N CARACTÈRE ET SON GÉNIB
aussi, déploya dans la guerre, outre de vives facultés de l'esprit, outre la forcé du calcul et des combinaisons, les qualités les plus puissantes du caractère. Le général Chanzy, a dit le Temps ^^ eut au plus haut degré le caractère, cette qualité qui a fait défaut à tant de militaires, et le colonel Fabre, dans son excellent précis de la guerre de 1870, termine son étude sur la campagne de la Loire par ces expressives paroles : f< La lutte soutenue par Chanzy est faite pour exciter l'étonnement de quiconque sait combien il est difficile de maintenir une armée jeune, sans habitude de la guerre, sans administration suffisante, quand les revers sont incessants et à peu près inévitables. C'est le caractère qui fait les grands militaires, et, à ce titre, Chanzy a droit à notre admiration. »
De là, ce qu'il y avait de vraiment incomparable dans le général Chanzy, cette confiance inébranlable dans les destinées de la patrie; cet invincible espoir qu'il gardait de vaincre les envahisseurs et qui res-pire encore dans son récit delà campagne ; cette grandeur d'âme qui lui faisait croire que les ressources de la France ne s'épuisaient pas et qu'une lutte opiniâtrement soutenue amènerait ces « changements de fortune si fréquents à la guerre » ; cette obstina-
^ Temps du 7 janvier 1883.
Uou sablime dans la résisUnce et cette oonTiction profonde que le pays « poai^t et devait se relerer ». La guerre en province fut, connne on sait. Toccasien de dissentiments incessants et presfpe. iné- .vitables entre la délégation et les généraux, la dé- ' lotion disant toujours que le temps pressait et que les généraux devaient agir, les généraux répondant que la délégation ne voyait, les cboses-qne de loin - et q«e leurs troupes, devaient avant . tout se repaser et se reCaire. Seul de tous les généraux de la défense nationale/ Cbanzy se montrait impatient d'en venir aux vmas aveaVennemi.. Après chaque retiaite, il était resaaisi de l'ardeur de combattre et, comme: il disait, de marcher de nouveau. Jlalgré . les revers qu'il avouait grands et pénibles, . malgré tout ce que la situation de la Fraiice;aviait de. terriUeet d'inouï, même après Yendôme, même après ,Le Man9, 11 tenait l>on dans- son idéeet aon fervent 'désir de délivrer la capitale. Arriver Ài temps pomr débloquer Paris, entraîner sur. Paris. toat ce qui dans 4on. armée avait une goutte âe^sai^ français, arracher à la fortune ee 4Ui^ême ionMur 4e 'muner Paris, telle était mût et ^our. .son* unique . 9eimée ^durant les moi& de. déo^mtoe et idO) jianvîeF ' • • (piques critiques lui cepx)cbe»t id*^vi«îr, .A»s
* Voir lurtout dam son récit la pty S40j k^lretir QymluTtta.
SON tURAaBTâlUB BT.S0N GÉNIE 435
. la.'t)Temîèi«^ semaine de jantier, ianeéld«s colonnes .mobiles sur No^nt^le-Rotroa et Yendômej Ces coiloiiBes reTinreQt battues et IGatîgiiiées dans tes lignes dn:Mans. N eût-il pas mieux yalu lesjgarâer sur la . Sartbe ? \ Ghanzy . ne deTait^-il pas se; tenir SRir ika dé iCensivCtSe reniermer dans ses.beiUes positions, les rendna inexpugoBiablesy en Caire les l^rmopyles de ; VÛ»e8t?Hais Cbanzy ne voulait paaa^enferiner dans un oamp retranché, courir: le risque. d'un in^yestissement, se voir réduit à se faire jour pour cbercher lies vivres. et le fonraage.Jl se^souvenait de ce mot de Gouvi<mrSaiat-Cjr, qu'une arméeijae doit jamais .86 laisser entourer, mais, de préférence à tout, oonaerver la phis gnaaide liberté dans ses mouvements. Le parti le plus .sur, ta dit Napoléon, x'est de défendre le passage des, rivières et. des dâQlés, de se créer des positions xle campagne, de se renforcer de toutes ses troupes de rintériaur, pendant que .rennemi s'affiajblit insensiblement. Cbanzy ch^xbait à gagner du temps ; . il attendait des. renforts ; il formait ses soldats ; il réorganisait son armée; il ^.^•efforoait d'étoigner: l'ennemi de aa.Mse d'çpéim- ..tioBs, et une offensive ultérienre restait sans cesse, sseietn le principe posé par tous les grands bommss • da^guerre, le but. de ses iactes. L'armée de: la Loire n'ai?{adt*eUe pas rla nûssion de dégager Paris? Ne ijdsvaitnelle >pas reprendre l:aSen^ive, sil(H ^ii'elle
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serait possible? Ne fallait-il pas se porter en avant, secourir à tout prix la capitale, marcher sur Paris qui n^espérait plus que dans la province? Cette idée généreuse, a dit Tun des héros de cette grande lutte, Gougeard, était dans tous les esprits; ce mirage lointain soutenait les soldats ; aller au secours de Paris, tel était l'objectif donné à toute Tarmée.
Paris capitula. Mais, après Paris, il y avait la France. Chanzy ne désespérait pas encore du patriotisme de la nation, ni de la victoire. Incapable d*abattement, et toujours prompt à imaginer de nouveaux plans de défense, il voulait, au plus fort de notre détresse, résister quand même, résister derrière la Loire, dans le massif de TAuvergne, tant qu'il aurait, selon le mot de Gambetta, une parcelle du sol sacré de la patrie sous les semelles. Jusqu'à la un la grande pensée de la résistance garda possession de son âme ; il refusait de fléchir sous la loi qu'imposait TAllemagne ; il repoussait avec une sainte colère ridée d'un démembrement du territoire ; il s'opposait à toute paix parce qu'ayant sauvé l'honneur, il voulait sauver aussi, comme il disait, Viniégralité du pays. Puisse la France, toutes les fois qu'il s'agira de sa gloire et de son salut, trouver des hommes d'une trempe aussi forte, d'un cœur aussi ferme et aussi intrépide !
L'Allemagne voyait dans Chanzy le futur corn-
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mandant de Tarmée de la revanche. Elle appréciait vivement son génie militaire, et le vainqueur du Mans, le prince Frédéric-Charles, non content de faire un jour devant M. Tlfiers le plus grand éloge de Chanzy, voulut voir son vaillant adversaire, à son passage à Berlin, rassurer de Testime que lui inspiraient ses talents, rendre personnellement hommage à sa résistance. L'Allemand Verdy du Vernois a dit que les qualités militaires ont leur racine dans le caractère, et que les deux pilotes qui dirigent le général parmi les écueils de la guerre sont la netteté dans la conception et la vigueur dans Texécution. Tous les historiens allemands de la lutte de ISlO-lSll ont reconnu et admiré dans Chanzy cette grandeur du caractère, cette clarté des vues, cette vigueur d'action que Verdy du Vernois regarde comme les qualités indispensables au . chef d'une armée. Il serait aisé de citer leurs appréciations ; mais il faut se borner, et, parmi les jugements que l'Allemagne a portés sur Chanzy, nous traduirons seulement un des plus sommaires et des moins connus. On lit dans le court article que la treizième édition du Lexique de la conversation^ de Brochhaus, une des publications allemandes les plus populaires, consacrait à Chanzy, quelques jours avant sa mort, les lignes suivantes qui disent beaucoup sous leur forme simple et un peu sèche :
431 L» (SbléKli; CBMTT
Cl Chanzj fat* œrtajmeineiit le général qui sot atteindre avec des troupes nacryellement formées les sQccès les plus^ favoraUes ; il prouva une grande tésacrté; il unit la prévoyance à Tesprit d'entre^ prise ; il montrai 'une grande justesse de juigemeiKtlAilitaire et uneiseMe expérience; en cas d*uiie grande gaerrev c^est à lui qu'on aurait coirâé lef commandement reos chef des^armées de la Frsoice^ »>. Lorsqu'en juin 1873, le bruit courut que le goa- Ytemement allAit'faire une promotion de miaréchauit^ de France, le Temps disait que Ghanzy était (t lé seul en ligne pour cette batote distinction. La' ré^ sistance quil avait dirigée pendant IMnvasion avait désormais uu" caractère" historique auquel ne ntes^* siérait pas ime grande récotmpense. Mais, ajoutait le journal; nous n'avowsi garde de: la réclamer, ni .même de la souhaites* pmr lui. Le moment n'est pas à ces congratulationis nsotueiles;; Chanzy est jeun^; Pho(nneur de axer les rtdgai^di» dè^som pays lui flsrit' déjà une'aissez belle diestinée;. il saura sanv douté
* Broekhàus* ContttmtiÔMUooikbn ^ 18S1, 4S*' fascicule' : « Ghanzy war ea(;sehied«n darjeuige fraazôaisehe HeevitiEluitr j . welcher verh&Unissm&ssig die gûnstigsten Waffenerfolge mit neuformiertaa .Tru'ppen etratchte ; er legte grosse Z&higkeit aii< den^ Tàg, vereinigte Vorsicht mit Unternehmungslust, bewies richtigasmilitftrisches Urtheil und gediegene Ërfahrung. Ér gilt fur denje-* sigen GeDaral, der dis meista Anwartschafi besitzt iip FaUe'ciiMr grossen Eriegs mit dem Oberbefehl ûber die Heere FraDkreichs Jwtraot zn ^wcnléUv >'
SON GARAGTéRB ET SON GÉNIE
achever de mériter ce qui lui reste à obtenir * ». Chanzy ne trouva plus l'occasion de se signaler à la guerre. La fortune lui refusa Thonneur de reparaître à la tête de Tarmée française, et de remplir cette charge de généralissime dont l'avait investi la confiance de la nation. Mais on retiendra sa belle et patriotique réponse à plusieurs membres de la Commission militaire de l'armée, qui proposaient le rétablissement de la dignité de maréchal ; tague ZâSt généraux français qui veulent le hâton de maré^ chai de France aillent le chercher de Vautre côté du Rhin- ». Il serait impossible de trouver une parole plus noble, plus vraiment française, pour ctoronner la biographie de. ce grand homme de guerre qui fut en môme temps un grand patriote.
* 16 juin 1873.
' Séance de la Chambre des députée da 2 février 1S83'; dîscowtt d& M. P<biUppoteauz, vice-président d«' U> CkamJMPe.-