Cf. Nauroy. Le Curieu.v, I, p
comme volontaire, et l'empêcha de passer à celle de Diimouriez. Dimiont l'aperçut à Londres solitaire comme un lépreux. S'il eût quitté ouvertement la France, il courait risque d'être écharpé par les émigrés ou emprisonné par les Autrichiens. Il se jeta dans la Convention, comme dans l'unique asile qui lui restât. Cependant Laclos, qui s'était emparé comme d'une proie de ce malheureux, était bien résolu à ne pas le lâcher. Le premier prince du sang était toujours sa ressource, son espoir, et c'était par lui qu'il entendait triompher. Désormais toute confusion devenait impossible entre la Fronde et la Révolution, mais c'était toujours dans les précédents du passé que les plus avisés s'efforçaient de pénétrer l'avenir ; on pensait à la Révolution d'Angleterre. Louis Xyi relisait sans cesse l'histoire de Charles P'' ; Laclos se rappelait celle de Guillaume d'Orange. Tous les jours le fossé se creusait davantage entre Louis XVI et la Révolution, comme jadis entre les Stuarts et l'Angleterre protestante et libérale. La constitution civile du clergé le trouvait irréductible. Les chefs des Jacobins et le duc d'Orléans lui-même, qui possédaient des espions dans son entourage, ne pouvaient ignorer ses rapports avec les émigrés et les puissances étrangères ; depuis le 5 octobre, ils savaient qu'il pensait continuellement à s'échapper. A chaque instant le trône pouvait donc se trouver vacant, et Laclos appelait ce moment de tous ses vœux. Personne alors, ou à peu près, ne songeait à la République, qui paraissait encore aux grands révolutionnaii-es, à Robespierre, à Danton, à Marat, une folie dangereuse ou une niaise utopie. Si le comte de Provence émigrait avec le Roi, c'était aux mains du duc d'Orléans que la régence tombait tout naturellement.
Si lo diiuphin oclia])piiit de même, le duc pouvait devenir le fondaleui' dune dynastie nouvelle. La Convention d'Angleterre en 1688 avait déclaré le trône vacant. L'Assemblée nationale j)Ouvait imiter cet exemple. Il n'est pas douteux que cette idée n'ait hanté la plupart des meneurs révolutionnaires, Siéyès, Mirabeau et Danton comme Laclos lui-même. L'entourage de M™" de Staël en parlait ouvertement. C'était, raj»porte-t-elle, « une idée généralement » établie dans la tète des publicistes qu'une dévia- » tion de l'hérédité pouvait être favorable à l'éta- » blissement de la liberté. » « Les nations et les » événements, » dit Garai, si judicieux dans ses mémoires, (( s'imitent comme les hommes ; les Français » et d'Orléans pouvaient être entraînés par cet es- » prit d'imitation à ré[»éter l'événement qui mit )) Guillaume III sur le trône des Anglais et de son » beau-père. Des conditions, qui paraissaient inac- » ceptables à un roi héréditaire, auraient j»aru très » bonnes encore à un roi révolutionnaire. Au » bout d'un siècle, j)resque jour pour jour, des » événements, presque semblables dans toutes leurs » circonstances, dans tous leurs résultats, auraient » changé alors la face de l'Angleterre et de la » France et mis dans l'une et l'autre nation une » nouvelle dynastie sur un trône soumis à de » nouveaux pactes \ »
Laclos, qui ne se livrait jamais entièrement, avaitil des complices ? Il est impossible d'en douter.
En dehors du petit groupe des amis personnels ou des serviteurs du duc d'Orléans, deux constituants paraissent, dès l'origine, s'être attachés à la fortune du prince, Voidel et Anthoine, tous deux