‹ Le général de division comte de Martimprey. Avec sept planches hors texte et cinq cartesChapitre 22 sur 48 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Fautes oommifies vis-è-vis du peuple arabe. — Ses dispositions en i864. — Révolte des Ouled-Sidi-Cheikh. — Attitude du maréchal Pélissier. — Mort de Beauprêtre. — Soulèvement des tribus du Sud — Colonnes d'Alger et d'Oran. — RévoUe des Flitta. — Mort du maréchal Péliasier. — Martimprey gouverneur général par intérim. — Difficultés de la situation. — Son énergie, sa circulaûne. — Malveillance de la presse. — Mesures contre les Flitta. — Expédition du gouverneur. — Soumission des Flitta. — Apaisement du Sud. — Fin apparente de la révolte. — Voyage en France. — Décret du 7 juillet. — Reprise de Tinsurreotion. — Retour à Alger. — Mesures contre les dissidents. — Mac- Mahon gouverneur général. — Martimprey sénateur et commandant de la division de Metz.

Depuis la nomination du duc de Malakoff comme gouverneur général, et même depuis la conquête de la Kabylie, on vivait, en Algérie, dans une sécurité trompeuse. On croyait à la pacification définitive du peuple arabe et on laissait se développer les projets destinés à sa transformation. On accumulait ainsi sans s'en douter des jnotifs de mécontentement qui devaient couver comme un feu sous la cendre et éclater un jour avec d'autant plus de violence qu'ils avaient été plus contenus. C'étaient autant de fautes. Elles ont été résumées par le général Lapasset, alors colonel d'étatmajor à Mostaganem, dans les termes suivants :

Trouble jeté dans les esprits et dans rorganisation du pays par des changements de système;

Désorganisation des bureaux arabes et affaiblissement du cominandemen t ;

Nomination dans les tribus de chefs qui n'en étaient pas originaires;

Projet de démocratisation du peuple arabe;

MouTement contre les idées modernes soulevé par les sectes religieuses;

Réduction des effectifs de l'armée d'Afrique.

Les changements de système, tels que la création d'un ministère de l'Algérie, la nomination d'un commandant supérieur, puis le retour au gouvernement général, avec une autorité civile puissante, avaient vivement inquiété les populations indigènes. Les théories sur le cantonnement des tribus et les propositions de reprise de territoires au profit de colons avaient réveillé chez elles des haines un instant assoupies. Les attaques contre les bureaux arabes leur avaient fait entrevoir un moyen de délivrance. Puis, les meilleurs de nos officiers étaient partis pour les expéditions lointaines ou la campagne d'Italie. Par suite, ceux qui les remplaçaient, nouveaux venus sans expérience, ne trouvèrent pas les moyens d'être avertis à temps des dispositions des esprits. La nomination de caïds dans des tribus qui leur étaient étrangères firent naître des inimitiés. Les idées, souvent émises, de transformer les Arabes çn Européens, de leur donner une organisation municipale ou des principes démocratiques, venant s'ajouter aux réductions d'effectifs de nos régiments, avaient produit des effets désastreux. Dans le Sud, on nous avait accusés d'avoir fait empoisonner Si-HanLsa.

Il fallait remonter très haut pour retrouver l'auteur des mesures qui avaient créé cet état de choses et compromis la sécurité de la colonie. Une des personnalités les mieux placées pour apprécier les faits écrivait à ce sujet au mois de mai :

Le maréchal Randon, avec sa prétention d'avoir tout fait

an mieux, de tout savoir, de tout contrôler, de tout mener «n Algérie, est la cause la plus directe après le prince Napoléon de notre désorganisation.... Il a repoussé les mesures qu'on jugeait ici nécessaires pour corriger des défaut» d'organisation administrative indigène.... Il a fait de nos spahis des soldats laboureurs, qui ne sont plus ni l'un ni l'autre.... Il a dépeuplé le commandement, les bureaux arabes, de leurs meilleurs officiers, réduit outre mesure les troupes d'Algérie; enfin, il a montré à l'Empereur toujours «t partout l'Algérie si pacifiée que c'était un attentat d'y Tonloir une répression.... Le maréchal a fait bien et beaucoup. Il serait bien injuste de le méconnaître, mais c'est pendant son gouvernement. Depuis, il a démoli tout autant <{ue M. de Ghasseloup-Laubat.

Depuis trois ou quatre ans, les mécontentements, les exaspérations s'accumulaierlt en silence. Au printemps -de i864, la mesure était comble. Le plus petit incident devait amener une crise redoutable.

II surgit presque inopinément dans le sud, au mois -de mars.

Après la mort de Si-Hamza et de son fils aîné Si- Bou-Bekr, tous les ferments de haine, d'ambition ou -de pillage que sa puissante main contenait trouvèrent l'occasion d'éclater. Ses deux frères, Si-Zoubir, nommé par nous agha d'Ouargla, et Si-Lala, nous détestaient. Ces deux chefs, comme leur jeune neveu Si-Sliman, deuxième fils de Si-Hamza, jouissaient dans le Sahara ^'un prestige considérable comme descendants du plus -grand saint du sud, l'illustre et vénéré Sidi-Cheikh. Leur influence religieuse s'étendait du Maroc à la Tunisie et des confins du Sahara jusqu'au sein des nombreuses tribus du Tell, qui n'avaient plus bougé •depuis la chute d'Abd-el-Kader.

Si-Sliman, jeune et ardent, avait remplacé son frère Si-Bou-Bekr à la tête des Ouled-Sidî-Cheîkh. Mais, au lieu de le nommer khalifa comme son grand-père, on

ne lui conféra, comme à son frère, que le titre de bachaga. Il en fut irrité. Son oncle Si-Lala, personnage ambitieux et fanatique, entretint sa colère en lui répétant que les Français Youlaient amoindrir son pouvoir et l'annihiler aux yeux des siens. Un dernier incident acheva de le pousser à la révolte.

Son Khodja (secrétaire) ayant un jour menacé des spahis du bureau arabe de Géryville de les faire châtier, fut lui-même bâtonné par ordre du chef de ce bureau. Exaspéré, il alla raconter le fait à Si-Sliman, en l'amplifiant. Ce dernier, furieux, n'hésita plus et commença, dès la fin de février, avec les gens de sa tribu, une émigration vers la tête de l'oued Mzab, où il se réunit aux contingents armés de son oncle Si-Lala. Il convoquait en même temps les guerriers des tribus soumises à son influence. Cette concentration avait pour but une marche vers le nord et la proclamation du Djehad (guerre sainte). Il attendit jusqu'aux premiers jours de mars le résultat de ses appels aux tribus voisines, et, le 7, se trouvant à la tête de i.ooo à i.5oo cavaliers, il commença son mouvement.

Le gouvernement général fut prévenu à temps; le général de Martimprey proposa de suite des mesures énergiques et la formation de colonnes assez fortes pour réprimer cette tentative dès le début. Le maréchal ne fut pas de cet avis. Il voulut laisser l'insurrection se dessiner plus nettement, pour mieux savoir où il faudrait diriger ses troupes et frapper un coup décisif. C'était aussi pour lui un moyen de mieux connaître la fidélité des chefs indigènes.

Telle était l'explication que l'on donnait à Alger sur l'attitude du maréchal. Les malveillants ajoutaient qu'il avait toujours contesté la pacification définitive de rAlgférie par le maréchal Randon; d'après lui, c'était un leurre, une prétention inadmissible, et, tôt ou tard.

INSURRECTION DES OULED-8IDI-CHEIKII 385

les événements se chargeraient de le démontrer. La rérolte du sud justifiait ses assertions.

Bientôt on sut que les Chambâ, les Mekhadma, les Saïd-Atba, même les Ouled-Yacoub-ez-Zerara, du djebel Amour, avaient fait défection et s'étaient joints aux Ouled-Sidi-Cheikh. Le 20 mars, la marche de Si- Sliman vers le nord, à la tète de nombreux contingents, fut annoncée. Il fallut agir.

Le maréchal s'y résolut; mais, ne croyant pas à l'importance du mouvement, il fît envoyer un escadron de spahis à El-Aricha et le lieutenant-colonel Beauprêtre, commandant supérieur du cercle de Tiaret, au Djebel-Amour, avec une force insignifiante. On lui donna 100 hommes d'infanterie, tirés du 2* tirailleurs algériens et du i**' bataillon d'infanterie légère d'Afrique (Zéphirs), puis un escadron de spahis et les goums des Harrar. Les spahis et les goumiers appaiienaient à des tribus soumises à l'influence religieuse des Ouled-Sidi-Cheikh. Quant à la compagnie d'infanterie, composée d'anciens disciplinaires et d'Arabes, elle manquait de cohésion.

Ces désignations étaient d'autant plus regrettables que l'émotion soulevée dans le peuple arabe par la révolte des chefs religieux de la famille de Si-Hamza était extraordinaire.

Un rapport fut envoyé à Paris, au ministre de la Guerre, qui en fut irrité. Le général Deligny, qui était alors en France, l'ayant vu au sujet des événements du sud, apprit au sous-gouverneur que le maréchal Randon lui reprochait de ne pas avoir pris sur le duc de Malakoff l'influence que son ancienne amitié et ses relations passées devaient lui assurer. Il avait eu le tort de laisser le directeur général accaparer celto influence à son profit.

Pour en finir, le maréchal Randon écrivit au duc de Malakoff que l'Empereur désirait voir remettre au

sous-gouverneur rexécution du sénatus-consulte. Le maréchal Pélissier jugea utile, au contraire, de la con- .fier au directeur général. Le ministre, mécontent, trouva que le général de Martimprey aurait dû réclamer l'attribution de service qui lui revenait. Ce dernier, très ennuyé, se vit forcé de lui écrire une lettre qui peint bien les embarras dans lesquels on le plaçait. Il fit comprendre au ministre qu'il ne pouvait se mêler d'une question dont le gouverneur général était le seul juge et qui, d'ailleurs, ne lui avait pas été communiquée.

Cette lettre le justifia, mais sans réussir à calmer le mécontentement qu'on ressentait à Paris.

En réalité, le gouverneur avait des ennemis qui n'étaient pas fâchés de lui trouver des torts et de les grossir à l'occasion. Cette disposition rejaillissait sur ceux qui l'entouraient et devait nuire à un chef aussi modeste que le général de Martimprey.

Ce fut bien pire quand on apprit les premiers succès de l'insurrection.

Au commencement d'avril, Beauprêtre, ayant su que Si-Sliman remontait l'oued Zergoun, dans la direction de Géryville, s'était porté à Aouinet-bou-Bekx, peitit plateau à 20 kiloanètres à l'est de ce poste, sur la ligne de partage des eaux du Sahara et des chotts. Il était souffrant, pris d'accès de fièvre et très inquiet. Il sentait que la trahison l'entourait. Il veillait, et trouvant sa sûreté compromise, il songeait à reculer vers les premiers postes du Tell.

Le 7 avril, dans la nuit, il avait conféré avec le commandant du cercle de Géryville, qui l'avait quitté vers 4 heures du matin. Une heure après, il était assailli par Si-Sliman à la tête de plus de i.ooo cavaliers. Soudain, sa tente fut brusquement ouverte et Si-Sliman, apparaissant à cheval, le tua d'un coup de feu. Un serviteur de Beauprêtre le vengea aussitôt en tuant le bachaga.

Les spahis et les goums passèrent à l'ennemi et le massacre de nos soldats commença. Un groupe de tirailleurs et de zéphirs se rassembla sur un petit tertre qui dominait le camp. Ils y furent tués jusqu'au dernier (t). Seuls, trois hommes du détachement s'échappèrent, gagnèrent le village voisin de Stitten, d'où ils purent partir et atteindre Frendah, en se cachant le jour et en marchant la nuit. L'un d'eux devint fou.

Cette catastrophe souleva tout le sud de Ja province d'Oran, ébranla les tribus des autres provinces et retentit profondément dans celles du Tell.

Chez les Ouled-Sidi-Cheikh vainqueurs, Si-Mohamed, le plus jeune des fils de Si-Hamza, succéda à Si- Sliman comme chef religieux et fut encore plus soumis que son frère aux conseils de Si-Lala qui devint le véritable chef de l'insurrection.

A la suite du combat d'Aouinet-bou-Bekr, les gens du Djebel-Amour livrèrent leurs grains aux insurgés, leur ouvrirent l'accès de leurs montagnes et forcèrent Eddin, leur agha, à s'enfuir. Les Harrar passèrent à l'ennemi. Enfin le 17, après avoir massacré son caïd et une vingtaine de spahis, l'importante tribu des Ouled- Chaïb, du cercle de Boghar dans la province d'Alger, rejoignit les bandes de Si-Mohamed.

Il n'y avait plus à hésiter. Le sous-gouverneur fut autorisé à expédier les ordres nécessaires. Il dirigea une colonne sur Laghouat, au milieu de la tribu des

(i) Au mois d'octobre suivant, je fis partie d'un détachement chargé d'enterrer les victimes de ce guet-apens. Je pus recueillir 6IU- les lieux-mêmes tous les détails de ce drame sanglant. Les cadavres, dépouillés de leurs uniformes, gisaient encore sur h place où ils avaient succombés. Le vent du sud les avait desséchés et recouverts d'une couche de sable fin qui les avait momifié;^. On les rassembla dans une tombe commune et on éleva un petit monument en pierre sur le tertre que la défense de nos soldat^ï avait immortalisé. La troupe rendit les honneurs militaires; un défilé termina la cérémonie et le détachement partit pour rejoindre la colonne du général Deli^y.

Larbâ, sous le commandement du général Yusuf , commandant de la province d'Alger; une colonne d'observation, commandée par le général Liébert, commandant de la subdivision de Mîlianah, fut envoyée dans le Sersou pour y servir de lien entre les colonnes d'Alger et d'Oran.

Dans cette dernière province, une assez forte colonne, sous les ordres du général Deligny, revenu de France en. hâte, fut dirigée sur Géryville. Puis une colonne de renforts, commandée par le généra-1 Martineau, fut mise en route pour conduire dans ce poste de fort'S approvisionnements. Cette dernière colonne fut attaquée le 27 avril, à Kreneg-el-Azir, par le marabout, à la tête de 5. 000 cavaliers et de nombreux fantassins. Un combat acharné s'ensuivit; l'ennemi fut repoussé avec de grandes pertes; mais les nôtres furent sensibles; nous comptions iio officiers et soldats tués ou blessés. Néanmoins, le général Martineau avait pu refouler les insurgés et accomplir sa mission.

Ces graves nouvelles ébranlèrent l'Algérie entière, et, à Alger même, la population européenne en fut émue. Le sous-gouverneur, sur la demande du directeur général, fit insérer dans les journaux une note que le maréchal approuva et qui était destinée à rassurer les esprits. A partir de ce moment, il transmit régulièrement à la presse le résumé de nos opérations, pour éviter qu'on reprochât à l'autorité militaire son mutisme. Il réussit ainsi à calmer les colons. De tous côtés, cependant, on sentait qu'on était loin du moment où Ton pourrait reprendre aux Arabes une partie de leurs territoires, et, cette fois du moins, ce n'était pas le pouvoir militaire qui avait préparé le soulèvement des tribus.

Le 3 mai, la note suivante, insérée dan? les trois journaux d'Alger, mit leurs lecteurs au courant des derniers événements de la province d'Oran :

Une dépêche reçue oe jour de Frendah annonce que le général Deligny a dû en partir vers le 3o avril, avec la colonne sous ses ordres, pour aller dans le sud poursuivre le châtiment de l'insurrection. Il doit, dans sa marche, rencontrer, demain ou après-demain, sur l'oued Sidi-Nasseur, le général Martineau, qui a quitté Géryville le 3o, après avoir ravitaillé ce poste. Aucun événement ne s'était produit depuis le 27.

Le général de division sous-gouverneur, E. DE Martimprey.

Pendant ce temps, les troupes de la province d'Alger s'étaient mises on mouvement; le général Yusuf était avec deux mille hommes à Djelfa, en route sur Laghouat, et le général Liébert marchait sur le Sersou (i).

On pensait alors que l'agitation, contenue dans le Tell, ne dépasserait pas le sud. C'était encore une illusion. Dès le 22 avril, le colonel d'état-major Lapasset, posté avec un millier d'hommes à Zemmora, à l'entrée du pays des Flitta, entre Relizane et Tiar^t, signalait parmi eux <( une certaine émotion causée par les nouvelles d'agitation et de révolte; mais aucun signe, disait-il, n'indiquait un soulèvement immédiat ».

Toutefois, chaque jour, à partir de ce moment, il se tenait sur ses gardes, s'attendant à une prise d'armes. Elle eut lieu, le 12 mai, tandis qu'il était campé près de Tiaret. Réveillé la nuit par les cris d' « El-Djehad » (la guerre sainte), puis averti par les coups de feu tirés

(i) Parti d'Alger en mission, au commencement d'avril, j'étais arrivé à Djelfa sans rencontrer âme qui vive, dans un pays ordinairement peuplé de douars et de nombreux troupeaux. En roule, un agha, dévoué au général Yusuf, m'avais mis au courant de l'insurrection et des soulèvements qui ©e préparaient. A Djelfa, il fallut renoncer à ma mi-ssion, m 'enfermer dans le bordj, faire des patrouilles et des reconnaissances. Peu de jours après, la colonne du général Yusuf vint nous tirer d'embarras et nous emmener avec elle à la poursuite des dissidents.

3 go LE COMTE DE MARTIMPREY

sur ses avant-postes, n*ayant qu'un jour de vivres, sans réserve de cartouches, sans cacolets pour les blessés, ayant quinze lieues à franchir en pays insurgé pour gagner Relizane, le poste le plus rapproché, il se décida à partir au petit jour. Il rendit compte à Alger et se mit en route. Attaqué par les Flitta, que guidait un marabout nommé Si-Lazereg, il ne put marcher qu'en combattant et atteignit Relizane le lendemain, sans accidents. De là, il se rendit à Zemmora, que les insurgés assiégeaient, mit l'ennemi en fuite et délivra ce poste. Mais les passions étaient surexcitées, et, désormais, une campagne vigoureuse était nécessaire pour venir à bout du fanatisme de ces tribus.

Le sous-gouverneur connaissait bien ce pays, daas lequel il avait souvent opéré. Cette nouvelle révolte lui révéla toute l'étendue du mal. Il prit de suite les mesures nécessaires et rendit compte au ministre de la Guerre de ces malheureux événements, qu'une maladie grave du duc de Malakoff venait de compliquer enoewne.

Le ministre lui répondit le, i8 :

Paris, le i8 mai i864.

Mon cher Général,

J'ai reçu ce matin vos deux kttres; ceUe qui m'informe de Tétat de santé de M. le maréchal duc de Malakoff me fait craindre que, de quelque temps au moins, il ne lui soit pas possible de s'occuper d'affaires, et c'est pourquoi je vous adresse directement ma réponse....

J'ai été, non pas absolument surpris, mais affligé de voir que l'insurrection, jusqu'à ce jour confinée dans le sud, a gagné aussi le Tell et que la tribu des Flittas a donné l'exemple de la défection....

Je ne doute pas que vous n'ayez pris toutes les dispositions nécessaires pour empêcher le mal de s'étendre, et j'espère que les forces dont se compose actuellement l'armée d'Algé-

INSURRECTION DES OULED-SIDI-CHEIKH Sgi

rie seront, à la rigueur, suffisantes pour infliger aux tribus révoltées le châtiment qu'elles ont mérité; cependant, je m'occupe en ce moment de vous envoyer encore un régiment d'infanterie, que mon intention serait de diriger sur Mostaganem. Dans le oas oh vous jugeriez convenable de lui donner une autre direction, vous auriez encore le temps de me le faire connaître par une dépêche télégraphique qui me serait envoyée de Marseille, pour que je modifie mes premières instructions. .

Recevez....

Le maréchal minisire de la Guerre,

Randon.

La réponse du ministre montre à quel point on était contrarié, à Paris, de la révolte survenue en Algérie. On espérait cependant que nos forces en viendraient facilement à bout.

L'état de santé du maréchal Pélissier était un souci de plus, quoique en haut lieu on eût pleine confiance dans les talents et Texpérience du général de Martimprey. Cet état était des plus graves. Dans les premiers jours de mai, le duc de Malakoff avait contracté, dans sa résidence d'été, un fort refroidissement. Affecté déjà d'un catarrhe, son mal empira rapidement. Le médecin-chef ée Tbôpilal du dey, mandé près de lui le II mai, avait été frappé de lui voir du délire. Les jours suivants, ramélioration ne se produisît pas et le 20 il rendit compte de ses craintes, en ajoutant cependant que l'état du maréchal ne lui semblait pas complètement irrémédiable. Deux * jours après, il avouait que tout espoir était perdu. Le duc de Malakoff succombait dans l'après-midi.

Le général de Martimprey restait seul en face d'une situation faite pour troubler lés esprits les mieux trempés : l'Algérie soulevée depuis l'extrême sud jusque dans l'intérieur du Tell, nos troupes aux prises

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avec des forces ennemies insaisissables et d'un effectif supérieur, les tribus agitées, les colons effrayés par d'affreux massacres et la mort du gouverneur général survenant au début même de l'insurrection.

C'était dans ces moments difficiles que le sous-gouverneur montrait le plus de sang-froid. Saisissant d'une main ferme la direction des affaires, il prit do suile les mesures commandées «par les circonstances.

Son premier acte fut d'annoncer aux populations le décès du maréchal Pélissier.

22 mai i86/|.

GOUVERNEMENT GÉNÉRAL DE l'aLGÉRIE

Aux populations et à l'armée d'Algérie!

Son Excellence M. le Maréchal, duc de Malakoff, gouverneur général de l'Algérie, a rendu son âme à Dieu aujourd'hui, 22 mai, à 2 heures de l'après-midi.

Animé durant sa vie de sentiments religieux, comme le sont toutes les grandes intelligences unies à un grand cœur, M. le Maréchal, à son lit de mort, s'est entouré des secours spirituels.

Pendant la lutte terrible d'une cruelle maladie, aux prises avec une constitution indomptable, toujours préoccupé des intérêts de la colonie, il n'a cessé de s'informer avec sollicitude des généraux et des troupes qui combattent une insurrection odieuse; leurs succès ont été sa satisfaction suprême.

L'Empereur, la l^rance, l'Algérie, sa terre de prédilection, et l'armée, ressentiront profondément la perte de l'illustre vainqueur de Sébastopol.

Son nom resplendira d'un éclat immortel dans les fastes de la gloire, parmi ceux des capitaines qui ont rendu les plus grands services à leur patrie.

Un service funèbre sera prochainement ordonné pour le repos de l'flme de M. le Maréchal.

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