J4 LE GÉNÉRAL CHODERLOS DE LACLOS
écrites à cette époque. Elles n'.'ijoutent guère à la renommée de Tauteur des Liaisons, mais nous aideront à le mieux connaître.
Ce militaire rompu aux réalités, ce savant que Monta lembert déclarait son émule, cet analyste minutieux, cet esprit enfin si solide et si pénétrant quand il observe, le voilà qui se met à raisonner, et il divague. Son traité philosophique est un amas de contre-vérités dont le vide finit par dégoûter et dont la fausseté l'ait sourire. Quel échantillon pour Taine ! Laclos possède à coup sûr tout l'essentiel de Tadmirabh; acquis scientifique! de son siècle. Même sur les passions de l'amour, il écrit comme au sortir d'un muséum. S'il entreprend de philosopher, il ne réussit qu'à affirmer des hypothèses, enchaîner des erreurs et conclure logiquement à des utopies. Voilà bien les méfaits de la raison classique ! Laclos condjat dans les rangs des chevaliers de la nature, qui se croient aussi les chevaliers du droit. C'est son excuse : il d(''raisonne de compagnie et subit la contagion de la folie générale. Son cri de guerre est celui de Rousseau : « L'homun; est » né bon et c'est la société qui le pervertit ». Après avoir écrit la contre-partie de la Nouvelle Héloïse, il lui restait à tenter le complément de VEniile. 11 va donc composer une Eniilie.
Cette Emilie qu'il n'a pas baptisée, c'est <( la femme naturelle. » On croirait facilement qu'après avoir pénétré les bas-fonds de l'âme humaine, Laclos devait y reconnaître le vice originel ; qu'il avait entrevu le carnassier lubrique et féroce, voisin du singe, que la science moderne nous donne comme ancêtre. On serait tenté d'o})poser le pessimisme des Liaisons à l'optimisme du Contrat Social et de dire : c'est dans le cœur de Valmont et de M™" de Merteuil qu'il
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t'aliait monti'er lu natuie ù la \eillo de la Révolution. Cette vérité, amère était plus profitable aux contemporains que les savoureux poisons de Rousseau. Laclos se fut indigné, ou plutôt il eût souri d'une telle interprétation. M""' de Merteuil, c'était « la femme sociale », la digne compagne d'un courtisan de Versailles. Maintenant, il va découvrir la femme naturelle. « Un ancien définissait riiomme (( un animal à deux pieds sans plume... La femme » naturelle, dit Laclos, est la femelle de cet ani- » mal-là. » C'est un être « libre et puissant ». A sa naissance, elle s'est nourrie et réchauffée au sein de sa mère ; elle en est descendue pour subveniiseule à ses besoins, car l'union de la mère et de son enfant cesse d'être naturelle dès qu'elle n'est plus nécessaire. Voilà donc la fillette, qui, toute seule, grimpe aux arbres [)Our cueillir des fruits, court après les jeunes animaux, se baigne, nage et dort tout à son aise. Sa puberté se déclare, sans être précipitée par l'imagination, à l'achèvement normal de la croissance. D'abord inquiète et brûlée d'un feu dévorant, « elle aperçoit un homme », le joint et goûte un plaisir aussi pur que vif. Admirez dans sa forte maturité cette fraîcheur, cette peau ferme, ces sens aigus, ce visage énergique et serein ! « Sa parure » est sa chevelure flottante ; ses parfums sont un bain » d'eau claire. » La maternité lui sera légère. Des amours, qui se renouvellent sans cesse et meurent avec le désir, lui épargneront la lassitude de l'uniformité, et le dégoût de la constance : la femme naturelle est heureuse. Sa vieillesse arrive très doucement, sans maladies, sans amertumes et sans regrets. « L'âge des plaisirs passé, elle n'est plus qu'un » enfant mieux instruit. » La femme naturelle meurt sans peui- et sans reproche, et même sans s'en aper-
cevoir. Le bonheur d'une reine est-il plus enviable que le sien ? Ici Laclos nous présente le portrait d'une reine, d'une reine « sociale » assurément, car il n'existe pas de reine naturelle :
S'occupe-t-elle de ses plaisirs, « ils vont se rasseni- » bler autour d'elle. Son imagination sera moins » prompte que le zèle de ses courtisans ; mais par là » même ses jouissances seront imparfaites ; malheu- » reuse, elle n'aura pas le temps de désirer. Cepen- » dant sous un règne faible, l'intrigue déploie toutes » ses forces ; le courtisan ambitieux, non content » d'opprimer le peuple, veut encore dominer sa » souveraine ; maîtresse de tant d'états, elle ne l'est » pas de sa volonti' ; mue par des ressorts secrets, )) elle cède à une impulsion étrangère et inconnue; » elle ordonne par faiblesse l'éloignement de ceux » qu'elle chérit et reste avec mécontentement livrée » à ceux qu'elle craint, alors elle perd l'habitude » d'aimer ; la défiance et l'insensibilité viennent fié-* » trir et resserrer son àme ; bientôt elle ne s'ouvre » plus au plaisir ; elle n'est plus susceptible que de » distraction, et les distractions mêmes sont devenues )) difticiles ; son palais l'ennuie, et toutefois elle » craint d'en sortir; traverse-t-elle les villes? le » silence morne de son peuple contriste son cœur ; » parcourt-elle les campagnes? l'image de la misère » afflige ses regards importuns et elle-même, elle » se prend aux lieux qu'elle habite de l'ennui qu'elle » y porte ; elle se fuit, elle eri-e, sans choix comme » sans dessein, elle recherche la vaste solitude des » forêts, laissons-lui cette triste ressource : les seuls » moments où elle se supporte sont ceux où elle » parvient à s'oublier. »
A ces traits, on reconnaît sans peine la jolie femme qui chassa Turgot, la fille de Marie-Thérèse, impo-
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pulaire à Piiris, la folle amie de M'"" de Polignac, la bergère frivole de Triaiion. A la veille de la Révolution, un couplet contre elle était de rigueur dans toutes les chansons sur la vertu.
3Iais dans quel Eden, à la fin, trouve-t-on la femme naturelle ? Où Laclos a-t-il rencontré ce nouveau prodige, qui n'a pas connu ses parents, abandonne ses enfants, ignore le mal, aime tous les hommes en femelle errante, jouit d'une santé intacte, ne pense pas, vit heureuse et meurt satisfaite. Voltaire qui comprend tout, hausse les épaules à ces rêves creux et parle de mauvaise plaisanterie. Bufï'on qui poursuit patiemment son enquête universelle, n'a vu que des sauvages à l'origine de la nature ; ils végètentau-dessousdesanimauv ; ce sontdes « masses de matière brute, attachées à la terre ». Assertions téméraires ! répond Laclos. Voltaire et BufFon « sup- (( posent toujours la nature autrement qu'elle est ». Sachez que les sauvages sont des honmies « qui, » réunis depuis peu de temps, ont déjà perdu les » avantages de l'état de nature et n'ont pu pallier » encore les premiers vices de la société ». Mais quel témoignage enfin avons-nous de l'état de nature? Peut-être, nous confie Laclos, ce paradis terrestre existait-il dans l'Amérique avant Colomb, qui joua donc ainsi le rôle du serpent et provoqua la chute. Le pôle austral, encore inexploré, renferme sans doute un continent aussi vaste que le nôtre : pourquoi ne serait-il pas le dernier asile de la nature ? 11 suffit à Laclos qu'il soit impossible de prouver que l'état de nature n'ait jamais existé ; il va nous dire maintenant combien l'ont modifié, quant au sort des femmes, les institutions sociales.
Laclos ne croit pas que le contrat social ait été conclu par la réunion d'un certain nombre de familles ;
la première association fut, d'après lui, composée, d'hommes seulement, qui, se sentant égaux en force, se craignirent moins. Par violence ou par persuasion, ils enlevèrent des femmes, comme firent les Romains desSabincs et se les partagèrent ainsi qu'un gibier ; tel fut l'origine de l'esclavage du sexe le plus faible et le fondement brutal, de « la loi de l'homme ». Une longue expérience apprit aux femmes à substituer l'adresse à la force ; (( elles surent les » premières que le plaisir restait toujours au-dessous » de l'idée qu'on s'en formait et que l'imagination » allait plus loin que la nature ». Elles allumèrent donc le désir par l'illusion de la beauté et mirent l'amour au cœur des mâles. De la beauté et de l'amour naquit la jalousie ; ces trois illusions ont totalement changé l'état respectif des hommes et des femmes ; elles sont devenues la base et le garant de tout contrat passé entre eux. « Ou'est-ce que la beauté ? » En disciple de Condillac, Laclos la définit « l'apparence la }dus favorable à la jouis- » sance, la manière d'être qui fait espérer la » jouissance la plus délicieuse ». Le souvenir et la prévoyance étouffèrent, en quelque sorte, chez l'homme social, la sensation du moment présent. Il comprit que la fraîcheur, la taille, la force augmentaient le plaisir. Le vêtement attisa sa curiosité et fit de la figure des femmes leur principal attrait. C'est alors que l'homme forma des systèmes de beauté. Les traits que la nature produisait rarement autour de lui, ne lui rappelant aucun souvenir et ne lui donnant aucune espérance, furent dénommés par lui : laideur. Ceux que la nature produisait communément, éveillant chez lui des idées de plaisir habituel, l'attachèrent ; c'est leur assemblage qu'il appela : beauté. Delà, lavariétédesopinionschez les peuples et
les individus. La beauté ne varie pas seulement parles (lifîé ronces physiques des femmes qui nous environnent. Quand la société eut fait de l'union passagère des deux sexes une liaison durable, on mit du prix aux ([ualités morales et aux signes extérieurs qui les annoncent. L'Anglais désire une femme douce et modeste, le Français la veut vive et gaie et le Turc, soumise. Chaque peuple, chaque homme suit en cela son tempérament et subit son milieu.
Cette analyse de la beauté de choix, développée avec finesse et ingéniosité, se termine par un chapitre sur la parure, par laquelle la femme cherche à se donner « l'appanuice la plus favorable à la jouissance ». Ici Laclos, à la manière de Rousseau, se fait hygiéniste. 11 fournit la recette d'un cosmétique pour conserver le teint, prescrit les bains froids, interdit le jeu, les veilles, les liqueurs fortes. 11 recommande surtout le naturel. « Voulez-vous » donner plus de tendresse à vos regards ? Exercez » la sensibilité de votre âme ? Voulez-vous accroître )i leur vivacité ? Cultivez votre esprit, augmentez le » nombre de vos idées ; en vain la nature vous aura » accordé de beaux yeux ; si votre ame est froide, si » votre esprit est vide, votre regard sera nul et muet. »
Nous avons dit que Laclos paraît avoir travaillé à diversesreprisesà cet ouvrage laissé inachevé. Enl798, il recueillit dans le récit des voyages de La Pérouse des notes fort copieuses sur les femmes de tous les pays^. Des régions glacées, où errent les Lapons et les Samoyèdes, jusqu'au Congo brûlant et à la mystérieuse île d'Haïnan, de l'empire des Mongols aux États barbaresques, il veut tout savoir de ce sexe, dont « il s'était beaucoup occupé » : figure, taille,
vêtement, statut civil et familial, morale, esprit, santé, les moindres particularités lui sont bonnes ; il s'intéresse au\ relevailles chez les llottentotes et à la répudiation dans les îles Maldives. Voilà qu'enfin il tient la vraie méthode pour connaître « la femme naturelle » et « la femme sociale » : observer, comparer, classer des faits. Peut-être, en 1798, une terrible expérience l'avait-elle éclairé sur le vice originel de la nature et sur les dangers du raisonnement abstrait, et Ton peut croire que c'est par désabusemcnt qu'il n'a pas publié son livre. Retenons seulement de ses essais que ce lumineux observateur n'était, comme la plupart des hommes d'action, qu'un assez médiocre philosophe.
Nous possédons encore de lui quelques pages i, où il traite du rôle de la lecture dans l'éducation ; c'est une consultation, qui lui fut demandée par une jeune personne, « qui a de l'esprit, de la figure et » que son rang et sa fortune mettent dans le cas de )) vivre dans la compagnie la plus distinguée et » même d'y avoir de l'influence ». Impossible cette fois de montrer plus de tact, de prudence et de sens délicat de la réalité. « Il faut, dit-il, à une jeune » femme, de la bonté, de la raison et de l'amabi- » lité ; les secours, qu'elle peut tirer de la lecture )) pour ce triple objet, lui seront fournis parlesmora- » listes, les historiens et les littérateurs. » Qu'elle apprenne dans les moralistes à aimer le bien jusqu'à l'enthousiasme et à connaître les hommes tels qu'ils doivent être ; dans les historiens, elle pourra les voir tels qu'ils sont. G'estdans ceux-ci, que se débat « cette » grande question encore indécise, de savoir si on
1. Ibid. On ti'ouve encore dans les papiers de Laclos, quelques lettres relatives au prétendu suicide de Rousseau, et dont l'une parait être de M'"° de Staël.
» doit respecter les préjugés et jusqu'à quel point » ce respect peut être nuisible ou salutaire ; c'est » enfin là, qu'un lecteur attentif se convaincra peut- » être que dans toute grande administration le bien » naît aussi souvent à côté du mal que le mal à côté » du bien et que la sagesse des empires est de répa- » rersans cesse et de ne détruire presque jamais. «On peut se demander par ce passage la date de cet écrit. Fut-il écrit par un révolutionnaire inconscient ou par un jacobin assagi? Je penche plutôt pour ce dernier parti.
Laclos recommande à sa jeune élève de posséder des éléments de toutes les sciences, « car souvent ') l'homme de mérite et la femme aimable se sépa- » rent, faute d'avoir une langue commune. » Elle ne devra pas négliger l'histoire de la religion. « C'est n à mesure qu'on connaitia mieux la nation juive » et son ignorance fanatique, cruelle et supersti- » lieuse... que Jésus-Christ considéré comme homme » nous (cause) plus d'étonnement et nous inspire » plus de respect et d'admiration par la morale su- » blime, si pure et si douce, qu'il a développée le » premier, et que tous les efforts de la perversité ou » de la sagesse humaine n'ont encore pu ni altérer, » ni perfectionner. » Quant à nos philosophes, « comme ils n'ont rien ajouté à la morale des an- » ciens, ni nos sermonnaires à celle de l'Evangile » il suffira de s'occuper de leurs ouvrages comme » belles-lettres. » Les romans sont utiles ou pernicieux, suivant l'adresse du guide et le bon esprit du lecteur. On |)eut en faire l'application à Clarisse Harlowc, « ce chef-d'œuvre des hommes. » 11 ne faut écarter délibérément que les livres licencieux « qui » faneraient cette fraîcheur d'àme qui fait, plus encore » que la fraîcheur naturelle, le véritable charme de
» la jeunesse. » Laclos considèi'e (( que la traduc- » tion française des ouvi'ages étrangers dispense d'en » apprendre la langue. » Les langues étrangères sont d'après lui « un objet d'agrément plutôt que d'utilité » . C'est seulement pour se perfeetionnei' dans le français, « (|u'il faut savoir parfaitement », qu'une jeune fille poo.rrait apprendre le latin, ou, si elle craint d'être pédante, l'anglais ou l'italien. Mais surtout qu'elle s'appj-oprie tout ce qu'elle lira ; qu'elle se limite par une sage méthode ; en s'instruisant, elle sera plus heureuse ; qu'elle devienne, en même temps, plus modeste. La <( femme naturelle » était heureuse aussi, mais sans effort, et modeste, mais par ignorance. Décidément quand Laclos écrivit ces lignes, il avait oublié les chimères de sa jeunesse ; il avait passé de la raison pure à la raison pratique et jamais ce passage difficile ne s'opéra plus aisément <[ue chez cet lionmie-là.
Ne prenez pas cet alerte officier pour un idéologue. Toutes les théories sur la société ne sont que des formules opportunes pour un ambitieux mécontent. De ses spéculations philosophiques, il ne faut r(denir qu'une nouvelle preuve de la facilité et du sérieux de cet esprit profond, qui était en même temps un bel esprit. Il se débattait, comme tous ses coiiteni)>orains, au milieu des erreurs de son temps. La sanl(^ de notre esprit n'est qu' « lui b(d accident. » Quand à présent nous melons la science à nos débats et ([ue nous la rabaissons à nos luttes, nous la déligurons tout autant que jadis nos pères faisaient de la nature, quand ils s'en armaient pour retrouver leurs droits. Disciple de Rousseau, Laclos révèle encore, comme son maître, un fonds d'optimisme imprudent, mais géiKh'eux, une bonté
([iii se cabre, In chaleur (runc Aine insurgée contre riiijustice, mais éprise sincèrement du bien. L'homme qui attaquait le pouvoir paternel et vantait, comme Diderot, les mœurs d'Otahiti, était aussi le même que Tofticier ardent et pauvre qui, dans les salons l'rivoles, rêvait d'une Tourvel ; et la douce victime de Yalmont n'était autre que <( la femme naturelle » égarée dans la société. On a dit de Laclos qu'il était «un observateur désenchanté dès ses trente ans» ^. Non, son pessimisme de romancier ne reposait pas sur une expérience amère et désolée de la vie ; sa colère n'était, on le voit bien à présent, que l'efTet d'une confiance aveugle dans la bonté de la nature et de cette impatience du progrès, qui est la vertu des ambitieux.
A partir de 1783, Laclos réussit à se faire oublier des bureaux de la guerre ; des affaires plus graves avaient détourné de l'auteur des Liaisons dangei-cuses l'attention du Ministre. Les travaux de l'île d'Aix furent arrêtés et Montalembert, malgré ses protestations véhémentes, reçut, le 20 juillet, l'ordre de ne réserver du fort « que ce qui serait jugé nécessaire )> à la conservation de l'artillerie - ». Laclos cependant ne rejoignit pas sa compagnie. 11 se rendit à la Rochelle, où il avait déjà séjourné plusieurs fois depuis 1779, avec la mission de préparer les plans du nouvel arsenal qui existe encore. Ses chefs s'apercevront un peu plus tard qu'il y était « complètement inutile » et que les raisons, qui l'y faisaient demeurer, étaient «tout à sa convenance ». Ses notes d'inspection en 1784 et 1785 continuèrent d'être bonnes et font même allusion à sa réputation nouvelle. (( A beaucoup d'es-
1. p. Bourget. Sensation <r Italie. ]). 297. '1. A. G. Dossier Montalembert.
lO'i LE GENERAL CHODERLOS DE LACLOS
» prit et do talents, et mémo do génio, » dit l'inspocfoiir, qui signalo son frbsoiu-o du corps. « Ces disposi- » tionsde la naturo lui ont pr()(iir(" lo double aYantage » de roussir dans la littojature et de taire en même )) temps do grands progrès dans le métier de Tartillerio, » de manière qu'il remplira avec distinction tous les » emplois que Ton jugera à propos de lui contior '. » La société de La Rochelle, à cette ('poi[ue, ne le cédait en rien en charme et en gaîté, à celle de Grenoble. Les grandes fortunes, acquises dans le connnerce de mer, avaient développé (lans la vieille cité une vie monrlaino et oisive. Les négociants protestants ou catholiques, faisaient à présent figure de grands seigneurs. Ils habitaient de beaux hôtels, aux élégantes façades à fronton, aujourd'hui presque intacts, et circulaient dans les rues en carrosse ou chaise à porteurs ; l'hiver, ils se promenaient sous les (( porches » ou galerie couvertes, qui font encore l'ornement do la ville, la canne à pommeau d'argent à la main ; l'été, ils accompagnaient les dapies « au » café de Provence, sur la place d'Armes, où l'on va » prendre les glaces », Tous les soirs, ce n'était ([ue dîners exquis, concerts, bals et réceptions fort courues. Tel négociant se vantait d'avoir ofTei't à souper à trente jolies femmes. Los Rochelais chantaient alors :
A la gaîté de la table.
Ne suflisont pas les pots.
Il faut qu'un jaseur aimable Sèine les joyeux propos ^.
Laclos était tout prêt à remplir l'office de ce jaseur