LES BONAPARTISTES ET LE BOULANGISME
U attitude du parti avant le 27 janvier. — La fête du Grand-Hôtel, — Effacement du prince Victor. — Les Bertrands de VOrléanisme, — Candidats in extremis.
Le parti impérialiste, celui qui revendique pour chef le prince Victor, était organisé en Comités d'arrondissements. Ces comités, qui jadis avaient été une force réelle avec laquelle il fallait compter, avaient singulièrement perdu de leur influence, depuis quelques années. Le parti impérialiste propre-
ment dit s'élait scindé après la mort du
Impérial, et une grande partie était u chef légitime de la doctrine démole, au prince Napoléon (Jérôme), x-ci étaient les plus intelligents et les anvaincus, ils ne répugnaient nullei accepter le régime républicain, prinui était la caractéristique du Prince I, comme on l'appelait.
Impérialistes purs (!)ne juraient, eux, »r 16 prince Victor, leurs Comités so isaient à grand fracas d'annonce dans rgane le Petit Caporal, en des paroù des orateurs daubaient sur la R. F.
liaient les beautés du régime impérial, .tallait languissant ; on se désespérait; le venait et le Messie couronné far-
paraitre, pour satisfaire les ambitions Itat-majoret contenter les vœux des
et des humbles.
ces entrefaites, arriva le décret d'exm des Princes. L'occasion était bonne
ET LA. CONSPIBATIOK UOKARi
pour manifester une dernière foi Victor, en se rendant à la ga pour prendre le train.de Bruxe jet d'une ovation qui fera épo' vie, car Bruxelles est plus loin Monceau et nous doutonsqu'il ei des acclamations pareilles à cell rent son départ.
Le général Boulanger,avec s popularité, avaitencore renforc thies du parti républicain en rangs de l'armée les princes en contresignant la loi de bani]
Ce fut sur lui que tomba 1.
Impérialistes privés de leur prêt* les journaux du parti, joumau:
il est vrai, on le traitaitde « Roi de fantoche, de jésuite, de co On lui fit une guerre sans merc tait jusque dans son passé de s
Le Petit Caporal te traînait c le journal satirique, le Pilori
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rialiste, lui consacrait tous ses dessins hebdomadaires, la Patrie alors impérialiste fulminait sous la plume de M. Eugène Guyon, porte-parole du marquis de la Valette, le grand ami du prince Victor. On verra plus loin que ce pauvre marquis possédait à mer- ' veille la théorie de Topportunisme en matière politique. Je ne parle pas de la presse de province qui, elle, emboîtait le pas derrière « les ténors » de la capitale.
Mais quand, plus tard, le parti Victorien (c'est le nom que nous lui donnerons désormais) s'aperçut des mamours que, malgré leur conduite et leurs attaques passées, les Orléanistes faisaient au Général, il se ravisa; le mot d'ordre, tacite d'abord, officiel ensuite, fut : accaparer le Général, le soutenir dans sa lutte contre l'opportunisme, et le suivre dans toutes ses manifestations politiques.
Cette nouvelle attitude des Victoriens fut constatée, en premier lieu, à la fameuse
soirée du Grand-Hôtel, donnée pai Millevoye, puis à la céi-émonie du de la fille cadette du Général, M"® ; Boulanger, avec le capitaine Drian
Au Grand-Hôtel on remarqua 1 rai du Barail, la poitrine conste ses décorations, et, à la cépémonie de Saint-Pierre de Chaillot, tout le l'état-major victorien, depuis le géi Barail représentant officiel du Prii tor, les Clément de Royer, les Da.
Pujol, les Chassaigne-Goyon, les I che, les Georges- Dufour, les Legoi jusqu'aux modestesprésidenls des se de comités.
L'indignation que les ■ intransij du parti avaient ressentie de la prés général du Barail à la soirée bou du Grand-Hôtel s'était manifestée articles très violents du commandan directeur du Petit Caporal.
La consigne ayant été changée, oi
LE g£nëhal boulanger 30 octobre i 888,aux alentours de Saint* I de Chaillot, que le parti victorien 'ait la paix avec le général Boulanger; ralliait à son cheval noir, si Uagitè 5 plusieurs mois.
LS les parlottes des Comités, on décida re une propagande acharnée des doc-
boulangistes ; on ne donnait qu'un souvenir au Prince exilé à Bruxelles ; élection du 27 janvier à Paris, les Vio s votèrent pour le Général.
impérialistes patriotes étaient allés tour se rallier à une vraie République, es l'avaient suivi par esprit de césa- , d'autres enfin plus naïfs ou plus rour avaient embrassé sa cause avec la 3 espérance qu'il restaurerait l'Empire servirait de son immense ascendant s masses, pour devenir le Monck du Victor.
nt aux partisans du prince Napoléon, appelait les Jérdmistes, ils s'étaient.
Philippe VII, plus connu sous le nom de C4omte de Paris.
Dillon avait vu, avec une certaine appréhension,la venue au boulangisme des recrues victoriennes; celles-ci pouvaient, en uu temps donné, devenir réellement des républicains, ce qui aurait vivement contrarié les projets monarchiques des accapareurs du boulangisme, il mit tout en œuvre pour leur barrer la route et rassurer ses amis d'Orléans.
Le prince Victor et son entourage qui bâtissaient à Bruxelles des châteaux en Espagne, se livrèrent pieds et poings liés à la coterie Dillon. Rien ne put leur ouvrir les yeux. Avec un entêtement absolu ils méconnurent tous leurs principes originels, avalèrent toutes les couleuvres, firent toutes les concessions les plus humiliantes, ne voyant rien au delà de leurs illusions et de leurs rêves.
Ils obéirent en aveugles à tous les caprices
de Dillon, opinèrent du bonnet à ses intrigues, à ses compromissions, malgré les éclatants dénis de justice, malgré les hontes dont les abreuvait, à chaque instant, sa politique orléaniste.
Nous publions ici une lettre qui confirmera l'attitude du prince Victor devant les chances de succès futur du général Boulanger. Nous croyons utile également de répéter ce que nous avons dit au début de cet ouvrage ; les lettres que nous publions nous ont été personnellement adressées ; dans le cas contraire nous ne les livrons à la publicité que sur l'autorisation expresse et suivant le conseil du général Boulanger, seul juge et maître en la matière.
Noua écartons par cette déclaration tout soupçon de rechercher du scandale et toute idée de blâmables indiscrétions.
D'autre part, nous ne publions que le strict nécessaire pour éclairer nos lecteurs, il faudrait plusieurs volumes pour contenir
LE GÉNÉRAL BOULANGEH
ments que nous possédons relatifs lériode agitée.
une lettre écrite par le marquis de e au Général, le 16 juillet 1889 :
f 16 juillet.
Mon cher Général, nt d'aborder la question qui est l'olia lettre, je tiens à vous dire combien loureux de tout ce que je vois, chances grandissentde jour en jour, lement grâce à vos efforts et à ceux imis, mais aussi par la folie de vos ires ; on ne pouvait espérer les voir si bas !
us savez combien sont sincères les ue je forme pour votre succès et en ne fais que partager les sentiments elqu'un qui m'est bien cher » (1).
irais voulu contribuer pour une fai- , à la lutte finale, mais grâce aux cir-
rince Victor Napoléon.
ET LA CONSPIRATION MONARCniQUE 233
constances et à la honneamitié que me portent les Orléanistes, je n'ai pu le faire.
« Je prendrai ma revanche un jour !
' « Ne pouvant rien par moi-même, je cherche à aider ceux qui peuvent vous servir et voici pourquoi je vous écris ;
« Un de mes amis les plus chers, le comte de Turenne, ancien officier de marine, officier de la Légion d'Honneur, grand propriétaire dans le Lot, arrondissement de Figeac, se porte au conseil général dans son canton, la Chapelle-Marival, contre un M. Lapparat, opportuniste fiefie, qu'il a déjà battu, mais qui a fait enfin son élection. Il a toutes les chances d'être nommé, d'autant qu'il se porte comme candidat national avec des affiches tricolores.
« Sonbut, s'il estnommé, est de se porter à la députation avec votre programme^ contre M. Vival, opportuniste, etcontreM. de Lamberterie, député orléaniste sortant. Ce
dernier a été substitué à M. de Turenne
bien qu'il ne soit même pas de V arrondissement, et que M. de Turenne se fût porté une fois à la députation, où il n'a été battu que de quelques voix.
« Aujourd'hui M. de Turenne est décidé à réclamer son droit, d'autant que M. de Lamberterie a perdu toute sa situation, et que, seul à seul il sera certainement battu par l'opportuniste. C'est une circonscription perdue.
« Afin d'assurer son succès au Conseil Général, mon ami m'avait écrit pour me prier de demander qu'on lui envoie quelqu'un de Votre Comité, pour faire une conférence chez lui.
« Je suis allé trouver M. Laguerre à qui j'ai raconté la situation et qui, d'accord avec moi, m'a engagé à m'adresser à M. Millevoye. Je viens de le voir à l'instant. Millevoye me répond que vous avez pris une décision récente de ne plus faire de conférences et que, tout disposé qu'ilest de faire pour
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moi tout ce qu'il faudra, il ne peut rien faire sans votre autorisation.
« C'est là ce que je viens solliciter de vous, avec la plus grande insistance. Turenne est un (passez-moi l'expression) bougre à poil qui n'a peur de rien et c'est de ceux-là qu'il vous faut. J'en réponds comme dé moi.
« Comme le temps presse et que je sais combien vous êtes occupé, je n'ose pas voua demander de me répondre, mais faites dire à Millevoye que vous V autorisez.
a II faudrait qu'il pût partir dimanche prochain.
« Avec tous mes vœux,
Bien à vous.
« Signé : La Valette. »
M. de Turenne n'était pas resté inactif et voulant justifier la bonne opinion que le marquis de La Valette, son ami, avait donnée de' lui au Général, s'était bravement jeté
dans la lutte avec l'ardeur d'un homme qui ne ménage ni son temps, ni son argent, ni ses forces pour triompher.
Cette attitude ne fit pas l'affaire des Orléanistes qui supplièrent M. Auffray, le représentant officiel du baron de Mackau et du comte de Paris, de faire intervenir le comte Dillon et de réfréner les ardeurs de M. de Turenne :
M. Auffray adressa donc au comte la lettre suivante qui suivait de près celle que le marquis de la Valette avait écrite au Général.
« Paris, le 1«' août 1889.
« Mon cher ami,
« Dans le Lot, et Tarrondissement de Figeac où M. le baron de Lamberterie est député sortant et candidat, M. le comte de Turenne (qui vient d'être battu au Conseil général) fait construire une salle de réunion et annoncer dans son journal le Petit Quercinois du 27 juillet que « les membres les
plus marquants du Comité républicaia national » viendront tenir là une réunion le 8 août.
« Inutile de vous dire le déplorable effet que ferait cette réunion.
« Pouvez-vous donner des ordres assez prompts pour réfrénerces déplorablesienia.tives ?
Bien cordialement,
« Signé : Jules Auffrat. »
M. de Turenne, à quelques jours de là, reçut l'ordre de rentrer dans le rang. Les orléanistes l'emportaient sur l'Impérialiste, mais ce fut leur unique succès. Le protégé de M. Auffray, le baron de Lamberterie, se présenta dans la circonscription de Figeac avec l'appui et l'agrément du comte Dillon, et., il fut honteusement battu par l'opportuniste Vival, ainsi que le prédisait si juste ment le marquis de la Valette dans la lettre qu'on a lue ci-dessus.