‹ Le Général BoulangerChapitre 23 sur 52 · VIVE FLOQUET · texte numérisé non relu

VIVE FLOQUET

La revue du 14 juillel devait nalurellement avoir, en de telles circonstances, un caractère tout particulier.

Qu'y ferait-on?

Quels cris y pousserait-on ?

Je ne recommencerai pas la fastidieuse description de la pelouse de Longchamp, livrée aux manoeuvres Iraditionnelles.

On sait que la revue est quand même le grand plaisir des Parisiens. En 1888, comme les années précédentes, ils ont acclamé l'infanterie, l'artillerie, la cavalerie, qui ont, comme toujours, admirablement défilé.

Ce qui m'intéressait le plus, c'était l'accueil qui allait être fait au Président de la République et à M. Floquet. Selon l'usage, c'est le chef du cabinet qui est arrivé le premier. Il a bien entendu de nombreux cris de : « Vive Boulanger! » et de « A bas Floquet! » en passant devant la Cascade et le Moulin, mais les nombreux spectateurs des tribunes et des enceintes lui ont fait, jusqu'à sa descente de voiture, une ovation tellement chaleureuse qu'elle a même étonné les maires de province, invités, ce jour-là, par la municipalité parisienne, à jouir de

« notre grande vie. » On crie : « ViveFloquet.... et., et., et., et! »

Le président du conseil salue, remet son chapeau sur l'oreille, et, du pas ferme qu'on lui connaît, gagne la tribune présidentielle où sont déjà MM. de Menabrea, et quelques ambassadeurs, MM. Méline, Le Rover, de Freycinet, etc.

On recommence à crier : u Vive Floquet! »

Nouveau salut.

Les maires, qui sont placés au-dessous de la tribune diplomatique, regardent la foule d'un air étonné. On leur avait dit, sans doute, qu'à Paris ce n'était pas le gouvernement qu'on acclamait. Puis ils sont décontenancés. On leur a donné des chaises; ils croient que c'est pour s'asseoir et ils voient tout le monde monter dessus. Ils font comme les Parisiens, mais ça les amuse d'autant moins de rester debout tout le temps qu'ils se sont fatigués le matin à explorer Paris.

La plupart sont en habit. Tous ont l'écharpe à la ceinture. Il n'y aurait pas moyen de ne pas les reconnaître.

Au milieu d'eux est M. Lissagaray qui, m'assure-t-on, a donné à la Société des Droits de l'Homme la première idée de les faire venir à Paris.

Coup de canon. C'est M. Garnot qui arrive. Ainsi que M. Floquet, il a entendu en route, — les rapports de police l'ont eux-mêmes constaté, — vociférer près de la Cascade : « Vive Boulanger! » et « A bas Carnot! » Mais, à son arrivée, les cris de : « Vive Carnot! » éclatent. Quelques-uns sont même poussés d'une façon sauvage. On sent qu'on y a mis une allusion. Beaucoup de chapeaux se soulèvent. Le^ maires restent silencieux, ils ne

Page 1