‹ Le général Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses, 1741-1803. D'après des documents inédits. Ouvrage orné d'un portChapitre 97 sur 165 · Bûchez et Roux, X., p · texte numérisé non relu

Bûchez et Roux, X., p

rasst'uibleinent do citoyens >k A ce moiuciit, suivint un député do rAssenibléo nntion.ilc : il .ippi-it qu'à 9 heures du soir, ;i\ail t'ti' Notée nue projtosition de Desnu'uniers, qui suppiiinail toute é(|uivoqu(; et reconnaissait formellement Louis XVI comme Roi. Désormais la loi avait parlé ; jxM-sistei' dans le projet de Laclos, c'était prendre ou\ertement parti pour les factieux. La pétition fut sujtprimée, l'impression interrompue, les signatures défendues. Laclos avait perdu la partie. Danton s'éclipsa '.

La dénonciation de Sillery, le 16 au matin, n'eut donc aucun effet en ce qui concerne Laclos, qui, le soir, n'avait plus de raison de s'associer aux événements qui suivirent. On sait que, le 17 juillet, une nouvelle pétition, purement républicaine cette fois, fut déposée sur l'autel de la Patrie, que des attroupements se formèrent, qu'une répression brutale, sanglante fut provoquée par l'Assemblée, exécutée pai' La Fayette, applaudie par la bourgeoisie légitimiste, qui se défiait de la républi([ue connue de Torléanisme, et sentait le moment venu d'airèter la Révolution pour la confisquer à son profit, j)ar cette même bourgeoisie, qui, quarante ans plus tard, devait porter au trône le duc de Chartres, sous le nom de Louis-Philippe L'.

M""^ de Genlis, tout en préparant des embûches à son rival, luttait d'ingéniosité avec lui j)oui' séduire Topinion. Elle lui était inférieure en ceci, que la vanité chez elle s'alliait à l'ambition et que, désireuse de l'éussir, elle était encore plus pressée de briller. Laclos lance une petite phrase en se cachant. M'"" de Genlis écrivit deux gros volumes afin de se faire voir. Pour faire suite aux Conseils su/- l'éducation

1. 11 se réfugia à Troyes, puis alla passer plusieurs jours à Londres.

du Dauphin, elle publia les Leçons d'une (Gouvernante. Le premier ouvrage contenait les préceptes, le second l'application. C'était jour par jour le tableau de la vie de ses élèves ; mais elle y était constamment en scène prêchant le civisme et la vertu, dirigeant et dominant le duc de Chartres, qui, le jour de son serment civique, rayait tous les titres, hormis celui de citoyen, et disait que ce qu'il aimait le mieux au monde, c'était la nouvelle constitution et sa chère gouvernante. Voici qui peint entièrement cette femme. Son livre était précédé d'une préface, composée, disait l'éditeur, quinze jouis avant la fuite du Roi, mais qu'il faisait cependant paraître telle quelle. M™" de Genlis s'y répandait avec affectation sur la bonté de Louis XYl, sur la solennité de ses eng:agements, auxquels certes il ne pourrait manquer sans être infâme, parjure, traître et déserteui'. Mais qui }iourrait le prévoii' d'un si grand roi et seulement y penser ? Brissot, qui se laissait également jouer par les deux rusés intrigants du Palais-Royal, ne comprenait pas ce détour et y admirait tout bonnement un don de prophétie. Ce « mâle et sévère » républicain envoie, dans ses mémoires, le pavé de l'ours à la M™*' de Genlis repentie de la Restauration. « Qu'on lise » la [)ré(ace de ses Leçons d'une (jouvernan te..., l'on » verra s'il était possible d'invoquer avec plus d'art, » je dirais presque avec plus de perfidie, si ce mot » pouvait être juste pour un acte de loyauté, la » Constitution que le dernier Roi avait jui'é... ; s'il » était possible enfin de traduire ainsi plus directe- » ment Louis XYI devant le tribunal de la Nation, » dans le cas où il violerait la loi, le jour même où, » enfuyant à Yarennes, il venait de la violer; c'est » dans cet écrit qu'on trouvei'ait peut-être, comme » par une inspiration prophétique, le premier mot

i> ([iii semblait urovoquer la (léclusuice, mot que )» (faiitres n'ont fait (jue répéter '. » Mais toutes les intrigues orléanistes s'étaient elfondiées devant les fermes résolutions et le loyalisme de TAssembléc. Ouel(|ues semaines après les événements de juillet, M'"" de Genlis partitpour l'Angleterre avec M"" (rOiléans, accompagnée de deux bons patriotes, Pétion et Yoidel.

Laclos voyait l'opinion toute entière cette fois se soulever contre lui. En vain, dans la séance du 17 juillet, aux Jacobins, comprenant que tout était perdu, il opina pour que la Société cessât de s'occuper de la jiétition et qu'elle fut considérée comme nulle et non avenue. C'était marquer un repentir tardif, dans le moment même où cliacun l'accusait. Au lendemain du 17, il y eut un violent mouvement de réaction dans l'Assemblée ; une petite terreur régna dans Paris. Ephraïm et Rotondo furent arrêtés ; Laclos passait pour leur complice. Les royalistes, qui ne prononçaient jadis son nom qu'avec exécration, le prononcèrent désormais avec menace. Le 18 à l'Assemblée nationale, Petion qualifiant de funeste à la liberté un décret de répression qu'on allait voter, on entendit les députés de gauche s'écrier euxmêmes : (( Oui, funeste à Marat, Brissot, Laclos, Danton. » Une instruction était ouverte. Robespierre tremblait; Marat, Legendre et Desmoulins se cachaient ; Danton était en Angleterre. L'accusateur public mettait les Jacobins hors de cause, mais rendait responsable du vote de la pétition « l'attroupement de 8,000 individus sortis du Palais-Royal », qui avaient envahi la salle, le 15 au soir. Laclos, qui en était l'instigateur, était encore accusé faussement par l'opinion

Page 1