CHAPITRE XV
Claparède, nommé commandant de la Légion de la
ViSTULB, l'organise A SedAN. — Ce CORPS EST PLACÉ A LA SUITE DE LA JEUNE GARDE. — PaSSAGE
DU Niémen. — La Légion de la Vistule avec le
MARÉCHAL DaVOUT. — CoMBAT DE MoHILEW . — RETOUR A LA GARDE. — CoMBAT DE SmOLENSK. — BATAILLE DE LA MOSEOWA. — EnTRÉE DES FRANÇAIS A MoSCOU.
— La Légion de la Vistule aux avant-postbs.
— Combat de Winkovo. — Retraite de l'armée française. — Claparède reçoit des lettres de
GÉNÉRAL BN CHEF. — II EST CHARGÉ DE l'eSCORTE DES TROPHÉES ET DU TrÉSOR. — COMBAT DE KrASNOÎ. —
Ordre de biettre le feu aux voitures et d'arriver
EN TOUTE HATE A StUDIANKA. — ÉtAT DE LA DIVISION POLONAISE A LA FIN DE NOVEMBRE. — PaSSAGE DE LA
Bérésina. — Blessure grave.
Après une courte station à Gignac et à Montpellier, notre général regagna son domi*f cile de Paris. C'est là qu'il se trouvait au moment de Téxpiration de son congé.
Le 4 février 1812, le major-général proposait à TEmpereur de désigner Claparède
d08 LE GéNÂRAL CLAPARÈDE
comme gouverneur de Custrin (1). Le 10, une lettre de service le nommait commandant des territoires de Raguse et de Dairnalie et lui enjoignait de partir sur le champ pourTrieste où il devait recevoir des ordres du général Bertrand, gouverneur général des provinces illyriennes (2). En fin de compte^ notre général n'alla ni à Tun ni à l'autre de ces postes.
Nous avons déjà vu que ces places, pourtant très enviées, ne plaisaient pas à son caractère, qu'il préférait de beaucoup marcher avec les troupes combattantes. Or, à cette époque, tout concourait à la préparation d'une campagne (8) dont nous n'avons à développer ici ni les causes multiples, ni les préliminaires, et la perspective de nouvelles conquêtes à
(1) Lettre du major-général à TEmpereur en date du 4 février 1812. Archives Nationales, A F IV 1642. — Voir p. j.
(2) Lettre du ministre de la guerre au général Claparède, 10 février 1812. Archives administratives. — Voir p. j,
(3) C'est la Correspondance de Napoléon^ t. XXIII et XXIV, qui nous a fourni le plus de détails sur Claparède pour cette campagne. Les Archives historiques ne renferment presque rien. Les pièces manuscrites sur la guerre de Russie se trouventaux Archives Nationales et pas en très grand nombre. Une note prévient du reste que la plupart de ces pièces ont été brûlées pendant la retraite, par ordre de l'Empereur.
l'autre extrémité de TEurope devait certainement tenter Claparède. Aussi ne sommesnous pas étonné de trouver pour lui un changement de destination et d'apprendre que TEmpereur « Ta autorisé à se rendre à la Grande Armée » (1).
En ce moment quatre régiments polonais, connus sous le nom de Légion de la Vistule, reviennent d'Espagne et doivent se rassembler à Sedan où ils vont recevoir une réorganisation complète dont ils ont le plus grand besoin. Le 6 mars, Claparède qui en reçoit le commandement (2), est chargé en même temps de les mettre en état de faire la guerre. Le 14, il part en poste afin de les rejoindre. Arrivé à Sedan, il se multiplie, non seulement pour procurer à ses soldats les vêtements, l'équipement et la chaussure, mais encore pour acti-
(1) Lettre du major-général au ministre de la guerre en date du 21 février. — Le 22, Claparède remet au ministre Tordre concernant sa première destination (Archives administratives).
(2) Lettre de l'inspecteur aux revues en date du 6 mars. — Le colonel de Villebois-Mareuil, dans un article paru dians la Reoue des Deux Mondes du 15 avril 1896, dit en parlant des corps étrangers qui ont été au service de la France : « C'étaient de magnifiques troupes, manœuvrières et guerrières, d'un commandement très recherché. »
ver la fourniture des chevaux et des harnais ; accélérer Tattelage des caissons, des canons, des forges de campagne, préparer les instruments de chirurgie, les boites de pharmacie, la charpie, le linge à pansement. Tout ce qui peut être utile fait l'objet de sa sollicitude (1). Il écrit au major-général, au directeur de Tadministration de la Guerre, au ministre pour qu'on lui fasse les envois nécessaires ; il presse, il harcèle les fournisseurs qui sont sur place. Enfin, grâce à son activité prodigieuse, les l** et 2* bataillons de ses trois régiments polonais (2), c'est-à-dire 5,400 hommes, ont reçu en trois semaines et au grand complet les objets qui leur étaient indispensables.
Dans les S*' bataillons, le cadre seul existe, mais on emporte de Sedan 2,700 uniformes et équipements, destinés aux soldats que le prince Poniatowski doit nous fournir, lorsque la division polonaise arrivera dans le duché de Varsovie (3).
(1) Lettre du major-général à TEmpereur. 23 mars. Archives nationales, A F IV 1642.
(2) Le 4^ régiment n'a pas rejoint et passera sous les ordres du général Girard qui remplace Claparède à Sedan et est chargé d'organiser les 4*, 7* et 9** régiments polonais. Correspondance de Napoléon^ t. XXIU, n° 18684.
(3) Lettre du major-général au prince Poniatowski, 9 avril. Archives historiques. — Voir p. j.
Une fois ces préparatifs achevés, Claparède se met en route le 5 avril et se dirige sur Dresde. C'est là que doit se réunir la Garde impériale, et c'est avec elle que les régiments de la Vistule vont marcher (1). Mayence, Wûrtzbourg, Baïreuth et Hoff sont les points principaux de l'itinériaire suivi. Claparède a emmené avec lui les commissaires des guerres et leurs adjoints, les administrations et les ambulances qui doivent suivre sa division.
Son chef d'état-major, Tadjudant-commandant Briatte, et ses deux généraux de brigade GlopikietBronikowskilerejoindrontplustard.
Au commencement de mai, la division polonaise, devançant la garde, quitte la capitale de la Saxe et continue sa marche sur Glogau, puis sur Posen. Là, elle reçoit les soldats appelés à former les S'* bataillons ; mais ceux-ci sont bientôt détachés à Thorn et à Kœnigsberg où ils vont tenir garnison jusqu'à nouvel ordre (2).
Claparède, avec les 5000 hommes qui lui restent, se dirige sur la Prégel à marches forcées,
(1) Extrait de la correspondance du major-général en date du 8 mars. Archives historiques. — Cf. Correspondance de Napoléon, t. XXIII. N» 18628 : Lettre de TEmpereur au duc d'I strie 'en date du 2 avril.
(2) Correspondance de Napoléon, t. XXIII, n® 18749.
et atteint le 20 juin Insterburg où il retrouve le duc de Trévise (1). Il s'arrête à peine dans cette localité, en repart avec la jeune garde, traverse avec elle le Niémen à Kowno, arrive enfin à Vilna dans les premiers jours de juillet. Il se trouve alors sous la main de TEmpereur qui va le détacher suivant les circongtances et les besoins auprès des différents commandants d'armée.
Les dernières marches, effectuées avec rapidité, ont été particulièrement pénibles. De violents orages mêlés de vent et de grêle ont inondé les bivouacs et défoncé les routes déjà très mauvaises dans cette contrée. Beaucoup de chevaux sont morts, la dysenteçie s'est mise dans nos rangs et a fait un grand nombre de victimes ; les hôpitaux que Ton s'est hâté d'établir sont encombrés. Ces événements fâcheux paraissent à tous de mauvais augure au moment de l'entrée de nos 400.000 hommes dans ces steppes immenses de Russie d'où la plupart ne reviendront pas.
Malgré les fatigues de ces derniers jours, à peine arrivée à Vilna et sans prendre le moindre repos, la division polonaise est obli-
(1) Correspondance de Napoléon, t. XXIII, n*» 18826.
gée de marcher sur Ochmiana pour y rejoindre le !•' corps. Le maréchal Davout n'a plus en effet que deux divisions depuis que celles de Gudin, Priant et Morand ont été données comme soutien à la cavalerie du roi de Naples. Il se sent trop faible pour remplir avec si peu de monde la mission dont il a été chargé, c'est-à-dire d'empêcher la jonction des deux armées russes de Barclay de ToUy et du prince Bagration. C'est pourquoi il a demandé des renforts à TEmpereur qui lui envoie la légion de la Vistule.
Ces troupes n'ayant pas trouvé le prince d'Eckmûhl à Ochmiana, poursuivent leur route et se joignent au 1^' corps, le 41 juillet, à Minsk. Là, le maréchal rassemble les divisions Gompans, Dessaix, Claparède, ainsi que la cavalerie des généraux Grouchy et Valence. Le 12, il passe en revue toutes les compagnies d'élite de l'infanterie et ordonne de faire un exemple dans chacune d'elles, en tirant au so H parmi les grenadiers et voltigeurs qui se sont livrés à la maraude. Déjà en effet les soldats se débandent et il a été constaté que le 3â' léger avait les deux tiers de son effectif en arrière (1).
(1) Archives nationales, AFIV 1644 : Davout à TËmpereur. — Voir p. j.
A cette même époque, les S*'' bataillons, qui avaient été détachés à Thorn et à Kœnigsberg, recevaient Tordre de rejoindre leurs régiments respectifs à la division Claparède (1).
Après la revue de Minsk, Davout chercha à prévenir Bagration sur laBérésina. Il se porta vers Smolensk en se faisant précéder par la cavalerie de Grouchy, les dragons de Lahoussaye et les Polonais de Claparède, que renforcèrent les chasseurs de BordesouUe et les hussards de Colbert déjà établis à Borisow^ (2).
Mais le général russe s'échappa par Bo bruisk et gagna rapidement le Dnieper, afin de couper aux Français la route de Smolensk.
De son côté, le commandant du 1"" corps, poussé par le même désir à Tégard des Russes, envoyait une partie de ses escadrons sur Orcha, sous les ordres de Grouchy, et les faisait soutenir par la division polonaise. En même temps il se dirigeait lui-même sur Mohilew, seul passage ouvert à l'ennemi.
Davout avait conservé avec lui les brigades légères des généraux Pajol et BordesouUe el les
(1) Archives nationales, AF IV 1643. Correspondance du major-général.
(2) Lettre de DaTOut à TEmpareur en date du 13 juillet 1812.— Voir p. j.
cuirassiers du] général Valence ; en tout 6000 chevaux. Son infanterie, composée des divisions Compans, Dessaix et de la division Glaparède qu'après coup il avait fait revenir d*Orcha, s'élevait tout au plus au chiffre de 22.000 hommes. On évaluait au contraire Tarmée de Bagration à 60.000 combattants.
Devant celte disproportion de forces, l'arrivée du prince Poniatov^ski et du roi Jérôme avec les 5"* et 8° corps eût été d'un puissant secours. Mais Tun et l'autre étaient trop en arrière ; on conservait peu d'espoir, malgré des appels réitérés, de les voir arriver avant la rencontre.
Par surcroît de malechance, le prince d'Eckmûhl, obligé encore de distraire des troupes pour les reconnaissances, ne disposait plus, le 22 juillet au soir, que des 57% 61** et 11 4* régiments d'infanterie de la division Compans, des 85^ et 108* de la division Dessaix et d'environ 4,000 hommes de la division Glaparède. Comme cavalerie, il lui restait les cuirassiers du général Valence et la brigade de chasseurs du général Bordesoulle.
Le85'de ligne fut placé à Saltanowka sous les ordres du général Friedrichs ; le 108' avec Dessaix, en réserve derrière Fatowa. Après avoir ainsi assuré son front, le maréchal établit au
petit village de Seletz le 61* flanqué de quelques pièces d'artillerie, puis, en échelon débordant fiur la gauche, les 57* et i 14*: le premier en réserve devant Mohilew, le second près de Zastenok avec les cuirassiers du général Valence. La division Claparède, placée derrière celle de Compans, liait la ville de Mohilew avec les troupes portées en avant. Le reste de la cavalerie était en réserve derrière Seletz.
Ces dispositions étant prises, le maréchal Davout, malgré la faiblesse numérique de ses troupes, attendit sans crainte Tattaque que l'ennemi semblait 'préparer pour le lendemain.
Effectivement, le 23 au matin, les Russes prennent l'offensive. Leurs efforts se portent principalement sur notre front, entre le moulin de Fatowa et le pont de Saltanowka. Les bataillons des 85* et 108% d'abord seuls à supporter le choc, sont forcés de se replier devant les colonnes russes qui débouchent successivement sur le champ de bataille sous la protection de leur artillerie. Davout ordonne alors au 57* et aux polonais de Claparède de s'avancer h travers bois, pendant qu*il fait canonner l'ennemi par les pièces mises en position sur les hauteurs de Saltanowka. Bientôt
les Russes nous cèdent du terrain et se rétirent au delà du ruisseau de la Mischowska ; ayant voulu ensuite exécuter une attaque sur notre gauche, ils sont surpris sur leurs derrières par le 61° de ligne, ne peuvent nous opposer qu'une faible résistance et tombent en grand nombre sous les coups de nos baïonnettes.
Bagration, s*étant aperçu d'un certain désordre dans ses rangs et croyant avoir affaire à un ennemi plus nombreux, s'empresse d'ordonner la retraite. La poursuite a lieu aussitôt ; elle est dirigée par le général Gompans qui a sous ses ordres le 111° régiment d'infanterie.
Le combat de Mohilew nous coûta environ un millier d'hommes ; la perte des Russes s'éleva à 4.000, dont 1 .200 tués et 8.000 hors de combat.
Après ce succès, Davout aurait pu arriver à Smolensk avant le prince Bagration ; mais il lui aurait fallu des renforts. Or, les troupes durci Jérôme et celles de Poniatov^ski étaient au moins à six jours de marche. Il laissa donc la 2" armée russe continuer sa retraite, pendant qu'il allait rejoindre à Orcha les détachements qu'il y avait envoyés.
Dans les premiers jours du mois d'août, le 1" corps se trouvait à Doubrowna. Claparède
y fut averti que les 3" bataillous détachés à Thorn et à Kœnigsberg étaient en roule pour le rejoindre au plus tôt (1). C'est là aussi qu'arriva uu régiment de chasseurs à cheval portugais conduit à l'armée par le général marquis d'Alorna. Ce régiment, étant destiné à servir sous les ordres de Claparède, fut attaché à la division polonaise dès son arrivée (2).
Le 18 août, l'armée française se trouvait concentrée tout entière sur la rive gauche du Dnieper. Les divisions Gudin , Priant, Morand, revenaient au T' corps à Rassasna. Dès lors la présence de Claparède auprès du maréchal Davout n'avait plus sa raison d'être, et nous allons le voir reprendre sa place dans la Garde.
Le 14, Napoléon qui n'avait pu empêcher la jonction de Bagration avec Barclay de Tolly, forma le nouveau plan de déboucher dans leur flanc gauche et de les écraser entre les sources du Dnieper et de la Dwina. Mais 10.000 Russes l'arrêtèrent pendant plusieurs heures à Krasnoï et permirent à leur première
(1) Lettre du major-général à l'Empereur datée de Witepsk, 31 juillet. (Archives historiques.)
(2) Lettre de DaTOut au major-général en date du 8 août et du major-général au général d'Alorna en date du 5 août. — Voir p. j.
armée de se réfugier dans Smoiensk. Le lendemain, malgré la tristesse générale, on tira quelques salves d'artillerie pour célébrer la fête deTEmpereur. Arrivés devant Smoiensk, les soldats s'écrièrent : « Enfin, voilà une ville ! » Les 17 et 18 août, Barclay de Tolly y soutint un combat acharné et ne l'évacua qu'après l'avoir livrée aux flammes ; il prit ensuite la route de Moscou, laissant son arrière-garde aux prises avec les Français à Valoutina-Gora.
Le général Claparède avait combattu avec le général Davout sous les murs de Smoiensk.
Rentré à la Garde le 19, l'Empereur le chargeait ce jour-là de défendre la têle de pont du Dnieper, au delà de la ville, tâche dont il sut très bien s'acquitter (1).
Napoléon fit de Smoiensk un grand centre d'approvisionnement et y installa de riches magasins et des hôpitaux ; il en repartit le 24 après y avoir laissé une division de la jeune garde sous les ordres du général Delaborde, et il se remit à la poursuite des Russes qui se retiraient du côté de Borodino.
Au moment du départ de Smoiensk, Gla-
(1) Correspondance de Napoléon, t. XXIV, n^ 19099.
parède reçut Tordre de réunir toute rartillerie de la division Delaborde aux huit pièces de régiment qu*il possédait déjà et de se porter ensuite sur Ponova, dans la direction de Dorogobusch. Ce mouvement avait pour but de protéger notre droite.
Cependant, en présence d*un ennemi qui se dérobait sans cesse, les marches continuelles à travers des plaines désertes ne faisaient pas le bonheur de nos soldats . Le découragement s'était répandu dans letirs rangs et avait gagné jusqu'aux grades supérieurs.
Napoléon lui-même allait céder à rabattement universel, lorsqu'il apprit que le vaincu d'Austerlitz, nommé généralissime de Tarmée russe, avait Tintention de livrer une bataille, afin de couvrir Moscou, la ville sainte, et de satisfaire ainsi Thonneur national.
Kutusof, en effet, venait de s'établir avec 140.000 hommes dans Tangle formé par le confluent de la Kolocza et de laMoskowa, près du village de Borodino qu'il avait fait fortifier.
Le 5 septembre, Napoléon inspectant les positions russes, se voit gêné par la redoute de Schwardino et ordonne de s'en emparer. Le 6, Tarmée française prend sa formation de bataille. Il est prescrit aux commandants d'ar-
mée d'agir avec ordre et méthode, aux divisions d'engager successivement leurs brigades. « Les divisions Friant et Glaparèdé, placées près de la Garde, sont destinées à réparer les erreurs commises pendant l'action et à pourvoir aux événements imprévus (1). »
Le lendemain, dès Taube, le canon donne le signal du combat. Bientôt le brouillard épais qui enveloppait Tatmosphère se dissipe et le soleil se montre radieux. L'Empereur voit dans ce simple fait matériel un heureux présage. « Voici le soleil d'Austerlitz ! s'écrie-t-il dans sa harangue aux troupes. Soldats, vous direz avec orgueil , au sein du foyer domestique : Je faisais partie de cette grande armée qui combattit sous les murs de Moscou. » Après la lecture de cette proclamation, nos colonnes s'ébranlent de toutes parts. Sur la gauche, le vice-roi d'Italie prend, perd et reprend la grande redoute de Borodino. A droite, Ney, Murât et Davout enlèvent les trois redans; ils s'y maintiennent sur des monceaux de cadavres. Après une lutte opiniâtre de neuf heures, ils voient la possibilité, par une charge à fond,
(1) Mémoires inédits du général Pelet sur la guerre de Russie, publiés par la Bibliothèque militaire et hisorique^ t. VII, p. 519.
de détruire Tarmée russe en la jetant dans la Moskowa. Ils réclament alors la Vieille Garde. Napoléon ne consent pas à l'engager, mais il fait marcher en avant la division Friant. Un moment après, voyant fléchir la gauche, TEmpereur envoie de ce côté la division Glaparède. Ce général se place en réserve derrière le prince Eugène dont il seconde les mouvements; il Taide ain^i à se maintenir dans les positions conquises et à poursuivre ensuite ses succès. Sur le soir, une batterie de 400 pièces crible de mitraille les masses russes immobiles devant nous. Une charge effroyable de cavalerie enlève les redoutes . Kutusof est enfin obligé de battre en retraite ; il a perdu 60.000 hommes. Dans nos rangs, 80.000 sont tombés et parmi eux 37 colonels et 47 généraux.
Cette horrible tuerie, qui n'a pas duré moins de quinze heures, est unique dans les annales des guerres modernes. La terre est partout souillée de sang ; des cadavres d'hommes et de chevaux horriblement mutilés gisent de tous côtés; des débris d'armes et de caissons encombrent tous les passages ; en un mot, les bords de la Moskowa présentent un spectacle lugubre et terrifiant. C'est au point que l'Empereur lui-même en est consterné. Et
que dire, quand on songe que cette bataille n'a eu d'autre avantage, si toutefois c'en est un, que de faciliter à l'armée française son arrivée à Moscou !
Le lendemain, les survivants de cette journée sanglante n'eurent pas le loisir de prendre un peu de repos. A dix heures du matin, le major-général envojjait au roi de Naples, commandant l'avant-garde, l'ordre de s'avancer avec la cavalerie jusqu'à cinq ou six verstes de Mojaïsk. Les princes Eugène et Poniatowski devaient marcher à la hauteur des escadrons, sur les deux flancs de la route, elle duc de Trévise appuyer leur mouvement avec la jeune garde et la division Glaparède (1).
Avant midi, ces ordres étaient en cours d'exécution.
Après six jours d'une marche pénible, nos soldats arrivaient en vue de Moscou. Ils y entrèrent avec joie le 14 septembre, espérant y trouver le repos et le bien-être. On sait comment le gouverneur Rostopchin leur ménagea l'un et l'autre en faisant incendier la ville par 8.000 forçats. Le feu, qui dura quatre jours, dévasta presque toute la cité; le peu
(1) Bibliothèque historique et militaire^ t. VU, p. S31.
de bàlimeiUs restés debout avait été sauvé par les Français. Après que les flammes furent éteintes, Napoléon s'installa au Kremlin, ancienne résidence des tzars, la garde et la division Glaparède dans les environs du palais. Mais le séjour de celle-ci ne fut pas de longue durée. Dès le 23 septembre, nous la voyons tout entière près de W^nkowo, concourant au service d'avant-postes avec le 3° corps et la cavalerie du roi de Naples (1).
Pendant ce temps. Napoléon faisait des propositions de paix sans vouloir se résoudre à partir de Moscou, ce qui eut été avouer publiquement l'insuccès de sa gigantesque entreprise. Mais plus il reculait son départ, plus il livrait de chances de succès à l'ennemi. DéjàWitgenstein et Tchitchakof s'avançaient sur Witepsk et Smolensk pour nous couper notre ligne de retraite. Kutusof, qui ne nous avait pas perdus de vue, attendait les premiers froids pour reparaître. Le 17 octobre, à 7 heures du soir, il se porta tout à, coup au sud de Moscou et fit avancer plusieurs corps qui prirent position sur la rive droite de la Nara.
(l) Correspondance de Napoléon, t. XXÏV, n° 19221. Souvenirs du général Berthesène, t. II, p. 119.
Les troupes du roi de Naples étaient en position derrière la Tzernischna, depuis Tembouchure de cette rivière jusqu'au village de Tétérinka. Glaparède occupait Winkovo.
La droite de la ligne, formée parle 5* corps, était établie en arrière contre la Nara ; la gauche, à Textrémité de laquelle se trouvait la division Sébastiani, s'appuyait à un bois qui n'' avait pas été occupé. Un armistice ayant été conclu, les Français se gardaient très imparfaitement, lorsque l'ennemi, sans dénoncer la reprise des hostilités, résolut de nous attaquer et nous surprit dans une sécurité toujours blâmable à la guerre.
Les Russes, conduits par Bennigsen, s'étaient mis en mouvement à minuit. Dès que le jour paraît, ils s'avancent sur nous en trois colonnes. La 1", sous les ordres du général Orlof-Denissoff, se jette sur notre gauche et cherche à la déborder. Cette irruption soudaine ne laisse pas de causer un certain désordre dans les rangs de la division Sébastiani et de provoquer sur plusieurs points l'abandon de la position. Nous sommes perdus si nous n'arrêtons pas immédiatement les effets de cette surprise. Murât, qui s'en est aperçu, prend vivement ses dispositions. Pendant
qu'avec sa hardiesse légendaire il exécute une charge brillante sur le centre, ordre est donné à la division polonaise de marcher sur la droite de Tennemi. Le chef dé la première colonne russe s'est déjà installé dans un défilé de la route, dont la possession nous est indispensable pour opérer notre retraite. Claparède, soutenu par les dragons de Latour- Maubourg, tombe sur Orlof-Denissoff , l'oblige à céder le terrain conquis et s'empare du défilé, sous le feu de l'artillerie adverse qui foudroie sa division (1). Murât, maître de ses mouvements, peut donner alors une impulsion générale et régulière à la marche de ses troupes. Nos succès s'étendent sur la droite. Le prince Poniatowski bat le général Ostermann- Tolstoy, qui commande la troisième colonne.
Bennigsen, à la tête de la deuxième, se voit découvert sur ses ailes; il ne peut parvenir à reprendre l'avantage qu'il avait eu d'abord sur le roi de Naples. Les Russes, contraints de repasser la Nara, rentrent dans leur camp de Taronlino.
Durant le combat du 18 octobre, on s'était battu avec un égal acharnement des deux
(1) Cf. Histoire de l'Expédition de Russie^ par le marquis de Chambray. t. II, page 217.
côlés. NoBs coraption& 2,000 morts ; les Russes en avaien! au moins autant et leur commandant en chef Bennigsen était au nombre des blessés.
Ce mouvement offensif des Russes . et le froid précoce décidèrent enfin Napoléon à quitter Moscou. Il sortit de la ville le 49 octobre avec 80,000 hommes en état de porter les armes. Une longue file de caissons, de voitures à bagages, 40,000 employés, enfants ou invalides marchaient derrière nos colonnes.
Le maréchal Mortier sortit le dernier après avoir fait sauter leKremlim.
On suivait Tancienne route de Kalougii qui traversait une plaine riche et fertile. Afin d'éviter les Russes établis à Tarontino, on prit à droite la route neuve ; nous y fumes devancés par Fennemi auquel le prince Eugène livra un combat à Malojaroslawetz. Malgré sa répugnance. Napoléon céda alors è Tavis de ses Lieutenants et Ton reprit, dans la direction de Mojaïsk, la voie déjà suivie et absolument ruinée de Smolensk .
La division Glaparède, partie de Winkovo^ s était portée par Fominskoïé sur Borowsk.
C'est là qu'elle se trouvait au moment du combat livré par le vice-roi. Ce dernier la
328 LE GÉNÉRAL CLAPARÈDB
chargea de protéger le grand parc d'artillerie et les voitures à bagages réunis dans cette ville (1).
Avant d'ordonner la retraite, Napoléon avait voulu supprimer ies divisions isolées ou les constituer en corps d'armée. A cet effet, Glaparéde reçut des lettres de général en chef.
Il prenait sous son commandement, outre la division polonaise, celle du général Girard composée des 4% 7** et 9* régiments polonais, et enfin les chasseurs à cheval portugais que nous avons déjà vus. Ce corps devait former avec celui du duc d'Klchingen Tarrièregarde de Tarmée (2) ; mais nous ne pensons pas qu'il ait pu être définitivement organisé au milieu des désastres delà retraite (3).
En effet, à partir du 26 octobre, Glaparède fut rappelé de nouveau auprès de l'Empereur et marcha avec la Garde. Il reçût dès lors Timportante et périlleuse mission d'escorter le convoi qui portait les trophées, le trésor et les bagages du grand quartier-général.
(1) Cf. Histoire de l'expédition de Ru$$ie^ par le marquis de Chambray. t. II, page 235.
(2) Correspondance de Napoléon, t. XXIV, n» 19297.
(3) C'est même certain, puisque nous ne trouvons pins trace que de la division Glaparède. Néanmoins ce choix était à consigner.
A Wiasma, Tarmée dut livrer contre Kutusof un combat acharné, afin de s'ouvrir un passage. On espérait se reposer à Smolensk et s'approvisionner à des magasins bien fournis; on fut cruellement déçu. En outre, le froid devenu très vif faisait périr par milliers les soldats mal vêtus, mal nourris, forcés fréquemment de coucher sur la neige, harcelés sans cesse par les cosaques. La plupart d'entre eux n'étaient plus capables de porter leurs armes. A peine à quelques lieues de Moscou, la famine et la rigueur delà saison menaçaient d'anéantir tous ces braves que les hasards de la guerre avaient épargnés.
L'armée s'arrêta pendant quelques jours à Smolensk et eut bientôt épuisé ses vivres. Le 18 novembre, Claparède en partait le premier avec le convoi pour se rendre à Krasnoï. Le lendemain, la Garde battait en retraite dans la même direction. Les corps du prince Eugène, de Davout et de Ney devaient se conformer & ce mouvement les jours suivants. Mais Kutusof chercha à les inquiéter. Le 15, il voulut arrêter le vice-roi qui s'échappa à la faveur de la nuit. Le 16, Napoléon était très inquiet sur le sort des V et 3° corps. Résolu cependant de les rallier à tout prix, il se décida à attaquer
330 LE GÉNÉRAL CLAPiLRÈDE
le généralissime russe dans la journée du 17. Avant le jour, la Jeune garde se porta sur Tenn-emi ; la vieille garde rétrograda sur la route de Smolensk jusqu'à moitié chemin de Krasnoï à Katowa ; la cavalerie de la Garde et celle de Latour-Maubourg avaient ordre d'appuyer Tinfanterie. « Claparède fut chargé de défendre Krasnoï ; ii réunissait sous son commandement sa division, la garnison de Krasnoï, les mililaires isolés, et ce qui était resté de Tartillerie de la garde (1) ».
On parvint à dégager le maréchal Davoul et à empêcher les Russes d'intercepter la route d'Orcha, seule voie de salut qui restait à l'armée française. Mais 200 pièces d'artillerie nous criblaient de mitraille ; la cavalerie enaemie manœuvrait pour couper notre ligne de retraite . Quand la nuit approcha, il fallut se résigner à se retirer, afin de ne pas sacrifier inutilement nos dernières troupes.
Restait encore le maréchal Ney avec le dernier corps réduit à 6.000 hommes.
Enveloppé trois fois par les colonnes russes, trois fois il s'échappa. Kutusof le somma de se rendre- a Le brave des braves » refusa,
(1) Histoire de ^expédition de Russie, par le marqui» de Chambray, t. II, page 444,
réussit à se jeter sur la rive droite du Dnieper, repoussa les cosaques de Platow et rejoignit enfin l'armée à Orcha. La joie fut d'autant plus grande qu'on Tavait cru perdu e^t Napoléon, plein d'anxiété, disait que « pour le sauver, il aurait donné les 200 millions déposés dans les caves des Tuileries ».
L'armée française, poursuivie par Kutusof, réduite maintenant à 50.000 hommes, avait devant elle les corps de Witgenstein et de l'amiral Tchitchakof. La situation devenait de jour en jour plus affreuse. D'après les Russes, la Bérésina devait être notre tombeau et cette prophétie semblait sur le point de se réaliser, le jour où ils nous enlevèrent le pont de Borisof, notre seul point de passage. Par bonheur, un retour de fortune inespéré nous permit une dernière fois de nous tirer du danger. Le gué de Studianka fut notre sauveur.
Pendant que le général Eblé construisait deux ponts en cet endroit, l'un à l'usage des piétons, l'autre à celui des cavaliers et des voitures, Napoléon prit ses dispositions pour grouper ses forces, supprimer les a impedimenta » et tenter un suprême effort.
Le matin du 24 novembre, il fut ordonné à Glaparèdede réunir le convoi au delà de Bobr
-WTÏ
332 LE GÉNÉRAL CLAPARÈDB
et de faire brûler la moitié des carrosses, cabriolets, fourgons et voitures de toute espèce qu'il avait sous son commandement, de manière à pouvoir fournir 120 chevaux et 80 cognais (1) à Tartillerie de la garde. Des officiers d'état -major et de la gendarmerie devaient être témoins de cette destruction et en dresser procès-verbal (2). Aussitôt Topération terminée, Claparède avait ordre de continuer sa route et de faire dans la journée quatre ou cinq lieues (3). Le lendemain, nouvelle lettre et nouvelles instances ; il fallait partir de bonne heure du cantonnement et se porter avec le convoi entre Lochnitza et Newanitza (4). En somme, pas le moindre repos pendant ces mouvements qui ne s'opéraient pas sans difficultés au milieu de la neige et par un froid de 28*. Les ordres succédaient aux ordres, les estafettes aux estafettes, afin de faire accélérer des marches que chacun avait le plus grand intérêt à exécuter promptement.
A ce moment de la campagne où tous les corps étaient réduits à quelques hommes,
(1) Chevaux du pays.
(2) Correspondance de Napoléon, t. XXIV, n® 19350.
(3) Correspondance de Napoléon, t. XXIV, n* 19349.
(4) Correspondance de Napoléon, t. XXIV, n** 19355.
Glaparède pouvait montrer avec un certain orgueil, en arrivant sur la Bérésina, plus de 2,500 combattants. On dira sans doute que ses soldats, plus habitués au climat du Nord, avaient été en quelque sorte privilégiés durant ces jours d'excessives souffrances.
Il faut reconnaître en effet que l'escorte du convoi, à côté des dangers qu'elle présentait, ne laissait pas d'offrir certains avantages.
Cette masse de voitures protégeait bien un peu contre les rigueurs de la saison, et plus d'un y trouvait un refuge pour la nuit. Mais il est bon de se rappeler aussi que la prévoyance et la sollicitude du général, à Tégard de ses subordonnés, avait contribué, pour une large part, à les sauver de la famine et de la mort. Dans ces conditions, quand de tous côtés on n'apercevait que des divisions squelettes, la Légion de la Vistule offrait un appoint considérable, et l'on comprend que l'Empereur eût hâte de la voir arriver.
La veille du jour où devait avoir lieu le passage de la Bérésina, Glaparède reçut du major- général un ordre pressant que nous reproduisons en entier :
Studianka, 21 novembre 1812. (Minuit et demi.)
€ Monsieur le général Glaparède, TEmpe-
334 LE GÉNÂRlLL CLAPAKÈDE
K reur ordonne que vous filiez en toute dili- « gence avec votre division pour tâcher d'arri- « ver ici avant le jour ; vous laisserez « 30 hommes pour la garde du Trésor, à moins « que le vice-roi n*en ait déjà relevé l'escorte, a II faut d'ailleurs que le convoi arrive le plus « tôt possible ici. Sa Majesté me charge de « vous faire connaître^ général^ quelle a « besoin de vous et qu elle espère que vous « pourrez passer le pont ce matin avant le « jour (1),
Le prince de Neufchâtel, major-général.
Signé : Alexandre » .
Après renvoi de cette lettre, l'Empereur dépêchait dans la direction de Borisof le capitaine de Mortemart, un de ses officiers d'ordonnance, afin de renouveler à Claparède l'ordre précédent, dans le cas où celui-ci ne serait pas parvenu à destination (2) .
A la pointe du jour, la division polonaise arrivait à Studianka, passait la rivière et
(1) Archives historiques, 27 novembre 1812. — Cette pièce, écrite de la main du major général, est une d6S rares qu'on ait trouvées dans les papiers du générai Claparède à sa mort.
(2) Correspondance de Napoléon^ t. XXIV, N» 19356.
marchait au soutien d'Oudinot, chargé de repousser Tchitchakof sur la rive droite pendant que Victor contenait Witgenstein sur la rive gauche.
Durant ce combat du 28 novembre, pendant lequel les Russes cherchèrent en vain à arrêter les derniers débris de la Grande Armée, la division Claparède était placée à l'extrême droite. Elle combattit d'abord avec Oudinot.
Ce maréchal ayant été blessé, elle passa sous les ordres du duc d'Elchingen qui, par ses habiles dispositions, réussit à contenir Tchitchakof. Celui-ci avait voulu à un moment donné déborder sur la droite. Le général Doumere, commandant la ô** division de cuirassiers, le chargea avec les 4* et 5* régiments, au moment où Claparède « s'engageait sous bois pour percer le centre ennemi qui fut culbuté et mis en déroute » (1).
Deux drapeaux, six pièces de canon et 6.000 prisonniers tombèrent en notre pouvoir; mais les Russes reconquirent ce jour-là les trophées et toutes les richesses qui avaient été enlevées de Moscou.
Pendant ce temps, le défilé continuait au
(1) Texte du 29® bulletin de la Grande Armée.
passage de Studianka. Les passants se précipitaient en désordre sur les ponts et s'y livraient à une lutte acharnée dans laquelle il n'y avait d'autre privilège que la force. Les canons ennemis, criblant de mitraille ces malheureux, redoublaient encore l'horreur de ces scènes de boucherie. Lorsque les dernières troupes du maréchal Victor voulurent passer, la confusion fut extrême. Plusieurs milliers de traînards, restés sur la rive gauche de la Bérésina, encombrèrent les ponts auxquels le général Eblé dut mettre le feu, laissant à la merci de l'ennemi une foule d'infortunés qui poussaient des cris de désespoir.
La bataille livrée le 28 novembre marque une date mémorable dans l'existence de Claparède. Non seulement le général contribua i5e jour-là sur la rive droite au succès de nos armes, mais encore la part qu'il prit à cette action lui laissa, pendant plusieurs mois, un souvenir non moins cuisant que glorieux. Il reçut une blessure, grave sans doute, mais qui le devint encore davantage par suite du peu de soins immédiats qu'il put recevoir etdes conditions climalériques dans lesquelles on se trouvait. Une balle l'atteignit au genou gauche et lui traversa la jambe. Mis ainsi dans l'impossi-
i)ilité de marcher ou de monter à cheval, il fut contraint d'abandonner son commandement -et de prendre ses dispositions pour se faire transporter en France.
Napoléon avait dit dans le 29* bulletin, en résumant nos désastres: a Les hommes ordinaires ont succombé, les hommes de fer ont été faits prisonniers; je ne ramène avec moi que les hommes de bronze ». Le général Claparède comptait doublement au nombre de ces derniers. Sa constitution robuste Tavait sauvé une première fois à Saint-Domingue, sous le soleil du tropique, des atteintes de la ifièvre jaune; elle venait de le préserver encore des funestes effets de ce terrible etglacial climat du Nord. Il fut un des rares qui goûtèrent le bonheur de revoir le ciel de la patrie h la suite de cette campagne désastreuse (1). Sur
(1) Pour donner une idée des horribles souffrances endurées par nos soldats, pendant les mauvais jours de la campagne de Russie, nous tenons à rappeler un souvenir:
Un capitaine de la garde impériale, mort il y a quelques années presque centenaire, racontait que, pendant la retraite, son seul désir, son seul rêve de bonheur •était de revoir la France, dût-il jusqu'à la fin de sa vie n'avoir qu'une croûte de pain comme nourriture journalière, qu'une botte de paille comme oreiller, que la plus misérable chaumière comme habitation.
338 LE aÏNÈBAL (^.iPABiDK
420.000 hommes quiâvaientËraochileNiéiBeD, il en restait à peine 30.000 lorsque l'armée eut repassé la Bérésina. Aussi, après tant de calamités', les parents qui revoyatent l^irs enfants, même blessés ou cnalades, devaient' ils s'esLimer parliculièremeat béais par la Providence.