‹ Le général Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses, 1741-1803. D'après des documents inédits. Ouvrage orné d'un portChapitre 129 sur 165 · MO LE GENERAL CHODERLOS DE LACLOS · texte numérisé non relu

MO LE GENERAL CHODERLOS DE LACLOS

en soiirijint L.u'los, « est d'être homme de génie et » eehii-la même est aussi une exciisi'. On m'y » rej)i'()eln' aussi d'être très froid. Je te fais juge si » je le suis daus mes affections. » Ce|)(>ndant il écrit nu'moires sui' ménuures pour se justifier. 11 se remet, en même temps, à ses travaux d'artillerie, rédige et envoie une note relative aux magasins à poudre ; sa tête et sa main sont fatigués décrire. 11 se repose en <( s'occupant méditativement des » moyens de succès et de bonheur pour la Répu- » blique ». 11 s'exalte de jour en jour; il sent approcher à grands pas le règne de la justice. Mais, par une contradiction bien humaine, l'attente prochaine de sa libération le trouve moins calme que la crainte imminente de la guillotine. L'inquiétude le l'onge; les lenteurs l'impatientent; il avoue qu'il ne j)eut plus penser, qu'il dort tout éveillé, qu'il se sent entre la ti'istesse et la folie et qu'il ne connaîtra désormais le calme qu'auprès de sa femme et loin de tous les autres.

Le 30 septembre, Laclos eut la joie d'apprendre (jue son frère venait de sortir du Luxembourg. Sa femme avait enfin quelqu'un pour l'aimer. Elle n'était plus qu'à moitié veuve. <> Je t'avoue, lui » écrivait Laclos, que cette idée rassérène aussi mon » ame, qu'elle me rend la patience bien plus facile » et adoucit, en grande partie, l'acreté que répand )) toujours plus ou moins le sentiment de l'injustice. » 11 y aura demain onze mois accomplis que mes » vœux de chaque jour se terminent par celui d'être » au moins le seul à souffrir... Je me livrerai plus » tranquillement à la pratique du stoïcisme, qui me » coûte si peu pour moi, mais qui échouait toujours » contre l'idée de ton entier isolement. »

Lui-même s'apprête enfin pour le grand jour de

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la libération. L'impatience le consume, mais un invincible élan despoir le soulève. Sur un ton que sa femme comparait justement aux accents enflammés de Rousseau, il s'écriait : « Je mets en magasin » les idées dans ma tète et les sentiments dans mon » cœur. Un jour viendra peut-être où je poui'rai » livrer cette auguste moisson à tes pieds ou dans » tes bras. En attendant, j'en jouis sans y toucher ; » je la contemple avec ravissement. » Dans une attente passionnée, il répétait les paroles brûlantes de Saint-Preux : « Julie, Julie, nos cœurs n'ont » jamais cessé de s'entendre. »

Ce ne fut que le 11 frimaire an III (3 décembre 1794) que Laclos vit s'ouvrir devant lui les portes de Picpus. Le Comité de surveillance et de sûreté générale, « sur la considération d'une détention fort » longue aggravée par son état de misère et de » maladie », décida qu'il serait mis en liberté et les scellés levés *. On devine avec quels transports il revit « le bon Choder », Etienne et Soulange ; avec quel renouveau d'amour cet homme de cinquantetrois ans, dont les dehors impassibles cachaient un cœur si ardent, retrouva sa femme, qu'il aimait encore, selon la mode galante de l'ancien régime, à nommer « sa maîtresse ». Le 4 juin 1795, M™" de Laclos donnait le jour à un fils qui s'appela Charles. « Il ne sera pas plus pauvre que les » autres » , dirent en souriant les deux parents.

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