‹ Le général Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses, 1741-1803. D'après des documents inédits. Ouvrage orné d'un portChapitre 134 sur 165 · Aulard. Hist. politique, p · texte numérisé non relu

Aulard. Hist. politique, p

AUTOUR DU 18 BRUMAIRE 'i23

duchesse d'Orléans et que les orléanistes envahissaient toutes les places. On affirmait couramment que le duc était en France, tantôt à Rennes, tantôt à Paris, que son agent Tex-constituant Voidel allait être nommé ministre de la police. Le Thé attribuait tous les crimes à « ce parti toujours renaissant. » Jean de Bry dénonçait la faction du haut de la tribune des Cinq-Cents, et la proclamation du 19 fructidor, faisant écho aux anciens débats de la (À>nYention, menaçait de mort « ceux qui rappelleraient d'Orléans ». M'"" de Genlis, qui ne sut jamais se taire, écrivit de Ilambouro:, où elle vivait assez méprisée, à son ancien élève, une lettre qui fit grand bruit, pour l'engager à ne pas écouter le pai'ti qui voulait l'élever au tronc. Les rapports de police donnaient Sieyèset Servan comme orléanistes. Les journaux les citaient comme membres de la faction avec Barras, Tallien, Talleyrand et naturellement Laclos. « Cet homme dangereux existe », écrivait Barruel- Beauvert; « mais où est-il? que fait-il? » iNonunant les premiers auteurs de la R(^>olution, il citait « le » pendable auteur des lÂaisoiis dangereuses. » Les Nouvelles politiques montraient Laclos organisant des clubs avec Sieyès. Le Thé donnait le tableau des emplois dans la future monarchie orléaniste : Bonaparte, grand connétable; Sieyès, primat de Gaules ; Laclos, ambassadeur à Saint-Pétersbourg. L'Europe prétendait que Laclos avait refusé le Ministère de la justice, n'espérant pas égaler Merlin en scélératesse, mais qu'il se flattait de devenir le premier ministre de d'Orléans. « En attendant, gens de bien, ralliez- » vous, serrez-vous :

Léo rugiens circuit quœrens quem devort. '

1. Cf. Aulard. Paris pendant la réaction tltcrmidorienne et les

Pondant ce temps, Laclos vivait assez mal d'une place obscure. Il cherchait toujours, comme en 93, des occasions de se juslifiei-; il aurait adressé à Rewbell un mémoii-e sur la faction d'Orléans ^ Mais son renom de conspirateur orléaniste lui collait à la peau, comme une tunique de Ncssus. Le silence était encore sa meilleure sauvegarde. Plus tard, écrivant à sa i'enuue, il fait allusion à la « disgrâce », où le tenait le gouvernement du Directoire.

Pourtant, ces cinq années furent vraisemblablement parmi les plus heureuses de son existence. Il vivait en travailleur, en philosophe et en bourgeois ; il adorait sans entraves sa femme et ses enfants ; sa santé se rétablissait ; après tant de malheurs et de tourments, son ambition s'était endormie dans une heureuse médiocrité. Le poète spirituel, le brillant et galant causeur des salons d'autrefois se contentait de quelques amitiés sûres et dévouées. Le malheur des temps, le fâcheux renom, que sa politique et son roman laissaient toujours planer sur son caractère, l'obligeaient à restreindre ses relations à un petit cercle d'intimes. Il avait conservé au général Servan « un inaltérable attachement ». Le vaillant ministre du 10 août, échappé comme Laclos à la Terreur, se faisait oublier, comme lui, dans des emplois modestes. 11 fut question sous le Consulat d'en faire de nouveau un iMinistre de la guerre. Il avait entrepris quelques affaires financières, et y était aussi malheureux qu'en politique. Laclos, après s'y être associé quelque

journaux du temps. — ii Le public regrette, » dit une note de police, » que le duc d'Orléans n'ait pu être roi après Varennes et la déchéance » de Louis XVI ; c'était l'avis de Mirabeau ».

Page 1