EXPÉDITION DE LA KABYLIE ORIENTALE
pitre I*' de ce volume. Pendant plus de vingt ans, il le suivra partout et ne le quittera que lorsqu'il sera mis en disponibilité, en 1879, pour des causes absolument étrangères à Tarmée et dont nous expliquerons plus loin les déplorables effets.
Leperche a été mon camarade d'enfance au collège de La Flèche ; l'ayant connu intimement et ayant été à même de l'apprécier dans la vie privée comme dans la vie militaire, je dirai, en passant, ce qu'il fut pendant l'invasion allemande, comme chef d'état-major de l'armée de l'Est ; je dirai aussi les services signalés qu'il eût pu rendre à son pays, si une mort prématurée ne l'avait pas ravi trop tôt à l'affection de ses amis et, en particulier, du général Bourbaki.
L'armée est le seul milieu constitué dont les bases reposent avec solidité sur un ordre moral, c'est-à-dire où la chaîne sacrée du devoir unit l'obéissance d'en bas à l'autorité d'en haut. Dans l'armée, la loi est la formule de ce devoir. D'où l'obligation, pour tout homme qui veut bien servir son pays, de remonter aux causes, de s'y tenir fortement et de diriger sa vie en conséquence.
Bourbaki et Leperche étaient deux hommes faits pour s'entendre : le premier aimait la guerre avec passion, pour le plaisir des yeux ; inconscient du danger, il possédait à un haut degré le culte de l'honneur et du drapeau ; le second, à la fois austère et bienveillant, était d'une inflexibilité indomptable dans l'application de ses devoirs. Tous les deux ont été des hommes d'un grand caractère, un des plus beaux et des plus nobles de notre époque.
La folie de l'épée, comme la folie de la croix, a conquis de tout temps des milliers de cœurs généreux. Sous ce rapport, Bourbaki et son aide de camp se complétaient l'un par l'autre.
Il8 LE GÉNÉRAL BOURBAKI.
Le reflet d'une âme ardente sur un visage noblement passionné frappe plus l'imagination du soldat que la lueur d'un incendie sur les murailles d'un palais qui flambe sous les obus. Leperche avait ce que le prince de Ligne appelait, dans le langage de son siècle, une jolie bravoure. Nous aurons plus d'une fois l'occasion, dans ces récits, de mettre en évidence son haut caractère.