‹ Le général Claparède; sa vie militaire, ses campagnes d'après des documentsChapitre 20 sur 36 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Napoléon au camp de Claparèdb. — La 2« division d'Oudinot revient au 2® corps. — Occupation de Vienne. — Bataille d*Essling. — Claparède reçoit ,DEUX blessures. — Après sa guérison, il est nommé a l'armée de Dalmatie. — Bataille de Wagram. — Poursuite des Autrichiens. — Combat de Znaïm. Claparède grand-officier de la Légion d'honneur. Cantonnements du !!• corps. — Retour en France. — Second mariage.

Napoléon, ayant entendu le canon du côté d'Ebersberg, s'était empressé, comme nous l'avons vu, d'envoyer dans cette direction un de ses aides de camp avec un millier de chevaux. L'Empereur suivit de près le général Durosnel avec les divisions Molitor et Nansouty, en passant également par la rive droite

* Voir carte page 62.

de la Traun, mais il n'arriva qu'après la retraite des Autrichiens. Aux dernières lueurs du jour et de Tincendie, il parcourut le champ de bataille jonché de cadavres à demi-calcinés. Ce spectacle était horrible et laissait au fond de Tâme, dit le général Lejeune, un sentiment de dégoût et d'horreur •

Tout en examinant les positions qui venaient d'être conquises, i'Empei-eur se faisait expliquer les diverses phases de la bataille. Pendant le récitj on voyait son visage, ordinairement impassible, exprimer tour à tour le regret et Tadrairation : regret pour les nombreuses victimes de cette sanglante journée, admiration pour les héros de ce brillant combat. Napoléon félicita en particulier les tirailleurs corses et pour calmer les émotions que lui avait causées la vue de tant de sang, il voulut passer la nuit au milieu des soldats, comme urt père au milieu de ses enfants. La tente impériale fut dressée au centre du bivouac de la division Glaparède (1). Ce choix valait

(1) Lettre du major-général à Masséna en date du 3 mai, 9 heures du soir. — Archives historiques. — Voir p. j. C'est au bivouac de Claparède que futécritela minute du 5° bulletin, minute qui existe aux Archives Nationales (A F IV 1638), où nous l'avons eue sous les yeux.

à lui seul une récompense. Les grenadiers, fiers de l'honneur qui leur était fait de garder le Petit Caporal, oublièrent bien vite leurs fatigues. Prêts à se sacrifier encore, ils n'attendaient que le lever du jour pour s'exposer à de nouveaux dangers.

A l'aube, il fallut se remeltre en route eu se portant sur Enns où s'était déjà rendu la veille le maréchal Lannes. Glaparède rejoignit ce jour-là le 2° corps, dont il était séparé depuis le 20 avril et marcha dès lors avec le général Oudinot (1).

Hiller s'était retiré sur Mautern par Amstetten, Hemmelbach et Môlk. Les troupes françaises suivirent le même itinéraire. Le 9, les 2*^ et 4° corps se réunirent à Siedghardskirchen, àqiaatre lieues de la capitale de l'Autriche. Ce même jour, Napoléon établissait son quartier général à Saint-Pôlten. Le leademain, il parut aux portes de Vienne avec

(1) Le â® corps se composait du corps d'Oudinot (divisions Tharreau et Claparède), de la division Saint- HUaire, de la cavalerie légère da général Colbert et des cuirassiers du général Espagne. Oudinot, tout en étant placé sous les ordres de Lannes, conservait toutes les prérogatives de général en chef. U y avait dans le 2® corps deux centres de commandement. {Cf. Lettre de rintendant général Daru au major-général, 16 mai. Archives historiques. )

les divisions du duc de Montebello. « C'était, dit le bulletin officiel, au même jour, à la même heure et un mois juste après que Tarmée autrichienne avait passé l' Inn pour envahir la Bavière. »

Les Viennois, comptant sur de prompts secours de la part de Tarchiduc Charles, se disposaient à une défense sérieuse avec les 25,000 hommes qui composaient la garniâon.

Néanmoins, les faubourgs où se trouvaient les deux tiers des habitants et qui n'étaient point fortifiés, se rendirent sans résistance, dès que les grenadiers de Tharreau et de Claparède les eurent envahis. Mais lorsque le commandant de Tavant-garde se présenta pour franchir les portes de la cité, les canons des remparts le forcèrent à s'éloigner. Un premier parlementaire, envoyé par le maréchal Lannes, faillit être écharpé par la population. L'Empereur, qui voulait épargner la capitale autrichienne, écrivit à l'archiduc Maximilien, en l'engageant à rendre la place. Comme réponse, le feu reprit avec plus d'intensité sur les remparts.

Dès lors, il n'y avait plus de scrupules à garder. Nos batteries commencèrent le bombardement. Les Viennois, revenus à de meil-

vijA. .

leurs sentiments en voyant tomber les premiers obus, dépêchèrent une députation de notables auprès de Napoléon. Le 12 au soir, les articles de la capitulation étaient signés et, le 13 au malin, les deux divisions de grenadiers du général Oudinot occupaient la ville (1). Les autres corps restaient cantonnés dans les environs .

Pendant son séjour à Vienne, la 1" brigade de la division Glaparède reçut une légère modification. Le bataillon des tirailleurs du Pô et celui des chasseurs corses, formés jusqu'alors à 9 compagnies, furent réduits, le premier à 6, le second à 5. Les compagnies supprimées allèrent rejoindre leur dépôt en France (2). Ainsi une partie des vaillants combattants d'Ebersberg était contrainte d'abandonner la campagne au moment même où Fermée française allait s'engager dans de nouvelles luttes.

Napoléon, en effet, préparait le passage du Danube, pour atteindre l'armée autrichienne

(1) Pour l'occupation de Vienne par la division Ciaparède, voir dans la correspondance de Napoléon la lettre écrite au maréchal Davout, le 19 mai 1809.

(2) Lettre du major-général au ministre de la guerre en date du 18 mai 1809. Archives historiques.

établie sur la rive gauche. Le 12, Masséna s'était porté sur Ebersdorf et depuis ce jour on travaillait très activement à la construction des ponts. Lannes, établi à Nusdorf, recevait l'ordre le 19 mai de se tenir prêt à passer le fleuve. A la même date, il était ordonné au général Priant de se rendre à Vienne pour y remplacer la division Glaparède (1).

Le 20, Napoléon passait dans l'île de Lobau et présidait à la construction d'un nouveau pont sur le troisième bras du Danube entre les villages d'Essling et de Gross-Aspern. A partir de 6 heures du soir, les troupes françaises commençaient à effectuer leur passage très lentement. Le lendemain, prirent seules part au combat : les divisions d'infanterie Boudel, Molitor, Legrand, dirigéf^sparles maréchaux Lannes et Masséna, elles divisions de cavalerie Lassalle, Espagne, Marulaz sous les ordres du maréchal Bessières. Au total 80,000 hommes contre 90,000 combattants opposés par l'armée ennemie. Le passage des autres divisions et de l'artillerie avait été empêché par la rupture du grand pont. Néanmoins,

(1) Lettres du major-général en date du 11 mai: 1<> au duc de Montebello, 2« au général Priant. (Archives historiques.)

grâce à la valeur de nos soldats et de leurs chefs, les Autrichiens se virent arrêtés pendant dix heures.

Cette première journée d'Esslingse termina par une charge générale de cavalerie, qui n'eut qu'un avantage : celui de gagner du temps ; elle ne pouvait d'ailleurs réussir devant des forces trois fois supérieures aux nôtres. Les cuirassiers surtout eurent beaucoup à souffrir. Forcés de se replier, après avoir accompli des prodiges de valeur, ils perdirent beaucoup de monde. Leur vaillant chef, le général Espagne, l'honneur de l'armée, tomba percé de coups avec trois de ses colonels.

Si elles étaient restées seules, ces troupes auraient été forcément anéanties. Par bonheur pour elles, le rétablissement du pont permit de faire passer, daiis la nuit du 21 au 22, les divisions Tharreau, Claparède et Demont, la 2* brigade de dragons de Nansouty, une partie de la vieille et de la jeune garde et un convoi d'artillerie. Nos forces de la rive gauche atteignaient ainsi le chiffre de 50,000 hommes, soutenues par cent bouches à feu. G'eist avec cet effectif, encore bien faible, que les Français affrontaient de nouveau le combat.

Témoins de l'échec imprévu de la veille, ils

brûlaient tous de venger leurs frères d'armes tombés au champ d'honneur.

Dès le point du jour, la lutte avait recommencé avec un nouvel acharnement dans les villages d'Essling et de Gross-Aspern. Vers sept heures du matin, Napoléon s'aperçoit que le centre ennemi occupe un front très étendu. Se porter sur ce point faible, partager l'armée autrichienne, profiter du désordre jeté dans les rangs pour repousser l'adversaire, tel est le projet que son génie conçoit immédiatement. Il charge de cette opération le maréchal Lannes. Celui-ci échelonne par régiments, la droite en tête, les divisions Saint- Hilaire, Tharreau et Glaparède ; rartillerie précède l'infanterie dans les intervalles des brigades et la cavalerie déployée suit en seconde ligne.

Après avoir préparé son attaque par le feu de toutes ses pièces, le duc de Montebella s'avance résolument sur le point qui lui a été indiqué. La ligne autrichienne est aussitôt ébranlée, rompue, mise en déroute. La cavalerie a déjà pénétré dans les rangs ennemis et chargé avec la plus grande vigueur. Encore quelques efforts et les Français, qui combattent un contre trois, vont triompher de l'armée

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