‹ Le Général BoulangerChapitre 24 sur 52 · VIVE FLOQUET · texte numérisé non relu

VIVE FLOQUET

sont pas habitués à crier, mais la plupart d'entre eux se découvrent. J'en prends à témoin M. Ludovic Halévy, à côté de qui j'ai en le plaisir d'être placé un moment.

Très acclamé aussi, le général Saussier, gouverneur militaire de Paris.

Les troupes lui sont présentées par le général d'infanterie le plus ancien de grade, le général Coiffé.

Ainsi que l'a inauguré, deux ans auparavant, le gé» néral Boulanger, on décore sur la pelouse, avec la solennité que j'ai déjà décrite, les nouveaux promus, chevaliers et médaillés.

Le premier corps qui défile, c'est l'Ecole polytechnique. Elle marche avec une correction à faire envie à Saint-Cyr. On acclame d'autant plus nos polytechniciens que c'est la première fois, depuis vingt-cinq ans, qu'ils prennent part à la revue. On sait que, en 1863, leur général a été seul à crier : « Yive l'Empereur! » comme criaient alors tous les soldats. Il n'en a pas fallu davantage pour qu'on les rayât à jamais du programme du défilé.

Mais tout à coup, comme ils défilent, quelqu'un se souvient que M. Garnot est sorti, l'un des premiers, de l'Ecole polytechnique. Il crie : « Vive Garnot î » La foule saisit l'allusion, et se retournant vers le Président de la République, l'acclame.

M°^° Garnot, qui est au milieu du premier rang de la tribune diplomatique en délicieuse toilette mauve, paraît radieuse.

A sa droite est M'"° Floquet, qui toujours très jolie, et paraissant rajeunie encore dans sa toilette paille, se tourne en souriant vers j\I. Garnot : celui-ci de nouveau salue la foule.

Défilent les Sainl-Cyrien.- qui retrouvent leur succès classique. On me fait remarquer qu'ils ont rencontré un pli de terrain sans qu'un seul d'entre eux ait quitté l'alignement.

x\près le long et un peu monotone passage des quatorze régiments d'infanterie, qui nous montre nos jeunes troupes en grande tenue, on attendait un épisode nouveau pour les Parisiens, le défilé des territoriaux. En province, il ne se passe guère d'année sans qu'une grande revue comprenne les bataillons ou escadrons de la territoriale convoqués pour les appels d'instruction. Mais à Paris ce spectacle n'avait jamais été donné, et il a été le succès de la revue, le clou de la fête.

Les deux bataillons du 18*^ et du S't'-. venus d'Evreux et de Fontainebleau, sous le commandement du lieutenant-colonel Bérot, se sont présentés en tenue de campagne, la capote relevée, avec la crâne allure d'une troupe solide. On leur a fait une ovation qui aura de l'écho dans toute notre armée de seconde ligne. Types d'anciens soldats, correction parfaite des officiers. L'armée territoriale justifie le nom qui lui a été déjà donné par plusieurs généraux : « C'est la vieille garde de la République. »

A noter, pendant le défilé de l'infanterie, un incident tragique.

Parmi les soldats qu'on a vu porter à l'ambulance était un officier d'infanterie, tombé de cheval devant la tribune même du Président. Arrivé à l'ambulance, cet officier est mort d'une congestion cérébrale.

En tête de l'artillerie, les généraux Macé et Thévenin sont à leur tour acclamés.

1888. — VIVK KLOQUET 2i23

Pour la première fois, la cavalerie a défilé au trot, par escadron?, à dislance entière et non en colonne serrée.

Après le défilé, elle s'est formée en bataille sur deux lignes se faisant face, allant des tribunes au débouché de la route de l'hippodrome sur le champ de courses.

C'est entre ces deux lignes, et pendant qu'on lui rendait les honneurs, que le Président de la République a quitté le terrain de la revue.

De nouveaux cris de : « Vive Boulanger! » ont bien retenti près de la Cascade. Néanmoins M. Carnot doit être enchanté de sa journée.

Etant donné les circonstances, il ne pouvait certainement l'espérer meilleure.

Quanta M. Floquet, il exulte.

Tout le temps d'ailleurs, il m'a fait l'effet d'un toréador triomphant.

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