triompher tout de suite, me dites-vous. Sachez qu'il me serait possible de précipiter les événements, mais je me suis fait un devoir de n'engager le pays dans aucune aventure troublante. L'industrie et le commerce redoutent toute crise. Aussi compté-je arriver tranquillement, logiquement, par la force même des choses. Ce qu'on appelle le boulangisme pousse ses branches comme un arbre, avec une régularité presque mathématique. Je m'évertue donc, je vous le jure, à retenir par les basques ceux de mes partisans qui se montrent trop empressés. Je leur répète le mot du fabuliste : Rien ne sert de courir, il faut partir à point. Seulement, je le modifie un peu. Nous sommes partis à point; il faut arriver à temps. Mon principal facteur, tous mes partisans le savent, c'est la confiance. S'ils ont mis la leur en moi, c'est qu'ils sont sûrs que je ne doute personnellement ni de mon courage, ni de mes forces, ni même du succès. N'ont-ils point déjà vu, d'ailleurs, tout ce que mes adversaires ont fait contre moi tourner en ma faveur? »

Il n'y avait rien à ajouter à ces déclarations impor- ■«lantes. Je les eusse amoindries en les faisant suivre de menus détails.

Je dois dire, pourtant, qu'à la date dn 23 mai. le géoiéral s'apprêtait à quitter définilivement rhùlel du

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