A. G. Dossier Laclos
et encore inconnu, parlait à Diderot de la ([uestion proposée par l'Académie de Dijon : Si le })rogrès des sciences et des arts a contribué à corronipre ou à épurer les mœurs. «. Quel pai-ti allez- vous » prendre, dit Diderot à Rousseau? — Je vais prou- » ver, répond Rousseau, que le progrès des sciences » et des arts épure les mœurs. — Eh ! c'est le pont » aux ânes, s'écrie Diderot ; prenez le parti contraire » et vous ferez un bruit du diable. » Laclos, écoutant la voix de son gt-nie, comme les conseils de son ambition, se proposa d'en user de même avec l'honnête question académique. « Il n'est aucun moyen, » écrivit-il, de perfectionner V éducation des fem- » mes. » Qu'est-ce en efîet que l'éducation sinon le développement des facultés de l'individu, dirigées vers l'utilité sociale. Or dans toute société les femmes sont esclaves. Partout où il y a esclavage, il ne peut y avoir d'éducation. « Le mal est sans )> remède, a dit Sénèque, quand les vices sont changés » en mœurs. » Peut-être cependant les femmes voudront-elles un jour rentrer dans la plénitude de leur être et de leur liberté. En ce cas, « apprenez qu'on » ne sort de l'esclavage que par une grande révo- )) lut ion ».
Laclos n'acheva pas son discours. Le fragment, qu'on vient de résumer, retrouvé dans ses papiers, est daté du i"'' mars 1785. D(''sirant sans doute un cadre plus large, et soucieux d'aller jusqu'au fond du sujet, il jeta les bases d'un gros traité, qu'il intitula, à peu près comme Fénelon : De l'éducation des femmes^. Il semble avoir repris son projet à ditlérents moments de son existence tourmentée ; mais les pages que nous possédons furent certainement