Les Sabbats Jacobites
Le 18 avril, quand Louis XVI, en vue d'éviter le sacrilège d'une communion constitutionnelle, voulut sortir des Tuileries pour se rendre à Saint-Gloud où il comptait passer la semaine sainte, les gardes nationaux, qui veillaient aux portes du palais, s'opposèrent à son départ. La populace les soutint. La Fayette intervint, mais ses soldats refusèrent d'obéi]'. Le département de Paris, à l'instigation de Danton, refusa de donner des ordres. La famille royale, injuriée par la foule, fut contrainte de rentrer aux Tuileries. « Au moins » ditla Reine, à ceux qui l'entouraient, « vous avouerez à présent que » nous ne sommes pas libres ». Le lendemain toute la presse royaliste accusa Laclos d'être l'auteur de l'attentat. Comme a[)rès \e 6 octobre, il y eut contre son maître et lui un redoublement d'injures et de baine. Ephraïm, disait-on, avait fourni les fonds; Malga, gorgé d'or et de vin, parcourait les rangs de la garde et l'excitait au meurtre ; il leva son sabre sur La Fayette et [troposa le duc d'Orléans pour la régence. Rotondo conduisait la canaille. On avait vu Sillery en laquais et Laclos en jockey parcourant les groupes. Le but du complot était l'assassinat du Roi ^ On n'en doutait pas à la Cour et le Roi et la Reine déclarèrent à Varennes, dans l'éjdcerie de 31. Sauce, que s'ils n'étaient pas partis de Paris, ils auraient été égorgés par le parti
1. Cf. Compte rendu au Conseil de M. d'Orléans par M. Laclos sur la position actuelle des affaires. — Lettre de M. Laclos à M. le Duc d Orléans. Du Café du Rendez-vous, place du Carrousel, ce lundi 18 avril, 'J heures de l'après-midi. — Lettre de M. le duc d'Orléans à M. le chevalier Laclos sur ce qui s'est passé les 12 et 13 avril à Paris. — .{dresse de M. Malga à M. Laclos pour obtenir un supplément de gages. — A toi-même Laclos. — A moi, Laclos, un mot. — Instructions, données par M. Laclos à l'ordre, le 25 avril 1191. — Non d'Orléans, tu ne régneras pas ! etc
d'Orléans. Le 22 avril, Fersen écrivait : « On « croit que c'est la faction do duc d'Orléans » qui est cause de ce qui s'est passé, car les chefs » des Jacobins en sont, et avec raison, très fâchés^ ». Aux séances du 18 et du 20 avril, il y eut en effet quelque gène aux Jacobins, où l'on discutait un projet d'organisation de la garde nationale. Le Roi pouvait justement prétendre que la Constitution était violée à son égard. Danton s'efforça de justifier la conduite du département. Barnave, plus loyalement, insista sur la nécessité de Tobéissance aux lois dans la troupe municipale. Laclos prit la parole et définit la garde nationale, « l'universalité des citoyens de l'empire, armés pour » la défense de la liberté contre les attaques de » l'intérieur, quelles qu'elles fussent, et organisées )) de manière à ce que chaque citoyen ne fut pas )i astreint à une obéissance servile envers ceux pré- » posés pour commander. » C'était justifier l'acte accompli et s'applaudir secrètement de la situation du Roi, dont la conscience était maintenant à Taise pour se libérer de ses serments, puisqu'on l'acculait à la fuite. Il est fort probable que Laclos et Danton eurent la main dans cette affaire. Danton était toutpuissant dans les sections et Laclos y exerçait, sans doute par lui, son influence. Le 19 juin, à la veille de l'évasion du Roi, il pressait les Jacobins de s'occuper des motions discutées dans les sections de Paris, d'où dépendait l'ordre dans la capitale". Il
L Papiers de Fersen, I, 108.
2. Staël, 21 avril. — • « Un trait remarquable, c'est que M. Laclos, » agent secret de ce misérable prince, homme habile et profond » en intrigues, a fait mettre dans l'adresse des sections de Paris au » Roi qu il avait eu tort d'efFacer de la liste des officiers que son » ministre de la guerre lui avait jjrésentés comme des hommes connus