Brissot, Mémoires, II, p
(l.ivoir ameuté la foule, le 17, au Champ de Mars. (lonuue au 18 avril, ses enueuiis affirmaient Ty a\oir vu. 11 lui fallut sans doute toute son adresse |>our n'être pas inquiété. Sillery le dénonça devant l'Assemblée comme l'auteur de la pétition et déclara (pie le duc d'Orléans lui avait retiré sa confiance et qu'il n'était plus au Palais-Royal. Aux Jacobins, où chacun tremblait, la colère contre lui était encore }»lus vive. Sa pétition avait déterminé une scission dont l'influence fut considérable sur cette Société et marque le tournant le plus important de son histoire. Après la séance du 15 au soir, les députés de l'Assemblée nationale, considérant le vote dune |)étition comme illégal, abandonnèrent le Club dont ils étaient les fondateurs et se transportèrent au couvent des Feuillants, à proximité de l'Assemblée. Il ne resta rue Saint-Honoré que six députés, Robes- ])ierre, Prieur, Pétion, CoroUer, Grégoire et l'abbé Royei'. Le duc d'Orléans, Sillery Latouche, Merlin de Douai, le vicomte de iNoailles, les partisans mêmes de la régence, comme Anthoine et Dubois- Crancé, passèrent aux Feuillants, ainsi que 25 membres du Comité de correspondance qui en contenait 30. Les Jacobins atterrés s'humilièrent, prétendirent à tort que leur séance était levée le 15 au soir, (puind la foule du Palais-Royal envahit la salle, et qu'ils s'étaient bornés à prêter leur local à des citoyens, qui voulaient user du droit de pétition. Ils implorèrent leur pardon ; ils furent sèchement repoussés. Duport, Rarnave et les Lameth étaient décidés à fonder un club à eux, qui excluerait tous les éléments de désordre et marcherait la main dans la main avec l'Assemblée. Ils y pensaient depuis longtemps ; l'affaire de la pétition fut l'occasion qu'ils saisirent. Laclos, qui n'était jamais à bout de
ressources, s'avisa d'un moyen de tout arranger. A la séance du 18, il proposa, avec Feydel, de remettre aux députés scissionnaires le local et les archives, qui demeuraient leur propriété, puisqu'ils étaient les fondateurs du Club, et demanda qu'une députation fut envoyée aux Feuillants à cet elfet. Il insista chaleureusement « au nom du bien public, au nom du salut de l'empire, » pour hâter cette décision , grâce à laquelle les Jacobins auraient reconquis leurs députés, en se livrant à eux. Laclos était venu avec Feydel de fort bonne heure, espérant enlever la chose dans la solitude &t le découragement des Jacobins, avant l'arrivée de Pétion et de Grégoire, croyant peut-être aussi que Robespierre menacé n'oserait pas venir. L'Assemblée se prononça pour les attendre. Pétion déclara fièrement que les députés Jacobins étaient, autant que les autres, fondateurs du Club, qu'ils garderaient la correspondance et resteraient là. Un membre fit alors observer rageusement « qu'il est bien étonnant » que M. Laclos, premier moteur de la pétition qui » a servi de prétexte, si elle n'en a pas été la cause, » à la scission, soit aussi le premier à proposer une » démarche, qui, malgré le masque du bien public » dont il la couvre, ressemble plutôt à une démarche » de vils esclaves qu'à une résolution dhommes » libres. »
La proposition de Laclos fut donc repoussée. Après une négociation inutile de Pétion, Feuillants et Jacobins restèrent séparés, incarnant désormais le parti de la conservation et celui de la Révolution. Laclos se voyait rejeté de toutes parts; il n'inspirait plus confiance à personne. Les Jacobins surtout lui gardaient une rancune tenace. Il crut prudent de se retirer momentanément de la lutte. Le 21 juillet, il
fit paraître, dans le Journal de Paris, une longue justification.
(( Depuis plus de deux ans, disait-il, je suis pour- )) suivi par des calomnies qui se renouvellent à peu » près toutes les semaines et j'ai constamment gardé » le silence sur ces plates atrocités. Celles qu'on » vient de tenter en dernier lieu partent vraisem- )) blablement de personnes plus exercées dans cet » art, puisqu'au moins elles ont eu l'adresse de les » lier à une opinion que j'ai énoncée au milieu » d'une société célèbre. »
11 expose alors les faits. Le décret du 15 juillet consacrait l'inviolabilité du roi, mais ne s'expliquait pas sur l'abdication, qui semblait résulter de ses actes; sa proposition de pétition n'était donc pas illégale quant au fond; quant à la forme, elle était conforme aux principes développés dans son journal. Il prétendait enfin qu'il avait combattu, dès le 15 au soir, la proposition « des citoA/ens qui s'étaient pré- » sentes à la Société », en vue de porter en corps la pétition au Champ de Mars. 11 renonça complètement le 17 à sa pétition, « qui est demeurée de nul effet » et non avenue. »« Après avoir dit ce que j'ai fait, » continuait-il, il me reste à dire ce que je n'ai » pas fait :
» Je ne suis pas rédacteur de la pétition.
» Je n'ai pas signé la pétition.
» Je n'ai pas concouru à donner aucune publicité » à cette pétition.
» Je n'ai ni rédigé, ni signé aucune lettre rela- » tive à cette pétition ou dans laquelle il fût question » de son envoi.
» Je me crois même sûr, comme secrétaire et » comme membre du Comité de correspondance, » qu'il n'a été envoyé ni délivré par la Société ni
» aucun exemplaire de la pétition, ni aucune lettre » \ relative ; au moins est-il certain cpie je n'en ai » aucune connaissance...
» J'ajoute qu'ayant été hier un de ceux qui ont » proposé à la Société de remettre aux dé|)utés de » l'Assemblée Jiationale, l'ondateursde cette Société, le » local, les archives et la correspondance, connne » étant hi seule mesure qui me paraît propre à l'aire » cesser une division, que je crois très dangereuse » pour la chose publique, et cette mesure n'ayant » pas été adoptée, je prends aujourd'hui le parti de » me retirer de cette Société, dont je ne cesserai » cependant jamais de respecter les intentions patrio- » tiques. »
En quittant les Jacobins, Laclos cessa naturellement la rédaction de son Journal. Dans le n" 34, le dernier qu'il ])ublia, à la date du 17 juillet, il protestait encore contre le décret de l'Assemblée nationale, qui mettait Louis XYI hors de cause, demandait un ajournement et se plaignait que les principes aient été méconnus. « Louis XYI ne pouvait pas » attaquer la Constitution avec les armes des rois de » France et se couvrir pei'sonnellement de l'égide du » Roi des Français. » Feydel, qui avait également quitté la Société, continua la direction, aidé des anciens collaborateurs de Laclos : Ducancel, Yasselin et Lépidor tils et la mena jusqu'à la lin des travaux^ de la Constituante (6 novembre 1791). Entre ses mains, le journal devint nettement favorable aux Feuillants et à l'Assemblée nationale.
Un grand trouble se manifesta d'abord parmi les Sociétés affiliées, qui ne savaient plus avec quel club correspondre, Feuilhints ou Jacobins. Le mois d'août décida largement en faveur de ces derniers. Toute la clientèle de province revint fidèlement à la « Société
mère » et ce mouvement, bientôt presque unanime, semble prouver que les projets de Laclos n'élaient pas si chimériques, qu'il les avait solidement conçus et mûrement préparés, et que sa pétition aurait eu d'innombrables adhérents dans les départements. Bientôt l'attitude inlransigeante de la droite de l'Assemblée, l'échec des projets de Barnave déterminèrent un grand nombre de députés Feuillants à se réunir de nouveau aux Jacobins. Avant le 18 août, Barère, Dubois-Crancé, Merlin de Douai, le duc d'Orléans opérèrent leur conversion. Celui-ci, soumis à Laclos, par sa faiblesse et lui échappant de même, conservait à son égard une attitude ambiguë. Après la dénonciation de Sillery devant l'Assemblée, Biauzat l'interpella formellement sur ses liaisons avec Laclos. Il répondit (( avec beaucoup d'embarras, » qu'il n'avait pas vu M. de Laclos depuis trois jours » et ajouta que son secrétaire l'avait quitté, parce que l'Assemblée avait décrété que tous les hommes au service de qui que ce soit ne pouvaient être députés K Laclos préparait prudemment sa rentrée aux Jacobins. Le 10 août, il vint à la Société pour y rendre compte d'une entrevue qu'il avait eue avec le Ministre de la guerre, en compagnie de CoUot d'Herbois, au sujet des soldats injustement condamnés du régiment de Bourgogne, dont on l'avait autrefois constitué le défenseur officieux. Deux jours après, il publia, dans le journal de Brissot, la lettre suivante, qui marquait un premier pas vers la réconciliation.
Paris, 1^2 août 1791.
Monsieur,
On lit sur la couverture du n" 35 du Joiunal des