Le général Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses, 1741-1803. D'après des documents inédits. Ouvrage orné d'un port
Qn'est-co que Choderlos de Laclos? — t n conteur erotique, déclarent ceuv qui ne Tout pas lu ; un observateur profond et redoutable, confient ceux (et le nombre en est grand) qui ont pris la peine de le pénétrer.
Son nom n'évoquait que le souvenir des Liaisons dangereuses. Cependant les lueurs incertaines de sa biographie retenaient l'attention et piquaient étrangement la curiosité. On savait que ce romancier d'un j(uir avait été capitaine d'artillerie, sous l'Ancien Régime ; qu'il était mort général, à Tarente, dans les aventureuses légions de Bonaparte. La Révolution l'avait vu, tentateur d'un prince « démocrate», mener, à ses côtés, les complots ténébreux du Palais-Royal. Dans toutes les crises, au o octobre, après Varennes, au 10 août, l'historien le devinait dans l'ombre, sans jamais le rencontrer en face. Ainsi le peintre des salons les plus raffinés avait recherché les brutalités de la politique et les drames sanglants de la rue; ainsi cet analyste subtil avait porté jusqu'à la mort l'âme d'un infatigable soldat ; . . . mais, taciturne autant que mystérieux,
VI ir AVERTISSEMENT
il n'avait laissé sur sa route in(|uiète (|u'un petit lÏM'e, cruel et délicat.
Laclos, qui connut si bien le cœur de ses contemporains, semble avoir voulu leur dérober le sien; mais le plus impassible se ti-ahil pour la postérité. — Deux volumes, légués pai- sa veuve à la Bibliothèque rSationale, contenaient, avec le manuscrit de son roman, d'autres essais littéraires, ses vers, qu'on pouvait compléter par VAliuaiiach (les Muscs, des articles de journaux, des lettres, en particulier sa correspondance avec M'""' Riccoboni au sujet dos Liaisons dangereuses. Aux archives administrati\es du Ministère de la guerre, se trou- Nail toujours son dossier d'officier ; aux archives historiques, les notes de ses chefs, puis sa correspondance avec Servan, à la veille de Yalmy, avec Pache, à l'armée des Pyrénées ; le Comité d'Artillerie gardait trace, dans ses cartons, de ses travaux techniques et de ses inventions. Grimm, Laharpe et Tilly nous entretenaient de son livre ; de nombi'eux mémoires, de plus nombreux libelles nous parlaient de sa politique. Les ai'chives du Ministère des Affaires étrangères ])ossédaient les lettres qu'il rédigeait à Londres pour le duc d'Orléans. Le savant recueil de M. Aulard, complété par les journaux du temps et principalement par celui que Laclos dirigea, permettaient de l'écouter à la tribune des Jacobins, et même de le suivre au sein de leurs conseils. Les Archives de la police nous le montraient à l'Assemblée de sa section. Deux dossiers des Archives Nationales concernaient sa longue détention sous la Terreur. Enfin ses descendants