‹ Le général Chanzy, 1823-1883Chapitre 29 sur 30 · SON GARACTÉRB' ET SON GÉNIE · texte numérisé non relu

SON GARACTÉRB' ET SON GÉNIE

aides de camp, il entrait dans la chambre où se tenaient les officiers de Tétat-major général et les secrétaires, et, là, tout en fumant sa longue pipe africaine, il dictait avec une clarté admirable ces belles instructions d'où Ton pourrait extraire un recueil de pensées et de maximes applicables à tant de circonstances de la guerre. Ses ordres donnés, Chanzy. rentrait dans, sa chambre ; « bonsoir, messieurs» disait*il, et à demain». Il se couchait aussitôt et dormait toute la nuit. On l'éveillait pour lui communiquer les informations les plus pressantes ; mais il se rendormait sur-l&-champ; c'était toujours le vigoureux Ardennais qui, selon l'expression familière, doit « faire sa. nuit » pour être le lendemain alerte et dispos.. Aureste, il n'y a d'homme de guerre que celui qui loge une âme forte et calme dans un corps robuste*, et, comme on l'a dit, le mécanisme da la guerre se borne à deux choses : se battre et dormir, user et réparer ses forces ; cons-

* Bossuet a tracé ce portrait admirable du grand Condé : < Le voyez-vous comme il considère tous les avantages qu'il peut se donner ou prendre? Avec quelle vivacité il se met dans l'esprit les temps, les lieux, les personnes ! Rien n'échappe à sa prévoyance. Avec cette' prodigieuse compTéhension de tout le détail et du plan universel de la guerre, on le- voit toujours attentif à ce qui survient ; ses partis lui rapportent jusqu'au moindre fait ; on l'éveille à chaque moment, car il tenait encore pour maxime qu'un habile capitaine peut bien être vaincu, mais qu'il ne lui est pas permis d'être surpris. » On pourrait tirera de ce portrait quelques traits qui s'appliqueraient à Chanzy.-

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tituer réqailibre indispensable de cette balance, c'est là toute la science ■ .

r4*est ainsi que durant deux mois de ce combats incessants et acharnés » Chanzy lutta contre une armée supérieure à la sienne en ressources de tout genre avec un merveilleux sang-froid, une invincible égalité d'âme, une assurance et une fermeté dignes des plus grands capitaines, avec cette sérénité dans le péril qui est peut-être, a dit Voltaire, le premier don de la nature pour le commandement, avec cette rare intrépidité si bien définie par Larochefoucauld une force extraordinaire qui maintient le héros en un état paisible et lui laisse Tusage de la raison dans les accidents les plus surprenants et les plus terribles.

Si modeste qu'il fût, il avait une grande confiance en lui-môme. Mais la confiance est une des premières vertus d*un général en chef. Il faut montrer de la confiance, écrivait Napoléon au prince Eugène, et quiconque a confiance en soi-même donne con-

* Cette parole pittoresque et vraie a été dite par un de nos meilleurs généraux de cavalerie, de Brack.

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fianoe à ceux qui Tentourent ; si, comme Ta dit Turenne, il ne faut songer qu'à des défaites, pour ne pas être étonné d'obtenir des yictoires, ne peuton dire aussi qu'il ne faut songer qu'à la victoire, môme si l'on croit dans le secret de son cœur à la défaite inévitable ?

Chanzy avait toujours cru à son étoile, et Ton rapporte que, simple capitaine, il ne cachait pas à ses intimes l'espoir d'arriver aux grades les plus élevés, et de se signaler à la guerre par de grandes actions. Ceux qui l'approchaient sentaient qu'il y avait en lui je ne sais quoi de supérieur et d'éminent*. Un journal a raconté qu'Abd-el-Kader lui aurait dit en Syrie : « Tu es de la race des grands hommes de guerre; je lis cela dans ton œil aussi facilement qu'on lit dans l'œil d'un cheval de Sétif le nom de sa famille. » Ce mot d'Abd-el-Kader ne nous paraît guère authentique ; mais, avant la guerre, à Damas, un Mnbachi ou chef de bataillon turc, Ali-Bey, aujourd'hui colonel, disait à l'un de nos plus ingénieux archéologues * : « Connaissezvous Chanzy? » (ou, comme il prononçait, Çanzy), et, sur la réponse négative du Français, le Turc assurait qu'il avait pour le lieutenant-colonel du

^ Les Allemands diraient dans leur langue iloUante et expressive : Etwas Hôberes schwebte ûber ihm.

* M. Clermont-Ganneau.

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71" régiment de ligne la plus hante estime : «.c'est un homme extraordinaire, et vcDUâ Terrez qu'il sera la gloire de son pays ». Le Français fie souvint de la prédiction d'Aii-Bey lorsqu'il vit en 1870 Chanzy à la tête de l'armée de la Loire .

Cet homme, grand et mince, dontJa calvitie: précoce était cachée par le képi anx Iteitrs de chêne d'or légèrement incliné sur l'oreille, le front feaat et serein, le regard doux et presque caressant, la moustache efâlée, parut sur les champs ide. bataille de la Loire comme c< l'évocation soudaine de fiotre brillant passé militaire* ». C'était rbomiBie nécessaire dans ces difficiles moments. Le combat de Yallières et la bataille de Coulmiers l'avaient d^à fait connaître à l'armée dont il prenait le commandement en chef. Il réagit par son énergique attitude contre le découragement ; il récbanffa l'ardeur languissante et presque éteinte des soldats ; Il réconi' pensa la bravoure, punit rindisciplise, âétrit la lâcheté ; il donna à tous l'exem^ple de la résolution, de la fermeté, de la vaillance. On le • vit laccepter sans faiblir la plus délicate, la plustknneQse des tâches. Il semblait, à lentendre, que.la iiFrance n'eût pas été vaincue ; il ne cioamaissait pas île dé-

^ Voir un article du Figatfa nspro^^it dans iamotii^ populaire de René Delorme.

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vwstre <ite la veille et oexroyait pas, au revers du lendemain ; il maniait son arnïée<5omposée de consorits comiiii^âi elle» n'eût compté dans ses rangs* que i de. Tieux troupiers. Mais cette force mor&ie du général faisait aussi la force morale des soldats. Cette ' isûretéde jugement, cette promptitude de décision diaas une des situations les plus graves qui i furent ijanaais, cette précision des ordres, cette inflexible ^énergie qui se» révélait daas tous lesactes du com- .'manid6m>eat, cette implacable .volonté d'atteindre le ;but malgré les obt tables, cette inébranlable persévé- . -raiioe «d'un ^éïiéral qui ne. laissait lii trêve ni merci et à l'ennemi et à:ses propres tiwupeç, tout cela en- T traîna l'armée de la Loire et la transforma, .Ja 'îîeodit capable d'Une résistance ; héroïque, lui flt ^accepter lesi misères et les daagers d'une, des. luttes lesf ï>lus prodigieuses que cite l'histoire detegueiw. Napoléon l'a dit,, le général, « c'est la itête, c'est .le tont. d'une armée. Chanzy, on we saurait trop le •répéter, >ôtde ces corps de jeusûes gens encore fai- )i)les et hésitants une armée de; soldats remplis }de ^seiiti«nen*s courageux et , virils. Ce fut lui qui, dams . «cette belle retraite d'Orléans, à : Laval, csomparabie , aux . retraites de Turenne, porta cette -armée jde -9^)t$ition en position, la tenant sans cesse sous son ^-vegard, ne la, laissant paséûhapp^r;un s^liinstent \k sa vvisûuraise ^idifaction, la fuictot^^la m^^t

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comme par la main, des bords de la Loire à ceux de la Sarthe et de la Mayenne .

Résolu à tout oser et en même temps plein de circonspection et de constance, toujours prêt à revenir à la charge et battant en retraite avec prudence, sachant prendre, le cas échéant, une audacieuse initiative et réparer avec une habile persévérance les torts de la fortune, vigoureux à Tattaque et à la défense, il avait à la fois Timpétuosité propre à notre nation et Topiniâtreté ; il avait, pour nous servir d'un mot de Sainte-Beuve, à la fois ce qu'on a le plus en France, l'essor et l'élan, et ce qui manque surtout, la consistance et le caractère. Comme l'a dit Marmont, il faut deux choses dans un général , l'esprit et surtout le caractère : l'esprit, car, sans lui, on ne combine rien ; le caractère, car, sans une volonté forte et suivie, on ne peut assurer Texécution des plans conçus. Mais ici, ajoute Marmont, les qualités relatives l'emportent sur les qualités absolues, et le caractère doit dominer l'esprit; c'est dans ce rapport que se trouve l'élément du succès, et tous les grands capitaines de l'antiquité et des temps modernes, Alexandre, Annibal, Scipion et César, Condé, Luxembourg, le prince Eugène, Frédéric et Napoléon, tous ces grands hommes, à un esprit supérieur, joignaient encore plus de caractère. Chanzy, lui

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