Cliassin. Les Elections de Paris aux Etats Généraux, W
Vive le duc d'Orléans ! firent pâlir Marie-Antoinette. A la séance solennelle du lendemain, il aai'da le inème rang et fut acclamé par le Tiers. Il usa de toutes les ressources, dont il disposait, pour précipiter la réunion des trois ordres. Le 17 juin, il prononça un discours à la Chambre de la noblesse et pi'it la tète des quarante-cinq gentilshommes qui se réunirent au Tiers, constitué en Assemblée Nationale. Au milieu de son discours, l'émotion le fit défaillir et on le trouva couvert de quatre gilets dans la crainte d'un attentat. Le 27 juin, toute la noblesse se réunit au Tiers à la suite du duc d'Orléans. Le 3 juillet, l'Assemblée reconnaissante choisit le prince pour son président ; il refusa, étant incapable d'exercer cette place, qui en eût fait le véritable chef de la nation. Il n'en continua pas moins ses actives menées. Le 6 juillet, un agent secret de Montmorin le signale, visitant en j>ersonne tous les bureaux tour à tour, tandis qu'ils élisaient les membres du Comité de Constitution et les pressant « de ne pas perdre de temps ^ »
Le même agent nous a transmis de bien curieuses révélations sur l'état du Palais-Royal, pendant les trois semaines qui précédèrent le 14 juillet. Ce n'était que feux de joie, illuminations dans la nuit, réjouissances dans la journée, « qui tenaient » de la folie ». Les « gens sages » ne peuvent plus pénétrer dans le jardin, et le Maréchal de Broglie somme en vain le prince d'y rétablir l'ordre. « On » ne parlait que du duc d'Orléans ; les uns voulaient » le faire généralissime des troupes nationales, les » autres voulaient le faire roi.... » « J'ai vu une
1. Les rapports très curieux de cet ag'ent secret se trouvent aux archives du Ministère des AiFaires Etrangères (France 140.5 f° 238). Ils ont été publiés par la Revue : La Résolution française et par M. CLassin, dans l'ouvrage déjà cité.
» scène bien singulière. Environ soixante à quatre- » vingts particuliers se promenaient dans l'intérieur » et iiors de la ville. Un d'eux marchait en tète et » portait une bannière sur laquelle on lisait distinc- » tement : Vive le Roi, Vive le duc d'Orléans, Vive » le Tiers-Etat. Cette troupe s'ai-rètait devant tous » les corps de garde des gardes-françaises pour les 1) saluer et ils criaient à tue-tète : Vivent nos cama- » rades! » Le l*"" juillet, on parle au Palais-Royal « de mettre pierre sur pierre le château de Versailles » et de le brûler. On parlait ensuite de M. le duc » d'Orléans ; tous le déclaraient généralissime des
)) troupes nationales, d'autres Mais je me tais tant
» je frémis des folies du jour ; elles sont à leur » comble. » Le libraire Hardy, dans son journal, se fait l'écho de ces bruits. Il signale le grand souper ofîert dans le jardin aux gardes françaises prisonnières, que la foule vient de délivrer. « M. le duc > d'Orléans ordonne qu'on laisse toute la nuit les » portes ouvertes. » Une délégation des poissardes de Paris « encense avec des fleurs ces courageux citoyens, » en chantant :
Vive Louis XVI Vivo ce roi vaillant Monsieur Necker Notre boa duc d'Orléans
Le duc d'Orléans était devenu «l'idole du peuple», mais il s'agissait de gagner à sa cause, par la flatterie ou l'intérêt, les meneurs et les têtes de la Révolution. Les royalistes et les émigrés ont fait grand bruit de l'alliance du duc d'Orléans et de Necker. Cette alliance n'a jamais existé. Neckei- se réjouissait, en royaliste, de voir un prince du sang favorable <iux idées nouvelles, aimé de la foule et susceptible
<le fairo mi utile contrepoids au parti de la Reine. Mais il n'était d'aucune intrigue et subissait les événements ; d'ailleurs, il était trop vaniteux pour servir les projets d'autrui. En revanche, le duc d'Orléans, si méprisé avant la Révolution, renforçait son autorité morale et politique en associant sa popularité à celle du célèbre et vertueux Genevois. La Fayette parut alors le maître de la France et l'arbitre de ses destinées. 11 était le dieu de la bourgeoisie et l'épouvantail de la Cour. S'il se fut mis dans le parti du duc d'Orléans, peutêtre en eùt-il assuré le succès. Aussi celui-ci ne lui ménagea-t-il pas les avances. « Parmi les gens qui » se montrent le jdus dans la Révolution, écrit » La Fayette, le II juillet 1789, il y a quelques per- » sonnes dont les vues s'étendent plus loin que » l'établissement d'une constitution. Je suis persuadé » que M. le duc d'Orléans, ou du moins les gens qui » le poussent, ont le projet de brouiller. 11 m'a été » dit des mots, fait des avances. Hier, on me disait » que la tète de M. d'Orléans et la mienne étaient » proscrites ; qu'on avait des projets sinistres contre » moi, comme seul capable de commander une » armée ; qu'il favulrait que M. le duc d'Orléans et » moi unissions toutes, nos démarches ; qu'il serait » mon capitaine des gardes, comme moi le sien. Je » répondis froidement que M. le duc d'Orléans » n'est à mes yeux qu'un particulier plus riche que » moi, dont le sort n'est pas plus intéressant que » celui des autres membres de la minorité, qu'il est » inutile de former un parti quand on est avec toute » la nation... mais, en attendant, je veille M. d'Or- » léans et peut-être serai-je dans le cas de dénoncer » à la fois M. le comte d'Artois comme factieux » aristocrate et M. le duc d'Orléans comme factieux
» par des moyens plus populaires'. » La Fayette était trop probe pour se laisser corrompre. Un amourpropre sans mesure Félevait au-dessus de tous les projets particuliers. Enfin son exaltation républicaine lui rendait un prince usurpateur deux fois détestable. Il méprisait le duc d'Orléans et, dès qu'il soupçonna ses projets, les combattit ayec acharnement. La vénalité bien connue de Mirabeau donnait plus de prise à un prince, dont l'argent était le grand ressort. Tous deux se rencontrèrent, à la fin de 1788, à la table du comte de la Marck, avec Biron, qui était leur ami commun. Mirabeau n'eut pas de peine à juger le duc d'Orléans. « Je me souviens, » dit Dumont, de lui en avoir entendu parler avec » quek[ue éloge, c'est-à-dire de ses talents naturels, » car il disait qu'en morale, il ne fallait rien lui » imputi^]', parce qu'il avait perdu le goût et ne » sentait plus la ditlérence du bien et du mal -. » Mais Mirabeau était avide d'argent et ambitieux de pouvoir. Pour satisfaire ces deux passions, il frappait sans se lasser à toutes les portes. S'il n'est pas prouvé qu'il ail eu recours à la caisse du Palais- Royal dans sa jier[>étuelle détresse financière, il ne semble pas douteux qu'il ait fondé quelques espérances sur la fortune politique du duc d'Orléans. « Je l'ai vu, dit Mouniei', passer des comités noc- » turnes tenus par les amis du duc d'Orléans à ceux » des ](''publicains enthousiastes et de ces confé- » rences secrètes aux cabinets des ministres du » Roi 2 ». Dumont, qui vivait chez Mirabeau, croit égalenuMit qu'il alla quelquefois à Montrouge. Ber-