I PRÉFACE
France ; il restait» a dit au nom de Tarmée le ministre de la guerre, notre plus cher espoir. Son exemple lui survit : par son admirable énergie et sa constance héroïque, le commandant en chef de la deuxième arinée de la Loire a montré qu'une nation, même dans le péril suprême» ne doit jamais désespérer de son salut; il a lutté jusqu'à la dernière extrémité; il n'a connu, comme le guerrier de riliade, qu'un seul présage, celui de combattre pour la patrie. Toutes les fois qu'il s'agira de la défense de son territoire et de son honneur, la France s'inspirera de la belle résistance de Chanzy.
Mais Chanzy n'était pas seulement un homme d'épée. Devenu diplomate, il représenta dignement la France républicaine à la cour de Russie. Ce fut un administrateur habile et vigoureux : le même homme qui disputait pied à pied le sol de la patrie à l'envahisseur et qui , dans la dernière année de sa vie, à la tète du 6® corps d'armée, assurait la défense de la frontière de l'Est, gouverna l'Algérie pendant six ans et donna à la colonisation de notre, grande province d'Afrique un développement
PRÉFACB VII
rapide et fécond. Enfin, il avait présidé un des groupes les plus importants de rAssemblée nationale, et il était, disait-il en 1878 , de ceux qui, après s'être ralliés franchement à la République, entendaient la servir avec dévouement et la consolider en résistant énergiquement aux ardeurs,' aux entraînements, aux utopies ou aux convoitises qui peuvent la compromettre.
Quel que soit le destin de ce livre, l'auteur a déjà trouvé la récompense de son travail en étudiant de près une belle existence entièrement remplie par le devoir, inspirée d'un bout à l'autre par le sentiment de Thonneur ;et l'amour de la France.
La famille que Chanzy devait illustrer est depuis longtemps établie dans les Ardennes. Le grand-père du général était un simple cultivateur. Mais, après lui, la famille n'a plus d'autre métier que celui des armes, et tous ses membres semblent apporter, en naissant, Tinstinct militaire. Le père du général s'engagea sous le premier Empire et devint sousofficier et chevalier de la Légion d'honneur ; son oncle fut capitaine de cuirassiers ; ses deux fils portent et porteront dignement un nom désormais cher à l'armée et vénéré dans le souvenir de toute la France ; l'aîné est lieutenant de chasseurs, et le cadet, nous dit-on, ne rêve pas d'autre carrière que celle du soldat. Les Chanzy font souche de guerriers ; c'est une de ces races militaires qui donnent
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à la France, de père en fils, des officiers dévoués.
Le père du général, Bertrand-Nicolas Chanzy (1790 — octobre 1849), était devenu, au retour du service, en 1821, receveur des contributions directes à Nouart (canton de Buzancy, arrondissement de Youziers]. C'était un homme d*une intégrité incontestée et d*une loyauté proverbiale ; son souvenir n'est pas encore effacé dans le pays. Il a donc transmis à son fils, comme un double héritage, la droiture du cœur et la vaillance ; Chanzy, sorti d*une famille de braves et de Justes, fut en même temps homme de guerre et homme de bien.
Antoine-Eugène-Alfred Chanzy naquit à Nouart le 18 mars 1823 ^ Sa vocation militaire se décida dès ses jeunes années ; de bonne heure, Tidée de prendre du service et de voir la guerre échauffa son imagination. Aux goûts belliqueux qu'entretenaient en lui des traditions de famille, se joignait la passion des aventures ancrée dans le cœur de la jeunesse. Après avoir suivi quelque temps les classes
*■ « L*an 1823, le 18 dû mois de mars, à dix heures du matin, par devant nous Etieone-Nicolas Breyois, maire, ofEcier del^étatcivil de la commune de Nouart, est comparu M. Bertrand- Nicolas Chanzy, flgé de trente-trois ans, receveur des coatributions directes, chevalier de l'Ordre royal de la Légion d'honneur, demeurant à Nouart, lequel nous a présenié un enfant du sexe masculin, né aujourd'hui à six heures du matin, de lui déclarant et de Marie-Aurore Nicaise, son épouse... > (Extrait du registre des naissances de la commune de Nouart, pour Tannée 1823.)
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du collège de Sainte-Menehould, il résolut, à l'âge de seize ans, d'entrer dans la marine.
Le 4 décembre 1839, il débutait, comme mousse, sur le vaisseau le Neptune * . Il était parti avec beaucoup d'ardeur et de gaieté ; il comptait faire bientôt campagne. La victoire d'Ibrahim-Pacha à Nezib, la mort du sultan Mahmoud, la flotte turque se donnant à Mehemet-Ali, l'intervention des puissances, tout annonçait une prochaine guerre en Orient. Il y avait en France, comme disait M. Guizot, une grande fermentation nationale. L'opinion voulait maintenir Tinfluence française en Egypte et défendre le vice-roi contre le sultan. M. Thiers , devenu chef du cabinet, répondait au traité de Londres et à la coalition des quatre puissances en ordonnant des armements formidables ; il rappelait les classes, mobilisait les gardes nationales et fortifiait Paris. La guerre n'eut pas lieu, et M. Thiers donna sa démission (20 octobre 1840).
Le jeune mousse, qui fit, comme novice timonier, la croisière d'Orient de 1839-1840, dans l'escadre du contre-amiral Lalande, était déçu dans
' Le général Félix Douay, fils, comme Chanzy, d'an ancien officier de l'Empire, s^engagea, lui aussi, dans la marine (1832), navigua sur ïOrion et le Lutin^ et fut employé à la timonnerie : mais lui aussi abandonna bientôt le métier de marin. (M. Do Camp. Revw des Deua-Mondes, 1^' juillet 1883, p. 20).
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son espoir d'aller au feu. Mais déjà la vie quMl menait sur le Neplune lui devenait Insupportable. Il s'appliquait de grand cœur à satisfaire ses chefs ; mais les mauvais traitements, les injures des matelots, les coups de garcette et surtout le mal de mer, lui firent prendre en telle aversion le métier de marin qu'il dut quitter le bord le 10 décembre 1840. a Vous souvenez-vous, disait-il plus tard à l'amiral Roze*, d'un mousse nommé Clianzy, qui servait sur le Neptune en 1840 ? — S'il m'en souvient, répondit l'amiral, c'était un bien mauvais marin. — Eh bien, ce mauvais marin, répliqua Chanzy en riant, c'était moi. »
Le 3 mai 1841, Chanzy s'engageait au 5« régiment d'artillerie en garnison à Metz. Il avait pris résolument son parti ; il servirait dans l'armée de terre, il irait apprendre et exercer le métier de la guerre dans cette Afrique où l'émir Abd-el-Kader, rompant le traité de la Tafna, soulevait contre la France les populations arabes et engageait avec Bugeaud une lutte acharnée. Il lui parut toutefois que son avancement serait plus rapide s'il passait par l'Ecole militaire. Il suivit les cours du lycée *, de ce lycée de Metz où se sont formés tant de vail-
^ Kn 1871, à Rôchefort.
* Aujourd'hui Kaiserliches Lyceum l
lants offlei^^, et sutv à. force d'ardear^ regagner le temps perdu; Après un travail opiniâtre de six mois, il fut admis à TEcole de Saint-Cyr * . Le nombre des candidats reçus était assez restreint; Chan^y n^entrait qu'un des derniers, le ISS** sur 138 ; mais il entrait, et ce premier pas dans sa carrière nous le révèle déjà tel qu'il sera toujours, laborieux et ardent à la peine, tenace et infatigable . A l'Ecole, il continua d'apprendre et de travailler avec la môme activité, et il se ût une place fort honorable; il était caporal le 3 décembre 1842 et sergent le 28 mars 1843. A sa sortie ', il fut nommé sous-lieutenant (1" octobre 1843) dans ce régiment de zouaves, célèbre et déjà légendaire, qu'avait commandé Lamoricière et que commandait alors Cavaignac.
Par ses vertus militaires, Chanzy offre plus d'un point de ressemblance avec Cavaignac : le courage, rénergie de la volonté, un esprit fécond en ressources, plein de calme et de constance, et, comme disait le duc d'Aumale en parlant du défenseur du Mechouar et de Tlemcen, présentant cet ensemble de qualités pratiques et intellectuelles de soldat et
^ Décision xninistérieUe du 24 octobre 1841 ; permi ses camarades de promotion ou relève les noms suivants : Doineau, Bataille, Brincourt, Brissy, Derroja, de Joufifiroy.
* Dans les vingt-cinq premiers.
8 LK OÉNiRAL CHANZT
d*administratear, qu'on désirerait trouver chez un commandant de province. On peut poursuivre le parallèle : tous deux ont conquis leur première renommée dans cette Afrique, qui, selon le mot de Cavaignac, était devenue la pépinière de nos gêné* raux ; tous deux ont gouverné TÂlgérie ; tous deux ont fait partie des Assemblées, et le destin a voulu que leurs derniers exploits eussent lieu, contre toute attente, sur la terre de France, Tun écrasant rinsurrection dans les rues de Paris, Fautre tenant tête à Tenvahisseur sur les rives de la Loire, tous deux déployant dans ces grands événements qui couronnent leur vie militaire les mômes qualités africaines de circonspection et de vigueur. Tous deux enfin, républicains sages et intègres» ont été désignés pour la présidence de la République, et ces deux hommes de guerre, jetés dans la politique, laconiques et graves, réservés et non sans froideur, également dédaigneux de Tintrigue et de la vaine popularité, gardent devant la postérité le même air de dignité fière, la même grandeur simple et imposante : tous deux eurent Tâme forte et, dans un temps où les hommes, selon le mot de Chamfort, ne sont plus des hommes, mais des choses, du caractère.
JLYANT LA eUEBRE
Du jour où Chanzy fut sous- lieutenant de zouaves, il servit en Algérie sans interruption, pendant seize années (du 10 décembre 1843 au l®"^ juin 1859). C'est un « Africain » par excellence. Il a fait ses premières preuves contre les Arabes et les Kabyles ; c'est en Algérie qu'il a gagné à la pointe de Tépée presque tous ses grades et* acquis son expérience militaire, 'cette netteté d'esprit, cette trempe de caractère qui firent sur les champs de bataille de la Beauce et du Perche la grandeur de sa résistance. Il démontre par son exemple que l'Afrique est une bonne école pour les véritables hommes de guerre et qu'elle n'a pas, comme le disent trop ingénieusement les tacticiens de bureau, gâté tous les généraux de notre armée.
L'Afrique a fourni jusqu'ici trois générations ou plutôt trois groupes distincts et tranchés d'officiers généraux. La première génération est cellç des Cavaignac, des Bedeau, des Lamoricière, des Changarnier, dont le nom demeure attaché à la République de 1848, qu'ils ont servie dans les Assemblées et défendue dans la rue contre l'émeute. La deuxième qui se confond presque avec la pre-
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mière, est celle des Saint- Arnaud, des P^lissier, des Canrobert, des Forey, des Bazaine, celle du second Empire. La troisième est celle qui donna ses généraux au gouvernement de la Défense nationale et qu'on pourrait appeler la génération de 1810, celle des Chanzy, des Faidherbe, des Sonis, des Colomb, des Cérez, etc. Chanzy est le plus marquant de cette troisième génération, il y brille au premier rang; ceux qui l'entourent, qui combattent à ses côtés en Afrique et en France, semblent être ses lieutenants et l'ont reconnu comme chef.
Jusqu'en 1848, Chanzy guerroie sous les ordres de Cavaignac, puis de Ladmirault, et parcourt l'Algérie en tous sens. C'est l'âge héroïque des zouaves ; dans l'année 1845 où le pays tente un soulèvement général, le régiment, tantôt sur les confins du Maroc, tantôt dans la province d'Alger, sans cesse en marche, sans cesse en lutte, n'a pas un instant de répit. En 1847, le sous-lieutenant Chanzy est cité pour sa bravoure à l'ordre de l'armée; Le 23 juillet 1848, il est nommé lieutenant au 43* régiment de ligne ; puis il devient officier d'ordonnance du gouverneur-général Charon. Il comptait douze ans de services et dix campagnes lorsqu'il fut décoré de la Légion d'honneur par décret du 16 juillet 1852.
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L'année précédente (16 mai 1851), il avait été nommé capitaine au premier régiment de la légion étrangère. Ce commandement difficile réclame, comme on sait, de la vigueur et du nerf; il demande encore autre chose : il y faut mêler à la sévérité, à l'équité la plus rigoureuse du tact et de la souplesse, inspirer aux hommes à la fois l'affection et un peu de crainte. On peut tout attendre d'un capitaine qui sait maintenir l'esprit de discipline et d'union parmi tant d'éléments divers et les assujettir, sans rudesse ni violence, au même règlement strict, aux mêmes devoirs continus. Aussi, la légion étrangère, de même que le régiment des zouaves, était alors le rendez-vous des jeunes officiers avides de se signaler et de courir, à la tête d'une troupe d'hommes déterminés, les hasards de la guerre. Avant Chanzj^ elle avait compté parmi ses capitaines : Saint- Arnaud, de Luzy, Vinoy, Bâzaine, et beaucoup d'autres.
Détaché aux affaires de la province d'Oran, et chef du bureau arabe de Tlemcen, où Bazaine l'avait précédé, Chanzy mena de front durant plusieurs années deux emplois, celui d'administrateur et celui de capitaine. Administrateur, dans toute la force de la jeunesse, sans irréflexion et sans témérité,, probe et désintéressé, actif et laborieux comme il le fut toute sa vie, il règle les intérêts
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les plus difirérents, souvent les plas contraires, d*an immense territoire ; il se distingue par sa vigilance, par sa capacité de travail, par son esprit pratique, par sa profonde connaissance du caractère des indigènes; après avoir pris part à la victoire et à la conquête, il collabore à l'œuvre lente, compliquée de Torganisation. Capitaine, il ne cesse de surveiller les tribus qui s'agitent ; il se met parfois à la tête d'un petit corps formé de quelques Français et d'auxiliaires indigènes ; il dirige des coups de main, des razzias contre les Arabes insoumis, secrètement excités et soutenus par les Marocains ; il étouffe les révoltes avant qu'elles aient eu le temps de se développer. En 1853, pendant que deux autres capitaines du régiment de la légion étrangère, tous deux, comme Chanzy, chefs de bureau arabe, Lacretelle, à Sidi-bel-Abbès et Gérez, à Tiaret, attaquent soit les Hamyan, soit les Arabes du sud-est, Chanzy entame, contre les tribus de l'ouest de la province d'Oran, une série d'opérations vigoureuses *.
* Db Ghoulot, Souvenin du l*** régiment d$ la Ugion étrat^ gérât 1S64, p. 140.
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En 1854, Chanzy rentrait, comme capitaine, dans un régiment de ligne, le 54* (16 mai); deux ans plus tard (25 août 1856), treize années après sa sortie de l'Ecole militaire, il devenait chef de bataillon dans un autre régiment de ligne, le 23«. C'est avec ce régiment qu'il fit la campagne d'Italie, dans la première brigade de la troisième division du troisième corps d'armée ; la brigade était commandée par le général Picard ; la division, par le général Renault; le corps d'armée, par le maréchal Canrobert. Chanzy assista aux batailles de Magenta et de Solferino. A Magenta, son régiment, arrivé sur le champ de bataille dans l'après-midi, refoula les colonnes autrichiennes qui voulaient tourner la garde impériale sur son flanc droit et engagea dans le village de Ponte- Vecchio un combat terrible ; le village pris, perdu, reconquis, perdu de nouveau, finit par rester au pouvoir de la brigade Picard, soutenue par les renforts qu'amenait Canrobert. A Solferino, le régiment de Chanzy faisait partie des troupes de la division Renault, qui vinrent couvrir le flanc droit du général de Luzy et lui faciliter la concentration de ses
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forces antoor de Rebecco > . La guerre d*Italie fat maladroitement menée de part et d*autre ; le vainqueur y commit presque autant de fautes que le vaincu, et ne se tira d'affaire, comme aurait dit Frédéric II, que par des à peu prés. Ce n*e8t pas là que Chanzy put apprendre Tart de la guerre ; mais enfin, contrairement à ce qu'on croit d'ordinaire, il vit, avant 1870, de grands mouvements de troupes, de vastes déploiements de forces et d'autres champs de bataille que ceux de l'Afrique.
L'expédition de Syrie suivit de près la guerre d'Italie. Les massacres commis par les Druses à Deir-el-Kamar, à Zahlé, à Damas, amenèrent l'intervention de l'Europe. Un projet, signé le 3 août et converti le 5 septembre 1860 en convention définitive, entre la Porte et les cinq grandes puissances, stipulait qu'un corps de troupes européennes qui pourrait être porté à douze mille hommes, irait en Syrie protéger les chrétiens, châtier les Druses et occuper le pays durant six
^ Voirla«p«l4i««lioiidio<l')éUliiiMjorir8m«la.
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mois * . Le gouvernement français fournît la moitié de ce corps darmée ; le général de Beaufort d'Hautpoul, commandait en chef de Texpédition, devait, à son arrivée, se mettre en relations avec le commandant turc en Syrie, Fuad-Pacha, et combiner avec lui les opérations nécessaires.
Chanzy venait d'être nommé lieutenant-colonel ■du 71® régiment de ligne*. Il fut, sur la recommandation du général de Beaufort qui l'avait connu lorsqu'il commandait la subdivision de Tlemcen, attaché au quartier-général du corps expédition^naire, ainsi qu'un de ses compagnons d'armes, Gérez, chef de bataillon au 1«^ régiment de tirailleurs algériens. Le 7 août, Chanzy était à Marseille et recevait à la gare le général de Beaufort, venant de Paris ; le lendemain, il s'embarquait avec tout l'état-major surle ^SiquehotV Amérique^. Le navire s'arrêta devant Malte, et le général, avec Gérez et Chanzy, rendit visite au gouverneur de File qui fit à ses hôtes français les honneurs de l'ancien palais des chevaliers de Saint-Jean. Le 16 août, YAmAHque jetait l'ancre dans la rade de Beyrouth.
^ La conTontioa du 19 mars 1861 reporta le délai de roccnpation française au 5 juin de la mSme année.
* En remplacement de M. Zentz, décret du 21 avril 1860.
■ Pour tout ce chapitre, voir Touvrage de M. Locbt, payeur général de Texpédition, Bxp€ditio% de (SfynV, B^ynmth^ U ZÂm, Jérusalem f 1862.
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Chanzy fat aussitôt nommé « commandant du quartier-général » et a chargé des affaires politiques ». Il devint « le bras droit du général de Beaufort dans la partie diplomatique de sa mission ^ ». Tout le disposait à ce rôle important : sa connaissance de la langue arabe, sa pratique de Fadministration, son esprit judicieux, clairvoyant et fin, son âme généreuse que révoltait Tinjustice. a C'est en Syrie, écrivait au commencement de cette année l'archevêque d'Alger, Mgr Lavigerie, que je vis Chanzy pour la première fois ; je me rappelle son ardeur à prendre la défense des chrétiens qui n'espéraient plus que dans l'épée de la France; Chanzy était dans tout l'éclat de la force et de la vie, déjà également remarquable par sa bravoure, par sa distinction, par sa finesse, et plus encore par sa bienveillance et sa bonté ". »
A peine arrivé, Chanzy fut chargé par le général de Beaufort de se rendre à Damas, auprès du commissaire extraordinaire du sultan, Fuad-Pacha. Une escorte de quinze spahis et de vingt lanciers turcs l'accompagnait (29 août — 1®' septembre). Il
* LoUBT, p. 22, 58. 90.
* Mgr Lavigerie, alors abbé et directeur de l'œuvre des écoles d'Orient en même temps que professeur d'histoire ecclésiastique à la Faculté de théologie de Paris, était venu en Syrie pour distribuer aux populations chrétiennes l'argent des souscriptions publiques (Lettre du 10 janvier 1883).
descendit à Damas chez le consul de France, M. Outrey, et se fit annoncer aussitôt à Fuad, qui le reçut fort courtoisement, entouré de son étatmajor et des plus hauts notables de la ville, ce comme un souverain reçoit un ambassadeur ». De la demeure de Fuad, Chanzy se rendit au palais d'Abd-el-Kader, pour remercier Témir, au nom de son général et de la France, de la protection généreuse qu'il avait donnée aux chrétiens pendant les massacres. Il voulut laisser à la porte du palais les spahis qui formaient son escorte ; mais ces Arabes, tout émus à la pensée qu'ils étaient si près d'Abdel-Kader, prièrent le colonel de leur permettre d'entrer à sa suite et de faire acte de révérence et de dévotion envers le grand émir de Mascara, le vainqueur de la Macta, qu'ils regardaient autrefois comme le maître de Vheure. Les trois fils d'Abdel-Kader, dont le plus âgé n'avait pas quinze ans, se tenaient aux côtés de leur père. Abd-el-Kader les présenta à Chanzy, et le soir, les trois enfants vinrent au consulat de France rendre au colonel sa visite. Le lendemain et le surlendemain s'engageait au sérail, entre Fuad et Chanzy, une vive discussion, pendant que les narghilés fumaient autour de la table et qu'une douce musique se faisait entendre sous les fenêtres. Poussé, serré de près, Fuad, qui voulait temporiser, promit de partir sur-
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le-champ pour Beyrouth, afin de se concei-ter avec le général en chef.
A Beyrouth, Fuad sembla n'avoir d'autre but que de tenir les Français dans Tinaction ou de les occuper à des opérations insignifiantes. Les Turcs, disaient gaiement nos soldats, complotent contre nous, c'est le complot des endonneurs. Le rusé pacha proposait que les Turcs se rendissent par mer à Saïda * pour attaquer les Druses, tandis que les Français iraient prendre position dans le Kesraouân,pays tout chrétien et fort calme. Le général de Beaufort, indigné de cette duplicité, déchira la lettre de Fuad qui contenait cette proposition et envoya Chanzy signifier au pacha son ultimatum. Chanzy prit un ton ferme et menaçant ; les Français étaient venus en Syrie afin de punir les Druses de concert avec les Turcs ; le jour où Fuad se mettrait en marche, le corps expéditionnaire que commandait le général de Beaufort s'engagerait dans le pays des Druses, par Deir-el-Kamar, Beiteddîn et Moukhtâra.
Fuad accepta ces conditions et le corps expéditionnaire s'enfonça dans le Liban le 25 septembre. Le colonel Osmond, nommé commandant supérieur de la place, restait à Beyrouth avec les services
* L'ancienne Sidtm.
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administratifs. Chanzy et tout Tétat-major suivaient le général de Beaufort. Le lendemain, après une marche fatigante, la colonne arrivait à Deir-el- B[amar (26 septembre). La ville était entièrement détruite ; pas une maison qui n'eût été la proie des flammes ; les murailles seules restaient debout. Le général prit les devants avec son état-major et pénétra le premier dans les ruines, où gisaient encore les cadavres de 1,800 Maronites déchirés par les chiens et les vautours. Les chevaux n'avançaient qu'avec peine et dressaient les oreilles au bruit des oiseaux de proie qui s'envolaient de toutes parts. Le général de Beaufort, Chanzy et les autres officiers mirent pied à terre devant le sérail. C'est là qu'avait eu lieu le carnage le plus horrible ; dans les chambres, au milieu de mares de sang séchées par le soleil, des débris humains, des têtes séparées du tronc, des corps entassés les uns sur les autres et gardant encore une attitude désespérée ; dans la muraille, une ouverture où les chrétiens avaient dû passer leur main droite que les Druses, placés de l'autre côté , abattaient à coups de sabre ; en dehors, au pied de la muraille, un monceau de poignets coupés * .
La colonne, poursuivant sa marche, traversa les
*■ LouBT, p. 102-103<
20 LB GÉNÉRAL GHAMZT
yillages de Beiteddln et de Eefr-Nabrakh, et campa sur le plateau de Bàroûk (28 septembre). Mais les Druses fuyaient devant elle ; on les Yoyait sur les crêtes des hauteurs, où la blancheur de leur turban se dessinait sur la grisaille du rocher; ils disparaissaient dès que nos tirailleurs faisaient mine de gravir les escarpements. A Djibb-Djenin, sur les bords du Lttâni, on acquit la conviction que les Turcs avaient trahi ; Mustapha- Âga, posté par Fuad à Djibb-Djenln, pour fermer le défilé, avait livré le passage, et les Druses, franchissant par petits pelotons les deux lignes de postes turcs, s^étaient retirés dans le Haourân où ils devenaient inattaquables.
Le 2 octobre, la colonne arrivait à Kabb-EIyâs; le *?, elle campait à Zahlé. Quelques jours auparavant, Chanzy avait fait une reconnaissance dans cette riche et fertile vallée, et n'y avait rencontré que de rares indigènes qui se frayaient un chemin à travers les décombres de la ville. Mais l'arrivée des Français enhardissait les chrétiens qui commençaient à rentrer en foule dans les villages abandonnés *.
Le corps expéditionnaire de Syrie n'eut pas, * comme l'écrivait Napoléon III au général de Beau-
* LouBT, p. 118, 120.
fort, « l'occasion de se distinguer par des succès ». Il ne fit que protéger durant quelques mois la population contre le fanatisme; il resta, selon Texpression du commandant en chef, dans « une inaction qui lui pesait ». « Je regrette, disait le brave général à ses troupes, de n'avoir pas eu l'heureuse chance de vous conduire au combat; puissions* nous nous retrouver bientôt sur un terrain tout militaire , où nulle entrave ne viendra gêner notre libre action * ! » On se contenta de surveiller les défilés du Liban, de réorganiser les communes, etc.
L'hiver permit les excursions dans les endroits historiques, à Balhek, à Jérusalem. Les officiers, devenus touristes ou pèlerins, se formaient en caravanes. L'une d'elles s'organisa sous la conduite de Chanzy; le général de Beaufort l'accompagna jusqu'à Saïda». Chanzy s'était muni de lettres de recommandation signées de Fuad et destinées aux gouverneurs des villes. Il visita Soûr (la Tyr antique), Saint-Jean-d'Acre, le monastère du Carmel,
*■ Le général de Beaufort d'Hautpoul devait commander une division pendant le siège de Paris et accompagner Jules Favre à Versailles, pour régler les détails militaires de l'armistice.
' La caravane se composait de MM. Louet, Lemintier de Saint-André, Goert, du comte Mufioz del Recuerdo, fils 'de la reine Christine et du duc de Rianzarès (qui était venu faire ses premières armes en Syrie), et d^un négociant indigène, M. Fanialk.
SI LB OÉMiRJLL GHàMZT
Nazareth, où il vît au-dessus d*une cellule du couvent cette inscription française : « Cellule honorée de la demeure du général Bonaparte en 4799. » Rien n'avait été changé dans la cellule depuis la campagne d*Egypte et de Syrie ; elle renfermait un lit de moine, une petite table et trois chaises.
Uuniforme de Chanzy et de ses compagnons eicci* tait partout une vive curiosité. A Djenîn, le tnudir leur donna le spectacle d*ane brillante fantasia. A Sânoûr, la caravane gravit la colline escarpée au sommet de laquelle 8*élève ce village qui passe pour la Béthulie du Livre de Judith ; mais elle ne vit que des maisonnettes tout récemment bâties, et des femmes vêtues de haillons sordides. ANaplouse, malgré la coutume et le fanatisme de la population, les officiers pénétrèrent, sans se déchausser ni mettre de sandales, dans la mosquée. Le soir du 19 décembre, la petite troupe arrivait à trois lieues de Jérusalem, à El-Bîré. Chanzy montra le saufconduit de Fuad au cheik du village, qui le reçut assez mal. Il fallut se fâcher et en venir aux menaces; le cheik finit par céder une mauvaise chambre voûtée, enfumée, pleine de vermine, où nos voyageurs installèrent leurs lits de campagne. Ils s'endormaient à peine que six bachi-bouzouks arrivaient de Jérusalem et les réveillaient par leurs cris. Le gouverneur civil de la ville sainte, prévenu par une lettfe
de Chanzy, envoyait des guides à la caravane. Ils la menèrent au misérable hameau de Riha, bâti sur remplacement de Jéricho. Chanzy et ses compagnons cherchèrent vainement les restes de ces fameuses murailles qui s'étaient écroulées au son des trompettes de Josué. Us ne virent que des cabanes de feuillage et de boue où ils n'osèrent pénétrer, et des haies d'arbustes épineux parmi lesquels paissaient des troupeaux de chèvres noires. Us passèrent la nuit dans l'étage supérieur de la tour de Jéricho. L'aga leur avait cédé sa chambre ; mais cette chambre, dit le chroniqueur de l'expédition, n'était qu'un nid de taupes ; la pluie, qui tom* bait à âots, traversait la terrasse et mouillait les lits. On se leva donc le lendemain plus tôt que de coutume, et, guidée par les baohi-bouzouks, la caravane se dirigea vers les bords du Jourdain. Il fallut arriver jusqu'aux rives dp, fleuve pour l'apercevoir, tant il est profondément encaissé. Les officiers déjeunèrent gaiement au pied des saules et des tamaris qui bordent le Jourdain; comme autre^ fois Chateaubriand, ils remplirent quelques bou-* teilles de l'eau du fleuve et ramassèrent sur la rive des cailloux destinés à servir de presse-papiers. L'eau grisâtre du Jourdain leur parut agréable à boire, mais ils regrettèrent d'avoir goûté celle de la mer Morte. Us devaient coucher ce Boir-*là au cou-
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vent grec de Màr-Sâba ; mais les bachi-bonzouks ne connaissaient pas le chemin, et la petite troupe ùxt un instant égarée dans ce « désert maudit ». Enfin, à la tombée de la nuit, on monta sur la colline la plus élevée, on vit au loin les deux tours du couvent et on entendit le son des cloches que les moines, avertis dans la journée, mettaient en branle pour guider la caravane.
Le 22 décembre Chanzy et ses compagnons arrivaient à Jérusalem. Ils logèrent selon Tusage à la casa nova des franciscains qui firent hisser en leur honneur le drapeau français au mât du couvent. Le frère Liévin, le cicérone habituel des Français, les mena au Saint-Sépulcre, à tous les lieux saints, dans la vallée de Josaphat, à la montagne de l'Ascension, au village de Béthanie, au tombeau de Lazare. Le bruit que faisait à Jérusalem l'arrivée des officiers, Taccueil empressé qu'ils avaient reçu du consul de France, M. de Barrère, leurs visites au gouverneur civil et au commandant des troupes turques, leur valurent de nombreux privilèges. Us obtinrent qu'une messe fût dite pour eux sur le Calvaire à sept heures et demie du matin, en dehors des heures réservées aux Latins. Ils purent entrer dans la mosquée d'Omar, où ne pénétraient ordinairement que les princes de sang royal : depuis trente ans, les seuls étrangers qui eussent visité la célèbre
mosquée étaient les princes d'Orléans, le duc de Brabant, Tarchiduc Maximilien, le grand-duc Constantin. Suivis d'une nombreuse escorte de cawas que leur avait prudemment envoyée le gouverneur civil, Chanzy et ses compagnons franchirent les portes du « monument le plus curieux de Jérusalem ». Une foule de musulmans regardait avec surprise ces infidèles en grand uniforme et en armes. Mais on n'était pas à Naplouse ; il fallut, sur le seuil du haut parvis, remplir une indispensable formalité, et, pour ne pas apporter dans le temple les souillures du dehors, tirer gravement de ses poches de larges pantoufles de cuir jaune et les chausser sur ses bottes. Les officiers écoutèrent sans rire la légende de Mahomet ; ils virent, sans trahir leur incrédulité, la trace qu'avait laissée sur la pierre le pied du prophète ; ils passèrent un à un dans l'intervalle des deux colonnes qu'il faut, selon les musulmans, avoir franchi pour aller au ciel ; l'entrée du paradis, disait Tun d'eux, n'est pas aussi facile. Au sortir de la mosquée d'Omar, les infatigables voyageurs coururent au galop de leurs montures à Bethléem pour assister à la nuit de Noél. Un office solennel devait être célébré à minuit dans la chapelle de Sainte-Catherine, l'église paroissiale des catholiques latins. Des sièges avaient été réservés aux officiers français devant le chœur, autour du
Jt
26 LB Otf^lÉBAL CH4NZT
fauteail de leur consul. La messe terminée, le clergé et tous les assistants, un cierge à la main, se rendirent en procession dans la grotte de la Nativité où est né Jésus-Christ, et de là dans la grotte de la Crèche ou les trois mages ont trouvé le divin enfant entre Tâne et le bœuf qui le réchauffaient de leur souffle. Les voyageurs passèrent toute la nuit à Bethléem. Le jour suivant (26 décembre) ils revinrent à Jérusalem, firent bénir au Saint-Sépulcre leurs épées, leurs décorations, toutes leurs pieuses emplettes, parcoururent les environs de la ville et les lieux où avaient campé les Romains de Titus et les croisés de Tancrède et de Grodefroy, et visitèrent les tombeaux des rois. Le 2^ décembre, après une dernière visite au Saint Sépulcre, la caravane quitta Jérusalem, pour aller coucher à Ramlé ; le 28, elle arrivait à Jaffa, à travers de magnifiques jardins ; le 29, elle s'embarquait sur un paquebot du Lloyd autrichien. Le 30, Chanzy et les officiers qui l'accompagnaient rentraient dans le port de Beyrouth « éblouis de tout ce qu'ils avaient vu en si peu de jours ».
Chanzy rendit de grands services au corps expéditionnaire de Syrie et à la population. Pendant que le chef de bataillon Cérez étudiait le pays et préparait l'itinéraire des colonnes, Chanzy, dit M. Louet, écoutait les réclamations et les plaintes, constatait.
AVANT LA GUBRRK 27
enregistrait les faits. « Le lieutenant-colonel Chanzy . et le commandant Gérez, qui parlaient l'arabe et avaient pris en Algérie la pratique des affaires, avaient fini par connaître le Liban aussi bien que notre colonie africaine. Ils étaient informés de tout ce qui se passait. Les chrétiens avaient en eux une confiance aveugle et voulaient les avoir pour intermédiaires dans toutes leurs réclamations ^ »
Au retour, Chanzy accompagna le général de Beaufort qui voulait revoir l'Egypte avant de rentrer en France». Il visita Alexandrie, ses bazars, ses forts détachés ; il assista à une grande revue des troupes égyptiennes où le général de Beaufort commandait les manœuvres ; il parcourut l'Egypte sur les chemins de fer et les bateaux à vapeur que le vice-roi, Saïd-Pacha, avait mis courtoisement à la disposition de l'état-major français. Il fit l'ascension de la plus grande des trois pyramides, de celle de Chéops, la seule, dit M. Louet, dont le revôte-
*■ Le Monde^ cité par T'aLbé Jobin, ■ La Syrie en 1860 et 1861 >, p. 282.
' Le général de Beaufort était celui de nos généraux qui connaissait le mieux TOrient, et c'est pourquoi il avait reçu le coxamandement du corps expéditionnaire. Il avait été de 1834 à 1837 chargé par le maréchal Soult de missions en Egypte et en .Syrie et était devenu aide de camp de Soliman-Pacha, chef d'état-major d'Ibrahim^Pacha. Attaché à l'ambassade de Perse, il avait visité toute TAsie-Mineure, puis rempli une nouvelle mission en Egypte.
28 LB aiNiRAL CHAMZT
ment ait disparu, et dont les pierres énormes, laissées à découvert, forment un escalier si difficile à gravir qu'on n*y parvient pas ^ans le concours de Bédouins qui vous précèdent et vous tirent par les mains, tandis que d*autres vous poussent par derrière. Il vit le Caire, les palais et les jardins du vice-roi, le musée Mariette. Le 25 juin 1861, le môme paquebot qui Tavait amené dix mois aupara» vaut en Syrie, V Amérique, vint de Beyrouth prendre à son bord le général de Beaufort et sa suite. Durant cinq jours, on ne vit que la mer autour de soi, et l'on n'eut d'autre distraction que Thyène, les oursons et les gazelles que les soldats avaient pris dans les gorges du Liban et que le général de Beaufort voulait offrir au Jardin des Plantes. Comme à l'aller, Je vaisseau fit relâche à Malte (30 juin) ; le 3 juillet, l'état-major du corps expéditionnaire de Syrie débarquait à Marseille.
Le 26 décembre 1860, pendant qu'il parcourait Jérusalem et les lieux saints, Chanzy fut promu au grade d'officier de la Légion d'honneur. Le Moniteur citait son nom parmi « les militaires des divisions d'occupation à Rome ».
AYANT LA GUBRRB 29
Le régiment dont Chanzy était alors lieutenantcolonel, le 11® de ligne, appartenait, en eflTet, au corps d'occupation que le général de Goyon commandait en chef et que Napoléon III s'était hâté d'envoyer à Rome, après l'entrée des troupes piémontaises dans les États pontificaux.
Chanzy, de retour à son régiment, demeura près de trois ans à Rome (du 21 oct. 1861 au 24 mai 1864). A son départ, il présenta sa femme et sa fille à Pie IX. Le pape caressa l'enfant et lui donna sa plume comme souvenir : « Vous vous marierez un jour, dit Pie IX, prenez cette plume, elle servira à signer votre acte de mariage, et la bénédiction du vieux pontife vous accompagnera pour vous porter bonheur. » La plume donnée par Pie IX servit plus tard à signer l'acte de mariage de W^^ Gabrielle Chanzy * .
Chanzy ne quittait Rome que pour rentrer en Algérie, dans ce pays où il avait déjà passé seize années de sa vie et pour lequel il éprouvait un a attachement profond • ». Il avait été nommé colonel du 48* régiment de ligne (6 mai 1864) ; à quarante et un ans, il commandait en chef un régiment et remplissait ce rôle de colonel qui, dit Sainte-
' Raconté par le cardinal Lavigerie, lettre du 10 janyier 1883. * Discours au Sénat, 19 mars 1878.
30 U BÉKÉMAL GHAHZT
Beuve, « 8*il est conça dans son véritable esprit, est Taa des plus beaux à remplir : on commande à an groupe d'hommes déjà considérable, mais jouissant encore d*une parCaite unité, qu*on tient tout entier sous sa main et sous son regard, dont on peut connaître chacun par son nom, en le suivant jour par Jour dans ses actes. Dans les grades plus élevés, ajoute le critique, on voit de plus loin, plus en grand ; le génie de la guerre, si on Ta, trouve mieux à se déployer. Mais, au point de vue de la moralité militaire, dans cette vaste confrérie qu*on appelle Tarmée, il n*y a nulle part autant de bien à faire, un bien aussi direct, aussi continu que dans le grade de colonel ' . »
Le jeune colonel « fit campagne » en Algérie pendant six années (du 6 octobre 1864 au 2 octobre 1870) .
En 1868, le 48"* régiment fut rappelé dans la métropole. Mais Chanzy ne voulait pas quitter l'Afrique. « Le colonel Chanzy, — écrivait le général Deligny, commandant de la province d'Oran, au maréchal de Mac-Mahon, alors gouverneur de la colonie, — désire vivement continuer à servir en Algérie, et ce désir concorde avec Tintérôt qui s'attache à ce qu'il soit maintenu. U serait difficile de le remplacer dans son commandement ; on aurait.
^ Causêritê du lundif l, p« 2(M»
en effet, de la peine à rencontrer, dans un autre candidat, autant de valeur intrinsèque réunie à une aussi grande connaissance des hommes et des choses de ce pays. » Chanzy demeura en Algérie ; une décision ministérielle du l*"" septembre 1868 le nomma colonel du 92® régiment de ligne en remplacement de M. Tumier, qui permutait avec lui.
Deux mois après (14 décembre 1868), il était promu général de brigade et chargé du commandiement de la troisième subdivision de la province d'Oran, à Sidi-bel-Abbès. Il avait quarante-cinq ans. On voit qu'il avait avancé rapidement ; vingt-cinq années lui avaient suffi pour franchir les étapes qui séparent le grade de sous-lieutenant du généralat. Mais il était devenu un des officiers les plus saillants de Tarmée d* Afrique ; ses camarades, qui tiraient son horoscope, le regardaient comme destiné à s'élever très haut, et plus d'un de ses chefs lui prédisait la plus brillaate carrière. Le maréchal de Mac-Mahon l'avait vu à Tœuvre, et, en le proposant pour le grade de général de brigade, lui donnait la note suivante : « Officier des plus distingués sous tous les rapports ; très intelligent ; rectitude de jugement hors ligne; vigoureux, énergique, brave à l'ennemi, appelé au plus grand avenir * . »
* Moniteur de Vmnéê, 11 Janvier 1M8. Déjà Umréchal Pellis-
32 LK OiNÉRAL CHAMZT
Cette vigueur et cette énergie que louait le maréchal de Mac-Mahon se déployèrent brillamment quelques mois avant la guerre de France, dans l'expédition de TOued-Guir ^ Au mois de janvier 18*70, les Oulad-Sidi-Cheikh qui bordent les limites du Maroc avaient franchi la frontière et jeté répouvante parmi les tribus du sud-ouest. Le général de Wimpffen, commandant la province d*Oran, reçut Tordre de refouler Finvasion des Oulad-Sidi-Cheïkh, mais de ménager à tout prix le Maroc et de ne combattre qu*à la dernière extrémité la confédération des Zegdou, la plus puissante du sud-ouest marocain, quoiqu'elle fût alliée aux Sidi-Cheïkh. Wimpffen promit d'agir avec adresse et en vieil Africain. La colonne expéditionnaire qu'il dirigeait comprenait une brigade de cavalerie, commandée par le général de Colomb, et une brigade d'infanterie placée sous les ordres de Chanzy .
sier, qui se connaissait en hommes, sTait noté le commandant Ghanzj comme • un officier à faire avancer rapidement, daas l'intérêt mdme de Tarmée > .
' WiMPFPBif , Sedan {Journal officiel des 16 et 29 mai 1870) ; FiLLiAS, Expédition d$ VOusd-Guir, récits militaires, 1880 ; DuQOBT, Bwue politique et littéraire, 30 juillet 1881.
La lutte fat vive ; malgré les injonctions du gouvernement, Wimpffen en vint aux mains avec les Zegdou ; mais ses coups furent à la fois prompts et vigoureux.
Ces Zegdou se divisent en trois tribus : les Beni-Guill, les Oulad-Djerir et les Douï-Menia. La colonne passa, le 1®*" avril, la frontière marocaine ; puis elle traversa des pays encore inexplorés, occupa sans rencontrer d'ennemis le siège principal des Beni-Guill, l'oasis de Bou-Khaïs, et franchit à Djerf-el-Torba une large rivière dont les eaux limoneuses et rapides rappelaient aux soldats les flots de la Loire. Cette rivière en plein Sahara est rOued-Guir, qui descend de l'Atlas et se jette dans rOaed-Zourfana, au-dessus d'Igli. Le 13 avril la colonne arrivait à El-Bahariat ou les petites mers, C*est là, à l'autre bord de TOued-Guir, derrière répais rideau des tamaris qui couvrent la berge, sur une ligne de hautes dunes de sable que les Sidi-Cheïkh et les Douï-Menia attendaient les Français. Le terrain fut reconnu le 14 avril, et le lendemain eut lieu la bataille. La position, que les indigènes regardaient comme inexpugnable, fut enlevée, au centre, par les zouaves du lieutenantcolonel Détrie et aux deux extrémités, par Colomb et Chanzy. Sur la droite, dit le Journal officiel, Chanzy refoulait l'ennemi et menaçait sa retraite.
34 LB GÉNÉRAL CHAMZT
A cinq heures du soir, les Doui-Menia se rendirent sans conditions.
Mais pendant ce temps, les Beni-Guill et les Oded-Djerir avaient à diverses reprises astaiUi Toasis de Bou-Khaïs où la colonne avait laissé une petite garnison. Les troupes françaises revinrent sur leurs pas et refoulèrent Tennemi sur Toasis Q^Âïn-Chaïr. Enveloppés d'un cercle de feu, les Beni-Guill et les Ouled-Bjerir demandèrent Vatnan et promirent de ne plus prêter secours aux entreprises des Sidi-Cheïkh (25-26 avril 18*70).
L'expédition avait eu lieu sur le territoire marocain, et le gouvernement impérial craignait qu'un séjour prolongé des troupes n'amenât des « coinplications ». La colonne dut repasser la frontière. Mais cette pénible campagne , faite en si peu de temps, à deux cents lieues des côtes, dans un pays jusqu'alors inconnu, avait détruit le prestige de la confédération des Zegdou. Lorsqu'éclata, l'année suivante, la formidable insurrection des Kabyles dirigée par Mokrani et Cheïkh-el-Haddad, la province d'Oran, quoique dépourvue de troupes, ne vit pas l'incendie de la guerre. Ni les Zedgou, ni les Oulad-Sidi-Cheïkh ne bougèrent ; ils se souvenaient de la bataille d'El-Bahariat et de la bravoure des troupes que commandaient Wimpflfen et Chanzy. Un décret du 2 juin 18*70 nomma le
général Chanzy commandeur de la Légion d*honneur; son nom figurait en tôte des militaires promus ou nommés dans Tordre, qui « s'étaient fait remarquer pendant Texpédition du sud-ouest en Algérie. »
ORLEAgva
Eu réalité, avant 1870, Chanzy, à peine brigadier depuis. vingt mois, n'avait pas. encore percé. Il n'était connu que des hommes du métier, et personne dans le public ne citait son nom parmi les généraux sur qui la France avait le droit de compter pour l'avenir. Mais quatre mois après l'expédition de l'Oued Guir, éclatait la guerre où il allait se montrer en pleine lumière. On a dit qu'il sollicita unr cofBanandèmeHt'eè queila ministre^ le- maréchal Lel¥»uf,.le,titttA l'écart Quoi qu'il en sait, on ne l'avait' pas désigné pour faire la campagne, et* ce
40 LE G^NiHAL CHAKZT
fut un bonheur et pour lui et pour le pays. A la tête d'une brigade de l'armée de Bazaine on de Mac-Malion, il n'aurait pu agir et se produire sous sa propre responsabilité ; il eût été, comme tant d'autres, captif en Allemagne et son nom ne serait pas sorti de l'obscurité. àvecFaidherbe, de Colomb, de Sonis, il demeura la réserve suprême de la France.
Le maréchal de Ifac-Mahon prisonnier écrivit à Gambetta pour recommander Chanzy comme un des généraux les plus capables de mener à l'ennemi la nouvelle armée '. Le 20 octobre 18*70, Chanzy était nommé général de division ; puis, son rdle grandissant de jour en jour et ses talents militaires appelant de plus en plus l'attention du gouvernement, il devenait commandant en chef du 16* corps, et enQn de la deuxième armée de la Loire. Ce général, inconnu au mois d'octobre 1870, était au mois de février 1871, regardé comme un des meilleurs capitaines de son temps, et la patrie lui vouait comme à Thiers, comme à Gambetta, une admiration reconnaissante. Thiers avait parcouru l'Europe pour
' Le mirécbal de Mac-Mahott, coosullé pu noui i ce lujel, ■ Men voulu ddus lâpoadie eu propres lennei : • J'ii ea effet 4etH iM. âembetta, alors ministre de U guerre, pour lui recommander le général Chauzj comme un des ^uétauz les plus capables de l'armée, mais Je ne me rappelle pas au Juala le* termei dont Je me *ni* tetn. •
chercher à la France des sympathies et il se char- '^geait de former le gouvernement nouveau qui liquidait la situation, de négocier avec M. de Bismarck la paix douloureuse et nécessaire, d'arracher aux prétentions de l'Allemagne Belfort, notre dernière porte de l'Est. Gambetta avait échauflTé les âmes de son ardeur, entraîné la province par son énergie et son éloquence sonore, animé la résistance des départements de la flamme qu'allumait en lui le péril national. Chanzy avait tenu les forces allemandes en échec, et, sans se laisser jamais décourager ni déconcerter par les revers, arrêté la marche d'un ennemi partout victorieux et jeté quelque gloire sur nos malheurs.
Il a fait lui-même le récit de la campagne. Ce récit, qui parut en 1871 *, est, de l'aveu des ennemis, une œuvre exacte et impartiale; il eut sept éditions successives et, en 1873, l'honneur d'une traduction allemande • ; il ne se trompe que sur de petits détails que les relations étrangères rectifient, et la publication du grand état-major de Berlin le cite fréquemment comme &ne des sources les plus véridiques. Chanzy raconte les événements sur un " ton simple, et, comme à son ordinaire, fort mo-
^ Le maréchal .de Mac-Mahon reçut le premier exemplaire de l'ouvrage.
* Par M. BussB (Hanovre).
il LB OKKÉRAL CBXSZT
de^tesœnt. sans trop glorifier son armée, ni trop la rabaisfer. U n*exag^re pas les efforts et les succès; il ne di^simaJe pas les dtrfaillances et les déiaitos; il a voulo^ dit'iU fournir son apjoint à l'histoire, et lï'écrire que ce qu'il a m ' . D parie de lui-méoie à la troisième personne et se désigne toujours par ces motx : « Le commandant du 16* corps » ou « le général en chef ». Il reproduit ses instructions, ses rapports, ses lettres au ministre. Le plan de Touvrage esi excellent, les événements sont dispoeés et distribués en six livres qui portent les titres l^^iranls : Orléans, Josfies, Vetuiôme^ le Mans, Ixwal, Poitiers; c*est à peu près Tordre que nous adopterons dans notre résumé de la campagne.
L'œuvre du général, tout à fait technique, est comme le journal de la gufirre soutenue par la deuxième armée sur les bords de la Loire, du Loir et de la Sarthe. On y trouve tout ce que fit cette armée, jusqu'à ses moindres mouvements et ses lAu» insignifiantes escarmouches. Cette oarratinn consciencieuse et complète a donc surtout son vrai mérite pour ceux qad veulent s'instruire des choses de la guerre* Mais l'accueil que tant de lecteurs lui ont fait prouve que ce livre, d'un style
' CuA%zr, Loiret 2. C'est ainn que nons dtorons désonuis yfMi ff\n% 4e eonmotlilé le livre da général : La deuwièmê arwtét df U L'Art,
ne(.^rqui ya. droil. aa hat^ excita Fintécât et lai. coiriasité du^aiid^^iiUic^Il u'y^est^iiestioxi.qpe de. marcbes et.da^ccmibats^jnais râBia.da. pateiote se. révèlet. et rardest amour de. la.JFrance. serfait Jour pjresfç^e à. chaque rpage : eodem anima scrip^ quo> 2«(to22it> et, . d'aiJiears^ la; part. de l!armée. de la. Lo»fBoau.« grand idraxoe * » derl870 a.ététrop cou*sîdéraJble pcair qu'oa.ne lise pas. sans 'émotion le récit .do. sa iiésîalance. soayeot Jiéroïqua*. .
A.tt moœmit où Cban^y revenait d'Algérie pour deyenir un des héros. de.la défiense nationale» il ne re^ait.plus à.la France de. troupes, régulières. Des A&axt armées, de TEmpirov Tuner avait capitulé à. Sedan, Tautre allait capitul^.à Metz; Trochu tenait dans Paris ^assié^; la province était ouverte.à rinvafiion^.CirémieaXt .6Iais-£i2ûin, ramiralFourichon, eavojés. à Tours par le. gouvernement de Paris^ essàyiiient tant hiea^quemalt avec l'aide du modeste etiajaorieux général Lelbrt, d -organiser une armée. JSûiirichon exerçait. les fonctions de ministre de la glkvce.; il ât qiji^ue bien, c'était un homme du
* CiiAVST) Cotrt; .p. .U7.
it LS OÉXtKAL CSASCZT
métier. Uaû ses deux collègues gâtaienttout; Fourichoii donna sa démission, et,àrâgede soixante-quatorze ans, ra%-ocat Crémif ux fut, du 5 aa 9 octobre. miiuAtre de la juiitice, de riutérieuret de la guerre. - D^jà les Allemands avaient enralii laBeaaœ; un. coiuiiieacement d'année, le 15* corps, qu'avait réuni Je g^'-tiéraldeLaMotte-Rouge, battait en retraite après le cumbat d'Ârtenaj*; Orléans était occupé par le cor|i!i bavarois de von der Tano; Chartres ouvrait &e» portes, et Cbàteaudun, malgré l'énergique résistince de ses babilants et des francs-tireurs de Liixjwski, était pris et incendié.
Le 9 octobre, Gambetta arrivait à Tours pour se mettre à la tête de la défense. I^ lendemain une nouvelle administration entrait en fonctions, et l'un de ses premiers actes était de remplacer La Hotte-Bouge par d'Aurelle de Paladines. D'Aurelle i:lait un vienx soldat, mis depuis deux ans au cadre de réserve, mais vigoureux encore, et qui sut par •a connaissance des choses militaires, par sa fei^ vanté, par sa rudesse, donner à une organisation à peine ébauchée de la consistance et un sérieux dé- ' velop[>emeiit. Chauzy rend Justice aux remarquables efforts de d'Aurelle; il reconnaît ses « hautes capacités » et u sa volonté ». Ce général, dit-il dans son récit, a créé une armée avec un soin et une promptitude qui lui font grand honneur. Cette formation
LA GUBRRB 45
fut le type de toutes celles que la délégation allait
• faire surgir*.
C'est en Sologne, derrière la Sauldre, dans le camp retranché de Salbris, ce « véritable berceau » et cette « école » de l'armée de la Loire que d' Aurelle
. reconstitua Je 15® corps*. Cependant, le 16® corps,
. commandé par le général Pourcet, et chargé de
. mettre Tours à Tabri de toute atteinte, se formait à Blois et occupait la forêt de Marchenoir. Ce 16« corps
' comptait trois divisions ; la première, sous Tamiral Jauréguiberry ' ; la deuxième, sous le général Barry ; la troisième, sous Chanzy (bientôt sous le général Maurandy). Le 15' et le 16® corps composaient Tarmée connue sous le nom de première armée de
: la Loire, que d'Aurelle commandait en chef.
Le 2novembre une décision du ministre remplaçait
' le général Pourcet, malade depuis quelque temps, par le général Chanzy. Le nouveau commandant du 16® corps établit son quartier-général à Marchenoir. Il choisit pour chef d'état-major l'intrépide colonel Vuillemot, bientôt élevé au grade de général, et aujourd'hui chef d'état-major général de l'armée.
* Chamzt, XotVtf, p. 10 ; db Fretcinet, La iéféns» en province, p. 8 et 11.
• Db Frbtginet, p. 72.
' Qui en prit le commandement le 6 novembre lorsque Chanzy était déjà à la tôte du 16* corps.
M LK OtSCÉBAL CHAMZT
Ses aides ^ camp qui depuis l'ont soiTi en Algérie et en Russie et qû le senrirent avec mi rafe 4é- Tcmement, étaient le capitaine d*état-(fl^}or Marois, le capitaine du génie Heniy, le lieutenant der cavalerie Bernard, venus, comme lui, d'Algérie*.
Anssitdt Chanzy imprime une activité' toote^noa- Telle aux opérations du 16* corps. U se sert' habilement de la cavalerie du général Abdélal, piao éc sous ses ordres ; il' fait occuper Ousotter-le^Màrclié; il entame une série de petits engagements 'et de reconnaissances hardies qui lui fournissent d^rtiies renseignements snr les positions et les forces de l'adversaire. Le 'T novembre a lieu au vlHage de Yallières une première et sérieuse renoontre. Les chasseurs du 3* bataillon, qui méritèrent d*£tpe mis à Tordre du 16* corps, et les mobiles de Loir-et- Cher tiennent peridant deux heures sur un* terrain découvert' sous le feu le plus violent; bientôt deux colonnes dMnfanterie se portent en avant avec résolution ; l'ennemi recule, et les dragons, se jetant dans le 'Village de Vallières, y font prisonnière toute une compagnie de Bavarois. Ce (ht, dit
* M. de.Boûdeffire, <pii racoompagoait d^à daus l'aspédition de rOoed-Guir, ne devait Tenir que plus tard. Remarquons, à €• propos, que jamais un général n'a tant inspiré de respect et d'affeetion à son entourage et qu'il est rare de reocontrer dans Varmée nn chef de corps qui garde près de sa personne aussi loDgtSDpa qoe Chanzy les mêmes lieutenants' fidèles et déToués.
LA ÔUERRË 47
Chanzy, un véritable succès ; il' eut sur nos soldats, ^i avaient fait preuve de solidité, une grande influence. C'est ainsi que le général savait, dès les premiers jours, instruire et exercer ses jeunes troupes, entretenir leur ardeur et leur confiance, les préparer par de petites opérations à la grande opération qui préoccupait la délégation, à la reprise dT)rléans, ce 'brillant succès par lequel débutait brillamment, à Textrôme joie du pays, la première armée de la' Loire.
Il avait été résolu dès le 24 octobre que le 16® corps et deux divisions du 15« se porteraient de Blois sur Orléans, pendant que la première division du 15® corps, sous les ordres de Martin des Panières, partirait de Gien et prendrait les ennemis à revers. Pressé en môme temps à Touest et à Test, et mis entre deux feux, attaqué sur son flanc droitpar* TfO,000 hommes et sur son flanc gauche par 15,000, von der Tann se serait trouvé dans une situation fort critique. Mais il est extrêmement rare à la guerre que deux corps d'armée, partis de points éloignés, se rencontrent au jour dit et à heure fixe. D'Aurelle et Chanzy battirent von der Tann à Coulmiers, mais Martin des Pallières arriva trop tard pour achever la victoire. Le mouvement fut d'ailleurs retardé par le mauvais temps, par cette leilteur mortelle qu'on serait tenté d'appeler
48 LS OiMÉRAL CHANZT
française et qa^éprouva darant toute la guerre rexécutîon des ordres, surtout par la nouvelle de la capitulation de Metz et par les bruits d'armistice. Finalement, le gouyemement et les généraux étaient convenus d'attaquer le 11 novembre; mais déjà von der Tann, averti par sa cavalerie de la marche des troupes françaises, concentrait son corps d'armée à l'ouest d'Orléans,* autour de Goulmlers, dans une position avantageuse qui lui facilitait sa retraite sur Etampes ; la bataille fut livrée le 9 novembre.
Le corps de Chanzy s'était porté sur Orléans. Il marchait en bon ordre, précédé par des éclaireurs de la cavalerie légère et par deux lignes de tirailleurs, suivi à deux lieues par les bagages, prêt à combattre l'ennemi, s'il se présentait. On ne pouvait mieux se garder ni surveiller le pays environnant que le faisait Chanzy ; pendant le campement, les grand'gardes étaient à un kilomètre en avant, les a^ant-postes à 500 mètres plus loin, et sur tous les chemins allaient et venaient des vedettes de cavalerie. La guerre commençait à changer de caractère ; les chefs français savaient ce qui se pas-
LA aUBRKE 49
sait devant eux ; ils se renseignaient sur les mouvements de l'adversaire et faisaient battre la contrée par des reconnaissances ; ils n'allaient plus à l'aventure, et des surprises comme celle de Beaumont étaient désormais impossibles.
Il était difficile d'enlever la position choisie par von der Tann. Le général bavarois s'était établi fortement dans les villages et sur les routes ; partout des travaux de défense, des retranchements, de l'artillerie, et, du haut des clochers et de la tour de Baccon, des officiers en vigie, suivant les mouvements de l'armée française, qui se marquaient nettement dans les vastes plaines de la Beauce.
La veille, Chanzy avait donné au 16* corps des instructions qui sont un modèle de précision et de clarté ; elles furent exécutées presque à la lettre, a Débusquer l'ennemi de Charsonville, Epieds, Coulmiers, Saint-Sigismond, en prononçant sur la gauche un mouvement tournant, de façon à occuper solidement à la fin du jour la route de Chateaudun à Orléans. » A huit heures du matin, Tarmée s'ébranla. Le temps était couvert, mais doux ; le sol ferme et sonore; on s'avançait, dit Chanzy, dans une des plus belles pages de son livre, avec un ordre et une régularité qui donnaient bon espoir pour la fin de la journée ; l'aspect de cette grande ligne de bataille traversant la plaine nue et à peine
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accidentée, qui la séparait encore de reanemi, était des plus imposants ' .
Pendant qu'à droite le 15* corps enlève Baocon et le château de la Renardière, Chanzy dirige, au centre, Tattaque sur Coulmiers, avec an « coup d'oeil » et une « résolution » que d*Âurelle louait le soir môme dans son rapport au ministre de la guerre. Le général Barry, commandant de la 2* division, retardé par rartillerie allemande, n'engage Faction qu'à midi ; mais, à quatre heures, malgré la violente fusillade des ennemis, il est maître du village et du parc de Coulmiers. Barry, en personne, descend de cheval, se met à la tète de la colonne d'attaque et entraîne ses hommes, en criant : Vive la France, en avant les mobiles I Au premier rang combattent les mobiles de la Dordogne, conduits par le vaillant colonel de Chadois. Les Bavarois cèdent à cet « élan irrésistible ». Pendant ce temps, Jauréguiberry engage une lutte très meurtrière sur les positions de Champs. Un instant les troupes de l'amiral reculent sous le feu d'une puissante artillerie et devant de nouvelles colonnes d'infanterie bavaroise qui entrent en ligne. Mais l'énergique Jauréguiberry ramène et entraîne ses jeunes soldats ; il met pied à terre et dirige lui-
*■ Chànzy, Loire, p. 25.
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même arec un admirable sang-froid le feu des pièces qui maîtrisent les batteries allemandes ; à cinq heures, toutes les troupes de la première division s'élancent au pas de charge et enlèvent, pour s'y maintenir cette fois, les villages de Champs et d'Ormeteau.
Malheureusement, à gauche, le général Reyau s'était replié sur ses positions. Il avait pris pour une colonne allemande une troupe signalée au loin et qui n'était autre que le corps des francs-tireurs de Lipowski; son artillerie, engagée de trop près, avait, sans servir beaucoup, essuyé de grandes pertes. Sa cavalerie n'avait pas rempli sa mission. D'après les instructions que Chanzy avait données la veille et qu'il fit renouveler par ses aidesdecamp durant la bataille, le général Reyau devait tourner la droite des ennemis et leur barrer la retraite sur la route de Chartres. Il ne fit qu'exposer inutilement sa cavalerie au feu des batteries de Saint-Sigismond et la reporta en arrière, sur les emplacements quïl occupait le matin.
Enfin, Martin des Pallières, qui descendait larive droite de la Loire, n'arrivait pas à temps, malgré la rapidité de sa marche. Il est vrai qu'on avait compté sur une plus longue résistance des ennemis, et Martin des Pallières ne devait déboucher que le 11. Il courut néanmoins dans la direction du canon
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et ses troupes firent des prodiges de célérité ; mais, lorsque ses tètes de colonnes, épuisées de fatigue, arrivèrent le 10 novembre à Ghevilly, sur la route d*Orléans à Paris, pour couper la retraite aux Bavarois, il était trop tard.
Toutefois la bataille de Coulmiers était un grand succès. Elle coûtait aux ennemis 1,200 hommes mis hors de combat et 2,000 prisonniers ; elle forçait von der Tann à quitter Orléans et à se retirer sur Etampes. Le 16^ corps avait pris à la victoire une « part large, difficile et glorieuse' », et Chanzy
reçut du gouvernement des lettres de félicitations exceptionnelles.
^ Chamzt, Loire, p. 20. Une grande messe militaire^ suivie d'an Te Deum, eut lieu à Saint-Péravy-la-Ck)lombe ; à cette occasion, un engagé volontaire du 3^ bataillon des mobiles de la Mayenne (voir l'ouvrage qui porte ce titre. Alençon, 1872, p. 88-89) traçait ce portrait de Chanzy : < Le général Chanzy vint en personne à cette cérémonie. Il est jeune encore ; il a perdu ses cheveux de bonne heure, et le sommet de sa tête est complètement chauve. Son front découvert et large est l'indice d'un talent peu commun que tous les tacticiens lui reconnaissent. Sen yeux brillent d'un éclat particulier ; presque toujours il a le sourire aux lèvres, et l'ensemble de son visage est affable et attrayant. Sa taille est un peu au dessus de la moyenne, et l'extérieur de son corps n'indique point la force et l'énergie extraordinaire dont il a fait preuve tant de fois. >
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D'AurelIe ne sut pas user de la yictoire. Il est vrai — et Chanzy le reconnaît — que le temps devenait mauvais ; que la plui^, la neige, la boue ralentissaient la marche ; que les troupes souffiraient du froid ; qu'il fallait renouveler ou compléter l'habillement. D'AurelIe ne croyait pas que son armée fût, selon le mot de Chanzy, assez outillée pour se porter en avant *. Il résolut de rester sur la défensive et, avant toutes choses, de faire d'Orléans un camp retranché qui lui servirait de base d'opérations.
Mais Coulmiers avait rompu le charme et ramené le temps du bonheur et de l'audace qu'on croyait passé. Sans imaginer, comme M. de Freycinet, qu'il fallût marcher immédiatement sur Paris et percer les lignes d'investissement, Chanzy pensait qu'il était possible de mettre à profit l'enthousiasme de l'armée, d'atteindre et d'achever les troupes de von der Tann, puis d'attaquer le grand duc de Mecklenbourg, en un mot, de prendre les Aile* mands en détail^ avant l'arrivée des renforts
^ Chanzt, Loire, p. 35.
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amepés par Frédëric-Charles. D*Aarelle disait que ses soldats avaient été admirables d*entrain et d'aplomb et que Coulmiers avait décuplé leur bioral. Ne fallait-il pas les jeter aussitôt sur Tarmée qu'ils avaient défaite, sans leur laisser le temps de s'attiédir et de perdre l'ardeur que leur inspirait un premier succès ? Le vaincu s*étonnait de n'être pas poursuivi ; on a donc fait une faute en ne le poursuivant pas la baïonnette dans les reins. La victoire de Coulmiers restait incomplète ; elle n*était pas poussée à fond, et 11 est permis de penser que si Chanzy avait eu ce jour-là le commandement en chef, elle aurait donné des avantages plus solides ; la partie était belle, et Chanzy l'aurait certaine* ment tentée et gagnée *.
D'Aurelle occupa la forêt d'Orléans, il éleva dans un rayon de deux à trois lieues des fortifications de campagne, il créa deux lignes de redoutes garnies de pièces de marine à longue portée ; il se flattait de tenir dai^s cette position avec quarante mille
^ * Après ce qui s'éUit passé à Coulmiers, les armées de prO"* Tince pouvaient avoir l'idée d'aller plus loin, et si Ton n'avait pas attendu que le prince Charles, venant de Melz, se fût réuni avec les Bavarois reconstitués du général de Tann et aux corps que le grand duc de Mecklenbourg avait concentrés aux environs de CShaftïts, il «Ctt. été possible de dépasser Loigny, où noas avoat eu à combattre la grande armée prussienne et où nous avons succombé. > (Discours de Chanzy à TAssemblée nationale, 15 juin 1871.)
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hommes contre deux cent millet Mais il oublia d'assurer la rapidité de ses communications ; il négligea •de faire, au milieu de la forêt, une route parallèle à son front de défense ; ses corps ne pouvaient se secourir mutuellement qu'avec une extrême lenteur ; il fallait pour se^^ porter d'un point sur un aotfe revenir sur Orléans et traverser deux fois la forêt.
Chanzy n'était pas aussi préoccupé que d'Aurelle de la positioJi d'Orléans. On devait ^ selon lui, élargir le cercle de la défense, donner plus d'étendue à l'aire stratégique, « tenir l'ennemi au loin et se garder à grande distance ». Il y avait, en avant d^ lignés que* fortifiait d'Aurelle^ des points qu'il fallait garder quelque temps et né livrer à l'ennemi qu'après les avoir opiniâtrement disputés. Pourquoi ne pas^ avancer, par exermple, jusqu'à la hauteur de Patay, inquiéter le grand-duc de Mecklenbourg qui manœuvrait entre Etampes et Chartres, réduire ainsi la zone des réquisitions ennemies, arracher les troupes aux bîvou:acs qui se changeaient en « véritables bourbiers » ert à des cantonnements qui devenaient inhabitables », mener le soldat sur de « plus sains emplacements ? » On finirait néanmoins par se replier sur les lignes d'Orléans ; mais
^ Db Freycinbt, p. 104.
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mouvement en avant, si restreint qu'il lût, lerait à l'armée < l'idëe d'une ofi^nsive n et lUendrait la confiance qu'avait fait naître la ille de Coulmiers.
lanzy proposait donc à d'Aurelle d'occuper.
: son 16* corps, la ligne de la Gonie, <> la meile dërense de la contrée », de protéger ainsi la ide route d'Orléans à Cbâteaudan, de se relier sa gauche avec le 1*7* corps qui se formait dans 'erche et de couvrir à la fois Orléans et Vene. Sa proposition ne reçut pas de réponse. Il se borner à établir ses avant-postes sur ce ruls- 1 de la Conie dont les marais impraticables lient pourtant une barrière naturelle et une e d'obstacles bien supérieure aux boquetemu! de orét d'Orléans ' . Mais ses cavaliers, ses éclai- 's, ses francs-tireurs» ne cessaient d'escarmou-
t'oir p. i9-S1, M lettre à d'AurelIa qui fait 1b plus gmd Bur à son coup d'ceil militiire.
Ghanij a'esl baancoup servi des corpt-rrancs. Liponaki, avec rancs-breurs de Paris, de Fouâria avec ceux de la Sartha, ird avec csui de Saint-Denia, éclairaient lea ailea de l'armée Loire et prolégeaieDt aes mouTemeata. Soua le comniaade- ■npérieur d'an vigoureux or&cier, Is colonel Berbat, les a-tireais Ërent vailUmmeot leur service d'avant-poïtea et èreni plusieurs fois des troupes de cavaliers enueinis. Miis marquera qu'ils appirtanaieut à l'armée rdgaliSre; ils o'agiat paa pour leur compte : ile realaiant soumia à l'action du laudanl en chef, et Chanzy leur donnait ses ordres comme
cher, d'exécuter des reconnaissances et des pointes audacieuses, de tenter des coups de main heureux, comme celui de Viabon qui fît connaître un document précieux, l'ordre de mouvement des troupes ennemies que le prince Albrecht, obligé de fuir précipitamment, avait laissé sur sa table.
L'armée de la Loire attendait donc l'ennemi devant Orléans; de jour en jour elle se fortifiait et s'instruisait; elle grossissait en nombre. Le 15« corps passait sous les ordres de Martin des Pallières ; le 17», le 18% le 20« se formaient ; le 1>, campé du côté de Mârchenoir, était commandé par le général de Sonis ; le 18®, qu'on venait d'organiser à Nevers, était dirigé provisoirement, pendant l'absence de Bourbaki, par le colonel Billot ; le 20«, composé des débris de l'armée des Vosges, avait à sa tête le général Crouzat et se concentrait à Gien. Mais ces trois derniers corps, qui faisaient illusion à la délégation de Tours, étaient de création trop récente, et, comme l'avoue M. de Freycinet, on les avait formés à la hâte, dans des conditions difficiles, et pour ainsi dire, en marchant.
Ce n'était pas trop de toute cette armée, dont le
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15« et le 16* cor]» faisaient la force véritable et réelle, poar combattre les masses allemandes qui s'arancalent sur Orléans. L'état*major général de Versailles dirigeait sur la Loire deux armées ; l'une, soos les ordres du grand-duc de Meckleii-> bourg, venait de fouiller Toaest et de pousser sur la route du Mans; l'autre, la deuxiètne armée ^ commandée par Frédéric-Charles et composée de la plus grande partie des troupes de Metz, arrivait, après trois semaines de marches forcées, à Pithi- Tiers. Les Allemands, dit Chanzy * , réunissaient le plus de monde possible pour écraser cette armée de la Loire qui surgissait devant eux, alors qu*ils croyaient la France aux abois... il était hors de doute qu'un grand mouvement de concentration allait s'opérer en vue d'une attaque sur cette armée. Devant de pareilles forces, il eût fallu demeurer dans ces positions d'Orléans préparées avec tant de soin, et s'y défendre, comme Chanzy se défendait à Josnes quelques jours plus tard, à la stupéfaction de l'adversaire, et dans de plus difficiles conditions. Quitter ses lignes et se hasarder dans « les plaines nues de la Beauce » », c'était s'exposer de gaieté de cœur à une grande bataille qui se-
* Chanzt, Loire, p. 40, 55.
' CkAii2¥, ZaiM, p. 37.
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rait un désastre. Mais la délégation, fière du succès de Coulmiers, avait résolu de prendre l'offensive. Elle reprochait à d'Aurelle de ne pas agir, de n'avoir aucun plan ; il fallait, disait le ministère, sortir d'Orléans et marcher, par la ligne de Pithiviers et de Montargis, sur Paris, qui réclamait le prompt secours de la France. Le ministère prit luimême la direction d'une partie des opérations. Il laissa le 15«, le 16® et le ITf^ corps sous le commandement de d'Aurelle qui restait dans ses positions autour d'Orléans. Mais il lança, de sa propre autorité, le 18® et le20« corps. Puis, deux jours après, il commandait impérieusement aux 15®, 16® et 1*7® corps de tenter le môme mouvement d'une autre façon et dans des proportions plus vastes. Ainsi 1 armée ûe la Loire ne faisait que des efforts isolés et n'attaquait pas en masse, mais par fractions et d'une manière décousue. Au lieu de se concentrer et de se jeter sur un point des lignes allemandes, elle faisait donner d'abord sa droite, puis sa gauche, sans jamais s'engager tout entière. Que devait-il résulter de cette méthode contraire aux premiers principes de la guerre ? Après la défaite des deux ailes, le centre à son tour était enfoncé, et l'année de la Loire n'existait plus.
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Le 28 novembre, Billot et Crouzat, sur Tordre de l'administration de la guerre, marchaient sur Pîthiviers. Ils menèrent Tattaque avec vigueur ; mais ils ne purent emporter la ville de Beaune-la-Rolande, énergiquement défendue par le commandant du 10* corps prussien, Yoigts-Rhetz. Le combat fut sanglant et fort honorable pour des soldats dont la plupart voyaient le feu pour la première fols. Néanmoins le mouvement projeté par la délégation n'avait pas réussi ; le 18« et le 20* corps furent rejetés sur Bellegarde, du côté de Gien.
A. ce moment le ministère recevait la nouvelle (pie le général Ducrot tentait une grande sortie dans la direction de Fontainebleau. Il fallait aller à la rencontre de l'armée de Paris, sur-le-champ et sans hésitation. Un conseil de guerre fut tenu le 30 novembre à Saint-Jean-de-la-Ruelle, entre d'Aurelle, son chef d'état-major, Borel, Chanzy et MM. de Freycinet et de Serres. Les généraux objectaient qu'il valait mieux rester dans les retranchements. Mais M. de Frevcinet commanda de livrer combat au prince Frédéric-Charles, de le battre et de donner la main dans la forêt de Fontainebleau à l'armée
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de Paris. D'Aurelle et Chanzy montraient les périls de ce mouvement. Abandonner leurs lignes pour courir l'aventure d'une grande bataille, mettre aux prises, dans une formidable rencontre, une armée née de la veille avec des troupes aguerries, qui venaient de prendre Metz, aller au-devant de Ducrot dont la sortie était incertaine I Le ministère donna Tordre formel de se mettre en marche vers Pithiviers, et les généraux durent accepter le plan que leur dictaient les stratégistes de Tours. Mais, disait Chanzy, était-ce la peine de nous réunir? Il suffisait au ministère d'envoyer ses instructions par la poste * .
Comme le prévoyaient d'Aurelle et Chanzy, l'opération ne pouvait réussir. L'armée de la Loire s'étendait sur un espace de plus de vingt lieues ; elle s'éparpillait, se disséminait sur une ligne flottante et démesurée, sans qu'il fût possible aux corps, trop isolés les uns des autres, dç se rallier et de se prêter un mutuel concours.
Le 1*'^ décembre, au matin, Chanzy poussa son 16« corps en avant. Il se heurta au 1" corps bavarois ; mais von der Tann ne songeait qu'à « tenir jusqu'à complète obscurité « ». La division de Jau-
* Chanzt, Loire^ p. 5Ô-57 ; db Mazads, La g%err$ de France,
» Heltig, Von der Tann^ p. 193.
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réguiberry eut les honneurs de la journée ; elle enleva les villages solidement fortifiés de Gommiers, de Nonneville, de Faverolles et le point central de la résistance, le parc de Yillepion. Pendant que le 16e corps remportait ce brillant succès, le gouvernement répandait la nouvelle que Ducrot était vainqueur à Villiers, qu'il avait rompu les lignes prussiennes, qu'il marchait vers l'armée de la Loire. Cette nouvelle « tellement avantageuse et précise » réveillait les espérances et augmentait la « confiance dans le résultat qu'on cherchait à atteindre ». Ghanzy applaudissait à cette sortie de Paris. « Mon corps d'armée, écrivait-il au ministre de la guerre, saura répondre à ce que le pays attend de lui ; il vient de l'affirmer par le combat de Villepion. » Par décret, la division de Jauréguiberry fut mise à Tordre du jour de l'armée, et Chanzy nommé grand officier de la Légion d'honneur * .
Mais le lendemain (2 décembre), le 16» corps trouve devant lui un ennemi plus nombreux que la veille ; il lutte contre toute l'armée du grand-duc de Mecklenbourg dont les troupes entrent successivement en ligne durant la journée. Malgré la bravoure de ses jeunes troupes, « que de vieux sbl-
^ Chanzt, Loire, p. 62-65, 461.
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dats n'auraient pu dépasser », malgré la vigueur que déploient Barry et Jauréguiherry, le 16» corps échoue dans ses attaques contre Lumeau, contre la ferme de Beauvilliers et le château de Goury ; sous un feu épouvantable d'artillerie et de mousqueterie, il recule sur Villepion et sur Loigny. L'intrépide Jauréguiberry qui, selon le mot de ses soldats, navigue sur son petit cheval comme devant la tempête, se maintient derrière les murs crénelés de ce parc de Villepion, qu'il a conquis le jour précédent. Mais la brigade Bourdillon, rejetée sur Loigny, ne peut défendre le village et les gravières qui l'entourent contre une masse considérable d'infanterie et de cavalerie. Il est quatre heures, et la nuit va tomber, lorsqu'arrive le commandant du 17® corps, l'impétueux général de SonLs, Il accourt de Patay au bruit du canon et sur le pressant appel de Chanzy, avec les troupes capables de le suivre, les zouaves pontificaux de Charette, les mobiles des Côtes-du-Nord, les francs-tireurs de Tours et ceux de Blidah, le 5I« régiment de marche. Sur le plateau de Villepion, au milieu des boulets ennemis, à la lueur des villages qui brûlent, les deux généraux échangent rapidement quelques mots. Il s'agit de gagner la bataille par un suprême effort sur Loigny. De Sonis se charge de tenter cet effort, et, sans perdre un instant, encore plein de sa bouil-
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lante ardeur et de Télan qai le poussaient au secours de Chanzy, se précipite dans le village. Mais il est accueilli par une grêle effroyable d'obus ; le 51« régiment se débande ; Sonis, qui poursuit vaillamment sa marche sous cette pluie de feu, tombe, la cuisse brisée ; Gharette, qui « rivalise avec lui d'intrépidité », est grièvement blessé ; décimée par récrasante artillerie des Allemands, privée de ses chefs, la petite avant-garde du 17» corps, qui se portait au combat avec tant de courage et de furie française, abandonne Loigny. Seul, le 37"* régiment de marche demeure dans le village. Il s*est d'abord retranché dans les maisons et y « soutient une lutte des plus acharnées»; mais, sous les obus à pétrole, les maisons s'enflamment et s'écroulent. Le régiment se réfugie dans le cimetière, et, abrité par les tombes, ne cesse de tirer sur l'ennemi qui l'enveloppe de toutes parts. Un instant, il espère être dégagé ; il entend au-dehors le bruit de la fusillade et la sonnerie des clairons français ; c'est à ce moment qu'a lieu la charge héroïque de Sonis. Mais bientôt le silence se fait, et, à sept heures du soir, les débris de ce brave régiment se rendent, après avoir brûlé leur dernière cartouche. La nuit, dit Chanzy en quelques lignes saisissantes, était alors très obscure ; le champ de bataille n'était éclairé que par Tincendie de Loigny et de quelques fermes
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des environs, auxquelles Tennemi avait mis le feu. Les pièces d'artillerie, en se retirant au galop, produisaient sur le terrain durci par la gelée un bruit qui impressionnait les troupes et contribuait à augmenter le désordre * .
La bataille était perdue. Mais on peut dire de Chanzy ce qu'il dit de Jauréguiberry, que sa ténacité, son sang-froid étaient au-dessus de tout éloge. Il ralliait sous sa main énergique et ferme le 16* et le ITf® corps, que la disparition du général de Sonis plaçait sous son commandement. Il conservait les positions qu'il occupait le matin, il ne perdait pas un pouce de terrain, et il écrivait à d'Aurelle que, s'il recevait du secours, il ferait tout pour reprendre l'offensive. Mais il avait éprouvé de grandes pertes, et 1' « état moral » de son 16« corps l'inquiétait. N'avouait-il pas que des désordres s'étaient produits, que des hommes, des corps entiers, cédant à une panique injustifiable, avaient fui dans toutes les directions? De leur côté, les chefs du n» corps ne lui cachaient pas que leurs troupes étaient à bout d'efforts.
' Chanzt, Loire, p. 76-77.
Vï
Pendant que Taîle gauche de l'armée française était arrêtée à Loigny, que devenait le !5* corps qui formait le centre ; que devenaient les 18* et 80^ corps qui composaient l'aile droite'? Le 15« corps était, après un violent combat à Poupry, rejeté sur Artenay par une seule division du grand-duc de Mecklenbourg, la division Wittich. Le 18* et le 90» corps, trop affaiblis d'ailleurs pour prendre une part active à la lutte, restaient immobiles devant la cavalerie de Frédéric-Chartes qui les tenait en respect. Le prince allemand frappa le grand coup. Pendant que sa cavalerie empêchait notre droRe de bouger et que le grand-duc de Mecklenfcourg contenait notre gauche, il se jeta sur notre centre et Taccabla. Il fit ce mouvement concentrique que Chanzy prévoyait, que l'armée de la Loire aurait dû faire depuis plusieurs jours, que la délégation de Tours prescrivait alors, mais trop tard.
Pressés de tous côtés, d'Aurelle et Martin des Paliières reculèrent en désordre sur Orléans. A quoi servaient tant de retranchements élevés à l'avance? Les deux lignes furent forcées Tune après l'autre ; les batteries de marine tiraient sur
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rennemi, mais tesintervaUes des redoutes n^étaient pas solideiiient oecupés ; les trompes qui s'y précipitaient, battues, poursuivies, démoralisées, n'avaient plus la force de les défendre. D'Aurelle et Martitt des Palliôres voulurent un instant essayer une résistance aax aJbords de la ville ; mais ils voyaient tout ce qui les entourait se dissoudre et se fondre. Us durent, pour éviter un plus grand désastre, éva^cuôr Orléans et loettre eoà sûreté les débriis du 15^ corps, au-<lelà de la Loire, en Sologne. En même temps le 18* et le 20° corps, suivant le mouvement de retraite, ramassaient le âeuve à Jargeau et à Sully. La désoi^anisation, avoue M. de Freycinet, dépassait tout ce qu'on ipeut imaginer.
Seul Chanzy restait sur la rive droite de la Loire. Tout d'abord, il s'était porté vers Orléans, en assez bon ordre, par des chemins affreux, à la vue de l'ennemi « auquel son attitude imposait ». Il tenta môme de secourir le 15* corps. Mais il comprit vite que la défense d'Orléans serait impossible, et il craignait que, si l'armée entière se retirait sur la rive gauche du fleuve, « l'encombrement sur les routes et dans les rues, et l'insuffisance des ponts y» n'amenassent une grande catastrophe. Bientôt il se vit débordé ; la cavalerie allemande couvrait lacampagne ; des régiments de uhlans et de hussards de la mort assaillaient à diverses reprises ses éclai--
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reurs algériens ; ses communications avec Orléans étaient coupées. Il se dirigea sur Meung et Beaugency, et, tout en se battant à Patay, à Bricy, à Boulay, conduisit la première de ces retraites qui devaient immortaliser son nom. Il n'avait plus avec lui que le l*?* corps et la première division du 16«, commandée par Jauréguiberry ; les deux autres divisions, la deuxième (Barry) et la troisième (Maurandy) étaient refoulées, non sans désarroi, sur Mer et sur Blois. Il occupa la ligne de Lorges à Beaugency, appuya sa gauche à la forêt de Marchenoir et sa droite à la Loire, et fixa son quartier général à Josnes. C'est là qu'il attendit les nouveaux ordres du gouvernement.