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AU PAYS NATAL

Pendant son séjour en France, Claparède avait été remplacé par le général Bisson au 11* corps de Tarmée d'Allemagne. Devenu ainsi disponible, il fut proposé à la fin de son congé pour le commandement de la division stationnée à Orléans. Mais cette proposition,

renouvelée un mois après, ne fut suivie d'aucun résultat (1). C'était au delà des Pyrénées que pour la seconde fois notre général allait être appelé à combattre.

A la fin du mois d'août, la création d'un neuvième corps à l'armée d'Espagne était décidée. Claparède recevait l'ordre de se diriger sur Bayonne, afin de présider à la réunion* des divers éléments de la deuxième division qu'il devait commander (2). Il était rendu à son poste dans les premiers jours de septembre. Mais à peine avait-il commencé d'organiser ses demi-brigades qu'une nouvelle lettre de service lui donnait une autre affectation. De la deuxième division il passait à la première, en remplacement du comte d'Erlon investi des fonctions de général en chef (3).

Claparède partit donc de Bayonne le 28 septembre et se rendit à Vittoria où sa division

(1) Lettre du ministre de la guerre à l'Empereur en date des 14 mai et 27 juin. — Voir p. j.

(2) Lettre du major-général au ministre de la guerre en date du 28 août 1810. (Archives administratives.) — Voir p. j.

(3) Lettre du ministre de la guerre à Claparède en date du 10 septembre. (Archives administratives.) — Voir p. j.

se trouvait réunie (1) ; elle comprenait cinq demi-brigades provisoires à 'trois bataillons dont voici la composition détaillée :

2"® demi-brigade légère

Colonel Langeron, quatrièmes bataillons des 15®, 21', 28® légers.

. 5* demi-brigade légère

Colonel Thôvenet, quatrièmes bataillons des 17*, 39«,

54« de ligne.

6* demi-brigade légère

Colonel Prévost-Saint-Cyr, quatrièmes bataillons des ' 59% 69% 76* de ligne.

7® demi-brigade légère

Colonel Bonnaire, quatrièmes bataillons des 40% 63«, 88« de ligne.

8* demi-brigade légère

Colonel Toulon, quatrièmes bataillons des 64", 100«, lOa» de ligne. (2)

Effectif total : 10,880 hommes.

Ces troupes, primitivement destinées à constituer Tarrière-garde de Masséna, étaient,, comme on le voit, formées de quatrièmes bataillons réunis par groupe de trois et destinés

(1) Lettre du général Claparède au ministre de la guerre en date du 27 septembre. (Archive» administratives . )

(2) Situations de novembre 1810. — La 8® demi-brigade ne manœuvra pas avec Claparède pendant la campagne. Restéeà Salamanque. elle ne revintàlal'® division qu'au mois de mai 1811, au moment du départ pour l'armée du Midi. Cf. également. Archives nationales. A. F. IV 1624.

à passer uUérieuj'ement aux armées de Portugal et du Midi. Elles ne possédaient pas grande solidité, étant uniquement composées de conscrits sans aucune expérience de la guerre. Mais, bien encadrés, ces hommes vont accomplir de grandes choses dans un pays particulièrement difficile.

Le comte d'Erlon, ayant commencé son mouvement sans attendre la deuxième division, arrivait le 19 octobre avec la première à Valladolid. Là, des déserteurs l'informèrent que le général portugais Silveyra, après s'être avancé avec 12,000 hommes sur Vizeu, s'était ensuite porté sur Pinhel et y avait établi des postes sur la Goa. A cette nouvelle, le commandant du 9* corps forma une forte colonne composée de deux demi-brigades d'infanterie, des 13^ et 20" chasseurs à cheval, de quatre obusiers et de deux pièces de huit. Il en donna le commandement au général Glaparède, lui fit continuer sa route sur Salamanque et le chargea de maintenir les communications avec les places de Giudad-Rodrigo et d'Alméïda (1).

(1) Lettre du général Drouet d*Erlon au major-général (Archives historiques). Ces troupes s'augmentèrent de toutes celles qui n'avaipnt pas rejoint le prince d'Essling. Claparcde eut jusqu'à sept généraux sous ses ordres. — Voir p. j.

GAAIPAGNE D'ESPAGNE 281

Lorsque, le 26 octobre, Claparède arriva à Salamanque, Thôpital de cette ville regorgeait de malades. Deux mille hommes manquant de tout, couverts de vermine, croupissaient dans la malpropreté. Faute de soins, il en mourait quarante à cinquante par jour. L'hôpital de Giudad-Rodrigo ne présentait pas un spectacle moins attristant (1). Sensible à tant de misères, Claparède essaya de remédier autant que possible à ce triste état de choses. Ne pouvant forcer les généraux sous ses ordres à se priver d'une partie des sommes qui leur revenaient, il les laissa percevoir leurs traitements extraordinaires auprès des payeurs de l'armée, mais il renonça pour son compte à tout ce qui lui revenait en dehors de sa solde proprement dite, environ six mille francs par mois. Selon les désirs du général, l'ordonnateur en chef consacra ces fonds à l'achat des médicaments les plus indispensables, ou encore à l'amélioration de la nourriture des pauvres malades, hospitalisés dans des conditions aussi déplorables.

C'était bien peu pour soulager tant d'infor-

(1) Rapport de M. Volland, ordonnateur de l'armée. (Archives historiques, à la date du 4 novembre.) — Voir p. j.

tunes, mais ce bel exemple de désintéresse-^ ment est, à notre avis, un des plus beaux titres de gloire de notre général et il devait trouver sa place dans le cours de cette biographie (1).

Le 42 novembre, la colonne commandée par Glaparède était rendue à Almeida. Le général en chef, arrivé de la veille dans cette ville, avait reçu confirmation de la marche de Silveyra surBelmonteet Gastello-Branco. Voulant en imposer aux Portu-* gais, le comte d'Erlon résolut de porter quatre demi-brigades de la division Glaparède sur Guarda. Le 20, ces troupes étaient à Belmonte, mais à cause des pluies et du manque de vivres, il fallut revenir en arrière et reprendre les cantonnements entre Almeïda, la Goa etleDouro.

Cependant l'arrivée à Giudad-Rodrigo de la deuxième division, le 18 décembre, permit au

(1) Lettre au lieutenant-général comte Dumas, conseiller d'Etat,16octobrel814. — Voir p.j. — Ceux qui ont connu le général Glaparède ont tous afdrmé qu'il était plein de sollicitude pour les soldats. Il avait le cœur généreux et sa main était toujours ouverte pour donner. Le trait cité ci-dessus en est uqe preuve évidente. Le caractère de Glaparède a été complètement dénaturé par le général Thiébault dans ses Mémoires, t. IV, p. 422. ïl est regrettable que sur ce point et sur les autres faits qu'il rapporte, ce général se trouve en désaccord avec les pièces manuscrites des archives d« la gaerre, dont une même est écrite de sa main.

commandant du 9"" corps de s'avancer à l'intérieur du Portugal. Il continua donc son mouvempnt par la rive gauche du Mondégo avec les divisions Gardanne (1) et Gonroux En même temps, il envoyait Tordre au général Glaparède « de se portera Trancoso pour maintenir Silveyra sur la rive droite du Douro et couvrir le mouvement du corps d'armée » (2).

Silveyra, l'un des partisans les plus zélés de l'Angleterre, exerçait la plus grande influence dans la partie nord du Portugal. Aidé par les majors anglais Wilson, Trent et Miller, il opérait sur les derrières et sur les flancs de Masséna el empêchait ainsi toute communication entre les troupes engagées sur le Tage et celles qui arrivaient d'Espagne. Napoléon, jugeant à distance le mal que pouvaient faire les milices portugaises, avait ordonné au comte d'Erlon de prendre ses dispositions pour battre ces corps isolés. G'est au chef

(1) La division Gardanne, n'ayant pu rejoindre T armée de Portugal à cause des partisans répandus dans le pays, avait été recueillie par le 9® corps, ce qui prouve, contrairement à ce que dit le général Thiébault dans ses Mémoires, qu'on n'avait pas devant soi des ennemis imaginaires.

(2) Lettre de Drouet d'Erlon au major-général, 19 décembre 1810. — Voir p. j.

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de la première division que ce rôle allait revenir (1).

Conformément aux ordres reçus le 19 décembre,. Claparède, après avoir laissé un bataillon à Pinhel pour la garde du pont, s'était acheminé vers Trancoso. Le lendemain de son arrivée dans cette ville, il envoya un détachement à Célorico, afin de se relier avec le corps d'armée, car Célorico devait servir de point de communication entre la première division et le général Drouet. Ce détachement attendit vingt-quatre heures et revint sans avoir vu personne. Claparède s'établit alors fortement à Trancoso en attendant des nouvelles et ne s'éloigna que pour se procurer des vivres.

Pendant ce temps, le comte d'Erlou ayant continué son mouvement, était arrivé à Leiria. a Là, il expédia au général Claparède Tordre

(1) Silveyra avait sous ses ordres : un régiment d'infanterie légère, un bataillon de grenadiers, un bataillon de chasseurs à pied, un régiment de ligne d'environ 1.000 hommes, trois escadrons de cavalerie, six pièces d'artillerie. Il disposait encore de quatre régiments de milice, sous les ordres de Miller à Vizeu, et de six régiments sous les ordres deTrent à Coimbre. (Archives historiques, janvier 1811.) C'est ce que le général Thiôbault appelle un ramassis de paysans, après avoir écrit lui-même au major-général, dans une lettre datée du 2 novembre, que Silveyra disposait d'environ 12.000 hommes. — Voir p. j.

de s'emparer de Guarda, d'avoir Tœil sur la route de Belmonte et de châtier Silveyra s'il s'avisait de rôder autour de lui (1). » Cet ordre, intercepté par le colonel anglais Trent, ne parvint pas à son adresse, mais il n'en fut pas n[ioins exécuté. Glaparède, laissé libre de manœuvrer suivant les circonstances, s'acquitta parfaitement de sa tâche et agit exactement comme si les ordres de son chef lui étaient parvenus.

Le 30 décembre, le général portugais, qui s'était retiré sur le Douro à l'approche du 9* corps, crut pouvoir revenir sur ses pas après le passage du comte d'Erlon.

Conseillé et poussé par des officiers supérieurs anglais, il chercha à inquiéter les communications de l'armée française et voulut se mesurer avec la division Claparède qui, au dire des habitants du pays, n'était composée que de conscrits sans valeur. La rencontre eut lieu devant Bernvende (2). Malgré

(1) Mémoires de MassénUf par le général Koch, t. VIII, p. 287.

(2) Dans une lettre du 11 janvier, le général Foy dit qu'on n*a aucune nouvelle du comte d'Erlon et parle de l'avantage de Claparède sur Silveyra. (Archives historiques.) Voir aussi, pour Taffairede Bernvende, la lettre

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une grande disproportion de forces, Tavanlage resta du côté des Français. Silveyra battu et vigoureusement repoussé, laissa deux cents morts ou blessés sur le champ de bataille.

Cinq mulets chargés de cartouches, trois cents prisonniers, une grande quantité d'armes anglaises restèrent entre nos mains. Dans celte affaire, la 7* demi-brigade s'était comportée avec la plus grande distinction.

Le lendemain, Glaparède poursuivit son adversaire qui se retirait en descendant la vallée du Douro ; puis il revint dans ses premiers cantonnements, attendant toujours des nouvelles du général en chef.

Pendant ce temps, le général Baccelar, craignant pour OportO; rappela d'Espinhal en toute hâte Miller et Wilson qui se rapprochèrent de Vizeu. Rassuré par l'arrivée de ces renforts et s'attendant toujours à une attaque, Silveyra réunit cinq à six mille hommes d'infanterie, quelques centaines de chevaux et choisit une forte position défensive aux environs de Guittero.

du général Thiébault au major-général, en date da 6 janvier 1811 (p.j.)t^t le Moniteur universel du 1" mars. Certaines histoires désignent l'affaire de Bernvende sous Je nom de Ponte-do-Abade, par exemple : Vic' toires et conquêtes.

Le 9 janvier 1811 , Glaparède marcha contre les Portugais. En partant de Trancoso, il frac tionna sa troupe en deux colonnes : 1 a première, sous son commandement direct, était composée de la 2* demi-brigade d'infanterie légère, de la 5*^ et la 6* demi-brigade d'infanterie de ligne, de 200 chevaux des 8^ et 10" régiments de dragons aux ordres du colonel Dommanget, de 2 obusiers et d'une pièce de quatre. La seconde colonne, formée de la l"" demi-brigade et de 50 cavaliers, était commandée par le colonel Bonnaire. Elle devait se diriger sur Guittero , en passant par Castanheiras, Terahno et Torinha. Son rôle consistait à balayer tous les postes que Tennemi aurait pu établir sur notre gauche et à assurer les communications avec Moreirinhas par Torinha. En outre, quatre compagnies du 54°de ligne étaient chargées d'escorter les malades à Pinhel. Dans cette ville, ils devaient se réunir au bataillon du 27^ léger, qui y avait été laissé, et se rendre, le lendemain 10 janvier, à Guittero en passant par Moreirinhas.

A peine en marche, Glaparède rencontra quelques pelotons de cavalerie et des vedettes qui s'enfuirent à son approche. Arrivé à un quart de lieue de Guittero, il fit reconnaître le

village pour s'assurer de la position de Tenhemi. Celui-ci s'était déjà retiré sur les hauteurs de Sarzeda en couvrant son front d'une ligne assez étendue de tirailleurs. Glaparède amusa un moment les avant-postes de son adversaire. Pendant ce temps, il faisait avancer une de ses colonnes destinée à tourner la gauche de Tennemi, et lui-même, choisissant un moment propice, se portail rapidement sur le centre. L'effet de cette manœuvre ne se fit pas longtemps attendre. Le général portugais échappa à la défaite par une fuite précipitée. Glaparède occupa Guittero et Sarzeda. La journée du 10 janvier fut employée à faire des vivres, en attendant les quatre compagnies du 54° et le bataillon du 27* léger, qui rejoignirent la division le soir du même jour.

Le 11, le général Glaparède marcha sur Villa-do-Ponte. Les milices portugaises, rangées en bataille sur la rive gauche de la Tavora, occupaient les hauteurs depuis Villa-do-Ponte jusqu'à Frésinto. Elles avaient barricadé les ponts et coupé les chemins par des abatis et des fossés , et paraissaient disposées à défendre vigoureusement tous les passages.

Instruit de cet état de choses, le commandant des troupes françaises porta la majorité de ses

forces vers le pont de Frésinto, sans s'inquiéter de la vive fusillade qui s'engagea aussitôt sur sa droite. Le pont fut enlevé au pas de charge par le ^V régiment d'infanterie légère, qui eut un capitaine tué. Toute la division se porta ensuite sur les hauteurs. L'ennemi, forcé de toutes parts, fut contraint de fuir en désordre, après avoir perdu beaucoup de monde.

La nuit arrêta la poursuite à Villa-de-Rua. Un heutenant-colonel anglais , qui dirigeait les mouvements des milices, fut blessé dans le cours du combat et al!a mourir pendant la nuit à deux lieues du champ de bataille.

Le lendemain, nos conscrits suivirent les Portugais, qui battaient en retraite dans la direction de Moimento-de-Beira et Léonil. Notre avant-garde, commandée par le colonel Dommanget du 10* dragons, rencontra Tarrièregarde ennemie arrêtée à Mondin. Celle-ci, bien que composée des meilleures tro\ipes de Silveyra, fut chargée, culbutée, rejetée au delà de la Coura, et nous occupâmes le village.

Le 13, de grand matin, (Uaparède marcha avec célérité sur Lamégo, où il arrivait le même jour. Chemin faisant, il fit prisonniers tous les traînards et s'empara d'une partie des

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équipages de Silveyra. Le général portugais avait effectué son mouvement de retraite sur Régao et passé le Douro, partout où s'étaient trouvées des barques ; il avait marché sans s'arrêter, pendant une nuit tout entière afin de ne pas se trouver en contact avec nos soldats; puis, après avoir élevé des ouvrages en avant de Lamégo , il avait trouvé bon de les abandonner, ayant hâte de se joindre aux colonnes des généraux Baccelar et Wilson , établies à Gastro-Daïro.

Le colonel Miller s'était avancé jusqu'à trois lieues de Lamégo au secours de Silveyra. Lorsqu'il apprit à Tarouca la défaite et la fuite de ce dernier, il crut prudent de se replier sur Gastro-Daïro et Vizeu, sans attendre les reconnaissances françaises qui éclairaient les points du Douro par où Tennemi aurait pu chercher à se dérober. Nos conscrits passèrent le fleuve sur la trace des Portugais, occupèrent Lamégo et jetèrent l'épouvante jusque dans Oporto.

Le résultat de cette courte expédition fut désastreux pour les Portugais. Ils laissèrent sur les divers champs de bataille trois cents de leurs meilleurs soldats et plus de mille blessés. Deux cents prisonniers et un drapeau res-

CAMPAGr^Ë D'fiSPAGNE 291

taient entre nos mains (1). De son côté, Clapai'ède avait eu un officier et treize sous-officiers ou soldats tués, cinq officiers et quatrevingt-huit liommes de troupe blessés (2).

La marche des troupes françaises et la dispersion de rariïiée de Siiveyra produisirent dans le pays une grande sensation. La vue seule d'un de nos détachements suffisait pour disperser les bandes de paysans fanatisés par l'Angleterre ; et, ce qui leur inspirait encore plus de terreur, c'était de voir fusiller ceux qui se laissaient prendre les armes à la

main.

Jusqu'au 28 janvier; le général Glaparède

(1) Ces chiffres sont ceux qui se trouvent dans le Moniteur Universelj à la date du l®' mars 1811. Ils sont répétés dans : Victoires et Conquêtes , t. X p. 572. — Dans sa lettre datée du 16 janvier et écrite de Lamégo au major-général, Claparède parle seulement de 150 tués, cinq à six cents blessés, une centaine de prisonniers. En comparant ces chiffres avec ceux donnés plus haut, on peut voir qu'il n'y a point d'exagération, au contraire. Donc le général Thiébault^froissè sans doute de n'avoir pu rien faire pendant cette campagne, et d'avoir été tenu à l'écart comme chef d'état-major du 9"*® corps, a cherché après coup à rabaisser ses camarades, plus heureux que lui, et c'est pourquoi il a accusé Claparède, ainsi que d'autres généraux, bien injustement.

(2) Voir pour ces différentes affaires : 1** le rapport publié dans le Moniteur Universel dn 1®"^ mars ; 2° Mémoires de Masséna^ par le général Koch, p. 312 et 313; 3<» Victoires et conquéteSy t. X, p. 571, 572, 573.

manœuvra sur le Douro, mais trop éloigné de son centre d'opérations, il se rapprocha de Célorico, petite ville située sur la route de Santarem à Almeïda. Aucun corps de partisans ne l'inquiéta plus après son départ de Lamégo. Seuls, quelques paysans ou soldats armés cherchèrent à contrecarrer ses mouvements et tirèrent sur ses troupes. Ceux qu'il put saisir furent fusillés sur le champ.

C'est ainsi qu'il fallait procéder dans un pays où, de chaque pli de terrain pouvait sortir un petit détachement disposé à entraver notre marche et à faire parmi nos soldats de nombreuses victimes.

Depuis longtemps on répandait le bruit que des renforts venus de la Galice allaient se réunir à Silveyra en passant par Villanova-de-Foscoa. Claparède se porta sur ce point et reconnut que ce bruit était sans fondement.

Après cette reconnaissance, il continua sa route sur Célorico, afin de couvrir la marche dugénéralFoy, qui, parti d' Almeïda le Sfévrier, cherchait à rejoindre l'armée de Masséna.

Quelques jours après, il se rapprocha de Guarda où il prit ses dispositions pour établir les communications de l'armée avec ses derrières,

suivant les ordres reçus du comte d'Erlon (1).

Pendant Texécution de ces mouvements, de nouveaux rassemblements s'étaient formés dans les environs de Belmonte, Fundao, Covilhao, Guarda, etc.. Ces rassemblements, composés de milices, d'ordonnances et de guérillas avaient pour but d'arrêter les troupes destinées à se réunir à l'armée de Portugal ou de gêner celle-ci dans un mouvement probable de retraite. Claparède, en apprenant qu'il se trouvait auprès de plusieurs corps de partisans, rassembla sa division et essaya de les dissiper. Parti de Belmonte le 18 février, il se porta sur Govilhao. Cinq ou six mille hommes s'y trouvaient réunis sous les ordres du brigadier anglais Grent, commandant général des ordonnances et guérillas de la province de Beïra. La veille, l'officier anglais avait annoncé qu'il pouvait résister à dix mille hommes.

(1) Rapport da major-général à J'Empereur en date du 23 février 1811. — Le major-général joint à ce rapport une lettre qui a été interceptée et dans laquelle Silveyra lui-même avoue qu*il a été beaucoup inquiété par le général Claparède.— Archives Nationales, a f i v, 162S, Armée d* Espagne), — Nous n'avons pu retrouver cette lettre de Silveyra dans le carton 1628, mais la parole du majorgénéral nous suffit et c'est pour nous la meilleure preuve contre les fausses assertions du général Thiébault.

Govilhao en effet était bâtie sur une position superbe dont il était difficile d'approcher. Grent avait multiplié les difficultés par tous les moyens possibles : abatis d'arbres, coupures de routes, encombrement des rues, chevaux de frise, etc..

On avait même préparé des plates-formes destinées à recevoir les pièces d'artillerie qu'on attendait.

Après examen de la position, Glaparède fit déborder son adversaire sur les deux ailes, pendant qu'il Tamusait sur le front de la position sans tirer un coup de fusil. Lorsqu'il jugea le moment favorable, il marcha résolument surTennemi, qui, grâce à cette attaque combinée, fut mis dans la plus complète déroute. Les pièces que Grent avait fait disposer furent prises au moment où elles venaient à peine de commencer à tirer. On ramassa sur le champ de bataille une grande quantité de fusils, et d'autres armes abandonnées par les fuyards. Un drapeau tomba entre nos mains.

Ainsi le brigadier anglais, qui avait employé tous les moyens pour recruter ses bandes^ ne retira aucun avantage de leur réunion.

Nos troupes l'avaient contraint à s'éloigner;

les communications étaient rétablies et le pays recouvra sa tranquillité (1).

En quittant Covilhao, Glaparède se rendit à Fundao. Là, il poussa des reconnaissances sur tous les points, principalement sur la route de Castello-Branco et sur TEstrada-Nova ; mais il ne trouva plus de rassemblements.

Tout était rentré dans Tordre, du moins en apparence, car, nouveaux Protées, ces corps battus mais non détruits n'attendaient qu'une occasion favorable pour reparaître ailleurs sous un autre déguisement. La retraite de l'armée de Portugal allait les faire surgir un peu partout.

Le 20 mars, le comte d'Erlon, arrivé à Gélorico, apprit que Glaparède tenait Guarda avec une partie de ses troupes, et Belmonte avec l'autre. Masséna, devant se porter sur ces deux villes et de là sur Goria, avait invité le commandant du 9""' corps à se rapprocher de la Goa, pour couvrir les places de Giudad- Rodrigo et d' Almeïda . Mais le comte d'Erlon ne voulut point consentir à exécuter ces ordres , prétendant qu'il ne pouvait le faire sans de

(1) Voir au sujet de cette affaire le Moniteur Unwer' jeMudO mars 1811.

nouvelles instructions de l'Empereur (1).

Puis, se portant avec le général Gonroux derrière Ciudad-Rodrigo, il rappela de Guarda la division Glaparède.

Pendant que ce mouvement s*exécutait, le colonel anglais Trent, sur les instances du lieutenant Spencer, avait franchi la Coa avec 4.000 hommes de milices, s'était mis en position près d'Alméïda et avait fait rentrer plusieurs postes extérieurs . En revenant de Guarda, Glaparède trouva le colonel sur son chemin ; il chercha à Tenhardir en feignant de le redouter et en se tenant sur la défensive passive. Son intention était de tomber sur son adversaire à Timproviste et de l'écraser d'un seul coup . Mais il n'eut pas besoin ce jour-là de prendre l'offensive : une crue subite de la Goa rendit les gués impraticables.

Trent, effrayé, construisit un pont de chevalets, se disposant à passer la rivière au premier mouvement des Français. La fin de la journée fut employée en reconnaissances sur toute la ligne.

Nous étions alors au 6 avril. A cette date,

(1) La majeure partie du 9^ corps était désignée depuis quelques jours pour aller en Andalousie, comme on le ▼erra plus loin.

Tront recevait l'ordre d'intercepter la route d'Alméïda à Ciudad-Rodrigo. Deux jours après, nous étions prévenus par le général Brenier et le colonel Bonnaire que le chef des milices, avec trois colonnes d'infanterie et une de cavalerie, s'avançait dans la direction deMalpartida en passant par Cincovillas. Les choses semblaient donc prendre une mau^ vaise tournure. Glaparède réunit aussitôt au fort de la Conception la 6^ demi-brigade de ligne, fit prendre leg armes à la 5* à Val-de- Mula et ordonna à la 2* légère de venir le rejoindre en toute hâte. Vers deux heures après-midi, en sortant du village de Juncia, il fut assailli par des forces supérieures aux siennes. Six escadrons anglais etquatre pièces d'artillerie à cheval, commandés par le majorgénéral Erskine, suivis eux-mêmes par une colonne d'infanterie, vinrent tout à coup nous barrer la route. C'étaient les renforts que lord Wellington avait promis à Trent.

Au premier coup de canon, Claparède renforça son détachement de Val-de-Mula. Deux bataillons de la 5^ demi-brigade de ligne, deux de la 6% la 2* demi-brigade légère tout entière, recevaient l'ordre de se rendre directement dans ce village. Presque en même temps

la fusillade s'engageait sur la route d'Almeïda et dans la direction de Malparlida. Tandis que la 2* légère et la 5* de ligne s'avançaient sur Aldea-del-Obispo, elles furent assaillies par des charges de la cavalerie anglaise, raaisne se laissèrent pas arrêter. Un de nos bataillons reçut les cavaliers par un feu à bout portant qui coucha par terre une soixantaine d'hommes et autant de chevaux. Dès ce moment, le général Erskine n'eut plus envie de se mesurer avec nos recrues et laissa son artillerie tirer seule à Val-de-Mula, du reste sans aucun succès. Claparède rassembla ses troupes sous le fort de la Conception. Quand tout fut calme, il se porta à deux portées de fusil en arrière d'Aldea-del-Obispo. De cette position, il pouvait facilement observer la route d'Alméïda à Ciudad-Rodrigo, ainsi que les débouchés de Ginco villas. Notre perte dans l'affaire de ce jour avait été de 120 hommes tués ou blessés (1).

Le lendemain, le 9" corps était réuni et le comte d'Erlon lui faisait repasser TAguéda,

(1) Voir au sujet de cette affaire la lettre de Drouet d'Erlon au major-général en date du 14 avril 1811. — Voir p. j.

CAMPAGNE D'ESPAGNE t99

comme Tordre en avait été donné à toute l'armée.

Cependant le maréchal Masséna ne renonçait pas à son intention de livrer une bataille décisive avant de rentrer en Espagne. C'est même dans ce but qu'il avait retenu le comte d'Erlon dont le corps devait être dissous et envoyé en Andalousie, après avoir laissé à Tarmée de Portugal les bataillons qui lui revenaient (1).

Le choc entre les deux armées ne devait pas se faire attendre. En traversant TAguéda, nos troupes s'étaient trouvées tout à coup en présence des avant-postes ennemis, et les avaient repoussés en partie sur les hauteurs de Fuentès-de-Onoro. Le 3 mai, notre mouvement sur le Dos-Casas amena une première rencontre . La division Ferrey et une partie de la division Marchand furent seules engagées.

Le 9"" corps, établi en soutien, ne donna pas. Le soir, le général Ferrey occupa la partie

(1) L'instruction pour la répartition des troupes du 9* corps dans les armées de Portugal et du Midi est du 8 avril. Le général Drouet devait prendre le commandement du 5® corps en remplacement du maréchal Mortier et Claparède était prévenu le 9 avril qu^il remplaçait à la 2* division de ce corps le général Gazan. — Voir p. j.

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bâ&se de Fuentès-de-Onoro ; les Anglais restèrei$ maîtres de la partie haute. La journée du 4 se passa en préparatifs de part et d*autre.

Le 5 mai, à la pointe du jour, l'armée française occupait les positions suivantes : à gauche, toute la cavalerie de Montbrun, puis le général Loison avec les divisions Marchand et Mermet en face de Pozo-Velho et celle du général Solignac en réserve ; la brigade de cavalerie légère du général Fournier vis-à-vis de.Navé-de-Avel, avec la cavalerie de la Garde en arrière. La division Ferrey du 6^ corps occupait la partie basse de Fuentès-de-Onoro avec mission d'attaquer la partie supérieure ; elle formait le centre, ayant comme soutien les divisions Glaparède et Conroux, du 9* corps. A la droite, le corps du général Reynier appuyait sa première division à Alaméda, sa deuxième s'étendait entre ce village et Fuentès-de-Onoro. J^a cavalerie était déployée, l'artillerie dans l'intervalle des divisions, l'infanterie en mar.se par régiment.

C'est la cavalerie qui a l'honneur de porter les premiers coups. Au moment où les charges de Montbrim mettent en danger la droite des Alliés, Masséna ordonne d'attaquer Fuentèsde-Onoro. Le général Ferrey prend aussitôt

ses dispositions. Se voyant dans Timpossibilité d'enlever tout seul le village, il prie, vers onze heures du matin, le comte d'Erlon d'envoyer la division Claparède dans un bois situé sur la gauche, tandis que lui-même marchera de front sur la position. Cette attaque combinée réussit pleinement. Bientôt nos soldats couronnent les hauteurs et font mettre bas les armes à près de deux cents Ecossais. Cependant les Anglais se reforment dans la partie haute où ils essayent de se maintenir. Mais, quoique successivement soutenuspar plusieurs bataillons d'élite et j)ar des chasseurs portugais, ils ne peuvent résister à l'élan des 4* et 5* bataillons du 66% flanqués par la légion du Midi et par la division Claparède. Chassés de mur en mur, de maison en maison, les Alliés abandonnent le village où ils laissent de nombreux morts et blessés. Nos bataillons se portent alors plus avant, jusque sous les pièces de l'ennemi ; mais celui-ci ayant été renforcé les rejette en arisière. Trois fois le village de Fuentès-de-Onoro est enlevé et trois fois perdu. Le général anglais, pouvant renou-' vêler sans cesse les troupes fatiguées par des troupes fraîches, finit par reconquérir les hauteurs et nous repousse dans la partie

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basse, d'où il lui est impossible de nous déloger,

A cinq heures du soir, Masséna aurait voulu tenter un dernier effort et percer le <5entre de Tarmée anglo-portugaise. Le manque de munitions l'oblige à renvoyer ce mouvement au lendemain. En attendant il donne ses instructions : le comte d'Erlon devra pendant la nuit retirer la division Glaparède engagée dans Fuentès-de-Onoro et se porter à trois heures précises du matin à hauteur de la division Solignac ; le général Ferrey défendra seul le débouché du village et le maréchal marchera avec le 9* corps. Ces dispositions sont communiquées au général Reynier, qui au premier bruit du canon doit arriver promptement d'Alaméda et attaquer avec vigueur.

Enfin, tout a été prévu, combiné, précisé en vue de remporter une victoire éclatante. Mais le mauvais destin poursuit le prince d'Esèling : la résistance qu'il éprouve de la part du duc d'Istrie pour obtenir les attelages nécessaires au transport des munitions^ l'oblige à renoncer à une bataille dont l'issue n'était pas douteuse.

L'affaire du 5 mai reste donc indécise.

L'armée de Portugal va rentrer sur le territoire

espagnol. Masséna sera remplacé par le duc de Raguse et le 9' corps cessera d'exister.

On se souvient en effet que les deux divisions d'infanterie placées sous les ordres du général Drouet, se composaient de quatrièmes bataillons destinés aux armées de Portugal et du Midi et n'avaient par suite qu'une organisation provisoire. Depuis les premiers jours d'avril, la dissolution du 9* corps était prononcée ; son chef, nommé au commandement du 5*, dont le quartier général est àBadajoz, doit conduire les troupes qui se rendent en Andalousie. Retardé par Masséna qui voulait concentrer toutes ses forces, afin de porter un dernier coup à l'armée des Alliés, le départ du comte d'Erlon ne pouvait pas être différé davantage .

Après Fuentès-de-Onoro, le général Drouet réunit à Salamanque ses bataillons, en passa la revue le 14 mai et, le 16, la 1'* division commandée par Claparède, se mettait en marche pour le Sud de l'Espagne en passant par Avila, Madrid, Tolède, Manzanarés, Andujar, etc. A Cordoue, elle quittait les rives du Guadalquivir pour gagner la vallée de la Guadiana.

Le 13 juin, le 9* corps, arrivé en Estrama-

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dure après une marche des plus rapides et des plus remarquables, était dissous; ses bataillons rejoignaient leurs régiments respectifs. Claparède, qui prenait le commandement de la 2* division du 5** corps (1), établissait son quartier général à Fuente-del-Maestre. Sa nouvelle division comprenait deux brigades :

La première, commandée par le général Vichery, était formée du 21* léger et du 100* de ligne ;

La deuxième, sous les ordres du général Quiot, se composait du 28* léger et du lOS* de ligne.

En tout : 207 officiers, 5,484 hommes de troupe (2).

Nous ne connaissons rien d'intéressant sur Claparède pendant le temps passé à l'armée du Midi, sauf qu'il contribua, avec le 5*" corps à la levée du second siège de Badajoz fait par les Anglais Puis il quitta l'Estramadure et vint en Andalousie. Les situations des mois d'août, de septembre et d'octobre nous indiquent simplement Séville comme siège de

(1) Lettre du major-général à Claparède, en date du 9 avril. — V. p. j.

(2) Ces régiments étaient à trois bataiUons. (Archives nationales, A F IV 1630.)

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son quartier général. Ensuite nous le voyons remplacé à la tête de sa division par le général Darricau, lorsque, en vertu d'une décision impériale (1), il a obtenu un congé de convalescence de deux mois. Parti de Séville dans les premiers jours de novembre, il s'arrête dans le Midi de la France et vient séjourner quelque temps dans son pays natal, heureux de retrouver son clocher, ses parents, ses vieux amis (2). On lui fait fête et son passage a laissé de profonds souvenirs dans la mémoire de ses compatriotes. Naguère encore les vieillards de Gignac parlaient avec orgueil de l'impression produite sur eux par la vue de ce héros, qui, après avoir combattu sur les champs de bataille les plus renommés, après avoir atteint le sommet de la hiérarchie militaire, avait tenu à prouver que ni la gloire ni le prestige des honneurs n'avaient pu effacer en lui le souvenir des lieux où s'était écoulée son enfance.

(1) La décisioQ est du 10 septembre, la notification du 17. — Voir p. j.

(2) A cette époque, Claparède avait encore à Gigaac de proches parents. C'est un des rares séjours dont il soit resté trace dans le pays, avec celui de 1830 dont nous parlerons plus tard.

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