CHAPITRE XVII
Avènement de Louis XVIII. — Rappel a l'activité. —^Les Cent-jours. — Claparède, commandant de la place db Paris. — Membre du conseil de guerre chargé de
JUGER le maréchal NeY. — INSPECTEUR GÉNÉRAL D*IN- FANTERIE DE LA 1" DIVISION MILITAIRE. — SeS EFFORTS
pour faire rentrer en grace ses anciens compagnons d'armes. — Fournée de pairs du 5 mars 1819. — Une lettre au président du conseil. — inspecteur général permanent.— relations du général avec m. de
MaRTIGNAC. — ClAPARÈDE PROPOSÉ POUR COMMANDER UNE EXPÉDITION FRANÇAISE EN MORÉE. — NoMMÉ PRÉSI- DENT DU COLLÈGE ÉLECTORAL DE l'HÉRAULT LORS DES ÉLECTIONS DE 1830. — DiSCOURS d'oUVERTURE. — Le GOUVERNEMENT DE JUILLET. — Loi DU 4 AOUT 1839. — CL4PARÈDE MAINTENU SANS LIMITE d'aGE DANSLaI'^SECTION DU CADRE DE l'ÉTAT-MAJOR. — ^MaLADIB. — VoYAGE A MONT- PELLIER. — Mort du général Claparêde. — Son tombeau.
Bien des événements se sont écoulés depuis que nous avons vu notre général devenir prisonnier de guerre. La victoire a déserté nos drapeaux. La Coalition, habituée pendant vingt ans à la défaite, vient enfin de triompher
Ses succès l'ont rendue très audacieuse. Nos ennemis, poursuivant leur marche triomphante, ont envahi le sol français et nous ont mis dans la dure nécessité de leur disputer chaque pouce de terrain; enfin, arrivés jusque dans notre capitale, ils nous dictent à leur tour leur volonté.
Du fond de sa retraite, Claparède a suivi avec anxiété les phases de cette malheureuse mais admirable campagne, sans pouvoir comme autrefois voler au secours de la patrie. Réduit à soupirer après sa propre délivrance, il Toblient lorsque nous faisons la paix avec les quatre grandes puissances qui sont en lutte contre nous. Le prisonnier arrive à Paria le l** juin 1814(1), absolument sans ressources (2).
En présence du nouveau gouvernement que la France s'est donné, les officiers de l'Empire n'avaient que deux choses à faire : ou se
(1) Voir (pièces justificatives) l*arrôté définitif de liquidation de 1813. On voit par là que Claparôde n*a pris aucune part aux événements qui ont amené Louis XVIII sur le tréne. Lorsqu'il lui fut permis de rentrer en France, tout était achevé. Les biographes qui Tont représenté marchant avec Marmont sous les murs de Paris, ont donc commis une erreur.
(2) Lettre de Claparède au générai Dupont, ministre de la guerre (2 juin 1814). — Voir p. j.
retirer de Tarmée ou bien accepter le fait accompli . Claparède, encore dans la force de rage, préféra offrir ses services aux Bourbons que de briser son épée.
En cela qui oserait lui jeter la pierre?
Après Tavénement de Louis XVIII, notre système militaire avait subi certains changements qui rappelaient Tancien régime. Les appellations de général de division et dégénérai de brigade sont remplacées par celles de lieutenant-général et de maréchal de camp.
On revient aux dénominations de régiment du roi, delà reine, du dauphin, etc., pour les régiments d'infanterie et de cavalerie portant les premiers numéros. On s'empresse également de rétablir, avec la maison militaire du roi, les grandes charges et dignités de l'ancienne cour telles que : colonel général de rinfanterie, des dragons, des chasseurs, des suisses, etc. . . Ces emplois revenaient naturellement aux princes et aux émigrés qui prenaient ainsi la place des officiers généraux de l'Empire. On en dédommagea les anciens titulaires en leur conférant le titre d'inspecteurs généraux de leur arme et nous verrons bientôt Claparède bénéficier de cette disposition.
Mais pour le moment notre général, se trouvant dans la position de disponibilité, faisait des démarches en vue d'obtenir un commandement. Le 13 juin (1), il sollicitait du ministre la faveur d'être employé à Paris où, disait-il, il était domicilié depuis dix ans(2). Le 21, il renouvelait sa demande en rappelant sa lettre précédente et en représentant que le général Maison accepterait avec plaisir de l'avoir sous ses ordres. Mais il n'existait dans la 1" division militaire qu'une seule division d'infanterie formée des quatre régiments du roi et commandée par le général Ledru des Essarts (3). On en créa une seconde pour Claparède que recommandaient chaudement ses anciens chefs, les maréchaux Ney, Oudinot,GouvionSaint-GyretlegénéralDessolle(4).
Cette division se composait des deux brigades Pelleport et Bauduii\ comprenant les 3P et 54*^ régiments deligne, les 12** et 15* régiments
(1) Leitro dd Claparède à S. E. le comte Dupont, miDistre de la guerre.
(2) Sa lettre porte comme adresse : rue d^ Anjou Saint- Honoré, n<* 4.
(3) Rapport fait au ministre par le chef de bureau du personnel, le 30 juin 1814. (Archives administratives.)
(4) Voir aux pièces justificatives ces lettres élogieuses de recommandation.
d'infanterie légère ; notre général en prit le commandement à la date du 23 juillet (1).
Mais là ne devaient pas s'arrêter les faveurs du nouveau gouvernement. Le vieux serviteur de la République et de TEmpire, particulièrement bien accueilli par les Bourbons, était appelé à recevoir de nouveaux témoignages de la libéralité royale.
Déjà, par ordonnance du 8 juillet, il avait été nommé chevalier de Saint-Louis. Lorsque la Restauration supprima les ordres étrangers, leurs titulaires reçurent de Tavancement dans la Légion d'honneur. L'ordre de la Réunion, maintenu tout d'abord, avait été supprimé ensuite (2) . Glaparède, qui en portait la grand' croix, reçut comme compensation le grand cordon de la Légion d'honneur qu'il avait du reste bien gagné (17 janvier 1815).
L'année suivante, une ordonnance royale du 23 juin le confirmait dans son titre de comte .
Glaparède avait embrassé franchement la
(1) Lettre du ministre de la guerre au lieutenant-général comte Glaparède.
(2) On n^en trouve plus de trace dans l'Aimanach royal de 1815.
thy-:^ deh BoorboDs. Plein d'âdminiâoii pour i'Efri^vereor, mais lui ayant éié sospect p«daiit i ju^ei^ps comme tous ceux qui aiwent servi dans l*élai4najor de Morean, il crai* gfïil peut^tre, lors da retour de l^ile d^Elbe, que Napoléon, hanté par les souvenirs dn passé, irappréciâl pas justement sesnon^eanx services. Aussi, lorsque dans ces jours difficiles, un prince du sang fil appel à Texpérience du général, celui-ci répondit en toute simplicité : c Votre Altesse connaît mon dévouement sans bornes pour le roi et pour son auguste famille. Je serai toujours prêt à donner de nouvelles preuves des sentiments qui m'animent (1)». On lui confia le commandement des troupes qui devaient se rassembler à Melun sous les ordres du duc de Berry, mais Louis XVIII s'étant précipitamment retiré à l'approche de Napoléon, Claparède n'eut qu'à laisser faire les événements. Fidèle à des princes dont il avait reçu naguère le meilleur accueil, il se tint complètement à l'écart pendant les Gentgours.
Cette attitude lui valut, lors de la seconde Restauration, de nouvelles faveurs. Il était
(1) Lettre de Ciaparôde à S. A. R. le duc de Berry (8 mari 1815).
choisi le 15 juillet 1815 comme commandant de la place de Paris et du département de la Seine (1). Il s'installa aussitôt place Vendôme,, mais il n'y resta que quelques mois, car ce poste de choix ne devait pas être occupié régulièrement par un lieutenant-général. Lorsqu'on le releva de ses fonctions (2), Louis XVIII lui faisait écrire par le ministre de la guerre : a Le roi désire que le commandement de la place de Paris soit donné de nouveau à un maréchal de camp. Mais Sa Majesté, pour vous donner un nouveau témoignage de sa satisfaction, vous nomme au commandement de la 2'' division militaire, dont la position exige dans les circonstances actuelles un officier général dont le dévouement et Texpérience soient connus. . . Sa Majesté ne doute pas que le zèle que vous montrerez pour son service ne justifie sa confiance (3) ».
Toutefois la présence des Alliés dans le
(1) Lettre du duc de Feltre, ministre de la guerre au^ lieutenant-général Claparède.
(2) Claparède était remplacé par le comte de Rochechouart. — Voir à ce sujet : Souvenirs sur la Révolution^ l'Empire et la Restauration ^ par le général comte de Rochechouart.
(3) Lettre du ministre de la guerre à Claparède (17 octobre).
département de la Marne fait ajourner ces dispositions (1). Quelques jours après, Glaparède est invité à rester à Paris et il reçoit en même temps sa nomination d'inspecteur général d'infanterie de la V" division militaire (2) : « Ordre est donné aux généraux, aux officiers d'état-major, de l'artillerie et du génie, aux inspecteurs aux revues, aux commissaires ordonnateurs et ordinaires des guerres, aux commandants des corps de troupe de le reconnaître en cette qualité (3) ». Cette haute situation .allait révéler en Glaparède une grande loyauté de caractère et lui permettre de donner des preuves de dévouement et d'amitié à ses anciens compagnons d'armes, en mettant à leur disposition toute son influence.
Lorsque le gouvernement de la Restauration
(1) Le siège de la 2® division militaire était à.Chàlonssur-Marne. Ce terme de division s'appliquait à un fractionnement territorial dans le genre du corps d'armée actuel et comprenait le commandement des troupes situées dans ce territoire. Ainsi, en 1814, la l'« division militaire était formée de 2 divisions d'infanterie commandées par les généraux Ledru des Essarts et Glaparède et d'une division de cavalerie commandée par le général Pajol.
(2) Glaparède est informé le 29 octobre qu'il est nommé par ordre du 18 (Lettre du ministre).
(3) Termes contenus dans la lettre de service (29 octobre 1815).
voulut faire juger le maréchal Ney, coupable d'avoir trahi la cause du roi, on constitua d'abord iin tribunal militaire. Plusieurs officiers généraux de l'Empire, par un sentiment de délicatesse facile à comprendre, refusèrent d'y siéger. Claparède, que ses fonctions d'inspecteur dans la capitale désignaient tout naturellement comme membre du conseil de guerre, vit dans son acceptation non seulement un devoir à remplir, mais encore un moyen de se dévouer pour sauver la tête du maréchal (1). Le conseil se réunit le 9 novembre dans la grande salle des assises du Palais de Justice. Le lendemain, il se déclarait incompétent.
Voici ce que rapporte à ce sujet le général comte de Rochechouart dans ses Souvenirs :
« Les avocats du maréchal Ney avaient plaidé l'incompétence : le titre de maréchal n'est pas un grade, disaient-ils, mais une dignité. La personne qui en est revêtue n'est justiciable que de la Chambre des Pairs ; elle seule peut connaître des actes imputés à ce haut dignitaire de la couronne et le juger. »
(1) Composition du conseil de guerre: Les quatre maréchaux Jourdan, Masséna, Augereau, Mortier et les lieutenants généraux Gazan, Claparède et Villate, juges ; le commissaire Grundler, rapporteur, et M. Boudin, greffier (Moniteur unioersel du 8 novembre 1815).
L'opinion des deux émiuents avocats , MM. Dupin aîné et Berryer père, conta la vie à celui qu'ils voulaient défendre. Les quatre maréchaux de France et deux des généraux faisant partie du Conseil de guerre avaient plus ou moins mal agi envers le roi ; ils étaient donc à peu près aussi coupables que l'accusé.
Le général Glaparède me dit : « Je puis <c vous affirmer que la majorité du conseil est a pour l'acquittement ; les avocats du maréchal ce sont des fous ou des imbéciles d'avoir soulevé « cette question d'incompétence, à laquelle a personne ne songeait. » En effet, cinq juges sur sept s'empressèrent de se déclarer incompétents, heureux de se retirer du guêpier où ils avaient été jetés, soi-disant par la volonté du roi, en réalité par l'infernal savoir-faire de Fouché, uni à l'astuce du prince de Talleyrand » (1).
Parmi les deux membres qui n'avaient pas voulu voter l'incompétence, se trouvait Glaparède. Mieux valait selon lui poursuivre la cause, afin de pouvoir prononcer l'acquittement (2). Mais sa voix ne fut pas entendue et,
(1) Souvenirs sur la Révolution, l'Empire et la Restauration, par le général comte de Rochechouart.
(2) Voir : Le maréchal Ney, par Henri Welschinger.
ce que tout le monde prévoyait, arriva. La Chambre des Pairs, qui n'avait pas les mêmes raisons de s'apitoyer sur le sort de l'accusé, le condamna à la peine de mort. Notre général, dont la conduite dans cette affaire aurait pu être mal jugée en haut lieu, n'en reçut pas moins, quelques jours après, le titre de gouverneur du château royal de Strasbourg ; il remplaçait le général Molitor, à qui le roi avait cru devoir retirer cette marque de confiance (1).
Les faveurs succédaient ainsi aux faveurs ; mais il faut le reconnaître, celui qui en bénéficiait ne poussait pas la reconnaissance, comme tant d'autres à cette époque, jusqu'au point de trahir l'amitié et d'oublier les devoirs imposés par la plus vulgaire justice. Glaparède profita au contraire de sa position exceptionnelle et de son influence pour rendre service à ses amis et adoucir le sort d'un grand nombre d'entre eux. Très libéral au point de vue politique, ses efforts tendaient sans cesse à tempérer l'opposition des uns, à
(1) Voir aux pièces justificatives le rapport au roi (13 novembre 1815). (Archives nationales 0.533 n® 265.—* Titre honorifique rapportant 20.000 francs par an et qui n'empêchait pas Claparède de rester à Paris.)
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rapprocher les autres du pouvoir. « Tout ce qu'il avait d'énergie dans le caractère fut employé à relever les officiers de Tancienne armée, de la disgrâce où ils étaient tombés.
Le nombre des officiers en demi-solde qu'il fit rappeler à l'activité est immense. Il ne cessa de réclamer contre les réformes imméritées, contre l'oubli des anciens services ; en un mot il fit tout ce qui était en son pouvoir pour soustraire la distribution des grades à l'influence des considérations politiques et de l'esprit de parti. Les faveurs qui l'attachaient au gouvernement de la Restauration ne lui firent oublier aucun de ses anciens compagnons d'armes, sous quelque drapeau qu'ils se fussent rangés. Glausel, proscrit, eut des preuves de son dévouement et plus d'une fois sa voix se fit entendre en faveur d'hommes qu'il pouvait y avoir alors quelque courage à défendre » (1).
Mais, afin de ne pas laisser croire que les liens de la parenté ont pu seuls inspirer ces paroles flatteuses, il est bon^ pensons-nous, d'invoquer d'autres témoignages.
(1) Notice sur le général Claparède, par son neveu le président Claparède.
Le Moniteur du 31 mai 18i8, racontant tes obsèques du prince de Gondé à Saint-Denis, s'exprime ainsi :
« Dans la cérémonie funèbre du 26 de ce mois, on a remarqué avec un vif intérêt M. l'inspecteur général d'infanterie comle Glapai'ède, marchant à pied à la lête de 7 ou 800 ofiiciers de tous grades en non-activité, et ne voulant point se séparer en cette circonstance de ses braves compagnons d'armes. »
En outre, dans une notice publiée à Paris l'année même de la mort du général, nous trouvons textuellement ceci :
« Il est une justice que nous nous faisons un plaisir de rendre au général Glaparède, sûrs que nous sommes de n'être démentis par personne, c'esî que, dans les hautes fonctions militaires qu'il remplit sous la Restauration, il n'usa jamais de son influence, qui était très grande, que pour adoucir le sort de ses anciens camarades et que, chaque lois que l'occasion se présenta de leur être utile, il s'empressa de la saisir, heureux de pouvoir donner à ceux qui avaient souffert, qui avaient combattu, qui s'étaient illustrés avec lui, ce
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témoignage de bon souvenir et de noble fraternité » (1).
Aussi voyons-nous les amis du général mettre à contribution son obligeance. Ecoutons ce que lui écrit le général Lamarque :
« On ne m'a pas laissé ignorer toutes les démarches que vous avez eu la bonté de faire pour mon fils. Soyez bien convaincu de ma reconnaissance; elle est aussi vive que si vous aviez réussi. Vous n'êtes pas homme à vous décourager et une nouvelle attaque enlèvera ce poste si difficile à forcer ; je compte sur vous et sur vous seul.
(( Pourriez-vous, en attendant, m'aider à désarmer le malheur qui s'attache à moi et qui, sous tous les régimes, me choisit pour victime? Ce sera peut-être un moyen d'être dans la suite plus utile à mon fils ; c'est mon unique ambition, car j'ai été trop ballotté, trop mutilé, pour former aucun projet, pour conserver môme aucune espérance, aucune illusion ! »
(Suit une demande en vue d'obtenir la grand'croix de la Légion d'honneur, en rem-
(1) Notice biographique sur la vie et les travaux de M. le comte Claparède. Bureaux de la Renommée, rue Notre-Dame-des-Victoires, 14 (Bibliothèque Nationale, L 27-4365).
DERNIÈRES ANNàBS 371
placement des ordres étrangers perdus.) Puis il ajoute :
a Vous sentez, mon cher général, que c'est une faveur que je sollicite et non un droit que je réclame. Aussi est-ce à votre amitié et à la bienveillance du ministre que je m'adresse.
a Si cette démarche vous contrarie en rien, ne la faites pas, car c'est plutôt une saillie qu'un désir formel. Je voudrais cependant voir s'effacer le souvenir de mes malheurs, les stigmates des longs jours de l'exil.
« Adieu, mon cher Claparède, il me tarde d'être à Paris pour vous remercier de vive voix de tout ce que vous avez fait et vous assurer que j'apprécie les nouveaux droits que vous ajoutez à notre vieille amitié (1) ».
Disons encore que le dévouement du général ne s'arrêtait pas à de simples démarches. Sa générosité le portait à aider de ses deniers ceux de ses anciens camarades qui étaient dans le besoin. Aucun d'entre eux n'a jamais frappé en vain à sa porte.
En 1818, Claparède fait partie du comité chargé de décider quels sont les capitaines que leurs services et leurs connaissances ren-
(1) Lettre écrite de Saînt-Sever, le 7 octobre 1829 •(Documents de famille).
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dent susceptibles de concourir à la formation du corps d'état-major (1). On sait que ce corps avait été créé par le maréchal Gouvion- Saint-Cyr, alors ministre de la guerre.
Dans le cours de cette même année, Glaparède se voit confirmer son titre d'inspecteur général, mais il cesse d'avoir des fonctions temporaires et devient, en vertu d'une décision royale du 21 janvier, inspecteur général permanent (2).
Quelque temps après, lorsque Louis XVIII fait ce qu'on appelait en style parlementaire une fournée de pairs, Glaparède est compris dans cette grande promotion du 5 mars 1819, où figurent également Suchet, Mortier, Lefebvre, Beillard, Ghaptal, Daru, Lacépède. Les nouveaux élus dont le nombre s'élevait à 59, a appartenaient à l'opinion libérale modérée, et presque tous avaient figuré avec honneur sur les champs de bataille ou dans les conseils de l'Empire. Ge fut une sorte de coup d'État qui changea violemment la majorité de la Chambre héréditaire et assura au ministère,
(1) Les membres de ce comité étaient les généraux Glaparède, Rogniat, Defrance et Lacoste {Moniteur Unù versel du 8 octobre 1818).
(2) Lettre du ministre au lieutenant-général Clapa» rède (28 janvier 1818). i
présidé par M. Decazes, l'appui des votes de la pairie » (1).
Il était expressément dérogé en faveur des nouveaux pairs à la disposition de Tarticlf^ P"" de Tordonnance royale du 25 août 1817, concernant la formation des majorais. Néanmoins ceux qui voulaient rendre la pairie héréditaire dans leur famille étaient tenus d'en instituer un, au titre qui leur serait conféré par des lettres patentes.
Parmi les élus du 5 mars, trente- neuf, au nombre desquels se trouvait Glaparède, avaient poursuivi leur admission immédiate et jus-»
tifié qu'ils avaient l'âge requis pour prendre séance et obtenir voix délibérative dans la Chambre. Ils furent reçus le 13 du même mois. Toutefois la réception en bloc n'étant pas prévue, on procéda de la façon accoutumée. La cérémonie avait un caractère imposant. Deux pairs désignés par le Président allaient au devant du récipiendaire et rentraient avec lui dans la salle, précédés de deux huissiers. Le nouveau pair s'arrêtait au milieu du parquet et, debout en face du bureau, prêtait le serment en ces termes : « Je jure d'être fidèle au
(1) Gabourd ; Histoire de France^ t. XX, page 414,
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roi, d'obéir à la Charte constitutionnelle et aux lois du royaume et de me conduire en tout comme il appartient à un bon et loyal pair de France » (1).
La question du majorât fut facilement tranchée en ce qui concernait Glaparède. Il reçut du roi une dotation de 12.000 francs compensant en quelque sorte celle qui lui avait été accordée autrefois sur les biens de Westphalie 6t qui avait disparu avec l'Empire. Il fit partie à la Chambre des Pairs du groupe des Constitutionnels et s'occupa spécialement de questions militaires.
Vers la fin de Tannée 1820, on parlait de lui pour le commandement d'une division de la garde royale. Le général pensa qu'il ne serait pas à sa place, si on réalisait ce projet.
Il écrivit aussitôt au duc de Richelieu, président du conseil des ministres. Sa lettre, qui nous révèle une grande loyauté de caractère, mérite d'être citée comme un vrai modèle du genre.
Nous n'hésitons pas à la donner en son entier :
« Monseigneur, partant demain pour l'orga-
(1) Voir à ce sujet le Moniteur universel (Compte •rendu de la séance du 13 mars).
nisation qui m'est confiée, les bontés de Votre Excellence me font éprouver le besoin de m'épancher avec elle.
« Il ne m'appartient pas de préjuger l'avenir, et je dois dire avant toute chose que je serai toujours prêt à exécuter les ordres du roi, quels qu'ils soient.
« On parle beaucoup du successeur du général Lauriston pour le commandement de la !'• division de la garde royale, et mon nom figure parmi ceux qu'on désigne dans lepublic. Je suis loin d'avoir cette prétention et il est probable qu'on nepense pas à moi. Cependant, si cela était, je dois faire connaître à Votre Excellence, par suite des sentiments qui m'animent, que cette faveur diminuerait mes moyens d'utilité envers le gouvernement.
« Beaucoup de généraux sont propres à commander une troupe superbe et bien organisée; à la suite des événements qui ont eu lieu, tous ne le sont pas également à exercer de l'influence sur les officiers de l'ancienne et de la nouvelle armée, sur les corps qui se succèdent à Paris, etc., etc. Je ne suis pas plus disposé à pousser trop loin la vanité que la modestie, mais j'ai les plus fortes raisons pour vous dire, monsieur le duc, qu'un homme entièrement
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sûr et jouissant de quelque estime est indispensable ici et qu'en plusieurs circonstances, j'ai été beaucoup plus utile qu'on ne le pense.
(c Je n'ai qu'une ambition : celle de donner de nouvelles preuves de mon dévouement absolu pour le service du roi et pour sa. personne, mais rappelez-vous, Monseigneur, qu'il n'y a pas un seul mot dans ma lettre qui ne soit fondé.
(c J'espère que Votre Excellence ne verra dans ma démarche que l'expression de la loyauté et du désintéressement qui ont toujours dirigé mes actions, et je la prie d'agréer avec bonté l'hommage de mon respect (1). »
Sur Toriginal de cette lettre, le duc de Richelieu avait mis en marge : « Lui écrire une lettre très obligeante pour le remercier de cette franchise ».
Voici, en effet, la réponse qui lui fut adressée :
'< J'ai reçu, Monsieur le comte, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire avant votre départ de Paris, et je m'empresse de vous remercier de la franchise avec laquelle vous
(1) Lettre de Claparède à S. Ë. le duc de Richelieu, président du Conseil des ministres (14 novembre 1820).
VOUS exprimez avec moi au sujet du commandement de la 1" division de la garde royale.
(( J'apprécie, Monsieur le comte, le dévouement que vous montrez en refusantde vous mettre sur les rangs parce que vous croyez que vous serez plus utile dans d'autres fonctions. Ce procédé n'a rien qui m'étonne de votre part, mais je n'en sens pas moins l'obligation de vous féliciter d'un pareil désintéressement.
« Croyez, Monsieur le comte, que Ton recherchera toutes les occasions de vous être utile et de vousemployer pour le bien du service du roi, sans nuire à vos intérêts particuliers (1)».
Revenons maintenant aux fonctions d'inspecteur général.
Ces fonctions, Claparède les exerçait depuis
le 19 novembre 1815, et nous avons vu que
trois ans plus tard on les avait rendues
permanentes. C'était là en somme créer un
privilège. Or, l'ordonnance du 31 mars 1820
réglait par un mode uniforme les inspections générales des troupes de toutes armes, les
(1) Lettré du duc de Richelieu à M. le lieutenantgénéral comte Claparède, Inspecteur général d*infanterie (19 novembre 1820).
L'original de la lettre de Claparède ainsi que de la réponse du du0 de Richelieu se trouve aux Archives Nationales (Dossier AA — 14 — 642. Section judiciaire).
limitait à une certaine période de Tannée et n'établissait aucune exception, même pour la garde royale.
On voulut alors restreindre les prérogatives du général. Mais celui-ci n'était pas homme à supporter sans rien dire une atteinte quelconque à ses droits. Il adressa une première réclamation (1) à la suite de laquelle il lui fut répondu que l'inspection des troupes de la 1" division militaire lui serait réservée et que ses dépenses de séjour dans la capitale étant nécessairement plus considérables qu'ailleurs, il lui serait alloué 4,000 fr. d'indemnité au lieu de 2,000 accordés aux autres inspecteurs (2). Cette décision, qui ne le rétablissait pas à titre permanent dans ses fonctions, ne pouvait pas le satisfaire. Il protesta de nouveau avec la dernière énergie et écrivit au maréchal Victor :
a Monsieur le maréchal, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire hier n'est pas d'accord avec ce que vous aviez eu la bonté
(1) Lettre de Claparède au maréchal duc de BeUune, ministre de la guerre (27 décembre 1821).
(2) Note ajoutée par le ministre à une lettre écrite à Claparède par le directeur du Personnel (26 janvier 18225.
de me dire et avec ce qui était convenu avec M. le directeur général du Personnel ; enîîn, au lieu de rectifier l'atteinte portée à mon inspection contre laquelle j'ai réclamé et après quoi on m'a fait remplir les mêmes fonctions de permanence, Votre Excellence semblerait vouloir changer ma situation actuelle qui est consacrée par cinquante lettres du ministre, par Finspection des vétérans que je fais en ce moment, par le budget de 1822 et par le dernier tarif. Je joins ici l'extrait de plusieurs de ces lettres toutes postérieures à Tordonnance du 31 mars 1820 (1).
cf Je dois aussi vous faire connaître que rien au monde ne pourrait me faire composer avec la dignité de mon caractère, et que je regarderais comme la perte de votre confiance 1 eloignementoù vous me mettriez des troupes pendant une partie de Tannée.
c( J'attends impatiemment, quoiqu'avec confiance, les ordres de Votre Excellence (2) ».
(1) Claparède prétend que cette ordonnance n'a pas annulé celle du 21 janvier 1818 qui Ta nommé inspecteur général permanent et c'est sur cette raison que le ministre s'est basé pour prononcer son maintien.
(2) Lettre de Claparède au ministre (27 janvier 1822).
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Celte nouvelle réclamation produisit son effet. Le duc de Bellune ordonna de l'examiner avec la plus sérieuse attention. Le rapport qui fut fait à ce sujet peut se résumer ainsi : L'ordonnance du 31 mars ne prescrit aucune disposition contraire à la décision royale du 21 janvier 1818 en vertu de laquelle M. le lieutenant-général Claparède a reçu le titre et exerce les fonctions d'inspecteur général permanent d'infanterie; il ne pourrait donc en être privé que par une nouvelle décision du roi (1).
En conséquence, Claparède continua ses inspections comme par le passé ; il avait obtenu gain de cause. En le lui annonçant, le maréchal Victor ajoutait : « Je désire, Monsieur le comte, que vous trouviez, dans les dispositions prises à votre égard, le témoignage de la satisfaction du roi pour le zèle et le dévouement dont vous avez constamment donné des preuves » (2).
Dans la suite, les pouvoirs de Claparède ne furent plus contestés. Si sa haute situation, le mettait en relation constante avec les officiers
(1) Rapport fait au ministre le 8 février 1822.
(2) Lettre du duc de Bellune au lieutenant-génértl Claparède (10 février 1822). •
les plus éminents de rancienne et de la nouvelle armée, il comptait aussi de nombreux amis parmi les hommes politiques les plus remarquables de son temps. M. de Marlignac en particulier le tenait en très haute estime. Lorsqu'on décida Tenvoi d'un corps de troupes françaises dans la presqu'île de Morée, où les Turcs et les Egyptiens se livraient à d'épouvantables massacres, cet homme d'Etat se trouvait au pouvoir (1).
li offrit à son ami le commandement en chef de cette expédition avec promesse du bâton de maréchal à son retour. Glaparède ne crut pas devoir accepter. Se défiait-il de lui-même après quinze ans passés loin des champs de bataille? ne se sentait-il plus assez fort avec l'âge pour supporter le poids des responsabilités? son amour de la guerre s'était-il refroidi? C'est ce que nous ne pouvons savoir; mais il est fort regrettable qu'il ait laissé échapper une si belle occasion de couronner une carrière militaire déjà si bien remplie, en
(1) Le ministère qui succéda à celui de de ViUôle n'eut point de président du conseil ; mais M. de Martignac y joua un rôle si important comme ministre de l'intérieur que son nom est resté au cabinet dont il faisait partie (janvier-août 1829).
ajoutant à tous ses titres, celui de maréchal de France (1).
Sans chercher à approfondir les raisons de ce refus, raisons sans cloute très louables, passons tout de suite aux évéaements de 1830.
A cette époque, le parti libéral faisait une violente opposition au gouvernement de Charles X. Le roi, d'après la Charte, avait le droit de nommer ses ministres sans aucun contrôle, mais on voulut Tobliger à choisir un ministère dans le sein de la majorité. Après l'adresse des 221, la Chambre fut dissoute et de nouvelles élections eurent lieu.
Claparède, nommé président du grand collège électoral de THérault, était rendu le 26 juin à Montpellier. Sa nomination fut accueillie avec une vive satisfaction par les habitants du département. Les circonstances rendaient sa mission très délicate ; il sut néanmoins s'en acquitter avec tant de sagesse et de prudence qu'il se concilia tous les esprits.
A l'ouverture de la première séance, le
(1) '"'«parède n'avait alors que 58 ans et était très \^' S Le général Maison qui le remplaça fut en
eti .^maréchal à son retour. Parti le 17 août 1828, il
renti jh France en avril 1829.
général prononça un discours empreint de la plus grande modération et dont voici le texte:
a Messieurs, le Roi a daigné m'appeler à l'honneur de vous présider. J'ai accepté avec respect cette faveur inattendue et je me suis trouvé heureux d'avoir à remplir un devoir, qui, aprés.un long éloignement, me ramène dans une contrée à laquelle m'attachent tant d'affections et tant de souvenirs. Ce devoir, Messieurs, se présente à mes yeux tellement simple et facile qu'il n'a pas dû effrayer, un instant l'inexpérience d'un soldat.
« Veiller à ce que Timportante opération à laquelle vous allez vous livrer s'exécute avec ordre et sécurité ; protéger la liberté de vos suffrages et assurer l'observation des lois qui vous la garantissent, telle est ma mission ; elle ne peut avoir rien de pénible ni d'embarrassant .
(( Je n'ai pas besoin de vous rappeler tout ce qu'il y a de grave et de sérieux dans les conséquences de celle que vous allez remplir vousmêmes. Qui de vous ne le sait déjà? Qui de vous de comprend l'influence que peuvent avoir vos choix sur le repos de son p? "'^v sa sécurité personnelle, sur notre avr at
entier? Quand je vous parlerais de la conservation de la prérogative royale comme de la plus sûre garantie de nos libertés, et que je vous représenterais le maintien de la Charte comme le gage le plus rassurant de la stabilité du trône légitime ; quand je vous dirais qu'il y va de l'intérêt de tous de porter vos suffrages sur des hommes chez qui se trouvent réunis le dévouement et l'attachement le plus sincère pour nos institutions ; que cette pensée salutaire doit présider et présider seule à nos travaux ; qu'il faut en écarter les passions et l'esprit de parti, je ne ferais qu'exprimer faiblement ce qui est écrit dans tous vos cœurs, ce qui avertit et éclaire toutes vos consciences.
« J'aime mieux m'en remettre à vous-mêmes, Messieurs, à vos souvenirs, à votre raison, à vos serments, et je suis sûr d'avance que le compte que j'aurai à rendre à Celui qui m'envoie, lui fera reconnaître dans mes braves compatriotes les vieux amis du Trône et de la Patrie. ».
Un journal local, en rapportant ces paroles, les faisait suivre des réflexions suivantes :
« Ce discours, dont les premières phrases ont été prononcées avec une émotion pénétrante, a produit la plus heureuse impression.
On y a reconnu la franchise toute militaire et la loyauté si souvent éprouvée du général Claparède. Les sentiments qu'il exprime sont ceux que professent tous les vrais amis du roi et de la France, et Ton a pu se convaincre par la manière dont il s'est acquitté de la haute mission qui lui a été confiée que ces paroles étaient sincères lorsqu'il plaçait le respect pour la Charte et les lois sur la même ligne que le dévouement au Roi et à sa dynastie.
Tout ce que la liberté des votes et Tobservation des convenances les plus délicates pouvait exiger, il a su l'allier avec lé maintien' des droits et de la dignité de ses fonctions. Aussi tout s'est-il passé avec le plus grand ordre et la plus grande décence, et le président du Collège a dû trouver, dans les égards dont il a été entouré, la preuve des sentiments d'estime et de bienveillance que lui portent ses compatriotes (1) . »
Il ne dépendit pas de lui en effet que le nom d'un homme libéral ne sortît de l'urne à la place de celui d'un royaliste. On sait néanmoins que les élections ne donnèrent pas le résultat qu'on en attendait. Charles X
(l) Véridique du 6 juiUet 1830 (Journal montpeUiérain).
386 LE GÉNÉRA.L CLAPARÈOE
signa le 25 juillet les fameuses ordonnances qui amenèrent sa chute en déchaînant TinsuFFection (1).
La Révolution de 1830, qui consa<a'ait des principes pour lesquels le général Glaparède avait si longtemps combattu, Be pouvait le trouver au nombre de ses adversaires.
Il se rallia franchement à la nouvelle dynastie ; mais il mit dans son adhésion la réserve et la convenance que commandait le souvenir des hautes faveurs qu'il avait reçues de la dynastie déchue.
Il retrouva au faite des honneurs et du pouvoir d'illustres amitiés auxquelles il était resté fidèle dans leurs mauvais jours. Plus d'une fois il fut sollicité par elles de rentrer dans les hauts emplois de Tannée ; mais il ne prit d'autre part aux affaires publiques que celle que lui assignait sa qualité de pair de France » (2). Glaparède resta donc comme général dans la position de disponibilité. En 1835, au moment où il atteignait la limite d'âge fixée par
(1). Claparède proQta de son séjour à MontpeUier à l^occasion des élections pour aller jusqu'au pay^ natal, où il ne devait plus retourner.
(2) Notice pmbliée en 1842 à Montpellier dans le Courrier du Midi (journal de MontpeUier).
rofdonnaace du 5 avril 1832, on suspendit à son égard l'effet de cette ordonnance, mesure qui avait été prise déjà à l'égard d'autres géaéraux ayant commandé en chef. Par suite, au liea d'être mis alors à la retraite, il continua de compter dans le cadre d'activité.
Quelque temps après, la loi sur Tétat-major de l'armée (1) formait un cadre d'officiers généraux qui se divisait en deux sections : la première comprenant Y activité et la disponibilité, la deuxième la réserve. D'après le paragraphe 3 de l'article 5 de cette loi, étaient maintenus de droit dans la première section, sans limite d'àge^ les lieutenants-généraux qui avaient commandé en chef devant l'ennemi une armée ou un corps d'armée composé de plusieurs divisions de différentes armes. Cette disposition était applicable à Claparède qui, né le 28 août 1770, se serait trouvé sans cela, sous le rapport de son âge, dans le cas de passer à la réserve. La mesure d'exception dont il allait être l'objet reposait sur des certificats obtenus en 1814 et 1845 du prince de Nenchâtel et constatant que le général avait eu :
l*' Depuis le 10 novembre 1808 jusqu'au
45 janvier 1809, le commandement en chef des troupes stationnées dans la province de Valladolid (1) ;
T Depuis le 26. octobre 1810 jusqu'au 6 avril 1811, le commandement en chef des troupes stationnées dans les provinces de Salamanque, de Zamora et des places de Giudad-Rodrigo et d'AIméïda (2);
8° Depuis le 8 mars 1812 jusqu'au 28 novembre de la même année, le commandement en chef du corps d'armée des troupes polonaises au service de la France (3).
En vertu d'une ordonnance du 27 décembre 1839, Glaparèdeétaitmaintenu sans limited'âge dans la 1" section du cadre de Tétat-major général. C'était une juste récompense de ses services. Mais une semblable mesure, qui d'ordinaire annonce l'approche de la vieillesse, paraissait être au contraire pour lui la constatation de sa vigueur physique. Malgré ses blessures et ses nombreuses campagnes, son puissant organisme avait défié jusqu'alors le poids des ans. Il semblait même que les maladies et les infirmités ne dussent jamais
(1) Certificat délivré le 6 mars 1815.
(2) Certificat du 6 mars 1815.
(3) Certificat en date du 24 novembre 1814.
DERNIÈRES ANNÂBS 989
l'atteindre. Aucun signe extérjieur ne faisait prévoir une fin prochaîne.
Tout à coup, pendant F hiver de 1844, ta santé du général commença à s*altérer. Un catarrhe pulmonaire, d'abord sans gravité, prit bientôt, faute de soins, des proportions effrayantes et se transforma en maladie chronique. Les secours de la médecine, les eaux thermales, la constitution encore robuste du septuagénaire conjurèrent pour Tinstant le danger. L'hiver suivant, la toux revint plus opiniâtre. Une nouvelle saison au Mont-Dore procura quelque soulagement au malade . Se sentant mieux, mais ne se faisant toutefois aucune illusion sur son état, il ne craignit pas, avant de retourner à Paris, de braver les fatigues d'un long voyage.
Il voulut aller respirer Tair vivifiant du pays natal ; essayer d'en obtenir peut-être une guérison complète et revoir en même temps sa famille et ses vieux amis. Mais, à peine arrivé à Montpellier, une inflammation d'entrailles, développée à la suite de la maladie chronique, le ravit presque subitement à l'affection de ses proches, à l'estime de ses concitoyens. Il mourut le 23 octobre 1842 dans cette même ville où près de cin-
quante ans auparavant, plein d'enthousiasme, de jeunesse et d'ardeur, il était venu s'enrôler comme volontaire.
A l'occasion de ce triste événement, le général de Pire, commandant la 9* division militaire, écrivait au président Claparède :
« L'armée perd en votre oncle une de ses gloires, son nom se rattache aux plus célèbres victoires de l'Empire auxquelles il a contribué par ses talents et son courage. J'ai eu l'honneur d'en être souvent témoin et vous ne pouvez douter, Monsieur et cher Président, de l'empressement que je vais mettre à donner les ordres nécessaires pour que tous les honneurs qui lui sont dus à tant de titres lui soient scrupuleusement rendus par la garnison. »
Les funérailles du général Claparède eurent lieu dans la matinée du 25 octobre, au milieu d'une affluence considérable de peuple. Sa dépouille mortelle, escortée par toutes les notabilités militaires, ecclésiastiques, judiciaires, administratives et civiles fut conduite, avec tous les honneurs qui lui étaient dus, au cimetière de l'Hôpital général, où quelques familles privilégiées' obtenaient des concessions. C'est là que Claparède dort son
dernier sommeil, à côté des siens, dans une solitude située en pleine cité, mais où les bruits du dehors ne parviennent point. Une dalle de marbre, entourée d'une grille très simple, recouvre ses cendres. Sur la pierre est gravée cette inscription :
Ici repose :
Le Comte Michel Claparéde
Lieutenant-Géoéral
Pair de France
Grand'-Croix de la Légion d'Honneur
Grand*-Croix de Tordre de Saint-Louis
né à Gignac, le 28 août 1770 Mort à Montpellier, le 23 octobre 1842 (1).
(1) De son premier mariage avec Rébecca Teckelenbourg, le général Claparéde a eu deux filles :
1^ Marie-Camille, mariée en 1811 au baron Hallez. - Enfants issus de cette union : Amédée et Léonce ; le premier, inspecteur des finances, mort célibataire; le second, maître des requêtes au Conseil d'Etat et député du Bas-Rhin, marié à Pauline-Lavinie d^Arriule, fille du pair de France. — Les représentants de cette famille sont aujourd'hui : M"*^ la comtesse Hallez-Claparéde, née d'Arriule, et son fils, M. le comte Raymond Hallez- Claparède.
2^ Marie-Adeline, mariée en 1819 à M. Ernest Lafantan. — De ce mariage sont nés quatre enfants : un garçon, mort en 1842 à Tâge de 20 ans, et trois filles mariées : au marquis de Chennevières, au comte de Fontenay et à M. Prarond, homme de lettres.
De son second mariage avec M*« veuve Artau, morte le 13 avril 1820, le général n*a pas eu d'enfants.
89S LE gânAral claparéde
Nul ne s'arrête» en passant devant cette tombe, pour évoquer le souvenir de celui qni y repose. C'est le silence et Foubli après le» heures de gloire, de triomphe et de renommée.
Ainsi en est-il pour la plupart de ces grands hommes de guerre qui ont parcouru plusieurs fois TËurope avec nos armées victorieuses et ont contribué à répandre au loin le bon renom de la valeur française.
Mais, quoi qu'il advienne, en quelque lieu que leurs cendres soient dispersées, ces héros de la République et de FEmpire ne pourront pas être complètement oubliés. Leur nom, les exploits qu'ils ont accomplis, les batailles qu'ils ont remportées, resteront à jamais gravés sur ce monument grandiose (1)»
élevé au sein de la capitale, et qu'il sufât de regarder pour se sentir rempli d'enthousiasme et d'admiration.