‹ Le général DagobertChapitre 84 sur 121 · Cf. les Reconnaissances de la Cerdagne espagnole (A. G · texte numérisé non relu

Cf. les Reconnaissances de la Cerdagne espagnole (A. G

établi une redoute à Montella, transporté à Organya ses hôpitaux et à Castel-Ciudad les vivres et les munitions. Sa gauche était à Vilella et à Liés où il mit 150 soldats et 100 paysans commandés par Francisco Isern, son centre au Martinet où était une compagnie commandée par le lieutenant-colonel don Tomas Segura, sa droite à Montella où il y avait une garnison de 400 soldats et de 150 paysans commandée par le brigadier don Mateo Henriquez, lieutenant-colonel du régiment de la Reine. Il écrivit aux corrégidors de Vich, de Manrèse, de Cervera, de Lerida de se tenir prêts à le secourir avec leurs somatenes \

Comme l'année précédente, Dagobert devait s'emparer d'abord de Montella. Cette fois, il essaya de capturer la garnison. Il avait pour lieutenant le général Charlet, homme brave et expérimenté. (( Ses talents militaires, avait dit Turreau, et son patriotisme sont parfaitement connus ». C'est le Charlet, qui l'année suivante, assiégé dans Puycerda par La Cuesta, répondait aux sommations espagnoles par cette fière parole : « J'ai des bras et des nmnitions, l'honneur des armes françaises me ferme l'oreille », et on sait qu'il mourut d'un coup de feu à la tête en pénétrant à Loano dans les retranchements autrichiens.

Charlet disposait de quatre bataillons et d'une compagnie de miquelets, 2.000 hommes en tout. Il dut balayer le pays de Vilella à Liés et, après avoir refoulé la gauche des Espagnols, venir au pont de Rar leur couper le chemin d'Urgel.

1. Les Françiis les nommaient les « soumettants » (de même qu'ils nommaient Aguillana « la Guyane »). Cf. les Mém. de Dopl)et, p. 315 et 320 qui définit ainsi les somatenes : « habitants de la campagne sans uniforme. »

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URGEL

Le 8 avril, à 1 heure et demie du malin, Dagobert, avec 2 300 hommes, s'enfonçait dans hi vallée du Sègre et se dirigeait en silence au milieu de la neige vers Montella. Comme à son ordinaire, il allait au premier rang de Pavant-garde, le chef nu, les mains croisées derrière le dos, et il avoue qu'en cette circonstance, il se harassa tellement qu'il eut la nuit suivante mal de tète et mal de reins. Mais la marche de ses troupes fut si heureusement conduite qu'elles arrivèrent jusque sous le canon espagnol après avoir évité tous les postes avancés. A l'aube, Dagobert tombait sur les ennemis et leur enlevait, en un clin d'oeil, au pas de charge et aux cris de Vive la République cette position qui « paraissait inattaquable, inexpugnable », la redoute, le bourg, quatre pièces et trois cents fusils. Les Espagnols mirent en se sauvant le feu au magasin à poudre qui sauta dans l'instant où quatre artilleurs français y entraient ; l'un d'eux, nommé Maury, pria son officier d'écrire à sa mère qu'il mourait en brave garçon, le nom de la République sur les lèvres.

Si Charlet débouchait à temps au pont de la Bar, les Espagnols qui n'avaient que cette unique voie de retraite, étaient capturés jusqu'au dernier. Pas un seul homme, disait Dagobert, ne pouvait échapper. Mais il avait trop exigé de son lieutenant et lui-même reconnait que les quatre bataillons devaient cheminer toute la nuit. La marche de Charlet éprouva les retards qui de façon ou d'autre se produisent dans une troupe encore neuve et inexercée. Un de ses bataillons alla prendre à Bellver, à seize kilomètres de là, le pain qu'on avait négligé de lui donner à Belvis; un deuxième n'avait pas de

cartouches, et il fallut, pour lui distribuer celles des miquelets, arrêter la tête de la colonne; enfin une pièce longue de 2 dite suédoise fut apportée sans son pivot et on dut la laisser. Au lieu de partir à 7 heures du soir, la colonne ne s'ébranla donc qu'à minuit et demi. Trois miquelets lui servaient de guides; soit par maladresse, soit à cause de la pluie et d'un brouillard très épais, ils l'égarèrent plusieurs fois et la menèrent par de si grands détours qu'elle n'atteignit la Bastide, à quatre lieues du pont de Bar, qu'à 5 heures du matin. A la Bastide, Charlet rallia ses hommes un peu épars, et, après avoir mis à l'avant-garde les compagnies de chasseurs, marcha sur Vilella et Liés. Il s'empara de ces deux postes; il prit à Vilella trois canons et à Liés un millier de bœufs et de vaches, beaucoup de vivres, cinquante fusils, et il ne fut au pont de Bar qu'à 6 heures du soir.

Le lendemain, 10 avril, au matin, les Français se portèrent sur Urgel, Dagobert par le fond de la vallée et Charlet par la route que le maréchal de Noailles avait frayée sur le versant de la rive droite du Sègre: à midi, tous deux opéraient leur jonction sur la hauteur de Calvinya. au débouché du bassin ou de la « conque » d'Urgel. Le même jour Dugommier annonçait à l'armée des Pyrénées-Orientales les succès de l'armée de Cerdagne en ajoutant qu'il paierait avec usure la lettre de change que Dagobert tirait sur lui K Déjà Madrid s'effrayait. Dans le premier émoi, Saint-Hilaire, devinant le

1. Ordre du jour de Dugoimnier, 10 avril, il écrivait le 11 à Digobert presque dans les mêmes termes : « Nous avons appris ton glorieux début; tu nous as passés de vittsse, et je vais acquitter la lettre de change que tu as tirée sur nous. »

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dessein de Dagobert, écrivait que le général voulait sans doute recommencer la manœuvre du maréchal de Noailles en 1691, prendre Urgel, puis Camprodon et Ripoll, puis Girone, menacer de là Barcelone, et le roi Charles IV, s'écriant que les Français étaient favorisés par le diable, convoquait un Conseil d'Etat qui décidait que le duc de Castel- Franco viendrait d'Aragon au secours d'Urgel et qu'au risque d'exposer Collioure et Port-Yendres, l'armée du Roussillon enverrait des forces considérables vers Puycerda pour couper la re4.raite à Dao^obert.

IV. Urgel, dominé de tous cotés, est une ville ouverte et, dès le règne de Louis XIV, elle passait, selon l'expression du temps, pour une place de petite conséquence. Mais les Espagnols avaient établi trois fortins sur les trois ressauts de l'étroite bande de rochers qui longe au centre de la vallée, à neuf cent mètres d'Urgel, la rive droite du Balire et ils avaient coupé le pont de communication entre la ville et les trois fortins.

Dagobert n'avait ni équipage de pont ni artillerie de siège, et pourtant il savait par ses espions que depuis le mois d'octobre 1793 des pièces de gros calibre laissées à Urgel par le maréchal de Noailles avaient été montées sur affût et mises en batterie. Aussi, dans son mémoire au Comité, regardait-il comme « problématique » le succès d'une expédition contre Urgel, et on peut lui reprocher d'avoir agi, en avril 1794, un peu à la légère.

De même que Custine devant Mayence, Dagobert devant Urgel essaya de terrifier l'ennemi. Custine avait informé le gouverneur que si la ville ne se

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rendait pas, il l'emporterait à la pointe de l'épée K Dagobert fit remettre à Saint-IIilaire une sommation conçue en ces termes : « Le général français somme le commandant espagnol de se rendre/ sinon, lui et ses troupes s'exposent aux suites d'un assaut. » Mais Saint-Hilaire n'avait pas, comme Gymnich qui commandait à Mayence, Pâme timide. Il répliqua : « Le général espagnol répond au général français qu'il ne craint ni son ennemi ni ses menaces. »

Dépité, Dagobert fit mine d'attaquer la citadelle et de lui couper les communications avec les dépôts d'Organya. La troupe qu'il avait envoyée sur le chemin d'Organya, traversa le Balire en face de Calvmya, surprit la queue d'un convoi, gravit les hauteurs d'en Vinyes. Mais là, elle fut rudement repoussée.

La ville d'Urgel restait toutefois sans défense. Dagobert y entra la nuit suivante. La plupart des habitants s'étaient réfugiés dans la citadelle avec leurs effets les plus précieux. Ceux qui demeuraient, vinrent le prier de ne pas mettre le feu. Il leur répondit qu'il avait de puissantes raisons pour brûler Urgel, mais qu'eux avaient un moyen d'éviter l'incendie, c'était de verser cent mille livres au trésor de la République. Ils étaient en trop petit nombre pour payer une si grosse somme; ils donnèrent des otages qui garantiraient, disait Dagobert, la sûreté des patriotes que Ricardos avait fait saisir et incarcérer dans la dernière campagne.

La ville fut donc pillée. On enleva quatre cent charges de blé et de vin, des balles d'étoifes, des

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