‹ Le général DagobertChapitre 85 sur 121 · A. Chuquet, Vexpédltion de Custi?ie · texte numérisé non relu

A. Chuquet, Vexpédltion de Custi?ie

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bestiaux en quantité. Les républicains pénétrèrent dans la cathédrale et ce fut le curé constitutionnel de Montlouis, Agusli, natif d'Urgel, qui enfonça la porte ^ Les clefs de la cité furent envoyées aux représentants Milhaud et Soubrany. (( Nous les gardons, dirent les deux conventionnels, pour entrer bientôt dans Urgel. »

Dagobert ne put faire davantage et, à la fin de la nuit, avant que le canon de la citadelle put le découvrir, il sortit de la ville. D'ailleurs il était malade de la fièvre, une fièvre très forte, une fièvre inexprimable, disait-il, qu'il avait gagnée en gravissant les pentes neigeuses de Montella. Le 10 avril, le jour même de son arrivée devant Urgel, il écrivait aux représentants que, si sa santé ne s'améliorait pas, il se replierait sur Puycerda, et il ajoutait qu'il ne pourrait sans doute s'emparer de la citadelle d'Urgel parce qu'il n'avait pas de grosse artillerie et que le pont de communication était coupé.

La retraite fut ordonnée. Elle s'exécuta lentement, en plein jour, remarque Dagobert, et dans le meilleur ordre et la plus belle contenance, à la barbe des ennemis qui se laissèrent enlever un convoi de cent cinquante mulets chargés de grains et qui n'osèrent même pas opérer une sortie pour inquiéter l'arrière-garde. Mais, comme d'habitude.

1. Ce curieux personnage, admis en 1791 au séminaire de Perpignan, a!)rès un facile examen, nommé curé de Montlouis à la place de Delcasso qui siégeait à la Convention, président du club de la ville, employé, dit-on, comme commissaire du pouvoir exécutif ou plutôt comme délégué des représentants, s'était fait nommer officier dans les miquelets et a|)rès la paix il revint à Montlouis reprendre ses fonctions ecclésiastiques au grand scandale des fidèles (Torreilles, Le clergé des Pyrénées-Orientales, p. 224 et 284.)

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cette marche rétrograde n'eut pas lieu sans dégâts et sans cruautés. Les mineurs coupèrent le pont du Sègre et mirent une journée à faire sauter le pont de la Bar bien qu'il ne fût formé que d'une arche de maçonnerie. Les soldats se livrèrent à tous les excès. Ils avaient à Urgel incendié la maison où logeait Saint-Hilaire, lacéré les tableaux de l'église à coups de sabre, foulé sous leurs pieds l'image du Christ et les reliquaires. D'Urgel à Bellver, ils brûlèrent et saccagèrent tout sur leur passage, des villages entiers, Montella, le Martinet, et ce fut à la lueur des flammes allumées par ses bataillons que Dagobert, toujours souffrant de la fièvre et porté sur une litière que le général Bonnet lui avait envoyée de Puycerda, remonta la Cerdagne espagnole. Le 13 avril il arrivait à Bellver d'où il datait son dernier bulletin, - ce bulletin que Barère appela le chant du cygne — et il signait son nom d'une main lourde et fatiguée, non plus avec une vigoureuse netteté, mais en traits heurtés, brouillés, presque informes.

11 ne croyait pas toutefois que sa fin fût prochaine et, comme ceux qui l'entouraient, il se persuadait qu'il avait l'âme chevillée dans le corps. S'il avait fait couper le pont du Sègre et sauter celui de la Bar, c'était pour ôter à l'ennemi les moyens de l'inquiéter désormais dans cette région et pour faire ailleurs, ainsi qu'il disait, des expéditions plus conséquentes. Il pensait que la neige qui couvrait encore les montagnes, retarderait les opérations ; mais ce temps ne serait pas perdu pour ses soldats qui continueraient à s'instruire; il attendait les troupes que Dugommier devait lui fournir et il pensait à la pointe hardie qu^il avait concertée avec

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Garrau et Carnot et qui serait sûrement un des plus brillants épisodes de la campag"ne. « Des soins et du repos, écrivait-il au Comité, me mettront à même de prouver combien je désire de contribuer par mes efforts au triomphe de la liberté. »

Le 15 avril il arrivait à Puycerda. On le coucha, on lui mit des vésicatoires à la nuque et aux cuisses. Ces remèdes ne firent aucun effet et le 18 avril, il expirait entre les bras de son aide de camp Caffarelli.

Y. Il n'avait que cinquante-sept ans lorsqu'il mourut, et déjà on le nommait le vieux Dagobert. Un de ses officiers, Peiroux, le jugeait plus que sexagénaire. Les représentants xMilhaud et Soubrany pensaient même qu'il n'avait pu résister aux fatigues à cause de son « âge avancé », et un historien de nos jours, Louis Blanc, intervertissant les chiffres, lui donne soixante-quinze ans et le qualifie d'intrépide vieillard. C'est ainsi que d'autres écrivains parlent du (( vieux » Dugommier qui n'avait pourtant que cinquante-cinq ans lorsqu'il tomba sous un boulet espagnol. Pourquoi ne disent-ils pas le « vieux » Dumouriez, puisqu'en 1793 le vainqueur

de Valmy et de Jemappes avait cinquante-quatre ans?

C'est, sans doute, que la plupart des généraux de la Révolution avaient à peine vingt-cinq ans lorsqu'ils furent mis à la tête des armées. C'est que Da-

1. Lettre de Caffarelli, 1er noréal an ii (a. D.). Cf. Dn-obert aux représentants, 10 et 13 avrH ; Charlet nu Comité, 21 août • Lamer au commandant de Perpignan, 30 juin (A. G.); Mon., 19 et - i avril ; Gazette de Madrid, n»» 34 et 3o ; Arteche, p. 3-^4-325 • Baumgarten, Gesch. Spanîens, p. 515; le récit de'Teste {Carnet de la Sabretache, 1906, p. 664) est très inexact

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gobert, affaibli par des blessures qui dataient de la guerre de Sept Ans et par les fatigues du métier militaire, semblait d'air et d'allure plus vieux qu'il n'était en réalité. Le jeune Marmont ne dit-il pas, à la date de 1796, que Serurier, alors dans sa cinquante-cinquième année, était fort avancé en âge, que c'était un vieux général, un homme vénérable?* Quoi qu'il en soit, la mort de Dagobert ruinait le grand dessein d'invasion qu'il avait conçu, ce dessein que Carnot approuvait, ce dessein qui, selon le mot de l'émigré Marcillac, aurait décidé du sort de la Catalogne. Sur la proposition de Carnot qui jugeait la perte de Dagobert irréparable, le Comité de salut public décida d' (( abandonner ce projet hardi. » -

Nombre de conventionnels exprimèrent les mêmes regrets que Carnot.

Les députés des Pyrénées-Orientales, Delcasso et iMontegut, déploraient la disparition de ce « généraux défenseur de la patrie » en disant qu'elle serait pleurée des vrais républicains et célébrée par les Espagnols qui le redoutaient.

Milhaud et Soubrany arrêtaient que le sabre de Dagobert appartiendrait au soldat de Parmée des Pyrénées Orientales qui se distinguerait le mieux dans la prochaine affaire : « C'est la patrie, c'est le peuple français qui offre cette récompense », et ils mandaient au Comité que la franchise du général, son courage héroïque, sa constance, sa fermeté dans les moments critiques, ses talents acquis par quarante années de services le faisaient regretter de tous.

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