Carnot. Mcnuiircs
ensuite contre rAiitriche et les Bourbons, en lui donnant le Milanais, la Toscane, Mantoue, Parme et Plaisance. L'Espagne est particulièrement utile à nos relations commerciales. 11 faut lui présenter à la fois « la foudre et Folivier», nous fortifier de sa marine contre TAngleterre, régler à sacouYcnance le sort des Bourbons, qui sont encore en France, et obtenir la libre importation de ses chevaux et de ses moutons. « Je ne crains pas de dire que je crois que nous » gagnerions beaucoup à troquer cette importation » contre l'exportation des Bourbons.» Il est nécessaire de nous réconcilier avec la Prusse, en lui garantissant un équivalent supérieur à ce que notre sûreté nous oblige à lui prendre: équivalent, qu'on pourrait trouver avantageusement dans le Hanovre. La partie des trois électorals, située au delà du Bhin, servirait de même de compensation à la Hollande, pour la dédommager de la cession du pays en deçà du Waal, et à la Suisse, qui nous laisserait occuper Baie militairement. C(>s arrangements, en nous garantissant la frontière du Rhin, nous donneraient une ceinture d'Etats libres et amis. La France y trouverait « gloire, santé et » prospérité, tous avantages qu'elle a droit d'attendre » de sa mémorable révolution.» Tel est ce mémoire, où Laclos, avec sa fermeté de pensée, sa logique et sa divination habituelles, semblait prévoir la plupart des événements qui suivirent, moins la dictature militaire, ses excès et ses catastrophes.
A la lin de 1795, l'ex-général, à force de démarches et de pétitions, obtint enfin une place, qui lui permit de vivre à l'aise, tout en ménageant sa santé. 11 fut nommé par le Directoire secrétaire-général des hypothèques. En même temps, son frère obtint le consulat d'Alep et partit pour le Levant, où l'attendaient de nouvelles aventures. Pendant les
années IV, V, Yl et VU, c'est-à-dire jusqu'au 18 brumaire, l'Almanach national montre que .Laclos conserva, sans iuterru|)ti()n, les nouvelles Jonctions, où sa fortune changeante l'avait placé. 11 piit une part importante à la réforme de son administration. « Telle élait, dit son ami, le docteur Pariset, l'iieu- » reuse facilité de son esprit, que ce genre de tra- « vail, tout nouveau pour lui, parut néanmoins lui » être familier V » Après le 18 fructidor, le personnel de la régie de l'enregistrement, dont dépendaient les hypothèques, fut en partie renouvelé. Le directeur Natoux., les employés Gillot et Selot fui-ent frappés. Laclos échappa à cette épuration. Sans doute il ne dut son maintien qu'à son habileté, car, pour les survivants de la Convention, l'ancien agent de Philippe-Egalité demeurait toujours un suspect-. La légende orléaniste, qui avait servi d'arme de guerre à tous les partis, était encore plus vivante que jamais. Le duc d'Orléans, après avoir résidé en Suisse, était [)arti pour les Etats-Unis, où l'avaient rejoint ses deux frères, mis en liberté. Laclos n'avait jamais eu de rapports avec lui. Le futur roi des Français avait-il alors un parti? « Aucun fait, écrit )) M. Aulard, aucun texte ne permettent de le » dire 2. » Cependant les partisans de Louis XVIII n'avaient pas moins peur de lui que les anciens jacobins. Le couite de Puisaye dénonçait ses intrigues, tandis (juon racontait au Café Foy que les membres du Corps législatif dînaient trop souvent chez la