‹ Le général de division comte de Martimprey. Avec sept planches hors texte et cinq cartesChapitre 24 sur 48 · DE L'ALGÉRIE · texte numérisé non relu

DE L'ALGÉRIE

Cabinet du Sous-Gouverneur

Monseigneur, M^ la Maréchale, duchesse de Malakoff, vient de me

faire appeler. Elle m'a chargé de mander à Votre Grandeur sa résolution de se conformer au vœu indiqué, à son lit de mort, par son illustre époux de faire hommage perpétud à Notre-Dame-d'Afrique de son épée.

La conservant jusque4à comme le plus précieux dépôt, M™" la Maréchale la fera remettre à sa destination auguste le jour où la chapelle sera solennellement consacrée.

A cette époque. Monseigneur, autant qu'il dépendra de ma volonté, je me ferai un pieux devoir d'être rintermédiaire de cette remise, selon les intentions du donateur.

Je vous prie. Monseigneur, d'agréer l'assurance de mon respectueux attachement.

Le général de division sous-gouverneur, E. DE Martimprey.

A Sa Grandeur Monseigneur Pavy, évêque d'Alger.

Il s'entendit avec la maréchale pour faire organiser au Palais du Gouvernement une chapelle ardente, où le corps du vainqueur de Sébastopol resta exposé pendant une partie de la semaine. Le public y fut admis, et chaque jour une foule considérable, au sein de laquelle parurent de nombreux indigènes, vint se presser aux abords du palais. Les visiteurs étaient introduits par de longues galeries tendues de noir. Le maréchal, revêtu de son uniforme, reposait sur uti lit de parad«. son bâton de commandement à la main. Des prêtres et des sœurs de charité récitaient des prières, peinlant que la foule défilait en silence.

En rendant ces pieux devoirs au chef illustre qui, pendant tant d'années, au milieu des plus terribles épreuves, l'avait honoré de son amitié, le général de Martimprey ne perdit pas de vue un instant les intérêts de la colonie et les mesures qu'exigeait la répression des tribus révoltées. Dans sa dernière lettre

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au ministre de la guerre, en lui faisant pressentir la mort du duc de Malakoff, il analysait les causes du soulèvement des indigènes, se montrait prêt à endosser toutes les responsabilités, quelque lourdes qu'elles fussent, et demandait seulement la confirmation du pouvoir temporaire qu'il avait assumé.

Dans sa réponse, le maréchal Randon lui témoigna toute sa confiance, lui annonça qu'il était chargé du gouvernement général et examina avec lui les fautes qui avaient pu contribuer à créer en Algérie une situation aussi troublée :

Paris, a5 mai i864.

Mon cher Général,

Vos dernières dépêches nous avaient laissé peu d'espoir pour le rétablissement du maréchal duc de Malakoff.

Je vous ai également fait connaître que Sa Majesté vous confirmait dans le commandement que les circonstances plaçaient en vos mains; vous êtes donc parfaitement en mesure d'imprimer la direction à tous les services que le maréchal Pélissier tenait de l'Empereur.

Ce qu'il y a de plus important dans le moment présent, c'est assurément de comprimer et de réprimer les mouvements insurrectionnels qui se sont produits ou qui tenteraient de se produire....

... Je vous crois en mesure de maîtriser les événements, •et j'espère que ma confiance ne sera en aucun point trompée. Plus tard, nous chercherons les causes qui ont pu permettre à une insurrection aussi compacte de s'ourdir sans que nous en ayons saisi les fils, et ce que nous aurons à faire pour nous préserver de semblables incidents, qui refroidissent la confiance en l'avenir de la colonie et font douter de la persévérance de notre domination. Il y aura lieu de voir si nous ne sommes pas tous tombés dans ce calme d'esprit prenant sa source dans la pensée que les Arabes étaient à jamais soumis, que le repos et la prospérité relative dans laquelle ils vivaient avait amorti leur humeur guerrière, endormi leur fanatisme, et que nous

SgÔ LE COMTE DE MARTIMPREY

devions ralentir l'active surveillance à laquelle nous nous livrions autrefois.

Vous me dites que les officiers des bureaux arabes sont moins expérimentés, que le choix des caïds a été fait avec moins de jugement : cette dernière observation répond à ce que je viens de dire du ralentissement des soins apportés par le commandement....

... L'Empereur a toute confiance dans la haute inlelli* gence des chefs et la bravoure des troupes; mais il faut que le triomphe de nos armes ne soit pas éphémère, et, pour cela, il faut de la persévérance dans les opérations et tenir la campagne tout le temps nécessaire pour avoir pleine satisfaction de l'insurrection....

Je vous renouvelle....

Maréchal Randon.

Paris, le 25 mai i864.

Vous avez raison de penser que nous ne devons pas noua départir de la marche civilisatrice et d'équité qui nous a servi de règle vis-à-vis des populations arabes, et que nous ne devons pas faire peser le poids de notre sévérité sur ceux qui n'ont été qu'égarés; mais, à côté de ces sentiments généraux, il y a ceux d'une légitime vengeance....

A partir de ce jour, le général en chef prit le titre de gouverneur général par intérim. En rendant compte au ministre de la mort du maréchal, il lui avait fait connaître la nécessité où il se trouvait de lui demander des renforts. Il n'avait plus d'effectifs suffisants pour la garde des places, notamment sur la côte. Il lui déclara également qu'il était nécessaire de réorganiser le gouvernement général et de « subordonner à l'autorité militaire des généraux toute la politique et toute l'administration ».

La. réponse ne se fit pas attendre :

Paris, le 27 mai i864.

Mon cher Général,

J'ai reçu ce matin les deux lettres que vous m'avez adressées à la date du aS. Vous m'écrivez sous l'impression de la mort, toute récente encore, du duc de Malakoff, et je comprends qu'à tous les degrés de la hiérarchie civile et militaire l'émotion ait été grande. Mais, après le tribut de regrets payé à la mémoire du maréchal, il importe de ne pas perdre de vue qu'une grande tâche reste à remplir, celle de comprimer l'insurrection, de rétablir le calme et la confiance, de punir les fauteurs de ces désordres et de faire rentrer l'Algérie dans une voie de progrès dont les derniers événements tendent à l'écarter.

J'attends avec grande impatience des nouvelles des opérations combinées des généraux Deligny et Yusuf dans le sud, et de celles qui vont pouvoir être dirigées, avec succès j'espère, contre les Flittas, grâce aux moyens d'action que j'ai mis à votre disposition. Déjà, le 8a* a dû arriver depuis deux jours à Mostaganem; le la* est parti les a5 et a6 mai à bord des frégates le Labrador et le Cacique^ et un escadron du I*' hussards s'embarque en ce moment à bord de YAriège, Dès que les frégates seront de retour à Toulon, elles embarqueront successivement ce qui reste de ce dernier régiment, ainsi que les 100 mulets que je vous ai annoncés.

Je viens de lire, dans le Courrier de VAlgérie, que je serais la cause première de l'insurrection du sud par Tautorite dont j'aurais investi Si-Hamza, marabout pacifique transformé par moi en homme de guerre, etc. C'est donc moi qui aurais mis aux mains de son fils Si-Sliman les armes dont il se sert aujourd'hui contre nous; si j'ai été peu surpris de trouver ces étranges allégations dans le journal de l'opposition algérienne, bien que la source d'où elles émanent eût peut-être, par pudeur, fait convenablement de s'abstenir, j'ai au moins été étonné qu'elles n'aient pas attiré l'attention du gouvernement et se soient produites sans observations....

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Recevez, mon cher Général, l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

Le maréchal minisire de la Guerre, Randon.

Les renforts demandés se bornaient ainsi à deux régiments d'infanterie et un de cavalerie. C'était insuffisant. Le gouverneur général par intérim le fit remarquer au ministre, en insistant sur les événements qui pourraient se produire sur les frontières dû Maroc ou de la Tunisie.

Reconnaissant la justesse de cette observation, le ministre n'hésita pas à lui envoyer les forces nécessaires, tout en lui conseillant de montrer sur les frontières de petites colonnes înobîles sous les ordres des commandants des postes voisins. Le maréchal Randon savait qu'avec les Arabes il faut être puissamment armé dès les premiers coups. En 1869, en pleine paix, il n'avait pas hésité à mobiliser deux divisions d'infanterie et une de cavalerie, près de i5.ooo hommes, contre une petite confédération de tribus marocaines; maintenant, en présence d'un soulèvement considérable, il dirigea de suite sur l'Algérie les effectifs jugés indispensables. Il était le premier à souhaiter le rétablissement de l'ordre et de la paix.

Pendant ce temps, le moment était venu d'envoyer aux Invalides, suivant la volonté de l'Empereur, la dépouille mortelle du maréchal Pélissier. Le général de Martimprey chargea une commission de régler les détails de ce triste voyage.

Le départ pour Marseille fut fixé au 4 juin. Ce jour là, par ordre du gouverneur général, un service funèbre fut célébré sur la place du Gouvernement. Toutes les troupes, la milice urbaine, les autorités civiles et militaires et une foule immense, composée d'Euro-

péens et d'Arabes, y assistèrent. Après le service, le corps fut transporté sur le Christophe-Colomb, qui reçut, avec la députation officielle, la duchesse de Malakofî, le général d'artillerie de marine Pélissier, frère du défunt, Tabbé Suchet, aumônier supérieur de Tarm-ée d'Afrique, la sœur supérieure du Bon-Pasteur d'Alger, les aides de camp et officiers d'ordonnance.

Arrivé à Marseille le 6 juin, le corps fut déposé aux Invalides le 9, après la cérémonie officielle. Suivant la volonté du maréchal, son épée fut placée dans la chapelle de Notre-Dame-d'Afrique.

La mort de l'illustre vainqueur de Sébastopol et la prise de commandement du sous-gouverneur devaient être notifiées aux autorités. Ce dernier leur adressa, dans ce but, la circulaire suivante :

Circulaire à MM. les Généraux commandant les divisions et à MM. les Préfets des départements,

Alger, le 5 juin i864.

Mon cher Général,

Monsieur le Préfet,

Hier, au milieu de regrets solennels, les restes mortels de M. le maréchal Pélissier, duc de Malakoff , ont quitté l'Algérie poiu* aller, par ordre de l'Empereur, prendre leur place glorieuse sous le dôme de l'Hôtel des Invalides.

Tant que ces nobles restes sont demeurés parmi nous, on eût dit qu'ils exerçaient le prestige d'autorité qui entourait, de son vivant, le gouverneur général.

Cette autorité, la confiance du souverain l'a temporairement remise aux mains d'un subordonné du maréchal, dont la principale recommandation, sans évoquer d'autres souvenirs, est d'avoir servi longtemps avec dévouement et dans de grandes circonstances sous les ordres de cet illustre capitaine.

Une pareille situation, même à litre provisoire, n'est pas

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de celles qu'il soit permis de recueillir sans de très sérieuses réflexions et sans chercher comment en remplir les obligations.

Dans ces sentiments, le gouverneur général par intérim fait appel au concours de tous, au nom des intérêts les plus chers de TAlgérie.

Pour ceux-ci, Tordre matériel et l'ordre moral sont les deux besoins dont la satisfaction est la base de tout état prospère.

Grâce à la valeur, à la persévérance de nos généraux et de nos soldats, suivis par les contingents de la majorité des indigènes, l'ordre matériel ne tardera pas à être complètement rétabli.

Des «uccès continuels sur une insurrection sauvage en sont le gage; — les exemples les plus sévères le consacreront.

L'ordre moral que nous a laissé le duc de Malakoff est puissant. 11 faut qu'il reste tel. 11 en sera ainôi infailliblement si chacun se pénètre de ses devoirs, et voici comment on doit l'entendre :

Il faut s'interdire tout ce qui pourrait faire croire à des partis.

Il ne peut y avoir de partis là où il n'y a qu'une autorité qui domine toutes les autres : celle du gouverneur général; qu'une seule direction : la isienne.

Toute tendance contraire serait coupable, qu'elle se traduisît par des faits, des écrits ou des discours, à quelque degré que ce fût de la hiérarchie.

Qu'on le comprenne I

A la presse à remplir son rôle devenu si nécessaire à notre existence sociale, qu'elle vivifie lorsqu'elle se maintient dans les limites que lui assignent la légalité et les nécessités de la situation. Les institutions gouvernementales, dans un pays nouveau comme celui-ci, ne sauraient se fortifier et se développer si elles étaient impunément l'objet de discussions, dans lesquelles les plus vaines théories mettraient en question les lois, les décrets, les réglementa, l'organisation, ces émanations des grands pouvoirs de l'Etat, ces garanties du droit commun.

INSURRECTION DES OULED-SIDI-CHEIKH 4oi

Sous le bénéfice des principes d'ordre qui viennent d'être précitée, l'Algérie jouira du calme dont ont besoin les intérêts sacrés des hommes de travail et de bonne volonté. Si des esprits passionnés tentaient de semer des préventions, des rancunes, des mécontentements, que le- bon sens public les condamne! Il trouvera pour l'appuyer le gouvernement général, secondé par ses représentants à la tête des provinces, confiant, au besoin, dans l'indépendante et consciencieuse fermeté de la justice.

(mon cher Général,) Recevez,),, . , ^ ,^ [l'assurance de ma considé^ /Monsieur le Préfet,!

ration très distinguée.

Le gouverneur général par intérim^ Signé : E. de Martimprey.

Les conseils donnés à la presse algérienne étaient indispensables, car depuis quatre ans, depuis la reconstitution du gouvernement généra], les journaux n'avaient cessé de continuer leurs attaques contre Tautorité militaire. La rivalité et la lutte de l'administration civile continuaient. Contenues par la présence du maréchal Pélissier, elles se manifestaient néanmoins à chaque occasion, employant tous les moyens pour détruire le prestige du pouvoir militaire. La lettre suivante du ministre de la Guerre donne une idée di.* 1 état des esprits à cette époque.

Paris, le 6 juin i864.

Mon cher Général,

Je vois avec peine que la presse algérienne, bien loin de reconnaître la convenance qu'il y aurait au moins à s'abste^ nir dans les circonstances actuelles, se laisse aller à de nouveaux écarts, dont la mauvaise presse de la métropole ne manque pas de tirer parti. En ce qui me concerne personnellement, je méprise parfaitement les attaques dont je suis

Tobjet et je crois inutile de les contredire : mes actes répondent suffisamment, et je ne crois pas qu'il vienne à la pensée d'aucun honnête homme de prendre au sérieux de pareilles calomnies. C'est donc au point de vue de l'intérêt de l'Algérie elle-même que je parie. Je ne m'explique pas que vous vous considériez comme désarmé en face de la presse algérienne; qu'il soit besoin pour la contenir dans des bornes convenables que les préfets soient subordonnés au commandement provincial et que de nouvelles instructions vous soient envoyées sur les moyens de répression à employer. Si MM. les Préfets sont indépendants des généraux commandant les provinces, ils sont les subordonnés du gouvernement général, qui réunit entre ses mains tous les pouvoirs. Vous n'avez qu'à leur tracer la ligne de conduite qu'ils devront suivre et à réclamer d'eux un concours que vous avez tous les moyens d'exiger. Stimulez la faiblesse. Brisez les résistances et punissez énergiquement les manœuvres. Vous me trouverez toujours disposé à vous appuyer dans cette voie, si cela est nécessaire.

Recevez, mon cher Général, l'assurance de mes sentiments affectueux.

Le maréchal ministre de la Guerre.

Randon.

La circulaire du 5 juin répondait aux désirs du ministre, et elle réussit, pendant quelque temps, à modérer les passions. La mission du gouverneur général par intérim n'en était pas moins délicate, et pour l'encourager, l'Empereur jugea opportun de lui adresser une lettre personnelle.

Le 5 juin i864.

Mon cher Général,

J'ai accepté avec plaisir votre proposition de vous conserver l'intérim du commandement de l'Algérie aûn de vous donner une preuve de ma confiance, persuadé que voas saurez mettre un terme à l'insurrection qui a commencé. Je

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VOUS recommande bien de ne pas faire de petits paquets, les colonnes ne devraient pas être moindres de 2.000 hommes.

Je vous envoie aujourd'hui le prince Achille Murât, qui va s'engager comme soldat, mais je désire qu'il reste le moins de temps possible dans les grades inférieurs et que, dès qu'il y aura un prétexte, on le nomme brigadier et aussitôt maréchal des logis. Je vous envoie aussi un de mes officiers d'ordonnance, qui ira rejoindre une des colonnes agissantes, afin de me renseigner de visu sur l'état de l'Afrique.

Les chaleurs vont, je pense, rendre les 'opérations plus difficiles et amener même une sorte de trêve.

Recevez, mon cher Général, l'assurance de mon amitié.

Signé : Napoléon.

La lettre du souverain, coimme celle du ministre de la Guerre témoignaient au général de Martimprey une entière confiance, mais elles laissaient voir combien rinsurrection du sud les préoccupait. La recommandation d'éviter les petits paquets semblait inspirée par le souvenir du massacre de Beauprêtre et de ses soldats à Aouinet-bou-Beckr.

A l'arrivée du corps du maréchal à Marseille, le premier soin de la duchesse de Malakoff avait été de transmettre au général de Martimprey ce l'expression de ses sentiments de reconnaissance pour tout ce qu'il avait fait au milieu des tristes circonstances qu'elle venait de traverser ».

A ce moment, des événements d'une gravité extrême avaient attiré l'attention du général sur les limites de son ancienne subdivision d'OrléansvilIe. Les Flitta, soulevés par Si-Lazereg, avaient pris l'offensive. Après son échec de Zemmora, le chérif avait cherché à étendre l'insurrection pour augmenter ses forces. Une partie des tribus du cercle d'Ammi-Moussa avait répondu

à son appel et avait grossi le nombre de ses adhérents. Voulant alors frapper un coup retentissant, il s'était porté avec ses bandes sur le bordj de la Rahouïa, défendu seulement par vingt-deux hommes. Il avait réussi à s'en emparer et avait massacré ses habitants, sauf un tirailleur algérien qui avait pu s'évader.

Ce facile triomphe avait déterminé de nouvelles défections. Si-Lazereg, exalté par le succès, s'était dirigé sur Ammi-Moussa, qui n'avait que 174 hommes de garnison. Le. colonel d'état-major Lallemand, qui commandait à Orléansville, signala le danger au gouverneur général, en lui faisant connaître la terreur qui régnait parmi les colons.

Le général de Martimprey résolut alors de se rendre lui-même dans la zone insurgée pour y diriger les opérations. Auparavant, il expédia en hâte, par mer, au colonel, de nouvelles troupes, avec lesquelles ce dernier forma une colonne forte de deux bataillons, un escadron de hussards, un peloton de spahis et une section d'artillerie. I^e colonel eut l'ordre de partir le plus tôt possible pour rallier le colonel Lapasset sur l'oued Riou.

Celui-ci avait sous son commandement trois bataillons, un escadron du ii* chasseurs, une demisection d'artillerie et les goums de Sidi-Laribi. Il partit de Relizane avec ces forces pour gagner l'oued Riou. Après sa jonction avec le colonel Lallemand, il devait prendre la direction des deux colonnes et aller dégager Ammi-Moussa.

Le général Rose, ancien officier d'Afrique, alors dans la Garde, venait d'arriver. Le gouverneur lui constitua une troisième colonne et l'envoya à Relizane. En même temps, comme la colonne Liébert, dans le sud, ne semblait pas utile aux opérations des généraux Yusuf et Deligny, il lui ordonna de se porter de Tenietcl-Had sur les Rèni-Tigrin, pour concourir, avec le co-

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lonel Lapasset, à une action combinée contre cette tribu et contre les Keraïch. Enfin, le général Martineau fut invité à se porter sur Tiaret.

Tandis que le gouverneur prenait ces mesures, Si- Lazereg était arrivé à 6 kilomètres d*Ammi-Moussa et entraînait dans son mouvement les aghaliks des Beni- Meslem et des Beni-Ouragh. Puis, pour en finir avant l'arrivée des colonnes qui le menaçaient, il avait tenté deux attaques furieuses contre la redoute d'Ammi- Moussa. Ses hommes, fanatisés, s'étaient jetés sur les murs de l'ouvrage pour y faire brèche avec des pioches. Mais les défenseurs avaient énergiquement résisté, et, après deux tentatives inutiles, le marabout, apprenant l'apparition de nos troupes à Belizane et à Tiaret, avait renoncé à son entreprise et repris' le chemin des Flitta.

Le colonel Lapasset l'ayant trouvé parti d'Ammi- Moussa, répara les dégâts commis par ses bandes, fit reposer ses troupes et razzia ensuite les tribus qui l'avaient secondé. Il ravagea le territoire des Amamra et des Ouled-Sbaer, leur enleva leurs troupeaux et les rejeta sur le général Bose.

Ce dernier, entré chez les Flitta avec 2.5oo hommes et des goums fidèles, avait eu son arrière-garde vivement attaquée. Son camp même avait été assailli, le 6 juin, au moment oii les indigènes s'étaient vus renforcés par les insurgés que le colonel Lapasset avait refoulés devant lui. Un combat violent avait eu lieu. Les Flitta, mitraillés par nos canons et tournés par l'infanterie, avaient vu tomber leur marabout, tué d'un coup de feu et avaient subi des pertes considérables.

Pendant ce temps, le Dahra s'agitait. On le fit surveiller et on continua à porter les efforts de nos colonnes sur les Beni-Tigrin, les Keraïch et les Halouga.

Dans le sud, le général Deligny avait alors refoulé dans le Sahara les Ouled-Sidi-Cheikh et leurs adhé-

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rents; il avait détruit une partie de leurs oasis, renforcé et ravitaillé Géiyville. Il s'était ensuite dirigé vers le Tell, après avoir reçu en route la soumission des Harrar, qui étaient revenus à leurs campements habituels. Puis, il s'était porté à marches forcées sur Relizane, où le gouverneur lui avait donné rendez-vous.

Le général Yusuf , de son côté, avait châtié les gens du Djebel- Amour, ceux des ksours qui avaient pactisé avec les rebelles, et revenait sur ses pas pour régler la situation des tribus compromises.

Les insurgés du sud étaient re jetés dans le désert et une grande partie de leurs adhérents avaient demandé Taman. Désormais, c'était sur les Flitta et sur leurs voisins que devaient se porter nos efforts. L'excitation des indigènes de cette région les poussait au combat avec un acharnement indicible. Le ii juin, tandis que le général Rose, qui venait de les vaincre, marchait do Dahr-ben-Abdallah sur Zemmora, ils l'avaient violemment attaqué sur ses flancs et ses derrières, dans un pays boisé et difficile, revenant sans cesse à la charge et prolongeant un combat acharné. Ils n'avaient cédé le terrain qu'après avoir subi les pertes les plus graves.

Pendant ce temps, le général Liébert et le colonel Lapasset avaient rempli la mission dont ils étaient chargés sur la rive droite du Riou. Après avoir côtoyé les Keraïch et traversé tout le pays des Beni-Tigrin sans rencontrer de résistance, le premier avait pénétré, le 12 juin, sur le territoire des Matmata, par la ligne des crêtes, tandis que le colonel Lapasset l'abordait par les vallées. Tous les douars, même ceux des Meknessa, qui étaient à la tête de la révolte dans le cercle d'Ammi- Moussa, acceptèrent les conditions qui leur furent imposées. Mais, ayant appris que le successeur de Si- Lazereg, le marabout Abd-el-Aziz, se disposait à venir à leur secours, ils se montrèrent moins empressés à se soumettre; les Meknessa ne tinrent pas la promesse

INSURRECTION DES OULED-SÏDI-CHEIKH IxO']

qu'ils avaient faite de livrer 5oo fusils. Quelques coups de feu furent même tirés, le i3, sur le €amp du générai Liébert, établi à Kernachin. Ce manqpe de foi appelait une répression sévère. Le ik juin, à 3 heures du matin, les deux colonnes se mirent en mouvement, refoulant devant elles les populations terrifiées, tandis que la cavalerie parcourait Toued Riou pour couper la retraite aux fuyards.

Le lendemain, le général de Martimprey, parti d'Alger le 12, arrivait à Ammi-Moussa et prenait aussitôt la direction des opérations. Il y trouva le colonel Lapasset, qu'il garda toute la journée pour se renseigner et prendre ses dernières dispositions.

Il résolut de donner aux quatre colonnes dont il disposait des lignes de marche concentriques, avec lesquelles il espérait refouler les Flitta sur un point central, où il leur porterait un coup décisif. Mais, avec un ennemi aussi mobile que les Arabes, qui combattent à leur jour et à leur heure, il est toujours difficile de Jes atteindre en masse. Plusieurs fractions des Flitta, voyant la quantité de troupes qui allaient fondre sur elles, commencèrent à parler de soumission.

Le gouverneur comprit alors que la pacification ne pourrait tarder. Sachant d'ailleurs qu'il aurait besoin de faire un prochain voyage à Paris, il invita le général Deligny à venir le retrouver dès que sa présence dans le sud ne serait plus nécessaire.

Il fit rentrer, le 17, les colonnes Liébert et Lapasset dans le* pays des Meknessa, qui fut ravagé; sa population fut re jetée sur la cavalerie et sur le général Martineau. Entourés de tous côtés, châtiés et vaincus, ces insurgés rendirent leurs armes et acceptèrent les conditions du vainqueur.

Le 21, le même résultat fut obtenu sur les Chekalla et les Amamra. Dès lors, tout le cercle d'Ammi-Moussa était pacifié. Il ne restait à réduire que les Flitta. Geux-

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ci comprirent que Theure était venue de renoncer à la lutte, et, parmi eux, le parti de la paix fît de rapides progrès.

Le général Rose, qui opérait depuis le i5 dans le Garboussa, avait déjà reçu diverses offres de soumission. Les fractions qui demandaient Taman reçurent Tordre de se réunir, le 23 juin, sur le Menusfa, entre Bahouia et Dahr-ben- Abdallah. Cette vallée était la seule qui présentât en cette saison une quantité d'eau suffisante pour un fort rassemblement.

Quelques tribus, plus compromises que les autres, voulaient encore résister. Pour en finir, le gouverneur général prit les dispositions suivantes :

Les quatre colonnes dont il disposait firent un mouvement de conversion à droite et s'avancèrent en se reliant entre elles. Le 26 juin au soir, elles occupaient les positions ci-après : la colonne du général Martineau sur la Mina; celle du colonel Lapasset à Aïn- Menad, à la tête de Toued Kreloug; le général Liéberf à Bel-Atia, le général Rose à Ras-el-Anseur.

Le gouverneur général, avec 9 escadrons, quelques cotnpagnies d'infanterie et une section d'artillerie, campait au confluent de l'oued Kreloug et de la Mina. Les goums de Mascara et de Mostaganem fermaient aux insurgés, l'un, l'entrée de l'agalik d'El-Bordj; l'autre, l'accès de la plaine de Relizane. Cette masse de troupes devait, le lendemain, au point du jour, envahir la vallée de l'oued Kreloug, dernier refuge des Flitta, et la fouiller dans tous les sens. Nos colonnes étaient à peine en marche que les populations, comprenant l'inutilité d'une plus longue résistance, vinrent se rendre à merci. Des terrains de campement leur furent assignés, avec ordre d'y attendre les décisions du général en chef. 4.000 prisonniers furent retenus comme otages.

Certain, désormais, de la fin de la révolte, le général

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de Martimprey remit au commandant de la province d'Oran, qui l'avait rejoint à Relizane, la direction des affaires, en l'invitant à procéder sans retard à une réorganisation du pays. Puis il revint s'embarquer à Mostaganem pour retourner à Alger.

Le général Deligny resta encore une huitaine de jours dans la subdivision de Mostaganem pour visiter les principaux postes. Il convoqua à Raz-el-Anseur, au camp du général Rose, les djemmaa des Flitta, qui, toutes, se rendirent à son appel; et, dans une assemblée entourée d'un certain apparat, où plus de cinq cents notables étaient réunis, il leur fît sentir tout ce que leur conduite avait de blâmable et leur dicta les conditions de l'aman. Leur attitude repentante lui donna l'espoir que cette conférence aurait de bons résultats; il licencia ses colonnes et répartit ses troupes sur divers points, où leur présence devait activer la réorganisation et couvrir le Tell de la province.

Abd-el-Aziz, le dernier chef de l'insurrection, traqué de tous côtés, se rendit, le 9 juillet, au lieutenant chef de l'annexe de Zemmora.

La première partie de la campagne de i864 était finie. Pendant quatre mois, nos soldats avaient eu à supporter les plus rudes fatigues. Peu nombreux au début, ils avaient suppléé à leur infériorité numérique par leur courage et leur dévouement.

L'insurrection semblait vaincue. De tous côtés, il y avait une détente. On croyait sincèrement que tout était terminé et qu'on allait enfin retrouver le calme habituel.

Rentré à Alger, le gouverneur général, constatant les résultats obtenus et guidé par les rapports de ses généraux, pensa que l'ordre était définitivement rétabli et l'apprit aux troupes par la proclamation suivante :

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5 juillet i864.

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