‹ Le général Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses, 1741-1803. D'après des documents inédits. Ouvrage orné d'un portChapitre 65 sur 165 · La Fayette, II,!p · texte numérisé non relu

La Fayette, II,!p

la nation, « qui étaient inséparables ». En exécutant ces ordres, ajoutait-il, « je yais m'efTorcer d'obtenir la » continuation de la confiance dont Votre Majesté » m'honore et de conserver l'estime de mes compa- » triotes. »

Montniorin lui remit ses instructions ; elles sont datées du 13. C'était un chef-d'œuvre des bureaux. Il fallait llatter le duc, tout en le découvrant, et le faire admettre à Londres, sans alarmer les puissances; d'où ce mémoire, qui se précisait dans ses parties et s'annulait dans son ensemble ; pompeux et déférent dans la forme, on n'y rencontrait qu'ironies et insinuations; il débutait majestueusement par un affront et, pour finir, tendait négligemment un appât qu'il entourait aussitôt d'impossibilités.

(( Les troubles qui agitent depuis quelque temps » le royaume, disait ce mémoire, fixent nécessai- » rement l'attention de toutes les puissances, et l'on » ne saurait se dissinuiler que la plupart d'entre » elles les voient avec une secrète joie... Parmi les » puissances qui viennent d'être indiquées, il faut » distinguer la (jrande-Bretagne ; on sait combien la » force et les ressources de la France l'offusquent: » on sait que le désir de l'affaiblir est le premier » mobile de sa politique; on doit conclure delà, » que la Cour de Londres envisage avec la plus » grande satisfaction nos embarras intérieurs et )) qu'elle fait des vœux pour qu'ils soient prolongés, » et pour qu'en fin de cause ils ébranlent la masse » de puissance qui rend la France le premier empire » de l'univers.

« Il résulte de ces vérités que nous ne saurions » surveiller la Cour de Londres avec trop de vigilance, » et que nous ne devons rien omettre pour démêler » ses véritables intentions. Telle est la commission

» importante que le roi confie au zèle, aux lumières » et au patriotisme de son cousin le duc d'Orléans. »

Bref on renvoyait le duc aux Anglais, comme un traître à ses complices. Toutefois on le remerciait de sa grande bonne volonté, en lui laissant respectueusement l'initiative de ce départ peu héroïque. <( Sa Ma- )) Jesté a reçu avec sensibilité l'offre que ce prince » lui a faite de s'en charger; elle regarde cette offre » comme une nouvelle preuve de l'attachement qu'il » a pour sa personne, comme de son dévouement ) pour les intérêts de l'Etat; et elle se persuade d'au- » tant plus qu'il la remplira avec succès, qu'il a formé » des liaisons intéressantes non seulement avec plu- » sieurs personnes qui sont dans le ministère, mais » encore avec les principauxmembresde l'opposition.»

Le mémoire passait ensuite à un autre objet, les Pays-Bas autrichiens, où les défenseurs des anciennes franchises, et le parti démocratique venaient de se coaliser pour soulever le peuple contre Joseph II. Ils avaient, au mois d'octobre, rassemblé une petite armée insurrectionnelle et faisaient appel aux puissances voisines, Prusse, Angleterre et Hollande, ainsi qu'à la France. « Le but de la Cour de Londres » doit être ou de réunir les Pays-Bas à la confédé- » ration des Provinces-Unies, ou d'en formel* une » république indépendante, ou enfin de les sou- » mettre à un prince étranger à la maison d'Autriche. » Si les provinces belges doivent changer de domina- » tion, le roi aimera de préférence qu'elles aient un )) souverain particulier ; mais la difficulté sera dans » le choix. M. le duc d'Orléans concevra de lui- » même, que le Roi doit désirer d'y influer, et qu'il » importe à Sa Majesté que le prince sur qui il tom- » bera lui soit agréable. M. le duc d'Orléans sen- » tira sûrement d'autant plus combien cette matière

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» est délicate et combien elle exigera de dextérité » de sa part, que, d'un coté, les vues que la Cour de » Londres pourra manifester, détermineront ou )) Topposition du roi ou son assentiment et, de l'autre, » qu'il est possible que le résultat tourne à l'avantage » personnel de M. le duc d'Orléans '. >>

Voilà l'idée dont se llatlnit l'ingéniosité de La Fayette et de Montmorin ! Si le duc d'Orléans aimait les révolutions, qu'il s'occupât de celle de Bruxelles et, puisqu'il haïssait, (c l'Autrichienne », on lui proposait la dépouille de l'Autriche. Cet espoir s'empara de l'esprit du Prince et sans dout<' détermina son départ.

Je crois, dit M'"'' Elliot, « qu'il consentil à cette idée » et même la désira vivement ». Montmorin se hâtait d'ailleurs de se prémunir contre tout essai de prendre au sérieux cette suggestion. Le roi se réservait de faire connaître ses intentions, quand il aurait acquis des éclaircissements sur celles de la Cour de Lonch'es. 11 ne fallait pour le moment que sonder les dispositions des ministres anglais. D'ailleurs il y avait deux bases essentielles à la négociation ; le consentement de l'empereur notre allié et un dédommngement pour son sacrifice. C'était aux Anglais à faii-e les premières ouvertures. Enfin \c duc était engagé à concerter toutes ses démai'ches avec l'ambassadeur de France à Londres.

Pour l'aider dans cette tâche difficultueuse, il fut entendu qu'il emmènerait avec lui Laclos et Clarke. Laclos, dont son maître ne pouvait plus se passer, était naturellement le personnage d'importance '. On

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