LUI
De jour en jour augmente, dans l'armée et dans le peuple, le renom du général Boulanger.
La plupart des journaux le dénigrent ou l'insultent; la caricature le bafoue. Il n'en a cure. En dépit de tout, il rayonne au zénith.
C'est à qui essayera de le faire tomber du ministère. Le cabinet tombé, c'est à qui l'empêchera d'entrer dans le suivant. M. Grévy, surtout, ne veut pas de lui. Le 30 mai, après treize jours de crise ministérielle, le général Boulanger est remplacé, dans le cabinet Bouvier, par le général Ferron.
Va-t-il pour cela disparaître ? Va-t-on cesser de parler de lui? Où. est-il ?-Qae fait-il? C'est ce que, — dans un pays OLi, huit jours après la chute d'un ministère, personne ne sait plus qui a été ministre, — tout le monde se demandait, quinze jours après le départ du général Boulanger. Il n'était question que de lui. Sa biographie continuait à être promenée par les rues. Son portrait était l'ornement des vitrines. L" Alsace-Lorraine l'achetait par ballots.
Elle en a fait l'autel de la famille entière. L'enfant, matin et soir, y redit sa prière'.
Oui, tels sont deux des vers du poème intitulé : « Le Général Victoire ou le rêve de la petite Alsacienne. » On en était arrivé, dans Tidolàtrie ambiante, à faire de celui qui voulait démembrer l'Eglise en enrégimentant les séminaristes le dieu de l'autel de la Patrie î
Mais enfin oii est-il? C'est ce que je suis chargé par mon journal de savoir, le lo juin. L'ancien ministre est resté à Paris. Il continue à habiter avec sa famille à l'hôtel du Louvre, appartement n'"-' 283. Il n'}^ passe guère que la nuit. C'est à qui, depuis sa chute, donnera un déjeuner ou un dîner en son honneur. Il faut même l'inviter cinq ou six jours à l'avance.
Ces invitations tombent à point. Selon son expression, « il n'a pas le sou, mais il s'en f. .. » Il n'a, dit-il, jamais tenu à l'argent.
On lui a offert un commandement. Il a refusé. Il désire rester en congé jusqu'en octobre. Pourquoi cette date ? Ah ! parce qu'à celui qui tombe, l'espérance encore peut rester. Comme la petite Alsacienne, le général Boulanger a son rêve. Dans ses insomnies de vaincu, il voit tomber, avec les feuilles d'automne, le présent ministère.
— Si les opportunistes, lui a dit un député conservateur, trahissent la République en s'alliant avec la droite pour soutenir le cabinet Rouvier, la droite se fatiguera de mécontenter ses électeurs en votant avec les opportunistes. Ce jour-là le cabinet tombera.
Et si le cabinet actuel tombe, le général Boulanger est, d'après ses partisans, immédiatement appelé à faire partie du suivant. Sa certitude à cet égard est si
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complète qu'il ne souffre nullement du fait même de sa mise à la retraite.
Il n'est point toutefois sans soucis. D'abord il s'ennuie horriblement de n'avoir plus rien à faire. Ensuite il voit avec beaucoup de peine son successeur exiler Tun après l'autre du ministère de la guerre les nombreux Boulangistes qui en occupaient les bureaux.
I] reçoit fréquemment des délégations qui lui proposent d'organiser des réunions en sa faveur. Les commerçants des BatignoUes voulaient, dans ce but, louer la salle Lévis. A tous les Boulange^ langelâtres^ il répond qu'il désire rester en dehors de toute manifestation.
C'est à cause de cela qu'il s'apprête à quitter Paris. Il partira pour la campagne le 1'^'' juillet. Il désire qu'on le sache.
Gomme ses partisans se promettent de manifester autour de la revue du 14 juillet, il ne veut à aucun prix rester à Paris ce jour-là, ni la veille. De la sorte, on ne pourra l'accuser de provocation.
Mais cette revue aura-t-elle lieu? Déjà l'Elysée a pris des renseignements. On y sait parfaitement que, dès qu'apparaîtra le général Ferron, sur l'hippodrome de Longchamp,un cri formidable retentira, celui de : « Vive Boulanger! » On y sait même qu'à l'arrivée du président de la République, qui n'a pas osé, contre tout usage, assister au Grand-Prix de Paris, des groupes massés derrière la tribune présidentielle crieront : « A bas Grévy ! »
Aussi M. Bouvier cherche-t-il le moyen de ne point faire passer la revue. On espère bien pouvoir la décommander « pour cause de chaleur », mais le général
Ferroîi a peur de s'entendre objecter qu'il e?t étrange qu'on trouve le soleil parisien trop chaud à l'époque même où on enverra encore iî,000 hommes sous le soleil brûlant du Tonkin.
Donc, on reste perplexe.
Quant au général Boulanger, il se désintéresse de la chose. Il déclare n'avoir plus besoin de manifestations. Il croit vraiment avoir déjà sa place solidement établie dans le cceur de la nation.
— Je n'ai pour l'instant qu'à me tenir à l'écart, dit-il à ses amis intimes. Qu'il y ait la guerre, bon gré, mal gré, je serai forcé de partir. Ce n'est pas seulement Paris, c"est toute la France qui, dans sa confiance légitime ou non, criera : « Boulanger! » La paix était plus assurée quand j'étais ministre de la guerre. Pour l'Allemagne, j'étais le danger... Mes ennemis personnels auraient dû comprendre que leurs fils sont plus exposés à être appelés sous les drapeaux en mon absence qu'en ma présence...
Le général croit d'ailleurs que c'est notre ambassadeur à Berlin. M. Herbette, qui a positivement exigé son départ.
0 II reviendrai... » dit Lune des chansons qui le célèbrent. De ce qui précède on peut conclure que, pour le général Boulanger, cela ne fait pas doute.
Pendant ce temps, le cabinet manœuvre.
Il ne trouve rien de mieux que d'exiler son terrible ennemi.
Le :î9juin, le président de la Républi«]ue signe un décret aux termes duquel le général Boulanger est nommé au commandement du 13" corps.
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Donc le voilà appelé à remplacer à Glermont le général Bréart.
Il a été acclamé, con-piié, chanté, vilipendé, illustré. Il a même été tête de pipe. Il va être iVuvergnat. Rien ne lui manquera.
On sait que quiconque a été ministre de la guerre a le droit de n'accepter aucun commandement pendant l'année qui suit la chute du cabinet.
Il y avait donc lieu de se demander ce que ferait M. Boulanger. Réjouissez-vous, habitants de l'Auvergne. il daigne accepter. Il se rendra à 1,465 mètres au-dessus du niveau de la mer !
Pauvre Yercingétorix ! Depuis longtemps, là-haul, on ne parlait que de lui. Mais comment voulez-vous que lutte sa mémoire contre celui qui était alors le client de MM. Rochefort et Clemenceau, contre l'espoir de la nation, le porte-drapeau de la France, le rêve de la petite Alsacienne ? Prends ta retraite, mon vieux Vercingète, gète, gète. Il faut bien faire place aux jeunes.
Et quand partira le général ?
Quoique les commandants de corps, qui acceptent leur nomination, aient un mois pour rejoindre leur poste, il n'attendra pas les trente jours.
Interrogé sur ses intentions, il a fait — ainsi que M. Jourdain, qui composait de la prose sans le savoir — ce beau vers qu'eut revendiqué Ponsard :
Soldat discipliné, j'obéis à mon chef.
Il lui obéira même tout de suite. Il compte partir le 8 juillet, après avoir naturellement pris congé du Président de la République. L'entrevue sera touchante.
Nous n'aurons donc pas le général le jour de la revue.
Mais est-ce bien sûr? Il paraît qu'il y a des gens dont on doit se méfier. Les journaux annonçaient, la semaine j-récédente, son prochain départ pour la campagne. Ils citaient même la ville qui devait avoir l'honneur de l'abriter : Dinard.
Eh bien ! toute la presse avait été affreusement mystifiée.
— Vous comprenez, me dit Rochefort, il fallait faire croire au gouvernement qu'il ne serait pas à Paris le H juillet...
En tout cas, et ceci est encore une réflexion de Rochefort, « tout lui réussit, à cet homme ».I1 était nécessaire de tenir jusqu'à la revue le public en haleine. Or, nous aurons, avant le 14, des lettres, des visites, enfin le DÉPART. Autant de hors-d'œuvre puissants qui mettront les ligueurs patriotes en appétit pour la grrrrande manifestation.
Il faudrait remonter à Tenlerrement de Victor Noir pour avoir le pendant de ce qui s'est passé, le vendredi 8 juillet 1887, à la gare de Lyon.
Le général Boulanger allait partir.
Devant la foule qui voulait arriver jusqu'au quai d'embarquement, les employés ont été sans force, la police s'est trouvée impuissante. La gare, le quai, tout a été littéralement inondé de cohue.
Dès six heures, le public entourait l'hôlel du Louvre, dont une seule grille était ouverte.
A sept heures et demie, il y avait bien, aux abords de l'hôtel, dix mille personnes.
De temps en temps, quand passe un omnibus, on crie : « Vive Boulanger ! »
La croyance de la majorité est que le général est parti depuis longtemps, ou bien, s'il est là, qu'il sortira par une porte dérobée. On ne manque pas de constater avec plaisir qu'on n'aperçoit pas un seul gardien de la paix. Aussi la circulation ne tarde-t-elle pas à être interrompue.
A 7 heures et demie précises, un immense cri de « Vive Boulanger ! » retentit. C'est la voiture du général qui sort, suivie de trois fiacres. Les personnes mas-
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sées devant la porte de l'hôtel arrêtent le cheval, et la voilure reste là cinq minutes, pendant lesquelles on hurle : « Vive Boulanger ! Vive l'armée ! A bas Grévy ! »
Enfin, le passage est rendu libre par le public luimême et la voiture part au galop. Mais, tout le long du chemin, il y a du monde qui crie. Le général répond aux acclamations en levant son chapeau. On se dirige vers la gare de Lyon, par la rue de Rivoli, la rue Saint- Denis, l'avenue Victoria, les quais de riIùtel-de-Ville et des Gélestins, les boulevards Morland et Diderot.
Partout du monde et des acclamations.
La foule amassée autour de Thùtel du Louvre s'était d'abord mise à suivre en courant la voiture du général, mais celle-ci allait tellement vite que la plupart des manifestants ont dû rester en route. Ils ont été remplacés par d'autres.
Aux abords de la gare de Lyon, des camelots vendent pour deux sous des pièces de cinq francs, à l'effigie du général, des décorations à son image, des épingles, etc.
Il est huit heures quand l'ancien ministre, en civil, avec chapeau noir, arrive à la gare en compagnie du général Jung.
Suivent toujours les trois fiacres dans lesquels se trouvent le colonel Peigné, le commandant Gourtin, le capitaine Joubault, le capitaine Driant, etc.
Devant la gare de Lyon, impossible d'avancer.
Non contente de répéter incessamment : « Vive Boulanger ! j> la foule entoure la voiture de l'ancien ministre et veut dételer les chevaux.
Des gens parviennent à entrer dans le coupé.
Heureusement pour le général, huit agents s'élancent, le délivrent. Ils le conduisent péniblement au milieu
des acclamations jusqu'cà l'intérieur de la gare, mais enfin ils l'aident à marcher.
Gela ne durera pas longtemps.
Aujourd'hui l'expérience est faite... Il suflît à la foule de vouloir pour être maîtresse.
Elle a enfoncé les porte-, elle a envahi la gare.
Sur le quai, — où attendaient beaucoup de personnes, MM. Laguerre et Andrieux, députés, Strauss, conseiller municipal, Paul Déroulède, etc., — s'élance, se précipite, se bouscule une cohue inouïe, une gigantesque trombe humaine, qui suit son héros, le pousse, l'empêche de monter dans le train en partance.
Un employé de la gare croit plus prudent de faire passer le général non par le quai, mais par la voie. 11 faut alors recourir à un détour qui dérange la foule.
Le général, visiblement gêné, ne sait où se mettre. Imaginez un sanglier pourchassé par une meute diabolique.
L'ancien ministre se trouve devant un wagon de troisième classe, portant le numéro 2,943. Il y monte, suivi de MM. Laguerre, Laisant, Lavergne, députés, et de MM. Déroulède et Titard.
Trois agents ont le bon esprit —assez rare dans cette odieuse soirée — de s'élancer à la portière.
Une minute après, il y a une marée humaine autour du train. On est tellement pressé, on a tellement chaud, que c'est à se croire au Hammam. Il y a là un monde très mêlé : un tiers de bourgeois, un tiers d'ouvriers, un tiers de gamins, dont quelques-uns n'ont pas dix ans.
Tout cela crie la plupart du temps :
— Vive Boulanger ! Il reviendra ! Partira pas !
Parfois pourtant un gros monsieur, qui a une serviette sous le bras, vocifère :
— A bas Grévy !
— Regardez-le bien, me dit M. Eugène Mayer. C'est un agent provocateur.
Un instant après, le monsieur qui a pu, je ne sais comment, changer de place, crie :
— A l'Elysée !
Les appels qu'il lance ont d'ailleurs peu d'écho. C'est toujours : « Vive Boulanger! » qui a le plus de succès.
De temps en temps, on chante la Marseillaise. Et nos sillons aident à pousser plus vigoureusement : « Vive Boulanger ! > Essayez.
Il y a maintenant du monde non seulement sur les marchepieds, mais encore sur tous les wagons, même sur ceux des autres trains, sur les locomotives, sur les toits des bâtiments de la gare.
Tout à coup la porte du compartiment où est l'ancien ministre s'ouvre. Par la petite fenêtre voisine, un monsieur demande du silence.
Un autre descend sur le marchepied. Beaucoup de gens se découvrent. Ils croient que c'est le général Boulanger. C'est M. Déroulède.
— Citoyens, s'écrie-t-il...
Mais comment répondre de l'exactitude des paroles qui vont suivre et qui sont coupées à chaque syllabe par des acclamations frénétiques !
— Citoyens, la Ligue des Patriotes a voulu offrir au général Boulanger, au moment de son départ, un souvenir digne de lui. Je viens de remettre à notre illustre ami les deux portraits de ses modèles, le portrait de Gambetta et celui du général Chanzv.
M. DéroLilède lui a donné en effet deux grandes médailles ayant à la face l'une le portrait de Ghanzy, l'autre celui de Gambetta, et au revers : « Au général Boulanger, la Ligue des Patriotes. »
On applaudit et la portière se referme. Je vais à la tête du train pour voir s'il peut partir. Il y a peut-être " 3,000 personnes devant la locomotive.
Les employés essaient pourtant de tromper la fonle. Ils font descendre l'ancien ministre de l'autre côté et l'aident à monter dans le véritable train qu'il doit prendre, dans le coupé qui lui est réservé.
Mais la foule s'aperçoit vite du coup. Elle s'élance sur l'autre quai, déjà envahi. On escalade la locomotive sur laquelle on colle tous les portraits, toutes les chansons qu'on vend dans les rues. Dans les espaces libres, on écrit à la craie : « A bas Grévy. Mort au ministère. Vive Boulanger. Démission. Il reviendra. »
Jamais je n'oublierai l'aspect grotesque de cette locomotive.
Mais peu à peu la nuit tombe. On commence à se dire que le train est en retard. Je crois bien. Le général devait partir à 8 h. 7, et il est déjà plus de 9 heures.
Sur tous les quais, on ne voit que de la foule, au milieu de laquelle se détachent très peu d'agents, qui ne savent que faire. Ils n'ont pas d'ordres.
On étouffe de plus en plus. Dans son compartiment, où tout le monde essaie d'entrer, le général respire à peine. Le bruit court qu'il se trouve mal. Il demande à boire.
Un employé va chercher des bouteilles de bière et des verres.
— Le verre, le verre !
Tout le monde veut le verre.
Il a bu clans ce verre, Grandmère.
Alors, afindebien montrer, sans doute, queles membres de la Ligue des Patriotes sont de bons gymnastes, un monsieur grimpe à une des fermes de fer, et, au-dessus des têtes, fait des rétablissements et des exercices divers, et cela juste devant le compartiment du général. C'est fort drùle.
Mais tout à coup un cri d'efîroi retentit. C'est un banc chargé de monde qui vient de s'effondrer, un de ces bancs faits avec de longues tiges de chêne peintes en vert.
On s'empare de ces morceaux de bois que Ton dresse, cela devient sinistre. La lumière fait reluire la peinture et l'on croirait voir des fusils que l'on brandit.
Ces bâtons sont tendus aux gens qui sont sur les wagons, et qui, les passant au-dessus des fermes de fer, les cassent en deux. Les armes sont dédoublées.
— Vive Boulanger î
Mais l'heure s'avance. Il est 9 h. îlo. On ne partira donc pas I
De nouveau, un monsieur se penche à la portière et demande le silence. C'est le député Lavergne.
— Messieurs, dit-il, notre ami, qui vous remercie de vos sympathies, est très oppressé par la chaleur. Il vous demande la permission d'aller un instant marcher à Taise dans un couloir. Youdriez-vous avoir la bonté de le laisser descendre et de lui faire place?
— Oui, oui! A Paris! Vive Boulanger!
Il descend. On se découvre, mais bientôt on se précipite derrière lui. La cohue devient tempête.
Pour ne pas être écrasé, je suis forcé de saisir les bras de deux voisins et de lutter contre la tourmente.
Le général est bousculé, secoué.
Il ne marche plus. Ses pieds ne touchent plus terre. Il avance en tournant sur lui-même.
Soudain, un vide se fait. On croit que c'est lui qui est tombé. Il est heureux qu'on ait cru cela, car, grâce au nom magique, le monde s'est écarté.
— Non, ce n'est pas lui, dit quelqu'un.
— Ce n'est pas lui ? Ah ! bien, alors.
Et on s'élance. Heureusement l'homme s'était remis debout.
Et on continue à suivre, à entourer le général, qui, soudain, au lieu d'entrer dans un couloir, monte sur une locomotive seule, chauffée à dessein et vomissant déjà de la fumée.
Le sifflet retentit.
— Arrêtons le train ! A Paris ! Il ne partira pas ! A Paris !
Et cent personnes, on ne sait comment, grimpent sur la locomotive et le tendei\ s'accrochent aux tuyaux.
M. Laguerre, qui s'est mis à l'avant, supplie la foule de s'écarter.
L'instinct personnel a parlé. La locomotive, tout doucement, est déjà en marche. On s'écarte.
— Vive le général Boulanger!
La locomotive est partie. Elle porte le numéro, depuis ce temps célèbre, de 132.
Il est 9 h. 40.
Alors seulement des agents cachés dans des bâtin^ents s'élancent et bousculent la foule.
On nous dit qu'il y a à Charenton neuf trains de banlieue et le rapide lui-même en souffrance.
Les agents refoulent les manifestants rue de Lyon où ils se massent en chantant la Marseillaise.
A une boutique, ils voient trois drapeaux déjà disposés pour la fête du 14 juillet. Ils s'en emparent, les déploient et se dirigent vers la Bastille en hurlant :
— A la revue ! A la revue !
Arrivés devant la colonne de Juillet, ils font solen> nellement faire le salut aux trois drapeaux. Alors de nouveaux agents s'élancent et les dispersent.
Ils essaient de prendre la rue Saint-Antoine et crient maintenant : « A l'Elysée ! » La rue Saint-Antoine est barrée par un cordon de gardiens de la paix. Les Boulangistes s'enfuient et suivent le boulevard Beaumarchais en criant: «Il reviendra » sur l'air des Lampions, puis « C'est Boulange ». etc.
A hauteur de la rue du Pont-au-Ghoux, la manifestation est scindée en deux fractions. L'une prend la rue du Pont-au-Choux, l'autre suit le boulevard et cesse peu à peu de crier.
Vers dix heures et demie, ils étaient à peu près une soixantaine braillant encore, avenue de l'Opéra.
Le 14 juillet 1887, grande lutte entre le Président de la République, d'une part, et le général Boulanger , représenté, par MM. Henri Rochefort et Paul Déroulède, d'autre part.
Il faut reconnaître tout d'abord que c'est M. Jules Grévy qui l'a emporté.
Est-ce à dire qu'il n'a pas été sifflé, qu'on n'a point crié : Vive Boulange r ?
La vérité est que, grâce aux précautions prises, la principale bordée de sifflets et d'acclamations boulangistes à laquelle on s'attendait a été complètement ratée.
Les membres de diverses Sociétés 'devaient tous se trouver à 8 heures un quart devant la gare de l'Est. D'après ses propres registres, la Ligue des Patriotes compte 180,000 membres. A l'heure dite, il y avait en tout 3,000 personnes à peu près devant la gare.
Aux chefs de groupes, on remet un papier dont voici, moins un plan, l'excellenle teneur ;