Pariset. Aofice sur Laclos
(ience, se réfiiglail (inns le stoïcisme. En e.iptivant sa pensée, il |)arvenait, disait-il, à onhiier (|ue son corps n'était pas libre. C'est la pratique du stoïcisme ([u'il recommandait aussi à sa fenune : « 11 \ a » onze ans, écrivait-il, qu'auprès de toi et pour toi, » j'en mêlais les éléments aux éléments de l'amour. » Sur son conseil, M'"^ de Laclos avait retiré du fond de ses armoires un vieux Sénèque, et elle en faisait son habituelle méditation.
Aux approches du 9 thermidor, quand Robespierre se sentit traqué par ses enncnnis, dont l'épou- \ante avait réveillé l'audace, le ré<2:ime des prisons devint plus sévère. Laclos prie sa femme de ne pas s'effrayer du retard de ses lettres. « En cas de » maladie ou autre accident, (il faut lire la guillo- » tiiie) c'est alors que tu serais prévenue. » Quanta lui, il tremble de ne rien recevoir. 11 préférerait |)reudre « les 3 sols que coûte une lettre sur son )) boire et son manger », car « sans nouvelles, il ne » digérerait pas ! » Il recommande encore à sa femme de laisser ses lettres ouvertes, de se borner à parler de sa santé et de cesser ses envois de « comestibles et de luminaires. » Malgré ces précautions, toute cori'espondance lui fut interdite après le 22 messidor. Robespieri'e mort, un grand vent de clémence et d'espoir passa sur les malheureux prisonniers. Dès le 12, Laclos obtint une nouvelle permission d'écrire ; il y vit le présage d'une justice entière. ITn gardien lui reuiit une letti-e de sa fenune « touchante et déchirante >k Lui-même put faire partir deux lettres à son adresse dans la même journée. Il protestait contre l'interdiction, qui lui avait en quelque sorte ravi sa qualité d'époux et de père et le livrait à une mort anticipée. « J'ai appris » connue toi, ('crivait-il, le supplice des traîtres ; je
■) lie iii'étomie plus île leur haine pour moi. Ce 0 qu'on jtouYait croire prévention était un sentiment " bien raisonné, car tout ennemi de la Rt'pultliijue > doit me compter pour son ennemi. » Dès lors, il ne songe plus qu'aux moyens de sortir de prison et (l'en faire sortir son frère. Il y dépense «cette éner- " gie et cet esprit de suite qui sont les deux qualités ' les plus rares parmi les hommes ». Qu'on lui donne la liberté ! La misère ne l'etTraie pas; il gagnera sa \ie et celle des siens par son travail. Aussitôt il met en action tous ses moyens, écrit à AUpiier, à Lacombe-Saint-3Iichel. Il compte beaucoup siu- deuxamisnnstérieux, qu'il nouune dans ses lettres < l'ange consolateur » i et « l'ami de l'ange ». Des compagnons libérés s'efîoi-cent de lui venir en aide. Son ancien Comité révolutionnaire est sollicité d'attester son civisme. Il ne compte guère sur Carnot, qui ne l'a vu qu'aux Pyrénées, mais on parle de lui à Legendre, un dantoniste, qui s'est mis avec Fréron et Tallien à la tète de la réaction thermidorienne. Les parents de sa femme, aidés de « l'ami de l'ange », ne peuvent arriver à trouver les motifs de son arrestation. Ils s'adressent en vain à Chevrier, archiviste de la Convention. Enfin on retrouve la feuille de renseignements fournis à son sujet par le Comité de surveillance de sa section, qui déclarait d'ailleurs ignorer le motif de son arrestation. Il y ('tait qualitié d''( homme de génie, très froid et » très lin, auteur des Liaisons dange/xiises, ora- )> teur ' ». (( Un des reproches que l'on me fait, " écrit
1. On trouve cette ex])reïisioii sous la jjlume do M'"" de Merteuil. Lettre 63.
2. A. N. F^ 't. 686. On avait écrit >< homme de grand génie ». Une autre main a effacé : grand, et a ajouté : auteur dos Liaisons dangereuses.