‹ Le général BourbakiChapitre 38 sur 69 · C. BoURBAKI · texte numérisé non relu

C. BoURBAKI

Pendant cette courte et glorieuse campagne d'Italie, Bourbaki et sa division eurent le regret de ne pas avoir d'enga-

ment sérieux avec les Autrichiens. La destinée le voulait ainsi. Mais voici ce que disent à ce sujet les historiques des corps sous ses ordres.

Le 2 mai, la division Bourbaki franchit les Alpes au mont Genèvre et descend en Italie par Oulx, Exiles et Suze où elle arrive le 5.

Le maréchal Canrobert pense qu'en jetant tout son corps d'armée à Alexandrie et à Casale, sur le flanc gauche de l'ennemi, cette mesure suffira pour arrêter la marche des Autrichiens sur Turin ; en conséquence, le III* corps est embarqué en chemin de fer et réuni le 6 mai à Alexandrie, où le 46* occupe la citadelle.

Le 10 mai, la division Bourbaki marche sur le Pô; son quartier général est à Monte, cinq kilomètres nord-ouest de Valenza. Le 1 1* de ligne y cantonne.

Le reste de l'armée française (I", II*, IV* corps et la garde) se masse vers Alexandrie pour mettre à exécution le plan du maréchal Canrobert % approuvé par l'empereur. La marche offensive des Autrichiens se trouve arrêtée ; l'ennemi se retire derrière la Sezia et occupe la Lomeline.

Ce premier point obtenu, l'armée franco-italienne songe à prendre l'offensive contre la gauche autrichienne. Ce sera une fausse attaque ayant pour but d'attirer vers ce point les principales forces de l'ennemi, et d'entreprendre le grand mouvement tournant que l'état-major français est décidé à entreprendre, dans la direction de Verceuil, Novare et Magenta, contre l'extrême droite ennemie, afin d'atteindre Milan avant les Autrichiens.

Le i6 mai, le III* corps quitte sa position du Pô, retourne

I. Voir notre livre : Le dernier maréchal de France : Canrobert* Tolra, éditeur.

à Alexandrie et le 17, la 3* division arrive à Tortone et s'y cantonne tout entière ; elle y apprend le 20 le succès du combat de Montebello livré par la division Forey, du P' corps.

L'empereur veut poursuivre ce succès. La division Bourbaki va occuper Brugna et Ponte-Curone.

L'ennemi, trompé par cette marche, continue à se masser entre Casale et Stradella.

Le 28 mai, l'empereur replie brusquement ses corps les uns sur les autres en exécutant une marche de flanc ; il utilise la grande route Tortone-Alexandrie-Casale et le chemin de fer qui passe par ces mêmes villes, pour les II*, IIP et FV* corps. Ce mouvement s'exécute pendant les journées des 28, 29, 3o et 3i mai; il est couvert par le P"* corps resté provisoirement à Voghéra.

Le lendemain, toute la division se porte sur la Sesia. Pendant la route, on entend le canon de Palestro. Ce sont les Piémontais et le 3® zouaves qui repoussent une attaque des Autrichiens sur ce point. L'artillerie, sous les ordres de Bourbaki, prend position à Pravolo et ouvre le feu. Mais elle ne tire que quelques obus sur les colonnes autrichiennes en retraite.

La Sesia franchie, la 3* division du III* corps se dirige sur Novare, où elle arrive le 3 juin. Elle devait se mettre en route le lendemain, vers onze heures du matin pour se porter sur le Tessin. Mais la route est encombrée par les bagages du IV* corps (Niel) ; il est plus de quatre heures, lorsque le mouvement commence. Elle défile toute la nuit à travers les voitures et ne peut franchir le pont de San-Martino, sur le Tessin, qu'à deux heures et demie du matin.

Le canon de Magenta se faisant entendre dans le lointain. Bourbaki fit accélérer l'allure de ses troupes, qui traversèrent

Trecate au .pas de course. Le bruit du combat devenait plus distinct au fur et à mesure que Ton approchait du Tessin. Chacun croyait que le moment était venu de se mesurer avec l'ennemi. Vains espoirs ! Il fallut s'saTêter dans une plaine pour laisser passer les blessés et les prisonniers. La bataille de Magenta était gagnée.

Ce fut un spectacle imposant que le passage du Tessin pendant la nuit, sur un pont à moitié détruit, à la lueur des torches qui éclairaient les travaux du génie, et les files espacées des soldats formés sur deux rangs.

Le maréchal Canrobert présida lui-même à cette opération rendue assez difficile par l'obscurité profonde de la nuit.

Le journée du lendemain fut employée à enterrer les morts et à rechercher les blessés. Le 6 juin, la division Bourbaki se concentra à Abbiatte-Grasso et poussa des reconnaissances sur les routes de Milan et de Pavie. Le 7, elle alla camper à Gaggiano, et fit son entrée dans Milan, le 8, aux acclamations d'une population enthousiaste et sous une pluie de fleurs, pendant que dans le lointain se faisait entendre le canon de Malegnano (Marignan).

La division Bourbaki quitta Milan le 1 1 juin et bivouaqua le soir à Gorgonzola. Le lendemain, elle traversa l'Adda à Cassano et coucha à Treviglio. Le i3, elle était à Sola, les i4 et i5 à Fontanelle, le 16 elle passa l'Oglio, un peu audelà de Soncino. Le 17, elle bivouaquait à Maizano, le 18 à Pontacarelle, les 21, 22 et 28 à Mezzano.

Pendant ce temps-là, les Autrichiens avaient pris position derrière le Mincio. Tout faisait alors prévoir une bataille prochaine, aussi ne fut-on pas surpris d'entendre le canon, le 24 vers trois heures et demie du matin. Les régiments de la division Bourbaki furent bientôt sous les armes et saluèrent

les premières détonations par d'unanimes acclamations. Le bivouac fut immédiatement levé; les troupes quittèrent Mezzano, pour prendre la direction de Medole, de façon à se trouver en réserve derrière le IV® corps (Niel) qui marchait sur Rebecco et Guidizzolo. A mesure que Ton approchait, les coups de canon se succédaient avec une intensité croissante, apportant la certitude d'un engagement des plus sérieux. L'impatience était dans tous les cœurs; aussi le désappointement fut^il grand lorsque, en arrivant à Acquafreda, il fallut tout à coup changer de direction, marcher sur Castel-Gofredo et s'éloigner du champ de bataille.

C'est que le maréchal Canrobert avait été averti qu'un corps de 20,000 Autrichiens était sorti de Mantoue pour tourner Medole. Pour parer à ce mouvement, la division Bourbaki fut placée en potence, face au sud, avec mission de couvrir le flanc droit de notre armée contre une attaque présumée de la garnison de Mantoue.

Il est midi. La chaleur est suffocante. Tout d'un coup, on signale l'ennemi. Bourbaki prend ses dispositions de combat, les bataillons massés en colonnes par division sont jetés en dehors de la route. Des uhlans paraissent, quelques coups de feux sont tirés contre eux ; ils tournent bride et s'éloignent aussitôt, rapportant sans doute à leur corps la nouvelle que nous étions gardés de ce côté. Ce fut tout. La division Bourbaki resta dans cette position jusqu'à deux heures de l'après-midi.

A ce moment, elle reçoit l'ordre de marcher sur Medole. Le canon fait rage dans cette direction. Il est cinq heures et demie du soir, lorsque notre infanterie a atteint ce village. Aux cadavres qui jonchent le sol ; aux nombreux blessés qu'on rapporte ; au fracas de l'artillerie ; aux traces de dévastation qu'on rencontre partout, il est facile de reconnaître

qu'une lutte acharnée a eu lieu sur ce point et se poursuit un peu plus loin.

Malgré cette heure avancée, le maréchal Ganrobert appelle sa 3* division au secours de la 2* (Trochu) fortement engagée. Les régiments de Bourbaki mettent sacs à terre, et s'élancent au pas de course sur la route entre Robecco et Casa-Nuova, pendant qu'un effroyable ouragan, obscurcissant le ciel, soulève des tourbillons de poussière et vomit la pluie par torrents. Rien n'arrête l'ardeur de nos soldats qui, tous, précipitent l'allure. Cette course se poursuit pendant cinq kilomètres et l'élan est tel que, lorsque les régiments d'infanterie se forment en bataille, à Rebecco, pour marcher à l'ennemi, on ne constate dans les rangs qu'un nombre insignifiant de traînards ou de retardataires.

Bourbaki peut être satisfait de l'endurance de ses troupes, si l'on tient compte de la longue étape parcourue depuis le matin et des accablantes circonstances atmosphériques de la journée. Sa division prend alors ses dispositions de combat et attend avec impatience le signal de la charge. Mais les Autrichiens, vaincus, ont profité de l'orage pour battre en retraite. Cette fois encore, la 3* division du 111® corps arrivait après la bataille, et au lieu de se porter en avant, elle reçoit l'ordre d'allumer ses feux de bivouac.

Le lendemain, Bourbaki avec ses troupes, traversait le champ de bataille et allait s'installer au pied de la tour de Solférino. De là, il se porta le 28 juin sur Goïto qu'il trouva évacué par l'ennemi, puis passa le Mincio le 2 juillet, alla camper près de Vallegio ; le 3 il se dirigea sur Fornello.

Cette campagne portait à son apogée la gloire militaire de la France. La paix de Villafranca y mettait fin quelques jours après, le 7 juillet.

La guerre terminée, la division Bourbaki fut désignée

pour faire partie du corps d'occupation de la Lombardie, placé sous le commandement du maréchal Vaillant, jusqu'à ce que le traité de Villafranca eût reçu sa complète exécution. En vertu de cette nourelle affectation, elle va tenir successivement garnison à Crémone, Casal-Maggiore, Plaisance et Gênes, où elle s'embarque pour Toulon du i4 siu 23 mai 1860. Quant à Bourbaki, il est mis le 22 juin suivant à la tête de la 2* division d'infanterie, à Grenoble, création nouvelle, due à l'annexion de la Savoie.

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