‹ Le général Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses, 1741-1803. D'après des documents inédits. Ouvrage orné d'un portChapitre 28 sur 165 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le Maréchal de Sëgur et les Liaisons dangereuses. — L Education des femmes. — Laclos, en raisonnant, découvre une seconde fois la nature. — La femme naturelle et la femme sociale. — Théorie de la beauté. — La femme à travers le monde. — Conseils à une jeune lîlle. — La société de La Rochelle. — Mademoiselle Soulange Duperré, — L'escalier secret de 1 hôtel Duperré. — Mariage de Laclos. — La première pierre de l'Arsenal de La Rochelle.

Le Maréchal de Ségur, Ministre de la guerre depuis 1780, était un vieux guerrier couvert de glorieuses blessures, entêté de morale et féru de discipline, l'udoyant lourdement les mauvaises tètes, fermant sa porte aux gens de Cour, et refusant des faveurs à la Reine elle-même. On devine l'impression que firent les Liaisons dangereuses sur un tel homme. Les vieilles générations voyaient avec colère le goût des lettres se répandre dans l'armée ; écrire des vers ou des romans leur semblait une occupation pernicieuse pour un militaire et t[ui dérogeait poui* un gentilhomme. Le père de Yauvenargues rougissait des livres de son fils et le vieux Comte de Guibcrt refusait d'assister, même à Versailles, en présence de la Reine, à une comédie du

L'ÉDUCATION DES FEMMES ET LE MARL\GE DE LACLOS '.il

sien. Qu'était-ce quand un livre provoquait un scandale universel, attaquait la première noblesse avec une détestable insolence, étalait une noirceur d'âme à révolter les plus indulgents! Laclos parut au vieux Maréchal un officier dévoyé, ayant perdu l'esprit militaire, livré sans doute à des passions funestes, qu'il fallait faire promptement rentrer au bercail et rappeler au devoir. Le 24 mai 1782, deux mois après la publication des Liaisons, quand son nom était dans toutes les bouches, l'auteur désormais célèbre reçut du Ministre Tordre de rejoindre sans délai sa compagnie, qui, jusque là dispersée sur les côtes, venait d'être réunie à Brest, au bataillon.

Montalembert prit résolument la défense de son subordonné. Le 29 mai, il répond au Ministre {[uil n'emploie auprès de lui que des officiers « de la première intelligence, » connaissant parfaitement ses méthodes et s'intéressant autant que lui à leur succès; (( que les connaissances que le sieur de » Laclos a acquises dans ce genre de travail, au- » quel il a été employé jusqu'à présent, l'y rendent » infiniment précieux qu'il est l'âme de tout ce » qui s'exécute, qu'il est sur les lieux un autre » lui-même, et qu'enfin un tel officier ne peut S(; » remplacer, puisqu'à intelligence égale tout autre » aurait besoin de plusieurs années poui' acquérir » les mêmes connaissances... Il n'y a que le cas où » sa compagnie s'embarquerait ou recevrait une » destination de guerre, auquel cas le sieui' de Laclos » serait lui-même jaloux de la suivre. »

Ces raisons de service étaient seules capables de toucher le vieux Maréchal, qui finit par s'y rendre. Il écrivit, le 8 juin, à Montalembert qu'il consentait à lui rendre son collaborateur, « mais je vous pré- » viens, ajoutait-il, qu'il est indispensable que le

» sieur de Laclos s'occupe promptement à mettre » un des officiers, qu'il a a\ec lui, à même de les )> remplacer, afin que rien ne s'oppose à ce qu'il » aille reprendre son service à sa troupe, à la pre- » mière occasion qui pourra l'exiger. Je le lui si- » gnifie et je vous prie d'y tenir la main. » Une autre lettre avisait Laclos qu'il était, sur la demande expresse de son chef, autorisé à continuer quelque temps encore ses fonctions auprès de lui. Mais cette lettre ne le toucha point. 11 était militairement parti pour Brest, sans attendre le résultat des protestations de Montaleinbert. 11 s'y trouvait dans le plus mauvais état, atteint par la fièvre et par la grippe « dont tout le monde ici est attaqué ». Ce n'est que le ^4 août qu'il put retourner à La Rochelle, livré pendant toute la route, comme l'atteste le chirurgien-major « aux accès les plus violents ». Sa situation pécuniaire, toujours gênée, ne laissait pas moins à désirer. Le voyage et la maladie avaient absorbé ses ressources, malgré les 1.600 livres qu'il avait touchées poiu* la l""*^ édition de son livre ', et il obtint à grande peine une gratification de 600 livres pour achever de couvrir ses frais ~.

L'Académie de Ghâlons-sur- Marne venait de mettre au concours la question suivante : Quels seraient les moyens de perfectionner l'éducation des feninies'l Belle occasion pour l'auteur des Liaisons de se défendre devant l'opinion ! Tout satirique se double d'un réformateur. Après avoir outragé les mœurs, il se devait de les corriger. Laclos se promit donc de frapper un nouveau coup de théâtre. Rousseau, d'après Laharjie, âgé de quarante ans

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