CHANZY, SON CARACTÈRE ET SON GÉNIE
Après avoir retracé les principaux actes de cette grande vie, il resterait à conclure, à marquer dans Chanzy avec plus de précision, en une sorte de jugement d'ensemble, le politique, le général et le patriote, à dire ce que fut TArdennais, à mettre en relief tous les traits de cette physionomie si expressive.
Mais auparavant on doit étudier le général sous un autre aspect. « Des sentiments élevés, a dit de Bonald, des affections vives, des goûts simples, font un homme. » Il faut d'abord montrer brièvement cet homme, et, pour ainsi dire, ce second Chanzy *.
* Voir pour tout ce chapitre la notice anonyme imprimée à Ghftlous, chez Martin.
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Les personnes qui formaient Tentourage intime de Chanzy, les officiers de son état-major, Tévêque de Châlons, l'archevêque- de Reims et le cardinal Lavigerie qui ont fait son éloge funèbre, ont dit son profond sentiment de famille, et tout ce que ce sevère soldat était au milieu des siens. Homme d'intérieur, il ne goûtait guère les distractions du dehors, et ses plus grandes joies étaient celles du cercle domestique. « Le voile, dit Tévêque de Châlons, qui couvrait les mystères charmants de sa vie intime, a été soulevé devant mes yeux et j'ai entrevu des tableaux de famille dignes des temps les plus antiques et les plus beaux de l'Eglise, sàm qu'on puisse dire auquel des deux, de sa noble compagne ou de lui, en revenait le mérite principal.»
« Les plus forts sont les plus tendres *. » Au jour delà confirmation de sa filte cadeUe, assia dans réglise de Buzancy, à la place qu'il occupait tom les dimanches, Chanzy pâlit toutrâ-coup et pleuTfi : « J'ai souveni; vu la mort sans trembler, disaitril après la cérémonie à l'archevêque de Baims, ma» j'ai tremblé tout-à-l'heurè quand vous avez, interrogé ma fille ^sur le catéchisme. x> Dans sa beUe lettre du 10 janvier 1883 *, Mgr Lavigerie, aprèsi
* Lettre déjà citée où il ordonne la célébrâtkm '^tm service
SON GAttAGZàRB KT SON OÉNIB $87
avoir représenté Chanzy heureux du mariage de sa fille atnée et, « tout rayonnant du bonheur de son enfant », rappelle la douleur <csi sainte et sa vraie » du général aux funérailles de aon fibs Lu«> Gien, mort, à sept ans, d'un accident t^rible. « Vous vous souvenez de ses sanglots qui révélaient la tendresse du père. J'hésitais à prendre la parole, pour ne pas prolonger tant d'émotions. Mais, sachant que je devais parler du bonheur as^ sure aux enfants qui quittent la vie avant môme d'avoir connu fsei& souillures, il voulut que je montasse dans la chaire pour entendre cette vérité. Quel spectacle et quel discours ! Ge général, qui n'avait pas désespéré de la France, désespéré vraiment auprte de son âls qui n'était plus, se relevant un moment aux pensées de la foi, et se prenant^à sangloter encore jusqu'à ce qufenfin je descendis pour le conduire à l'entrée du caveau où nous éé-. posions le cercueil t Cher général I je n'oublierai jamais son serrem«it de main et sou rriegard à ce moment où, certœ, l'homms ne fâssrchait pas à cacher son âme. . • »
Un de nos meilleurs critiques citait téseaaaau&nU i propos de Davout, ce mit de Bbssttst, que;
funèbre en mémoire de Tancien gouTernear général de la colonie dans la cathédrale d*A.lgfl». • • * • * '! '
388 LE GÉNÉRAL GHANZT
lorsque Dieu créa le cœur et les entrailles de rhomme, il y mit premièrement la bonté *. C'est en parlant des héros que Bossuet prononçait cette parole mémorable; Chanzy, comme Davout, ne la dément pas. Au témoignage unanime de ceux qui furent directement employés sous ses ordres ou qui vécurent avec lui sur un pied d'intimité, la bonté fut une de ses qualités les plus distinctives. Parmi ses actions généreuses nous ne rappellerons que la suivante. Il reçut un jour dans son palais de Mustapha la visite de l'archevêque d'Alger. Il s'agissait d'une somme de trois mille francs que ne pouvait payer la veuve d'un officier supérieur. « Général, dit Mgr Lavigerie, si l'on venait annoncer un jour à l'un de vos compagnons d'armes que votre enfant est dans une situation semblable, comment voudriez-vous qu'il répondît? » Le lendemain, Chanzy faisait remettre discrètement les trois mille francs à la pauvre veuve.
Cet homme, si bon et si sensible, si affectueux pour ses proches, si bienveillant pour tous, était terrible aux lâches et frappait jsans merci quiconque portait atteinte à la discipline et à l'honneur de l'armée. On a vu les exemples impitoyables que firent les cours martiales durant la guerre. Chanzy
* MONTÉOUT, Ze maréchal Davout, p. 100.