‹ Le général Boulanger et la conspiration monarchiqueChapitre 3 sur 24 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Comme cet ouvrage n'est pas un romanfeuilletonj on ne s'étonnera pas s'il ne présente pas une suite chronologique d'événements successifs.

Nous V avons divisé en chapitres traitant de choses différentes à des époques diverses y pouvant tous s'enchaîner et faisant cependant chacun un tout complet.

Nous consacrons ce volume à des détails de la vie intime du Boulangisme qui présenteronty à n'en pas douter^ un intérêt indéniable, et nous avons évité d'y exposer

lontrer, sous un jour personnalités auxlit allusion dans no-

16 LE GÉXÉRAL BOULAX6ER

chasser quelque pensée obsédante et pénible.

Les autres convives arrivèrent vers 8 heures et prirent place dans la coquette salle à manger de Thôtel de la rue Dumont-d'Urville. Autour de la table luxueusement servie : M., Madame et M"^ Barbier, M. et M™* Lucien Mille voye, M. et M™® Dugué de la Fauconnerie, M. et M°*® Robert-Mitchell, M. et M™*' Le Hérissé, TAmphytrion et M. Albert Verly.

Nous donnons ici le menu de ce dîner tt des funérailles » digne plutôt d'un banquet de réjouissance !

Consommé de gibier à la française

Filets de turbot normande

Côtelettes de pré-salé à la paysanne

Ris de veau à l'Ivoire

Timbales de cailles à la purée de truffes

Punch à la Romaine

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Jambon dTorck au Malvoisie

Salade de saison

.Poularde glacée à la Neva

Asperges en branches sauce mousseline

Plum-Pudding anglais

Vœillet rouge

Ce menu, au nom de chaque convive, orné d'un délicieux dessin Louis XV, avait été écrit entièrement de la main de M"^® de Bonnemain, qui, de la « coulisse », présidait avec son exquise élégance et son affectueux dévouement au général, à toute Tordonnance de Thôtel, réglant, quoique invisible, tous les détails de Texistence mondaine de celui auquel elle avait consacré sa vie.

Le dîner ne fut pas, je dois le dire, des plus gais. Une contrainte poignante, un sentiment inexplicable semblaient agiter chacun. Le Général, si expansif d'ordinaire,

;, préoccupé ; par inslant, ideet bon se voilait, comme front se plissait et de seons pesaient sur tous.

)up de l'affaire de la Ligue irrestations probables, on I sérieuses sur les projets t. Pendant une accalmie, ofond silence, un des conva que c'était l'auteur de : Eh mais! mon général, es Girondins !

(pondit Boulanger, en acparoles d'un sourire forcé, ses invités son long regard

ne pouvait alors presseniner du 31 mars fut touteue le Général Boulanger rance, c'était bien le ban-

1 partait pour la Belgique !

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Nous ne raconterons pas les détails de cette hêgirCy ils sont encore présents à la mémoire de tous.

Quand la nouvelle de ce grave événement se répandit, Paris refusa d'abord d*y croire; peu à peu le bruit prié de la consistance ; et, à rhésitation, au doute, firent place la certitude et la stupeur. Il y eut, dès ce moment, chez certains une première tentative de lâchage.

Le 2 avril, au malin, l'hôtel de la rue Dumont-d'Ur ville présentait Taspect d'une maison hantée. L'affolement y était à son comble, les domestiques étaient ahuris, ne sachant que répondre aux questions des milliers de visiteurs qui affluaient aux nouvelles. Les secrétaires avaient bouche close. Seul le capitaine Guiraud, assis au second étage sur une banquette devant la porte du cabinet du Général, tenait tête aux curieux.

— Parti, le Général ! Allons donc ! disait-

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il, en haussant les épaules ; il est à Paris et doit rentrer tantôt.

Mais, avec moi, il fut plus ouvert, et me serrant la main avec force, il me confessa tout bas la stupéfiante réalité.

Dans sa brusquerie toute militaire, le capitaine Guiraud ne ménageait pas son Général et ses expressions dénotaient une fureur concentrée en de cuisants reproches. Il changea depuis, plusieurs fois d'avis, et dans la suite, le capitaine devait avoir avec son ancien chef de nombreux démêlés ; plus tard à Londres il fût obligé de rentrer en France, Taccord entre ces deux hommes n'étant plus possible. Ces questions d'ordre intime, dont nous connaissons les moindres détails, n'ont rien à voir dans cet ouvrage, nous ne nous y arrêterons donc pas. Je quittai Guiraud et Thôtel vide avec un profond serrement de cœur, sentant qu'il venait de se jouer une suprême partie, et entrevoyant des conséquences néfastes pour l'ave-

nîr; néanmoins, môs affaires réglées à Paris, je décidai de rejoindre le Général et quelques jours après, je partis pour la Belgique.

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