‹ Le général Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses, 1741-1803. D'après des documents inédits. Ouvrage orné d'un portChapitre 114 sur 165 · LK GENERAL CHODERLOS DE LACLOS · texte numérisé non relu

LK GENERAL CHODERLOS DE LACLOS

Ijuckiicr. (lue le Conseil exécutif i';i|»|)el;iit ;i P.iris poui' (»i-<)lil('i- (le s(^s avis, .iceompauiiail sou lerril)le couiuiissaire. Eu vaiu, il deuiaudait à se relirer à Strasbourg', pour soiguei- sa saiih", ou à (Mre envoyé sur le Rhin; il se faisait fort avec \ingt mille hommes d(; tout brûler, de tout euihuter de Muyence à Coljlentz et de sauver la Fiance. (Test piti(^ de voir ce vieux soldat se d('vbattant sui' le hord de l'abîme. Servan et Laclos avaient espéré le sauver en faisant décider son rappel et (( rem])écher d'être pendu. «Il fut guillotiné le 4 janvier 1794.

« 11 est fort pressant, » disait Laclos en t(!rminant sa lettre, » d'arrêter vm plan propre à terminer glo- » rieusement la cam])ague. Cette idée hâte mon re- » tour. » Ce fut donc dans le bureau de Servan, qu'il apprit la nouvelle de la canonnade de Yalmy. Le 20 au matin, comme Kellermann s'apprêtait à se replier vers Châlons pour couvrir la Marne, il fut tourné par l'ennemi et reçut son choc ; flanqué aussit()t sur ses ailes par l'armée de Dumouriez, il opposa aux alliés une inflexible résistance. CiCtte affaire causa peu de sensation. Le lendemain Kellermann maudissait encore la jonction qui l'avait coupé de Paris, et Servan ne cessa, pendant plusieurs semaines, d'inviter Dumouriez à se retirer de l'autre côté de la Marne. Le 22 septembre, il adressait aux généraux et aux d(q)artements les instructions mêmes qu'avait prescrit Laclos dans son mémoire : se replier' sur Paris en emportant toutes les subsistances, détruire les routes, les moulins, combler les puits et les fontaines, ramener vers l'intérieur toute espèce de provision et brûler ce qui ne peut être emporté, faire descendre tous les bateaux de l'Aisne et de la Marne, sonner le tocsin, prendre les anues, harceler l'ennemi et ruiner ses convois « principe qui a toujours

LE VAINQUEUR DE VALMY :î«l

)) réussi en (i.iule, et notamment du temps de Fran- » çois I'"')). 11 faisait toujours appel à la défense nationale ; il s'attendait toujours à une I ataille devant Paris, cependant que Brunswick découragé ne pensait plus qu'à négocier.

Dans cette étonnante campague, chacun marcha de surprises en surprises. Un dieu capricieux déjoua tous les plans, confondit toutes les combinaisons et, pour les acteurs les plus avertis, pour les spectateurs les plus pénétrants, se plut sans cesse à faire triompher le hasard. Le roi de Prusse se flattait, sur la foi des émigrés, de marcher sans obstacle sur Paris, au\ acclamations des Français, et il rencontrait des adversaires redoutables et une population haineuse. Le duc de Brunswick prétendait faire une guerre de sièges, et la bataille se présenta devant lui au bout d'une prudente é'tape. Pour Servan, ([ui temporisait, une rencontre même victorieuse eût tout perdu : elle se produisit (!t sauva la France. La nation courait aux armes à la voix de Danton, et c'est l'armée royale, qui défendit seule la Révolution. Kellermann s'avançait à contre-cœur, craignant d'être englobé dans la défaite de Dumouriez : il fut attaqué et Dumouriez le secourut. Mais c'est au subtil auteur des Liaisons dangereuses^ à l'ambitieux et entreprenant gardien du généralissime, à l'homme qui, dans ces temps troublés, apportait sans doute un esprit aussi prompt et beaucoup plus perspicace que Dumouriez, que la fortune réservait sa plus éclatante déconvenue. 11 désigne sur la Suippe une position favorable 011 tous les généraux se dirigèrent, et où personne n'arriva. Prévoyant la défaite, il fait des plans judicieux, que chacun approuve, et que la victoire déchira. 11 tend son énergie pour une lutte désespérée et n'entendit même j)as le bruit du canon.

Si Laclos n'est pas le véritaljle vainqueur de Yalmy, il ("ut du moins à cette lieiye critique uu des uieilleurs aj2:ents de la défense nationale. Il commença de former les \olontaires, prévit courageusement la défaite, assura l'arrière, réconforta Paris; il travailla utilement jour et nuit, mais ne fut jamais à riionneur. Cependant si l'on considère que ses prévisions étaient les plus raisonnables et que le gouvernement les avait adoptées; que, dans le désarroi général, une levée en masse semblait la suprême ressource ; que les efforts des émigrés, poussai(!nt Brunswick à une marche précipitée sur Paris ; que Luckner, paré d'un vain titre, restait pourtant, à CIiAlons, le point de ralliement des forces nationales et donnait des ordres au\ généraux, on pensera non sans raison que Laclos avait rêvé mieux encore que le rôle d'un Kellermann ou d'un Dumouriez, qu'il ambitionnait d'être, sinon le chef, du moins l'âme et le moteur de la résistance, et, qu'après avoir comploté avec Danton de changer, en 1791, le gouvernement, il s'avisa, connue lui, de sauver, en 1792, la France et la Révolution.

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