‹ Le Général BoulangerChapitre 38 sur 52 · PAS DE SEDAN I · texte numérisé non relu

PAS DE SEDAN I

« Les Sedan! c'est à l'incurie gouvernementale, aux expéditions lointaines et ruineuses que nous les devons. Est-ce donc la peine d'avoir dépensé tant de travail et tant de millions dans la réorganisation de cette armée dont tous les Français font maintenant partie, pour qu'en cas d'attaque celui qui s'intitule « candidat de la République » ne trouve à nous prédire que la défaite î

c La France n'a plus aujourd'hui de Sedan à redouter, car en même temps qu'elle veut résolument la paix, elle se sent de force à se défendre contre les provocations, comme à subir les assauts dont on la menacerait.

1889. — l'élection de la seine M9

a Escompter Tiavasion, c'est à ce degré d'abaissément que sont tombés mes adversaires I

« £ lecteurs de la Seine f

« Les Sedan, nous savons mieux qu'eux ce qu'ils coûtent. Où était-il donc pendant la guerre, le candidat qui adresse à notre armée ce suprême outrage? Nous ne l'avons vu à Ghampigny, ni parmi les comluittants, ni parmi les blessés.

« D'autres que lui faisaient alors leur devoir, comme ils sont prêts à le faire encore si la protection de la Patrie l'exigeait. Mais c'est afin d'éviter un nouveau Sedan que nous voulons consacrer à la défense et à la prospérité du Pays les trésors qu'on dilapide dans les scandales du favoritisme et dans la création d'injustifiables sinécures.

u Yive la France ! Vive la Képublique !

({ Général Boulanger. »

La leçon est dure, mais on conviendra qu'elle était méritée.

Qu'il soit question de Sedan ou d'un fait politique quelconque, les journaux qui patronnent la candidature de M. Jacques le distillateur, ont d'ailleurs une singulière façon de mener la campagne. Pour l'un d'eux, les boulangistes sont des assassins, des massacreurs, des traîtres, des farceurs, etc.

On ne dirait jamais que M. Jacques est le champion du régime parlementaire.

La banlieue en tout cas ne paraît point disposée à suivre le président du conseil général.

Ses principaux électeurs font placarder autour de Paris une affiche engageant les suburbains à ne pas voter

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pour le conseiller municipal qui n"a jamais rien fait pour eux.

A Paris les meetings foisonnent.

Dans le deuxième, le septième, le sixième et le dixseptième arrondissement, très bonnes réunions pour le général Boulanger.

De leur côté, les conservateurs continuent à se rassembler. Le projet d'une déclaration est décidément adopté.

A la Chambre, un de mes confrères demande à M. Henry Maret :

— Le général sera-t-il élu?

— Mon Dieu I répond le député de Paris, il le serait que cela ne m'étonnerait pas. Est-ce qu'on sait jamais? Il a tant de chance... Et puis combien voteront pour lui par sport pour embêter le gouvernement !

Eu période électorale, la politique ne chôme jamais.

Le dimanche 13 janvier, au Père-Lachaise, grande réunion antiboulangiste.

Pour les cadettistes, en effet, tout est bon contre le général, même les morts.

Après Baudin.Dussoubs, puis François-YictorRaspail.

C'est au rond-point Gasimir-Périer que se trouve, en deuxième ligne, le caveau de la famille Raspail, audessus duquel les manifestants déploient deux bannières.

Sur un écusson de pierre, on a écrit :

o: F.-V. Raspail, dont une partie de l'existence s'est passée en prison et en exil, pour le triomphe de la République. Sa dernière condamnation l'a frappé à l'âge de 80 ans.

« Les Ol'VRI1:R5 MARBRIER? DE Paris RECONNAISSANTS. »

1889. — l'élection de la seine 331

Les discours commencent.

Chaque orateur, naturellement, fait allusion à l'inévitable question électorale.

Un manifestant en arrive môme à demander l'excommunication politique du candidat Boulanger!

Pendant ce temps, à l'Elysée-Montmartre, manifestation contraire.

Là sont réunis, sous la présidence de M. Georges Roche, député, douze cents membres de la Société d'unification de retraite des sous-officiers et soldats des armées de terre et de mer.

Sur l'estrade, M. Bourgeois, député de la Vendée.

Il fallait dix millions pour unifier les retraites.

La Chambre les a refusés.

Avec une éloquence rare, M. Andrieux fait le procès du Parlement.

M. Dick de Lonlay, ancien soldat, lui succède. Il débute par reprocher aux députés de toujours porter aux nues le parlementaire qui a montré comment on meurt pour vingt-cinq francs par jour.

— Combien de fois avez-vous montré, vous, comment on brave la mort pour un sou par jour!

Après avoir exposé la si triste question militaire qui, malgré son urgence, est toujours pendante, il célèbre ceux qui ont versé leur sang pour la France et conclut ainsi :

■" — N'enverrez-vous pas avec moi vos hommages de soldats au sous-lieutenant du 1®'' tirailleurs indigènes qui, le 3 juin 1859, tombait frappé d'un.e balle en pleine

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poitrine, au combat de Turbigo, en abordant le premier les Autrichiens, et recevait la croix de la Légion d'iionneur sur le champ de bataille; au lieutenant du bataillon des tirailleurs indigènes qui, le 18 février 1862, en surprenant le village annamite de Troï-Ga. était grièvement blessé d'un coup de lance dans le flanc; au lieutenant-colonel du 114^' de marche qui, le 30 novembre 1870, à la bataille de Champigny, bien que blessé à l'épaule, se faisait soutenir par ses sapeurs pendant qu'il entraînait ses soldats à l'attaque des hauteurs de Yilliers ; au ministre de la guerre enfin, qui s'est toujours occupé de vous, et qui, suivant la belle expression de Canrobert, a relevé le pompon du troupier français?

Et on dit que cet homme-là n'a rien fait pour la France ? Allons, camarades î

A ces mots un formidable cri retentit :

— Vive Boulanger I

Le lendemain, 14 janvier, se réunissaient, chez Lemardelav, tous les présidents des comités royalistes.

Immédiatement après avoir ouvert la séance, M. Ferdinand Duval, président, a rendu officiellement compte de la réunion préparatoire du 4 janvier.

— Le comité central, a-t-il dit en substance, a pris la résolution de ne pas présenter de candidat à l'élection du 27 et de motiver sa détermination par une déclaration que MM. Camille Roussel, Denys Gochin et Ferdinand Duval ont été chargés de rédiger. J'ai l'honneur de soumettre à la ratification du comité la décision de la réunion préparatoire.

Pour simplifier, le président a résolu de discuter séparément les deux points en question.

1889. — l'klection de la seine 333

L.i déterminalion de ne pas présenter de candidat n'a soulevé que des protestations isolées.

Mise aux voix, elle a eu l'unanimité des suffrages,

moins quatre.

Le second point a été l'objet d'une longue discussion. Un grand nombre de membres désiraient que le comité s'abstînt de toute manifestation.

Je me contenterai de citer parmi les plus chauds partisans d'une déclaration M. Denys Cochin et, parmi ses plus ardents adversaires, M. Georges Berry.

Le président a mis aux voix le principe d'une communication écrite.

Il y avait 70 votants.

Par 38 voix contre 3:>, le principe a été adopté. La déclaration n'a donc eu que 6 voix de majorité. Ces simples chiffres suffisent à donner une idée de l'ardeur de la discussion.

Dans l'idée première des rédacteurs, la déclaration devait être adressée aux électeurs. Pour tout concilier, MM. Rousset, Cochin et Duval ont proposé de lui donner la forme d'une « communication adressée parle comité monarchiste iiwyi comités cl' arrondissements ». Cette proposition a été adoptée. Yoici donc le texte de la communication votée :

<t Le comité conservateur monarchiste de la Seine, réuni en assemblée générale, le lundi 14 janvier,

« Regrette de ne pouvoir déférer au vœu que lui ont exprimé de nombreux royalistes désireux de prendre part au scrutin qui va s'ouvrir à Paris, le 27 janvier

prochain.

« A une date aussi rapprochéedesélections générales,

il ne lui paraît pas possible de présenter un candidat pour une élection partielle.

« Mais les royalistes qui composent le comité, — résolus à n'abdiquer devant personne leurs convictions et leurs espérances, partisans de la monarchie parce qu'elle peut seule donner à la France un gouvernement fort qui se servira de sa force pour faire respecter les droits des citoyens et sauvegarder les libertés publiques, — ne peuvent faire un choix entre les deux candidatures républicaines qui se trouvent en présence.

« Ils estiment que les monarchistes doivent garder la neutralité la plus stricte, y»

Après une nouvelle discussion sur la publicité qu'on donnerait à ce document, il a été résolu qu'on ne l'afficherait point. On se bornera à le lire en séance dans tous les comités convoqués à cet effet.

Si courte qu'elle soit, la période électorale paraît toujours trop longue aux Parisiens, qui se lassent d'ailleurs de tout dès la fin de la première semaine.

Le général le comprend si bien qu'il ne tarde pas à conjurer ses amis de ne plus se livrer à aucune manifestation. De jour en jour, il fait mettre moins d'affiches sur les murs et voit avec indifférence celles de M. Jacques recouvrir tout Paris ; il ne lancera une nouvelle déclaration que si on l'y oblige absolument.

Pendant ce temps, Déroulède en personne donne des ordres à une armée de déménageurs. Dans la matinée du io janvier, son propriétaire de la rue Saint-Augustin s'est refusé à lui laisser la salle de réunion de la Ligue des patriotes, sous le prétexte que cette Ligue est devenue trop boulangiste.

1889. — l'élection de la seine 835

Après une petite querelle, on a rompu le bail, et Déroulède a dû, en quelques heures, s'enquérir d'un nouveau local. Le voilà installé au n" 9, place de la Bourse. Il en est ravi. Son propriétaire s'appelle Veinard.

— Un présage, s'est écrié le président de la Ligue. Je ne doutais pas du succès du 27 janvier. Maintenant j'en suis sûr.

Le fait est que, peu à peu, le boulangisme gagne du terrain. Les réunions anticésariennes offrent même d'étranges surprises.

Ainsi, rue de la Bastille, dans une réunion antihoulangiste, un auditeur a osé avouer qu'il était boulangiste et on ne l'a pas conspué.

Bien au contraire, les ouvriers présents l'ont frénétiquement applaudi, surtout après ce mot: « Boulanger, pour moi, voyez-vous, c'est le porte-drapeau du dégoût!... »

Tout donne à croire qu'avant de partir delà rue Saint- Augustin, le ligueur L. Albin ne s'est pas trompé en collant sur la glace le sixain suivant :

Notre propriétaire, en rag-e, Veut que la Ligue déménage.

Cet iiomme a peur de Boulanger !

Mais la Ligue tient sa revanche.

Vienne bientôt certain dimanche Et Floquet va déménager.

De Jeur coté, néanmoins, les cadettistes chantent victoire. Ils se vantent d'avoir la province avec eux. A preuve oO francs qui leur ont été envoyés par le Cercle populaire républicain de Pithiviers pour les frais

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de l'élection, puis un ordre du jour dans lequella gauche du conseil municipal de Monlluçon traite le général de factieux. Si, avec cela. M. Jacques ne triomphe point î...

Le gouvernement accumule les efforts. Chaque jour, il lance un nouveau projet capable de rallier des voix au président du Conseil général. Le malheur est qu'on voit trop les ficelles. Ainsi personne ne s'est mépris à l'annonce purement fictive d'un nouvel impôt sur les gros loyers. On espère, en frappant les électeurs riches, gagner les électeurs pauvres, c'est-à-dire la majorité. Ceux-ci ne manqueront point de trouver la mesure tardive.

Il y a trois semaines, le ministre des finances avait supprimé les gratifications au personnel à l'occasion du jour de l'an.

Du coup, tous les employés votaient pour M. Boulanger. — ^L le ministre leur a fait savoir que les gratifications supprimées par erreur seraient payées « à la fin du mois », c'est-à-dire après l'élection.

Ficelle électorale en faveur, du candidat officiel.

On promet aux ouvriers sans travail de l'ouvrage qu'ils attendent toujours. Le général réplique en faisant atTicher la proclamation suivante :

« Ouvriers de la Seine,

« Chaque jour, quarante journaux, dont la plupart sont entretenus à vos frais par un gouvernement sans scrupules, me traînent dans la boue.

« Parce que je veux substituer au régime parlementaire, qui est le gouvernement d'une classe égoïste et

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corrompue, une République démocratique, on me représente à vous comme un aspirant à la dictature.

« Est-ce donc vouloir la dictature que de vouloir que le pays soit consulté directement sur les grandes questions politiques et sociales?

« Ouvriers de la Seine,

« Vos camarades, les mécaniciens de Lille, les filateurs de Roubaix, les mineurs de Yalenciennes, les pêcheurs de Dunkerque, les ouvriers d'Amiens et de Rochefort sont venus à moi en masse parce que, malgré toutes les calomnies, ils ont reconnu en moi le démocrate sorti du peuple, un des leurs, dont toute la vie a été consacrée au service de la Patrie.

<t Votre robuste bon sens et le sentiment de l'honnêteté qui est en vous me vengeront de toutes les infamies que les parlementaires déversent contre moi afin de vous retenir sous leur joug.

« Ouvriers de la Seine,

« En votant pour moi, vous voterez pour la République démocratique et vous signifierez à vos exploiteurs que vous ne voulez plus donner vos enfants pour d'inutiles et dangereuses conquêtes, ni vos impôts pour doter leurs sinécures.

« Vive la France !

oc Vive la République !

« Général Boulanger. »

Le 19 janvier, je passe la matinée chez le général Roulanger. Le rôle de candidat n'est vraiment pas amusant. Maintenant le général se lève à sept heures, c'està-dire à la lumière. Il s'habille à la hâte, prend une tasse de thé, parcourt les journaux de toutes nuances, reproche

au Figaro de parler plus des réunions jacquistes que des réunions boulangisles, répond, à l'aide de son secrétaire, aux lettres urgentes.

Vers huit heures et demie, Joseph lui annonce les premiers visiteurs.

Joseph, c'est le groom qu'on connaît, un éphèbe qui a le toupet d'un Crispin vieilli.

Il bouscule les visiteurs, les trouve toujours trop pressés, les empile dans les divers salons, puis dans les escaliers, disant aux nns : « Ahî vous, vous avez bien le temps d'attendre. » et aux autres : « Je sais que vous êtes pressé, je vais vous faire entrer. > Il n'a pas seize ans et il a l'autorité de la trentième année. C'est le vrai gavroche parisien, ne craignant rien, ne respectant que très peu de personnes, ayant toujours une réplique sur les lèvres.

J'ai demandé au général la permission de m'asseoir devant son vaste bureau et d'assister aux réceptions.

Au début, il était très affable, presque gai, disant : c Vous votez pour moi. x\lors retirez-vous vite. Il paraît que l'hôtel est plein. Envoyez-moi tous ceux qui disent ouvertement qu'ils me sont hostiles. »

Déjà il y a, parmi les visiteurs, quelques-uns de ceux-ci.

— Alors, demande le général à l'un d'eux, vous volerez contre moi?

Le visiteur répond d'une voix très crâne :

— Oui, général.

— Et pourquoi?

— Parce que je suis ennemi de toute dictature.

— Et moi donc! Mais c'est étonnant, ma parole ! Sur quoi vous appuyez-vous pour déclarer que j'ambitionne

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la dictature? Ecoutez. Je vais vous mettre à l'aise. Tous les journaux ont publié ma biographie. Lisez-la attentivement dans le journal qui m'est le plus hostile. Ecartez les injures et ne regardez que les faits. S'il y en a un seul qui vous démontre que j"ai, non pas une heure, mais une seule minute dans ma vie, témoigné de mon envie de la dictature, votez contre moi, engagez même vos amis à voter contre moi.

Arrive une députati(m d'Israélites.

Il paraît que M. Vergoin, dans une réunion récente, a prononcé des paroles qui leur ont fait craindre que le parti national ne se réclamât des doctrines anti-sémitiques.

Ils ont cru devoir demander au général des explications à ce sujet.

— Non, répond-il, je ne suis pas anti-sémite. Je suis trop partisan de l'égalité de tous les Français devant la loi. je prise trop cette grande conquête de la Révolution française, la liberté de conscience, pour qu'aucun culte, aucune race aient à redouter d'être persécutés par moi. Je suis convaincu que cette opinion est partagée par tous mes amis du comité, M. Vergoin comme les autres. Ses paroles ont peut-être, ce qui arrive souvent, dépassé sa pensée. En tous cas, elles sont loin d'avoir rendu la mienne.

Et il parle ainsi, sans chercher sa réponse. Il fait de môme tout le temps, m'étonnant, je vous le jure, par sa promptitude à trouver tout de suite le mot qu'on attend.

Un électeur se présente. Ilest furieux. C'est un jacquiste. Trois fois, il a essayé de voir son candidat. Toujours

vainement. Alors il vient voir le général Boulanger et le quitte en lui déclarant qu'il votera peut-être pour lui « s'il se conduit bien jusqu'au jour de l'élection », mais qu'en tout cas il votera plutôt pour M. Boulé que pour M. Jacques.

Il est onze heures et l'hôtel est toujours plein. Entre deux visites, le général m'a invité à déjeuner.

A midi, le valet de chambre vient lui annoncer que le repas est servi.

— Déjeunez seul, me dit le général. Je ferai aujourd'hui comme hier. Je ne déjeunerai pas.

Devant cette proposition, je me sauve. Et, trois fois, dans l'après-midi, je téléphone à l'hôtel. Le général reçoit toujours. A cinq heures, M. Naquet, sénateur, me dit qu'il n'a pu lui-même entretenir le général qu'un instant.

Et c'est ainsi jusqu'à sept heures. Alors le général s'habille et va dîner en ville.

Se reposera-t-il pour cela? Non. A table, il recueillera les renseignements que lui fourniront les invités, il les enregistrera dans sa prodigieuse mémoire.

Il fera de même dans la soirée qui suivra, entendant tout avec le même sang-froid, les rapports défavorables comme les meilleurs. A onze heures, le comte Dillon, qui veille sur lui ainsi que sur un fils, lui dira : « Allons, Georges, il est temps... » et l'obligera à se retirer.

Et cette vie horrible durera jusqu'au 26... au soir!

Il va sans dire que, de leur côté, tous les boulangistes ont du mal.

L'ère des coups est ouverte. Le 19 janvier, c'est rue d'Alésia et rue des Billettes ; le 20, c'est dans un quartier beaucoup plus paisible que les assommades ont lieu.

1889. — l'élection de la selne o41

Le comité anlicésarien du VIP arrondissement avait convoqué les électeurs au préau de l'avenue Duquesne, tout près de l'église Saint-François-Xavier.

Vers une heure et demie, cinquante anticésariens occupaient la salle. Ils élevaient autour du bureau de véritables barricades avec les bancs scolaires que l'on avait laissés, peut-être à dessein, dans un coin. A deux heures, j'interroge un des organisateurs : « Vous n'êtes pas nombreux, que pensez-vous de la réunion ?» — « Les boulangistes crieront tout le temps, mais nous serons en nombre ! »

Une demi-heure après, les présidents et secrétaires du comité organisateur s'installaient au bureau. L'assemblée est devenue plus épaisse, et les protestations sont vives. On crie, on chante, on s'amuse. Il y a maintenant un millier de personnes. Le bureau persiste à s'imposer. « Pas de dictature ! » crie la majorité boulangiste. « Nous n'en voulons pas, ici encore moins qu'ailleurs. )^

On met enfin aux voix la formation du bureau. MM. Wickersheimer, député, antiboulangiste, Pierre Gérard, boulangiste, Rienzi, bouliste, montent sur l'estrade pour se rendre compte du vote émis. Tous les trois reconnaissent qu'à l'immense majorité, M. Boulogne, boulangiste, est nommé président ; ils s'adjoignent à lui et le bureau est constitué.

Au moment où M. Boulogne va donner la parole à un orateur, une bagarre s'engage. Les partisans de M. Jacques escaladent la tribune, frappent à coups redoublés sur les membres du bureau, jettent la table, les chaises et les bancs sur les spectateurs. Il se passe une scène indescriptible. On enfonce les portes du préau pour se sauver dans la cour, les cannes p/ombées se lèvent et

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