CHAPITRE III
Claparède est rappelé pour conduire un détachement
DE CONSCRITS EN ItALIE. — MaRCHE CONTRE LES PlÉ-
MONTAïs. — Commandant militaire des places de Milan, Plaisance et Gênes. — PïIomu pour la seconde fois chef de bataillon. — notes données au com- MANDANT Claparède. — Le général More au est
désigné pour prendre le COMMANDEMENT DE l' ARMÉE
DU Rhin. — Il emmène Claparède comme adjoint a l'État-Major.
Depuis bientôt dix-huit mois, Claparède se reposait auprès des siens des fatigues d'une longue guerre. Mais quatre années de campagne avaient modifié son caractère et orienté définitivement ses aspirations vers, la carrière des armes. Aussi son éloignement des troupes lui pesait-il extrêmement, malgré les dou-
rx
ceurs qu'il goûtait au foyer domestique auprès de sa femme et de ses deux filles (1). On se battait sur d'autres théâtres, il devait marcher; tel était du moins son désir. La certitude de savoir que pendant son absence sa petite famille ne manquerait de rien, et Tétat présent de sa santé lui permettaient d'entretenir ces sentiments. Il n'attendait donc que le moment où on le rappellerait pour donner de nouvelles preuves de son dévouement à la patrie, et pour conquérir, avec de nouveaux lauriers, le rang auquel les ressources de son intelligence Tautorisaient à prétendre.
L'occasion ne tarda pas à se présenter. En ce moment les hostilités menaçaient de recommencer au delà des Alpes. Les rois de Naples et de Sardaigne nourrissaient l'espoir de soustraire leur pays au pouvoir des Français et de le replacer sous la puissance oligarchique ou monarchique de ses anciens maîtres. De son côté, depuis le traité de Gampo-Formio, l'Autriche, maîtresse du territoire vénitien, aspirait à reprendre la suprématie dans la vallée du Pô; en attendant, elle concentrait ses troupes sur les bords de l'Adriatique. Des menaces
|<, (1) Uainée était née en 1793, la seconde venait de
naître au mois de janvier 1798.
-T^v'.ir
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sourdes on pouvait passer d'un moment à Tautre àTattaque.
En présence de cette éventualité, le renforcement de l'effectif de nos armées dans la péninsule italique s'imposait, surtout dans la partie septentrionale où nos soldats, rassemblés sur le territoire de la f\épublique cisal-^ pine, étaient menacés de toutes parts.
Le 16 brumaire an VII (7 novembre 1798), un premier détachement de conscrits du département de THérault se rendit à l'armée d'Italie; il était conduit par Claparède, heureux de reprendre la vie des camps . Le capitaine de la 23°* demi-brigadé fut appelé à la réserve de Milan, commandée par le général Desselle.
Les troupes françaises de la Lombardie étaient alors placées sous le commandement en chef de Joubert.
A peine arrivé dans le Milanais, Claparède entra en campagne et se battit contre les Piémontais. Joubert avait reçu Tordre de s'emparer des Etats de Charles-Emmanuel IV, qui, sous prétexte de repousser les incursions des Liguriens, avait fait une levée de soldats considérable et menaçait de couper nos communications . A l'approche des troupes françaises, les Piémontais, après leur avoir
epposé une faible résistance, avaient battu en retraite et s'étaient portés sur Turin où les avaient suivis les divisions Montrichard, Victor et Dessolle. Le roi de Sardaigne, tout surpris de la rapidité de notre marche, dut renoncer à ses droits sur le Piémont, quitter sa capitale et se retirer dans les Etats Sardes. Le général en chef s'installa dans le palais du roi et les divisions regagnèrent les cantonnements qui leur avaient été affectés précédemment. La réserve de Milan, dont faisait partie le capitaine Glaparède, revint alors dans la Lombardie.
Cependant, dès les premiers jours de Tannée 1799, Joubert, contrarié dans ses vues par les agents du Directoire, demandait à être relevé de son commandement. Il quittait Tarmée d'Italie le 2 février. Le général Delmas d'abord, puis Sainte-Suzanne furent chargés de l'intérim. Enfin, le 12 mars, le successeur désigné, Schérer, arriva à Milan avec le titre de commandant en chef de l'armée d'Italie et de Naples. Mais déjà l'armée autrichienne exécutait derrière l'Adige des mouvements indiquant qu'elle était prête à une vigoureuse oiïensive.
Schérer eut à peine le temps de se recon-
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naître, de prendre ses dispositions et de diriger ses troupes vers le quadrilatère.
Glaparède ne prit aucune part aux opérations qui eurent lieu autour de Mantoue. Il resta à Milan comme commandant militaire de la place .
Il ne faut pas oublier en effet qu'il était toujours surnuméraire à la 23""' demi-brigade d'infanterie légère. Or, cette demi-brigade, provenant, comme nous l'avons vu, des éléments de la 18* bis, se trouvait dans les Alpes sous les ordres de Kellermann au moment de l'embrigadement de l'an IV, c'est-à-dire au moment où elle prit le numéro 23. Elle n'avait point participé à la campagne de 1796 et, pour le moment, elle occupait la Corse. Par conséquent Glaparède n'avait aucun commandement effectif. Cette situation explique le choix qui est fait de sa personne pour l'emploi dont il est investi .
Nous ne savons rien de positif sur son séjour à Milan. Quelque temps après, dès le mois d'avril 1799, nous le retrouvons avec les mêmes fonctions à Plaisance. Ici, la situation devient plus difficile. Les Autrichiens devant lesquels nous avons battu en retraite en repassant successivement le Mincio, la Ghièse
et rOglio, occupent une bonne partie du pays. Les Russes, conduits par Souvaroff, ont désertç leurs steppes lointains pour prêter main forte à la coalition ; déjà ils descendent des Alpes et feront bientôt leur entrée dans la capitale des Lombards (28 avril) . Il importe de surveiller attentivement le cours du Pô dans la direction» de Crémone, la vallée de TAdda et la route qui, par Borgo-San-Donnino se dirige vers Parme et Modène, afin de renseigner Tétat-maj or général sur les agissements deTennemi. Le capitaine Claparède fait exécuter journellement des reconnaissances par les troupes de la place; il expédie chaque jour rapports sur rapports ; en. un mot il exerce une surveillance constante et s'acquitte de ses fonctions au point de mériter les éloges de ses chefs .
Le général DessoUe, mis à la tête de Tétatmajor, lui écrit le 22 avril : a Je ne puis qu'applaudir au zèle et à l'exactitude que vous apportez à m'instruire de ce qui se passe dans le pays que vous commandez r> (1).
(1) Lettre du 3 floréal an Vil : au citoyen Claparède, capitaine à la 23« demi-brigade, commandant militaire de la place de Plaisance. (Registre de correspondance, n° 3). — Archives historiques.
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Mais bientôt Schérer, fatigué de ses insuccès, supplie à son tour le Directoire de lui donner un successeur; il a pris sur lui de retenir Moreau appelé à remplacer Jourdan sur le Rhin ; il le désigne comme le plus capable de sauver la situation. Cet appel est entendu et la direction des troupes passe en des mains plus habiles .
I.e général Dessolle conservait, auprès du nouveau commandant de Tarmée d'Italie, les fonctions de chef d'état-major. Il lui signala les services rendus par le capitaine C4laparède dans le commandement de la place de Plaisance et bientôt il le fit adme^ltre comme adjoint à Télat-major général (21 floréal an VII — 10 mai 1790) .
Le lendemain, Moreau lui confiait un poste plus important en lui donnant le commandement de la place de Gênes . Dans ces nouvelles fonctions, précédemment remplies par un chef de bataillon (1), le jeune capitaine allait faire preuve de tact, de discernement, de fermeté, ainsi que d'une activité peu ordinaire.
(l) Claparède remplaçait le chef de bataillon Lamartillière nommé chef de brigade et lui-même devait être remplacé par un chef de brigade, ce qui donne une idée de l'importance de ce commandement. — Voir p. j.
énéral Pérignon, dont il dépendait, dedonner les instructions nécessaires, et s attributions de son subordonné quant -apports avec les autorités liguriennes, police intérieure des Français dans la lont il était spécialement chargé. Son ! comportait en outre l'escorte des prirs, et pour cela quatre compagnies terie et deux escadrons de cavalerie mis à sa disposition (1); il devait s'enà ce sujet avec le chef de brigade Laière qui avait ces troupes sous ses immédiats.
ce moment^ les forces principales de 3, évaluées à une vingtaine de mille es, se rapprochaient des Apennins.
u, dont la position devenait très criles concentrait aux environs d'Alexanien résolu à tenir ferme jusqu'à l'arrivée •mée de Naples. Mais pour permettre à [d'effectuer sa jonction par la côte de literranée, il importait de conservera ?ix la capitale de la République ligu-
ttre du général Desaolle au citoyen Claparède, ndant la place de Gènes, datée du 15 messidor ^ it 1799). (Registre de correspondance n° 4.) — s liisioriques. — Voir p. j.
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Tienne, convoitée par le généralissime des Austro-Russes, et d'entretenir dans cette ville de grands approvisionnements. En conséquence, le général en chef prit des mesures très énergiques. Par un arrêté daté des premiers joursNde juillet, il prescrivit de faire sortir de Gênes tontes les bouches inutiles et d'interdire l'accès de la cité à quiconque n'appartiendrait pas à l'armée (1).
Claparède devait surveiller avec soin l'exécution de ces prescriptions et s^enlendre avec le consul français Belleville, afin de confier à la garde des troupes françaises les postes et les portes que l'on jugerait opportun de tenir, en vue du maintien de l'ordre. Ces dispositions mettaient sur les dents le petit nombre de soldats français réunis dans la ville. Il fallut toute l'énergie du commandant militaire de la place pour les empêcher de se soustraire, par des maladies simulées, à la décision du général en chef. Celui-ci avait alors son quartier général à Conégliano.
A l'occasion du 14 juillet 1799, Moreau
voulut récompenser quelques braves de son
(1) Copie de larrêté envoyé à Claparède par le général Dessolle le 21 messidor. (Registre de correspondance n» 4.) — Archives historiques.
50 LE GÉNÉRAL CLAPAitÈDE
armée en leur donnaot de l'avancement. Il ne pouvait oublier en celte circonstance le capitaine Claparède qu'il voyait fréquemment à l'œuvre, et auquel il avait fait parvenir plusieurs fois le témoignage de sa satisfaction. Du reste, sa situation de commandant de la place de Gênes le désignait tout naturellement pour le grade supérieur. Par décision du 26 messidoran VII, le capitaine de la 23° demibrigade d'infanterie légère était nommé chef de bataillon, et restait affecté à son ancien corps. Les titres qui lui ont valu de l'avancement figurent dans l'acte de nomination ; ils nous apprennent que cet avancement est « la récompense de ses talents militaires, de sa conduite distinguée et des services rendus par lui dans le commandement des places de Plaisance et de Gênes, qui lui a été successivement confié B (1). Cette nomination, faite en vertu d'une autorisation du gouvernement, n'était que provisoire ; elle devait être ratifiée par le Directoire exécutif, mais en attendant, le nouveau chef de bataillon était reconnu comme tel et jouissait de toutes les préroga-
(1) Brevet provisoire de nomination en date du2l sidor (14 jaillet). (Archives administratives.)
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