Mouiiicr. Des francs-jnaçons et des illuminés, p
gasse et Mouniei- ont noté les épanchemcnis imprudents du grand tribun, k Messieurs, disait-il un jour » dans un bureau de l'assemblée, j'ai rencontré hier » le duc d'Orléans, à qui j'ai dit : Monseigneur, )> vous ne pouvez pas nier que nous ne puissions )) avoir bientôt Louis XVll au lieu de Louis XVI et, » si cela n'était pas ainsi, vous seriez au moins lieu- » tenant-général de Royaume. Le duc d'Orléans » m'a répondu, Messieurs, des choses fort aimables ». LTne autre fois Pionnier confiant publiquement les craintes qu'il éprouvait des agissements du duc d'Orléans, Mirabeau lui répondit brusquement : « Mais bonhomme que vous êtes, je suis aussi atta- » ché que vous à la royauté, mais qu'importe que » nous avions Louis XYII au lieu de Louis XYl et » qu'avons-nous besoin d'un bambin pour nous gou- » verner? » C'était indigner clairement la Régence.
Laclos est communément désigné comme l'intermédiaire et le négociateur du duc d'Orléans près de Mirabeau.
Pendant le mois de septembre, Dumont l'aperçut plusieurs fois chez 3iirabeau. Celui-ci avait alors pour secrétaire Desmoulins, qu'on appelait son « séide ». Tous deux menaient joyeuse vie, et Desmoulins disait qu'il aimait Mirabeau «avec idolâtrie» et (( comme une maîtresse ». Laclos se montrait avec des allures mystérieuses. « Je ne sais, dit » Dumont, ce qu'il faisait là ». « Laclos, dit le » comte de laMarck, connaissait trop bien les hommes » pour donner sa confiance à Mirabeau. Aussi, dès » le commencement de la Révolution, il avait per- » suadé au duc d'Orléans que Mirabeau serait pour » le Roi ' ». Au moment de la discussion sur le veto,
1. Correspondance de Mirabeau avec le comte de la .Va/cA, publiée par M. de Bacourt. Indroduction, pp. 10 et suiv.
le (lue (icmaiid.i hi'iisqucinent au coiiitc de laMarck: (( Ouand Mirabeau ser\ira-t-iJ !a Cour ? » Ce qui est certain, c'est qu'au mois de septembre, quand l'Assemblée discuta dans une grande agitation les droits de la branche d'Espagne à la couronne. Mirabeau soutint Sillery, qui prit la parole au nom du duc d'Orléans, et, comme lui, se jeta avec fougue dans le débat. C'est alors qu'il aurait dit au marquis de Yirieu que l'éventualité d'une vacance du trône (( n'était peut-être pas aussi éloignée dans le fait » qu'elle pouvait le paraître au premier coup d'œil, » que l'état pléthorique du Roi et celui de Monsieur » faisait à peu près déj»endre la question de l'exis- » tence de M. le Dauphin qui n'était qu'un enfant.» il ajouta que le comte d'Artois, en sortant du roA,aume, s'était mis hors la loi pour au moins dix ans K 3Iirabeau entra-t-il de concert avec Laclos dans l'exécution des journées des 5 et 6 octobre? « Ce » que je crois tout bien considéré, conclut à ce » sujet Dumont, c'est que Laclos était tro[) habile » pour tout confier à l'indiscrétion de Mirabeau, » mais qu'il s'était assuré de lui conditionnellement » en se laissant l'un à l'autre beaucoup de voiles et » de retraites. 11 est impossible de ne pas croire à » une liaison entre eux... - »
^Iiral)eau ne fut donc que le complice éventuel des projets de Laclos. La tâche était })lus aisée avec les agitateurs encore subalternes du parti démagogique, bien moins soucieux de philosophie politique que de jouissance immédiate, avec un Santerre,
1. Déposition de Borgasse, Mouiiier, Virieu, à la procédure du Chàtclet pour les événements des 5 et 6 octobre.
'2. Dumont, op. cit. p. 174. ■ — Mirabeau proposa à l'Assemblée nationale de nommer Montalembert inspecteur-général des fortifications.
brasseur popiilaiic, géant favori du faubourg Saint- Antoine ; un Marat, dont les excitations sanguinaires enflamment déjà la populace ; un Camille Desmoulins, qui charme la foule connue un poète, et un Fauchet, qui la soulève comme un apôtre, semblables tous deux, le prêtre et l'avocat, aux prédicateurs burlesques et fougueux de la Ligue, qui farcissaient de latin leurs satires insurrectionnelles. Passant à cheval près du district des Cordeliers, La Fayette raconte qu'il fut invité à s "y rendre. <( Le fameux Danton » présidait. Une pai'tie de la salle était pleine de gardes françaises. Danton déclara (|ue le commandement des gardes françaises, rétablies dans leur ancien état, devait être donné au premier prince du sang, au duc d'Orléans, et il demanda l'assentiment du Commandant général à « ce projet si patriotique ». La Fayette se déroba et le complot (( qui avait ailleurs ses racines » fut déjoué '.
Au Palais-Royal, il n'y a qu'à se baisser |>our trouver des cadres à l'armée de l'émeute, libellistes violents, motionnaires intarissables, hommes de main toujours prêts : tel, ce marquis de Saint- Huruge, ruiné dans les débauches, accouru récemment d'Angleterre oii il fuyait ses créanciers, dont la haute taille et la voix de tonnerre en imposent maintenant d'un bout à l'autre du jardin. Par ambition forcenée, ou par avidité dévorante, de tels hommes sont à qui les paie ; la tourbe des bandits, des affamés et des mauvaises têtes leur appartient ; ils régnent sur Paris, au milieu des ruines d'une autorité qui s'effondre, avec la complicité toute-puissante d'une opinion exaltée. Le duc d'Orléans avait