‹ Le général Chanzy, 1823-1883Chapitre 21 sur 30 · MORT ET FUNÉRAILLES · texte numérisé non relu

MORT ET FUNÉRAILLES

nale étaient enlevés à la France. Tous deux, inconnus l'un à l'autre, avaient été rapprochés par la guerre. Tous deux avaient tenté, de concert, d'arracher la France à l'étreinte de ses envahisseurs, l'un avec son bouillant enthousiasme, l'autre avec son ardeur tranquille : tous deux jeunes, tous deux soudainement appelés à un rôle inattendu, l'un devenu tout à coup ministre de la guerre et l'autre commandant en chef d'une armée, l'un appelant, l'autre menant les soldats à la bataille. Tous deux enfin, après un combat obstiné de quatre mois, s'étaient refusés à déposer les armes, s'étaient fait, comme disait Gambetta, un cœur et un front d'airain, et avaient eu, jusqu'au bout, môme après la chute de Paris, la passion de la résistance et l'héroïque folie de tenter l'impossible. Tous deux étaient sortis de la guerre à jamais populaires et glorieux, entourés du prestige de cette lutte désespérée qu'ils avaient soutenue avec la même opiniâtreté pour sauver l'honneur du pays. La France les associait dans un môme sentiment de reconnaissance et d'espoir. Quoique bien diflërents de tempérament, de caractère et de vues politiques, Gambetta et Chanzy restaient la grande et suprême ressource de leurs concitoyens ; le tribun et le général incarnaient en eux l'idée de la patrie. Et voici que tous deux étaient frappés par la mort, sans avoir

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rempli toute leur destinée : q;ue tous deux étaient unis de nouveau dans la tombe, unis dans le méoïe deuil de la France ^ 1

La mort de Chan^ produisit dans toute la France le sentiment d'une perte immense, et rarchevê^ue de Reims put s'écrier, sans exagération oratoire, dans le discours qu'U prononçait quelques jours plus tard à Buzancy : c< Quelle douleur, quel deuil, lorsque retentit tout à coi^ cette nouvelle fatale : Chanzy est mortl Se Dunkerque à Bayonne, de Brest à Toulon, à Metz, à Strasbourg, tous les cœurs français sont atteints, comme ils Tétaient au jour où moururent Bayard et Duguesclin ». Le soir du 5 janvier la funèbre nouvelle se répandit à Paris, et sur les boulevards,, dans les rues on la commentait avec animation : la mort, disait-on généralement, fait les affaires de TAUemagne et la déUvre de ses futurs adversaires; elle enlève Chanzy en môme temps que Skobeleff. La presse fut unanime dans ses regrets, et tous les journaux, sans distinctioa de- parti,, ârent Téloge du général ;

* La mort de Chanzy, disait le Timei^ est un rude coup pour son pays. La nation avait une confiance instinctive dans ce soldat.. Si ells comptait sur Oambetta pour tenir en respect la démagogie, si elle avait foi en lui pour maintenir devant le monde Tespoir coBslaot d'un relèvement national, elle ne comptait pas moins sur Ghauzy pour la défendre contre l'ennemi du dehors, pour la protéger au besoin contre toute révolte intérieure et jeter le poid^ de son épée-làoù Gambetta eût fait porter le poids d 8oaélo({uea6«.

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tous reittaarQuèreitt que Chanzy n*ayait pas soixante ans, qu^U pouinail rendre encore de grands services à son pays, que la nation perdait en lui le plus lialMie âe tous ses généraux, celui que la France en péril eût mis à la tète de son armée. Quand la France» disait le Parlement (6 janyier), siégeait aux épreuves et aux combats que pouvait lui réserver Favenir, le nom de Gnanzjr était le premier sur lequel s'arrêtait sa pensée et se axait sa confiance ; elle éprouvera une véritable consternation eai apprenant que cette espérance lui échappe.

Le lendemain avaient lieu les funérailles de Gambetta (6 janvier). « Soyez bénis, disait dans un pas^ge de son discours le président de la Chambre, M. Henri Brisson, soyez bénis, vous, Gambetta, voos, Chanzy, que la mort vient de frapper pres- ^'en même temps, comme si elle avait juré de frapper du même coup de tranchant les héros de notre dernière- légende nationale et militaire, et vous, Faidherbe, qu'un mal impitoyable éloigne de l'action, euoria victisi N'est-ce point vous qu'emporte vers les régions éthérées le génie de bronze enfanté par un grand artiste * ? Ces funérailles le montrent asse^; la France,, quoi qa'on en ait dit, a'adore pas qm la victoire. Non, ce n.'est point un

* Allusion, à Fœwno du. sculpteur. Menûé : Qloria f tc^.

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abandon qui semblera de Timprudence. Chanzy partageait l*opinion da duc de Raguse ; il demandait que la cavalerie piït « fournir de longues courses aux allures rapides », qu*elle fût commandée par des généraux qui eussent du coup d'œil,de Tactivité (X et de l'entrain », enfin, que les cavaliers, montés sur des chevaux « bien choisis, bien dressés et bien nourris », fussent exercés à se servir de leurs armes en toute circonstance. Dans le recrutement de la cavalerie, écrit Chanzy dans son mémoire, on se préoccupe trop de la taille des hommes et de leur conformation ; il faut ne la composer que d'hommes possédant déjà Fhabitude et, autant que possible, l'aptitude du cheval. Il y a, dit-il encore, deux cavaleries qu'on est conduit à admettre d'après la taille des chevaux ; la cavalerie légère et la cavalerie lourde ; mais elles doivent avoir toutes deux la même instruction, le même armement et le même emploi.

Il définissait ainsi la tactique de rartillerie : « Il n'y a à la guerre d'autre manœuvre d'artillerie que celle des pièces et des batteries, le reste est superflu. On n'agit jamais par régiment, et, si les circonstances amènent à réunir un certain nombre de batteries sur un même point par un eflfort déterminé, elles arrivent forcément de divers côtés et chacune d'elle exécute, toujours pour son propre

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compte, sous Tinspiration de son chef, les mouvements les plus simples et les plus usuels. » Il demandait — et ce vœu a été tout récemment exaucé — que la France « imitât une importante réforme indiquée par Texpérience et opérée par TAllemagne : la séparation de Tartillerie de campagne et de Tartillerie de place. Il y a là, disait Chanzy, deux spécialités distinctes, dont il faut tenir compte, si Ton veut trouver enfin de sérieuses garanties et pour l'action sur le champ de bataille et pour la défense territoriale qui doit être préparée à l'avance. »

Il aurait voulu que les équipages des ponts militaires fissent partie, non pas de l'artillerie, mais du corps qui, durant la guerre, est chargé du service des ponts et chaussées, c'est-à-dire du génie. La solution de cette question, disait-il, est rationnelle ; elle consiste à rattacher les pontonniers au génie. Il ne se dissimulait pas « la résistance que rencontrerait cette solution »; mais il prouvait que l'expérience l'avait partout emporté sur la routine et qu'en Allemagne les pontonniers étaient réunis au génie et répartis en nombre égal dans chaque corps d'armée . Chanzy citait souvent l'exemple de r Allemagne. Il ne suffit pas, écrit-il, d'être aussi forts que les ennemis ; nous devons leur être supérieurs, les imiter dans ce qu'ils ont de bon, les sur-

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abandon qui semblera de Timprudence. Chanzy partageait Topinion da duc de Raguse ; il demandait que la cavalerie pût « fournir de longues courses aux allures rapides », qu*elle fût commandée par des généraux qui eussent du coup d*œil,de Tactivité « et de l'entrain », enfin, que les cavaliers, montés sur des chevaux « bien choisis, bien dressés et bien nourris », fassent exercés à se servir de leurs armes en toute circonstance. Dans le recrutement de la cavalerie, écrit Chanzy dans son mémoire, on se préoccupe trop de la taille des hommes et de leur conformation ; il faut ne la composer que d'hommes possédant déjà l'habitude et, autant que possible, l'aptitude du cheval. Il y a, dit-il encore, deux cavaleries qu'on est conduit à admettre d'après la taille des chevaux ; la cavalerie légère et la cavalerie lourde ; mais elles doivent avoir toutes deux la même instruction, le même armement et le même emploi.

Il définissait ainsi la tactique de l'artillerie : « Il n'y a à la guerre d'autre manœuvre d'artillerie que celle des pièces et des batteries, le reste est superflu. On n'agit jamais par régiment, et, si les circonstances amènent à réunir un certain nombre de batteries sur un même point par un effort déterminé, elles arrivent forcément de divers côtés et chacune d'elle exécute, toujours pour son propre

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compte, sous l'inspiration de son chef, les mouvements les plus simples et les plus usuels. » Il demandait — et ce vœu a été tout récemment exaucé — que la France « imitât une importante réforme indiquée par Texpérience et opérée par l'Allemagne : la séparation de l'artillerie de campagne et de l'artillerie de place. Il y a là, disait Chanzy, deux spécialités distinctes, dont il faut tenir compte, si l'on veut trouver enfin de sérieuses garanties et pour l'action sur le champ de bataille et pour la défense territoriale qui doit être préparée à l'avance. »

Il aurait voulu que les équipages des ponts militaires fissent partie, non pas de l'artillerie, mais du corps qui, durant la guerre, est chargé du service des ponts et chaussées, c'est-à-dire du génie. La solution de cette question, disait-il, est rationnelle ; elle consiste à rattacher les pontonniers au génie. Il ne se dissimulait pas « la résistance que rencontrerait cette solution »; mais il prouvait que l'expérience l'avait partout emporté sur la routine et qu'en Allemagne les pontonniers étaient réunis au génie et répartis en nombre égal dans chaque corps d'armée . Chanzy citait souvent l'exemple de l'Allemagne. Il ne suffit pas, écrit-il, d'être aussi forts que les ennemis ; nous devons leur être supérieurs, les imiter dans ce qu'ils ont de bon, les sur-

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abandon qui semblera de rimprudence. Chanzy partageait l*opinion du duc de Raguse ; il demandait que la cavalerie pàt « fournir de longues courses aux allures rapides », qu'elle fut commandée par des généraux qui eussent du coup d'œil,de l'activité « et de l'entrain », enfin, que les cavaliers, montés sur des chevaux « bien choisis, bien dressés et bien nourris », fussent exercés à se servir de leurs armes en toute circonstance. Dans le recrutement de la cavalerie, écrit Chanzy dans son mémoire, on se préoccupe trop de la taille des hommes et de leur conformation ; il faut ne la composer que d'hommes possédant déjà l'habitude et, autant que possible, l'aptitude du cheval. Il y a, dit-il encore, deux cavaleries qu'on est conduit à admettre d'après la taille des chevaux ; la cavalerie légère et la cavalerie lourde ; mais elles doivent avoir toutes deux la môme instruction, le môme armement et le môme emploi.

Il définissait ainsi la tactique de l'artillerie : « Il n'y a à la guerre d'autre manœuvre d'artillerie que celle des pièces et des batteries, le reste est superflu. On n'agit jamais par régiment, et, si les circonstances amènent à réunir un certain nombre de batteries sur un môme point par un effort déterminé, elles arrivent forcément de divers côtés et chacune d'elle exécute, tocgours pour son propre

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compte, sous Tinspiration de son chef, les mouyements les plus simples et les plus usuels. » Il demandait — et ce vœu a été tout récemment exaucé — que la France « imitât une importante réforme indiquée par l'expérience et opérée par l'Allemagne : la séparation de l'artillerie de campagne et de l'artillerie de place. Il y a là, disait Chanzy, deux spécialités distinctes, dont il faut tenir compte, si l'on veut trouver enfin de sérieuses garanties et pour Faction sur le champ de bataille et pour la défense territoriale qui doit être préparée à l'avance. »

Il aurait voulu que les équipages des ponts militaires fissent partie, non pas de l'artillerie, mais du corps qui, durant la guerre, est chargé du service des ponts et chaussées, c'est-à-dire du génie. La solution de cette question, disait-il, est rationnelle ; elle consiste à rattacher les pontonniers au génie. Il ne se dissimulait pas « la résistance que rencontrerait cette solution »; mais il prouvait que l'expérience l'avait partout emporté sur la routine et qu'en Allemagne les pontonniers étaient réunis au génie et répartis en nombre égal dans chaque corps d'armée . Chanzy citait souvent l'exemple de l'Allemagne. Il ne suffit pas, écrit-il, d'être aussi forts que les ennemis ; nous devons leur être supérieurs, les imiter dans ce qu'ils ont de bon, les sursis

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L'AfHcpie, les montagnes du Liban, tes plaines de la Lombardie, les rives de la Loire sur toat, où il . défendait pied à pied le sol de la patrie, diront assez aux générations à venir les services et la gloire militaire du général Ghanzy. Cet héroïque soldat était encore à la tête de ses troupes décimées lorsque vous Fàvez nommé, à son insu, votre représentant. La paix est signée malgré lui, et, pour continuer à servir la France, il devient successivement administrateur et diplomate. L'Algérie se réorganise rapidement sous sa direction à la fois paternelle et ferme. A Saint-Pétersbourg il saura nous rendre la Russie bienveillante parce qu'il a conquis en peu de jours Festime et l'affection du tsar. Sur sa demande, il est relevé de ses fonctions d'ambassadeur ; et, bientôt, placé à la tète du sixième corps d'armée. A quelles mains plus habiles ou plus vaillantes aurait-on pu confier la frontière ? » Quelques instants après, en présence de son âls, de ses aides de camp et de vingt-six généraux et colonels qui venaient donn^ à Ghanzy les derniers regards et l'adieu suprême de l'armée, le héros de Josnes et du Mans reposait dans le cimetière de Buzancy . / . Le gouvernement proposa à la Chambre d'accorder à la V€uve du général Ghanzy, à titre de récompense nationale, une pension viagère de douze mille francs, réversible sur ses^enfants,lJus-

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cpi'à ce que le plus jeune eût atteint sa majorité. <c Le nom de Chanzy, lisait-on dans le projet de loi, est inséparable des souvenirs de la défense nationale. . . Si, à la tête de la deuxième armée de la Loire, le général Ghanzy, luttant pied à pied contre des forces supérieures, a su honorer la France en face de l'étranger, il a, en outre, pendant de longues années, en campagne et dans les positions élevées de gouverneur de l'Algérie, d'ambassadeur en Russie, de commandant de corps d'armée et de membre du conseil supérieur de la guerre, rendu d'éminents services que le pays ne saurait oublier et qu'il voudra récompenser. » Ce projet de loi fut adopté et parut sous forme de décret *.

Dès le 15 janvier le Spectateur militaire proposait qu'une statue fût élevée au général Cbanzy. « La France, disait le Spectateur militaire, doit rendre un suprême hommage au général Ghanzy et à l'armée de la Loire qu'il a commandée en chef. Il faut que l'illustre soldat que la France vient de perdre revive sur une place publique d'une des

^ Le successeur de Ghanzy au commandement du 6® corps fut le général Février. < Je ne ma dissimule pas, disait le général dans son ordre du jour aux troupes placées sous ses ordres, la responsabilité qui m'incombe; mais je compte sur le concours de tous pour m'aider k continuer dignement Toeuvre de mon regr^tié prédécesseur et pfoui^ justifier Thonneur qui m'est fait de lui succéder. » . < , 1

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villes qui furent le théâtre de son héroïque résistance à l'ennemi. Il faut qu'en lui soit honorée cette glorieuse armée qui, après tant de revers, défendit pied à pied le sol de la patrie. »

Un comité d'amis et de compagnons d'armes du général Chanzy se forma pour mener à bien « cette œuvre éminemment française ». Il s'adressa au patriotisme de tous, sans distinction d'opinion, car a la glorification de Chanzy devait être l'œuvre de la France entière, et la suprême récompense décernée au héros de la Défense nationale ». Il était composé de : M. le vice-amiral Jauréguiberry, sénateur, ancien ministre, président; M. le général Duboys-Fresney, sénateur, et M. de Marcère, député, ancien ministre, vice-présidents; M., le colonel de Chadois, sénateur, et M. Henri Noirot, directeur du Spectateur militaire^ secrétaires: ; M. Gailly, sénateur, trésorier; MM. le général Arnaudeau, sénateur ; le général Barry ; le général de Beaufort-d'Hautpoul ; le général Billot, sénateur, ancien ministre ; Cambon, préfet du Nord ; le général Carteret-Trécourt, commandant le 14® corps d'armée; Christophle, député, directeur du Crédit Foncier; le général Davout, duc d'Auerstsedt, commandant le 10° corps d'armée ; le général Derroja, commandant le 2° corps d'armée; Féraud, consul général de France; le général Frébault,

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