‹ Le général Chanzy, 1823-1883Chapitre 3 sur 30 · JOSNES · texte numérisé non relu

JOSNES

La délégation de Tours destitua d'Aurelle et forma deux armées avec les forces éparses sur les deux rives de la Loire. La première, composée des 15®, 18« et 20' corps, était placée sous les ordres de Bourbaki et devint l'armée de TEst. La seconde comprenait les 16», ITf* et 21* corps, sous le commandement de Chanzy, et reçut le nom de deuxième armée de la Loire. « Nous vous félicitons de votre attitude, écrivait M. de Freycinet à Chanzy, et nous n'avons qu'un désir, c'est que vous puissiez la l'aire partager par tous ceux qui vous entourent. » Le général Vuillemot fut nommé chef d'état-major général de la deuxième armée ; l'amiral Jauréguiberry dirigeait le 16" corps ; le général de Colomb, le 17*, et le capitaine de vaisseau Jaurès, le 21® qui venait d'être organisé au Mans. La délégation ajoutait à ces trois corps

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une division du 19* corps en formation, la division Camô.

Une campagne nouvelle allait s'engager. Pendant gue les corps passés sur la rive gauche du fleuve achevaient de se désorganiser dans une retraite faite sans ordre et sans ensemble, les corps ralliés par Chanzy et moins éprouvés par la défaite, opposaient aux Allemands une résistance imprévue.

Chanzy avait choisi la seule position défensive que lui offrit l'Orléanais. De Lorges à Beaugency, entre la forêt de Marchenoir et la Loire, s^étend une

Bande de terrain à peine longue de trois lîeaes, assez accidentée, semée de fermas et de villages ; c'est ce la trouée par laquefle peut passer un ennemi venant d'Orléane et marohant sur Touvs ». Dès le 6 décembre^ Ghansy ftdsait élever sur cette ligne des épauJements et dresser des batteries. Il envoyait des pelotons de reconnaiesasM» à six ou sept kilomètres des avant-postes et des éclaireurs à dix ou quinze. H recommandait de ne faire le jour que les sonneries indispensables etdea'en pas ftire la nuit, de dissimuler les feux de cuisine deiv nère les fossés et le» murs. A la fdis administrateur et général, il dirigeait avec activité le» services de Flntendance et savait faire subsôster son armée ; pendant toute» la eamipagne lès- vûvresi, dislribués aux corps, afriTâ:ient toujours, en quantité saiffî-

santé, et les provisions de guerre firent aussi peu défaut qjue celles de bouche. Enfin, il donnait aux chefs de corps et a'ux généraux des instructions précises et minutieuses qyii ne négligeaient pas le moindre détail. Il y résumait les événements heureux ou malheureux de la journée et y prescrivait ce qu'il fallait faire le lendemain. Il ne se bornait pas à donner la direction générale que l'armée devait suivre ; il traçait d'une main sûre l'itinéraire, indiquait les routes avec le plus grand soin, répartissait ses divisions sur les chemins, déterminait d'après la carte et par des calculs réfléchis les positions que ses troupes devaient prendre chaque j,our. Tout était prévu, toutes les dispositions étaient réglées d'avance ; « souhaitons, dit le colonel Lecomte, qu'il y ait dans l'armée française beaucoup d'élèves de Chanzy, s'appliquant à lire, à relire et à méditer les leçons qu'il a laissées et qui se trouvent enregistrées dans le précieux recueil de ses ordres et instructions » * .

Tandis que Frédéric-Charles lançait presque

Nouvelle Éefme, l^'^maî ittâ', p. 65.

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toute son année sur la rive gauche de la Loire, à la poursuite des vaincus d*Orléans, le grand-duc de Mecklenbourg, chargé des opérations sur la rive droite, marchait par Beaùgency et Blois dans la direction de Tours. Il pensait arriver sans grand obstacle jusqu'à la ville où siégeait encore la délégation de la province. Soudain, dès les premiers pas de cette expédition qui ne devait être qu'une promenade militaire S les avant-gardes allemandes se repliaient devant des forces françaises considérables. L*ennemi, comme disait Chanzy, s'imaginait n'avoir affaire qu'à des fuyards * ; il comptait sur une marche facile et prompte, et brusquement il était contraint de s'arrêter devant une véritable armée qu'il croyait entièrement démoralisée et épuisée de fatigue ^, mais qui révélait des ressources singulières de résistance ; il se voyait engagé dans une lutte inattendue qui devait durer, non pas quelques jours , mais plus de six semaines, dans une lutte ardente, obstinée, qui finissait par mettre dans ses rangs le trouble et la lassitude.

Ce fut le 1 décembre que cette nouvelle armée de la Loire, que Ghanzy avait à peine eu le temps

# ^ Db Mazadb, I, p. 409.

* Chanzt, Loire, p. 130.

' Ubltig, p. 198, die HoffauDg einen demoralisirten geschlagenen Gegner voUends zu zertrûmmern.

de reformer, apprit aux Allemands son existence. Vainement l'ennemi l'attaquait sur toute la ligne longue de vingt kilomètres, depuis Meung jusqu'à Saint-Laurent-des-Bois, à Langlochère, à Messas, à Villechaumont. Il trouvait, dit l'état-major allemand, une résistance acharnée dans ce pays couvert de vignes. La lutte durait jusqu'à la nuit close et restait indécise, assez sérieuse pour convaincre von der Tann et le grand-duc qu'il fallait recourir à la plus énergique offensive. L'armée de Chanzy couchait sur ses positions : « Que chacun, disait le général, s'inspire de ce succès et y puise la confiance ; cette journée fait oublier les mauvais moments de nos dernières affaires '. »

Le lendemain (8 décembre) l'ennemi tentait un nouvel effort sur la ligne française. Le grand engagement livré ce jour-là porte le nom de bataille de Villorceau ou de Beaugency- Gravant. De neuf heures du matin jusqu'à la tombée de la nuit, les Allemands essayèrent de déloger l'armée française de ses positions ; ils s'acharnaient surtout à percer le centre de Chanzy entre Villorceau et Villevert ; presque partout ils furent refoulés et « nos lignes restèrent intactes ». A diverses reprises, nos jeunes

^ On a nommé cette journée le combat de Meung. Chanzt, Zotre, p. 120 ; HBLvia, p. 108 ; Stat-major allemand^ IV, p. 614.

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conscrit» fipent plier devant eux les vieilles bandes aUemandes. Le 11"" eorps, qui donna tout entier, lAarcliait sur Gravant,, en colonnes profondes, enfonçait les Bavarois qui venaient à sa rencontre, les rejetait sur Beaumont et le Mée, et ne s'arrêtait que devant le tir redoutable de Tartillerie postée 9xa les hauteurs. Un instant, sous le « feu d'enfer » de nos tirailleurs et de nos mitrailleuses, les Bava- Bois jugèrent leur situation très critique ; vers la an de la bataille, von der Tann, qui avait passé toute la journée sous les balles de chassepot qui «c oirépitaient comme grêle », n'avait plus sous la main d'autre réserve que deux compagnies, et, le soir, lorsqu'il regagna son quartier-général, il disait à demi-voix, en se parlant à lui-même : « Mes pau- A/freS' braves soldats ^ I »

Mais à l'extrême droite de l'armée française, le générai Camô dut , après une vive résistance^s abandonner Messas, laissa l'ennemi s'em^

parer de Vernon par une surprise de nuit, et,

eonftr^irem^t aux ordres formels du commandant en chef, évacua Beaugenoy. Il obéissait, disait-il, à^uflùd dépêche télégraphique envoyée du ministère de- la* guerre etqM'un capitaine du génie, venu tout exprès de Tours, lui avait confirmée verbalement.

* HEtf^Q) p*>a084

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Get incident; écnyait Chaozy à là délégation, ternit le succèsr de la journée ^ .

It'aèaâdoiii impréyiii de Beaugeney où les Ailemanda s'étal)lissâiealj quelques heures après le départ de Garni}, faisait perdre à Chanzy la ligne de bflÉailie qu'il défendait depuis deux jours au prix de ai grandis sacriûoesv Pouz^tant, il refusait de croire à\la nécesfliM d'une retraite ; il ne cherchait pas de MouTelles positions; il persistait à demeurer sur lâspointS' qiEi'il avait choisisw Ce fut sa gloire durant toute» cette campagne, de donner à la résistance fïtafldçaise la. suite,, la vigueur, Tintensité. Nul ne se raidit plus énergiqiaement contre ce courant de dié&jllanee q^l entraînait presque tout le monde autour de lui; nul ne sut mieux,. après un revers, tmavea:* lisâ^ élémeii^ de la dé£an8e„ et», si confiis cpx'ila étaient, lesi rémûi!,, Les oitganisdr,^ en former lun tout solide et agissant. Aprôs la perte de Beaibtmoiv ii ^^ iréiregarada que lenitâmeiit at à luie courtei distance.. U vectiâa lesr positions de son. aile droite eni L'étalilissant sur les hauteurs q^i s'éten^

' Ghanzt, Zoir$f p. 130 ; db Mazaj»b, p, 5i2«.

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dent de Toupenay à Poisly et dominent le ruisseau de Tavers. Il fit occuper fortement Tavers et construire en arrière du ravin des ouvrages de défense d où son artillerie balayait le terrain dans la direction de Beaugency *.

On se battit encore sur toute la ligne, le 9 décembre. Au premier bruit du canon, von der Tann était monté à cheval, « sans dire un mot, très grave et songeant aux luttes de la veille ». Partout nos troupes firent, malgré leur lassitude, fort bonne contenance. Elles n'abandonnèrent Villorceau,Villejouan et Origny qu'après une lutte opiniâtre. L'effort principal des Allemands se porta sur le ravin de Tavers. Pendant toute la matinée ils avaient attiré Tattention du général sur la gauche. Soudainement, entre trois et quatre heures, Chanzy et Jauréguiberry les virent déboucher en masses profondes et marcher résolument avec le plus grand calme vers le ravin. Chanzy crut un instant que cette forte colonne appartenait à son armée. Mais à 120O mètres les ennemis ouvrirent un feu terrible. Les balles pleuvaient autour de Chanzy qui restait calme et impassible ; elles volent trop haut, disait-il à Tun de ses officiers d'ordonnance ; pourtant, le soir, à son quartier-général, il avouait qu'il n'avait

* Chanzy, Loir^, p. 138.

jamais vu si rude fusillade ni entendu les balles siffler en si grand nombre à son oreille. Les Allemands franchirent le ravin et combattirent jusqu'à l'approche de la nuit; mais nos tirailleurs les accueillirent par un feu si nourri, notre artillerie leur riposta si vigoureusement, nos mitrailleuses les prirent si bien en écharpe qu'ils repassèrent le ravin. « Les 75* et Tf6» régiments prussiens qui étaient les plus engagés durent se retirer en désordre et complètement battus, laissant le champ de bataille jonché de leurs morts et de leurs blessés ». Gambetta, arrivé à six heures du soir au quartier général de Josnes, put « se rendre compte de la vigueur avec laquelle l'armée nouvelle résistait à l'ennemi de la France * ».

Pendant trois jours de suite (Tf-9 décembre), comme Chanzy le faisait remarquer dans ses instructions, les Allemands avaient cherché vainement à culbuter son armée. Ce grand avantage, disait-il, démontrait qu'on pouvait leur résister, et il ajoutait avec entrain : « Il faut se préparer à un nouvel effort. » La journée du 10 décembre commença par un succès. Dès l'aube les Français enlevèrent par surprise les villages d'Origny et de Villejouan, et

* Chanzt, Loire, p. 141, 142; Hbltio, p. 203; récit d'un iémoia oculaire.

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marchèrent en massefi impoMoates «or YiUennaiJL. Après un combat d^artiUene fvi dora jaaqa*aa soir, ils «e r ett r èr ent, mais les Allemoiids n'oeèriettt les poonnûTre, et ne purent ipie reprendre YiUejooan, où les nôtres se défendirent jusqu^à la mût avec xm coorage désespéré, de maison en maîBon et de ferme en f<^*me.

Durant qoatre jours, les jours de décembre {die Decen9X>ertage ) comme les ont nefloanés les Allemands , l*armée de la Loire , prenant , perdant, reprenant les villages, avait donc arrêté Tennemi, inférieur en nombre, mais sapérieur par l'artillerie, par la discipline et Fexpérience. Le premier corps bayarois seul laissait sur les champs de bataille de Meung et de Beaugem^T 96 officiers et 2, 060 soldats.

Les pertes des Allemands les frappaient de surprise, n restait donc i la France une armée qui se défendait avec autant d'habileté que de bravoure, qui s'appuyait à de bonnes positions, qui tenait opiniâtrement contre des assauts répétés I Les Français, disait un correspondant anglais, ont maintenant combattu pendant huit jours sur dix, et

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des troupes de nouvelle formation qui peuvent atteindre un tel résultat en faee de Yétëran« smis être défaites le dixfème jour ont tcmt droit d'espérer que la chance tournera en leur faveur * . Mais, ni les choses étaient changées, si l'adversaire trouvait une résistance qui trompait ses prévisions», c'est que rarmée française avait enfin à sa tête un chef digne de la commander, un général actif, résolu, plein de sang-froîd et de décision, qui savait par une résistance obstinée arrêter les progrès de ses habiles adversaires et leur faire payer cher chacune de leurs attaques.

Chanzy pensafrt même qu'il aurait rejeté Tennemi sur Orléans, si les corps français, établis sur la rive gauche de la Loire, avaient repris les opérations et fait une diversion «érieuse. Mais il avait devant lui des masses de {^us en plus considérables. Le grand-duc de Mecklenbourg, désespérant d'avoir raison de son adversaire et de briser cette résistance inopinée, avait appelé le prince Frédéric-Charles à son secours. Le 10 décembre, le vainqueur de Metz arrivait sur le terrain avec deux de ses corps d'armées, le IIP et le X». Que pouvaient les troupes de Chanzy, déjà réduites par une suite de combats meurtriers, épuisées par une lutte

* Cité par vn Frbt^hwt «I •■ llAsif», p. 4IS«

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qu'elles soutenaient, toutes sans exception, du matin au soir, contre les chocs réitérés d'un ennemi qui disposait de forces toiyours fraîches et infatigables^ puisqu'il n'engageait chaque jour qu'une partie de son armée et faisait reposer le reste pour le mettre en ligne le lendemain * ?

Chanzy résolut de battre en retraite sur Vendôme et de reconstituer son armée derrière le Loir. Ce mouvement découvrait Tours. Mais la délégation venait de se transporter à Bordeaux. D'ailleurs le commandant en chef de la deuxième armée de la Loire craignait avec raison d'être débordé. Des colonnes allemandes, descendant par la rive gauche de la Loire, chassaient du parc de Chambord le général Maurandy et le refoulaient sur Blois. Elles allaient s'emparer de Blois, et cette ville une fois occupée, malgré les glaçons que charriait la Loire, elles rétablissaient ou remplaçaient par un pont de bateaux le pont qu'avait fait sauter le général Barry ; elles passaient sur la rive droite ; elles prenaient à revers l'armée de Chanzy.

Le général commença son mouvement de retraite sur Vendôme (11 décembre*), mais, comme

^ Chanzt, Zot>0, p. U2,

* Le trait suivant ' fera juger de sa prévoyance. Dans la nuit du 10 au 11 décembre il envoya ses aides de camp, les capitaines Henry et Marois, à Vendôme, pour avertir les autorités, rassurer

toujours, en bon ordre et « en évitant Tenchevôtrement ». II recommandait expressément à ses chefs de corps de s'éclairer et de se couvrir par des reconnaissances poussées aussi loin que possible, de se relier les uns aux autres, d'accélérer ou de ra» lentir leur marche selon le voisinage de Tennemi. Cette retraite offrait de grandes difficultés ; Chanz;y, cessant de s'appuyer à la Loire, s'avançait à* travers une plaine où il ne pouvait cacher ses mouvements ni trouver une position propre à la défense. Mais il sut, dès le premier jour, se dérober à l'ennemi ; malgré la pluie qui ne cessait de tomber, malgré le dégel, par des chemins où le pied glissait, à travers les terres où chevaux et voitures s'embourbaient dans le sol détrempé, après une des marches les plus laborieuses et les plus péniblés de la campagne, Chanzy gagna la ligne du Loir (13 décembre).

la populaUon et recueillir tous les renseignements nécessaires à l'organisation' de sa retraite. Le capitaine Henry (le môme qui avait reconnu la ligne de la Conie, età Loigny couru au-devant de Soois et pressé sa marche) et le capitaine Marois réquisition* nèrent les cartes du pays qui manquaient au quartier général ; ils s'abouchèrent, avec l'ingénieur en chef des ponts et chaussées, avec les conducteurs et les piqueurs ; ils se firent indiquer exactement les routes et les chemins ; ils s'enquirent avec soin de leur état ; ils les marquèrent sur les cartes avec des crayons de couleurs différentes. C'est grftce à ces précautions de Chanzy et à Tactivilé déployée par ses aides de camp que la retraite de Josues sur Vendôme put si rapidement s'exécuter.

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Les Allemands auraient pu, soit attaquer son aile droite, puisqu'ils portaient leur principal eflfbrt sur Blois et sur Tours ; soit le devancer sur la grande route d'Orléans au Mans, en traversant au nord la forêt de Marchenoir. Aussi Chanzy jugeait-il sa position des plus critiques. Il télégraphiait et au ministre de la guerre et à Bourbaki qu'il fallait marcher carrément^ sans perdre une minute, et pousser la première armée par Romorantin sur Blois, afin de dégager et de sauver la deuxième. Pendant que Chanzy exécuterait son mouvement de retraite, Bourbaki ferait une démonstration sur la Loire et attirerait sur lui l'attention de l'adversaire. Mais dans quel état de délabrement et de désordre était l'armée de Bourbaki ! De l'aveu de son chef et du ministre, elle ne pouvait entreprendre encore une opération sérieuse. Si vous lui imposez l'offensive, disait Bourbaki au gouvernement, vous vous exposez à la perdre, et, dans ce cas, je vous prierais de confier la tâche à un autre. « Elle est restée dans tous les souvenirs du Berry, écrit le colonel Fabre, la lamentable image de cette malheureuse armée, manquant de vivree, de vêtements, de chaussures, d'armes mêmes, de ces chevaux étiques et écorchés sur tout le corps, de cette misère profonde qui ne lajsse de courage et de dévouement qu'aux hommes les mieux trempés. »

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Pourtant, s'il fallait absolument faire la diversion que Chanzy réclamait avec instance, Bourbaki déclarait qu'il n'arriverait devant Blois que dans six jours au plus tôt *.

Chanzy fit donc sa retraite, seul, réduit à ses propres forces, sans être appuyé par une démonstration de la première armée. Mais il donnait à cette retraite l'allure d'un mouvement stratégique. A le voir cheminer ainsi parmi tant d'obstacles, sans l'embarras et la confusion qui suivent ordinairement une retraité, il semblait plutôt diriger méthodiquement une opération de guerre que ramener en arrière des troupes harassées ; après tout, il ne reculait que de six à sept lieues. Tout le matériel et lès nombreux approvisionnements amassés à Mer et à Blois refllièrent sur la nouvelle base d'opérations. La retraite, commencée le 11 décembre, fut si prestement faite qu'elle s'achevait le 13 sans être sérieusement inquiétée par l'ennemi. « Dans les conditions de mauvais temps, de fatigue et de dangers où elle s'était effectuée, elle faisait le plus grand honneur à l'armée, que les Allemands auraient pu détruire, s'ils avaient su mettre leurs chances à profit*. »

* Ghanzt, Lôire^ p. 163, 504 ; Fabrb, Précis de la guerre ^ane(HilUmandet p. 248; '^ Chanzy. Loire ^ p. 172.

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