‹ Le général Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses, 1741-1803. D'après des documents inédits. Ouvrage orné d'un portChapitre 66 sur 165 · Archives des Affaires Etrangères · texte numérisé non relu

Archives des Affaires Etrangères

2. Voici le portrait que Rivarol traçait, quelques mois après, de Laclos dans le Petit cUctloniKurc des grands hommes de'' la Rèi'olu-

ne sait quelle fut son attitude après le 6 octobre. 11 est assez probable qu'il jugea prudent pour luimême de s'éloigner quelque temps. C'était lui qui soufflait au duc ces projets de quadruple alliance dont, au dire de Mirabeau, celui-ci s'efforçait par avance de couvrir sa fuite.

Le départ eut lieu le 14, à cinq heures du matin. Quelques heures après, Mirabeau s'acheminait vers l'Assemblée, prêt à prendre la parole. En entrant dans la salle, il reçut un message du duc de Biron, qui le mettait au courant de la résolution finale de son ami. Les passe-ports avaient été accordés sans débats; la nouvelle était connue d'avance. Le Président Fréteau s'était borné à lire la lettre du Prince avec un billet de Montmorin. Il renonça donc à la ]»arole, mais sa colère et son mépris éclatèrent en paroles imprudentes et brutales. Passant froidement; la lettre de Biron à ses voisins. « Tenez lisez, dit-il, » il est lâche comme un laquais, c'est un j... f... qui » ne mérite pas la peine qu'on s'est donné pour « lui » ; et il ajouta, en termes tout crus, qu'en scélératesse ce n'était qu'un eunuque et qu'il avait le désir, sans la puissance.

Les députés ignoraient que le duc était depuis longtemps sur la route de Boulogne-sur-Mer. Il y arriva le 16, de fort bon matin, et descendit avec sa suite, au Lion d'or. Comme il attendait l'heure de

lion. Paris 1790. — « Laclos, le confident, le conseiller, l'ami peut- )) è{vc du Duc d'Orléans. C'est lui qui débrouille ses sentiments, qui >) entante tous ses projets, qui dissipe toutes ses craintes; en un mot, » c'est lui qui en a fait un moment l'idole et l'espoir du peuple. A )i quel degré de gloire il aurait élevé ce grand prince, s'il eût pu le )) persuader sans l'effrayer ! Mais on apprend à jouer toutes les » grandes qualités, excepté le courage, et le malheureux Laclos n'a » pu même donner le sien à son élève. Il reste donc inutilement atta- » ché à sa fortuno,etil répond seulement à la nation de ses aumônes.»

la marée pour hi'eiiibar(juer, une émotion que les royalistes attribuèrent à des manamvres de Laclos, se répandit dans la ville. Son départ parut au peuple une vengeance de la Cour et sa mission une véritable lettre de cacbet. Toute la France avait les yeux sur l'Assemblée Nationale, dépositaire de la souveraineté nouvelle ; on pensa qu'elle avait été trompée et que cet exil avait lieu à son insu. Une foule considérable se réunit sur le port pour empêcher rembarquement et le duc d'Orléans fut arrêté, comme Louis XVI lui-même devait l'être à Varennes. Il envoya Clarke et Laclos à la municipalité avec ses passe-ports, qui furent trouvés en règle. « A l'ins- » tant même, dit le procès-verbal des autorités, » trois matelotes, déléguées par les femmes de la Beu- » rière vinrent nous témoigner, en présence des deux » envoyés de Son Altesse, que le peuple n'en souffri- » rait point le départ, le regardant comme le père du » peuple et dans la crainte d'être privé d'un protec- » leur puissant.» On décida enfin que Clarke se rendrait à Paris, porteur de lettres pour le Roi et le Président de l'Assemblée Nationale; il serait accompagné de deux officiers municipaux, désignés par le peuple comme députés, et qui s'assureraient des intentions de l'Assemblée '. Les députés de Boulogne ariivèrent le 19 au matin à Paris ; la Commune et l'Assemblée certifièrent immédiatement les passe-ports.

L'opinion publique, comme l'avaientprévu La Fayette et Montmorin, se soulevait contre le prince fugitif, hier encore si populaire. 11 n'avait annoncé son départ que par une insignifiante circulaire. M"*" de Genlis rédigea une courte note pour les joui'naux. Les admirateurs patentés du Palais-Royal étaient dans la

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